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LES CANADIENS-FRANÇAIS EN

Beaucoup de talents, d'industrie et de courage se trouve chez les Canadiens à côté de beaucoup d'indolence. Contents de peu, attachés à leurs mœurs, à leur religion et à une sage liberté, ils sont généralement peu instruits. Ils se livrent avec ardeur aux

(1) De là, sans doute, le nom de « cavaliers » (synonyme d'amoureux) donné aux prétendants à la main d'une jeune personne.

plus rudes travaux ; entreprennent, pour un gain modique, les voyages les plus fatigants; fabriquent eux-mêmes leurs étoffes de laine et de lin ; tissent ou tricotent leurs bonnets et leurs bas, tressent leurs chapeaux de paille, tannent les peaux destinées à leur fournir des souliers, et font de leurs propres mains le savon, le sucre et la chandelle dont ils ont besoin, ainsi que leurs charrues et leurs canots.

Les Canadiens de la basse classe ont toute la gaîté qui distingue le peuple en France. Les autres ont un peu de cette humeur brusque et chagrine que l'on trouve chez les indigènes américains. Mais la vanité, voilà leur grand mobile, et le trait le plus marqué de leur caractère. Touchez avec adresse cette corde sensible, vous ferez d'eux ce que vous voudrez.

La superstition règne encore dans le Canada. Les femmes, mieux élevées que les hommes et généralement plus instruites, y ont une grande influence. Le Canadien consulte toujours sa femme, lorsqu'il s'agit d'affaires importantes, et il est rare qu'il ne suive pas son avis.

Les villageoises françaises y sont jolies dans la jeunesse. Un corset bleu ou écarlate, sans manches, et un jupon d'autre couleur, voilà tout leur costume aussi simple qu'agréable. Le petit chapeau de paille leur va très bien et couvre souvent une figure remplie de grâce. Comme les femmes sauvages, elles perdent prématurément leur beauté ; ce qu'il faut attribuer chez les unes et les autres à une vie trop laborieuse et à des occupations trop masculines.

Les voyageurs nous entretiennent souvent de ces jolies villageoises ; ils aiment surtout à les peindre, formant des groupes à la porte de leurs maisons, dans les belles soirées de septembre, et filant en s'accompagnant de chansons rustiques.

Les maisons sont presque toutes construites avec des troncs d'arbres équarris et posés les uns sur les autres ; ces troncs, bien façonnés et joints avec soin, sont couverts d'une couche de blanc en dedans et de planches de sapin en dehors, ce qui leur donne à la fois propreté et soUdité.

Le cultivateur canadien se marie jeune ; aussi se voit-il de bonne heure entouré de nombreux descendants. Une politesse franche et aisée règne chez ce peuple ; on y reconnaît la trace des habitudes françaises et celle de la liberté indigène. Une gaieté sans contrainte anime les fêtes. Autour d'une table chargée de mets nourrissants et solides, les parents et les amis s'assemblent ; de vastes terrines de lait caillé se trouvent à côté du gigot et de l'éclanche ; des danses bruyantes et vives se succèdent sans interruption. Observons que la danse est une passion nationale.

Malgré une paix de cinquante ans et une tranquilUté profonde, les beaux arts ont fait jusqu'ici peu de progrès. Des mœurs pures, innocentes, industrieuses, valent peut-être bien de beaux tableaux et de jolis poèmes.

Beautés de V Histoire du Canada^ 182L D. Dainville

D. Dainville est le pseudonyme de M. Gustave Bossange, fondateur de la première librairie française à Montréal.

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