LE CHARIVARI
Un autre usage, quelquefois très déplaisant pour les uns, et fort amusant pour les autres, est encore en vigueur dans le Bas-Canada ; c'est ce qu'on appelle le charivari. Quand un jeune homme épouse une veuve, ou un veuf une jeune fille, les habitants du quartier se réunissent, et armés de cornes de bélier, de vieilles chaudières, de trompettes d'étain et d'autres instruments de musique ou de guerre aussi bruyants, ils se dirigent vers la maison du nouveau couple, et demandent le paiement de la taxe imposée par un antique usage. Le taux en est fixé d'après l'état de fortune des parties qui doivent l'acquitter. Si on ne paie pas de suite, la maison est étroitement bloquée, et exposée pendant plusieurs heures à un feu continuel de brocards bien scandaleux. Pendant tout ce temps, la bande anti-harmonieuse fait entendre... des airs offensif s, arrangés pour la circonstance. Si la somme demandée n'est pas payée à cette première sommation, la même cérémonie se renouvelle le len-
demain, et les nuits suivantes, jusqu'à ce qu'enfin les assiégés, fatigués de ces hostilités se déterminent à capituler.
Cinq années de séjour au Canada. Traduit de l'anglais, 1825.
E.-A. Talbot