LA SAINTE CATHERINE
Dans le bon vieux temps, cette fête était célébrée dans presque toutes les maisons canadiennes. C'était un jour de grande liesse. Le travail était suspendu et le plaisir était partout à l'ordre du jour.
La ménagère passait sa journée à préparer le festin de rigueur. Dans toutes les familles c'était une fête à rendre des points aux noces de Gamache.
La soirée et la nuit entière étaient consacrées à la danse. Tout le monde sautait, les vieux comme les jeunes, au son du violon et de la clarinette.
Dans la maison du pauvre, où l'on ne pouvait se payer le luxe d'un violonneux, on dansait « sur la gueule » ; c'est-à-dire que la musique ressemblait un peu à celle de la danse de guerre des Indiens. Les danses du bon vieux temps étaient le cotillon, le « réel à deux », et le « réel à quatre », le menuet français, la jigue voleuse et la jigue frotteuse. Cette dernière était aussi tapageuse que les « clogs » des Américains. Le jour de la Sainte-Catherine on faisait de la tire dans toutes les familles, et le réveillon après le bal était d'une magnificence extraordinaire.
Les mariages, il y a soixante ans, étaient presque tous fixés pour la Sainte-Catherine.
La Patrie, 1885. Hector Berthelot