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CHAPITRE PREMIER l'obstétrique et le culte

Le cordon ombilical de Jésus-Christ. — Voici ce que nous lisons dans le Dictionnaire des Reliques de Collin de Plancy; au sujet de l'ombilic de Jésus-Christ :

Voltaire a dit qu'on possédait autrefois à Châlons-sur-Marne le prépuce de Jésus-Christ ; c'est une erreur fondée sur ce que, dans le pays, on donne ordinairement le nom de Saint prépuce à cette relique, qui n'était que le nombril, et que l'évêque Noailles lit disparaître.

Nous tirerons là-dessus quelques détails curieux d'une lettre publiée au quatrième tome de l'histoire critique des pratiques superstitû du P. Lebrun. Cette lettre a été écrite à l'occasion de la visite du saint nombril, faite le 19 d'avril 1707.

« Vous saurez donc, monsieur, qu'il y a, dans notre ville de Châlons, une paroisse appelée Notre-Dame-en-Vaux, où Ton prétend conserver depuis plusieurs siècles, une partie du saint nombril de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ. — Quoi, en a-t-ileu un, vous récriez-vous d'abord ?. .. Patience, ce n'est pas de quoi il s'agit. Je sais ce que les anc: - ont >ur la maternité de la Sainte-Vierge, -ni- 3a virginité, sur la naissance de son fds notre sauveur. La manière pure et miraculeuse dont ils ont cru qu'il était venu au monde, t'ait juger qu'ils n pas été extrêmement crédules sur cette relique ; mais ne nous engageons point dans des disputes, je ne veux que vous rapporter des faits.

T. II. 1

t Mais comment cette relique a-t-elle étéapportéeà Chûlons ? L'histoire en est curieuse, il faut La reprendre de plus haut. Cette parcelle attachée à In chair de Jésus-Chisl lui étant tombée comme aux autres entants, la sainte Vierge la ramassa, dit-on. avec beaucoup de révérence et de foi; elle la garda chèrement toute sa vie, je ne sais même si elle ne la portait pas toujours sur elle. Après la mort de son fils, elle devint la source de sa consolation. Elle donna, en mourant, ce précieux dépôt à Saint-Jean l'évangéliste, comme à celui que son amour pour la personne de Jésus-Christ en rendait le plusdigne : saint Jean, établi évoque d'Ephèse, le laissa à ses successeurs ; de ses successeurs il passa successivement par plusieurs mains en celles de Charlemagne. — Eh ! Comment ? — Tout comme il vous plaira. — Nous le lui enverrons, si vous voulez, par l'impératrice Irène, en reconnaissance de ce qu'il avait chassé les Sarrazins de l'Empire; ou par Aroun, roi de Perse. Que si ce moyen vous paraît trop naturel pour une relique si miraculeuse, nous la lui ferons porter exprès par un ange, comme l'assure l'auteur des Annales ecclésiastiques de Chdlons.

« Charlemagne ne crut pas déplaire à l'ange en se défaisant de son présent au profit d'un tiers : il eut pu en enrichir son royaume et sa capitale, mais il aima mieux la porter à Rome, et en fit un présent au pape Léon III. Cette relique, qui semblait être destinée d'abord pour la France, y est revenue ensuite en partie ; elle a établi son siège dans la ville de Ghâlons ; et la paroisse de Notre-Dame-en-Yaux se fait une grande gloire de la posséder. Elle aurait raison, s'il était véritable qu'elle la possédât en efiet. On ne l'y vénère pas seulement, on l'y adore, on la porte en procession sous un dais, et on en donne la bénédiction avec les mêmes cérémonies que si c'était le corps de Jésus- Christ.

« Que si vous nie demandez des preuves authentiques de ce que j'avance, je vous répondrai, monsieur, avec le respect que je vous dois. que vous n'êtes pas assez crédule, et que vous n»j feriez pas plaisir à messieurs nos Châlonnais d'être si curieux. Nous la possédons d'un temps immémorial, vous diront-ils : que cela vous suffise, et si vous me pousse/ à bout par vos questions indiscrètes, je vous renverraià la rue des Marmousets, à l'enseignedes trois pige >ns, demandera Haymald- Itobeit. ,i»> Limoges, jadis clerc licencié és-lois, ensuite domestique d'un cardinal, depuis soldat, demeurant à Paris dans cette auberge, « homme d'honnête condition et de bonne façon, comme il paraissait à l'extérieur, et qui avait maintes connaissances », s'il n'est pas vrai qu'il a vu a Rome, dans le trésor ou se gardenl les saintes reliques el précieux joyaux avec les papiers de L'église romaine, et où sa qualité de domestique d'un cardinal lui donnait apparemment plein pouvoir de fouiller, je vous renverrai, dis-je, demander à ce savant critique s'il n'a pas vu

certaines lettr i forme de balle, portant qu'une partie

du suint nombril est à Ghâlons. Si avez en douter a]

je n'ai plus rien à vous dire pour forcer votre incrédulité. «Ainsi - 'valent V n du saint nombril,

■l'en 1407, Charles de Poiti liions, à l'insfc

paroissiens de Notre-Dame, ch stte reliq : la mil,

sans la regarder, dans un autre reliquaire plus beau que le premier.

La bonne foi seule de trois habitants - ■. qui i

rèrent de ce que leur avait rapporté le Limousin de la rue dos Marmousets. On a continu'- depuis ce temps-là à lui rendre les honneurs dont je vous ai parlé ; on y est venu en pèlerin a£ n dit

même qu'il s'y est fait des miracles, ce qu'il n le de

croire .

t Or. le cinquième dimanche de carême dernier, dixième avril. Messire Gaston Jean-Baptiste-Lo1; ir de

Monseigneur le cardinal en c -a première visiu-

èpiscopale dans la paroisse de Notre-Dame, av. c Les >olennités ordinaires. Comme les comptes qu'il eut à recevoir, et la multitude des affai-

lî se présentèrent ne lui permirent pas de les terminer tout- j, indiqua plusieurs asstunbl j il invita les pai

siens, et où se trouvèrent tous ceux qui voulurent - er. Vous

connaissez le mérite du prélat; on doit certainement lui rendre cette ju>tice qu'il est très éclairé et très zélé p souffrir dans son dio-

:ion seulement aucun abus, mais rien i peut eu approcher: et

ffaires qu'il a soutenues jusqu'à présent pour la discipline et dont il est venu glorieusement à bout, t'ont Lien voir qu'il n'y a p moins de fermeté que de lumièi

e II avait oui parler depuis longtem] relique en question,

mais les affaires de son diocè- l'avaient

empêché de s'en instruire à fond par lui-même. 11 ne pouvait ignorer ce que les goûts différents en faisaient penser aux div< Lts;il

savait que les uns l'adoraient, que les autres n'y avaient aucunque d'autres en parlaient d'une manière peu édifiante, il -avait, d'un autre côté, combien un évoque doit à ne pr i peuple,

pour objet de son cuit aa foi, que des choses indubital

considérations portèrent notre prélat à dire à m de Notre-Dame et aux paroi pi'il était

a de faire la visite de la relique. Il crut qu'il était de sa piété, d'autoriser le culte qu'on lui rendait si elle se trouvait véritable,

r au moins, si par hasard il -'y étai t Jour pris, monsieur 1' a rochet tt camail, -

Notre-Dame, chanoines

pie qui voulut l'y suivre ; il *e fait apporter une imag<

de vermeil, représentant La sainte Vierge tenant Jésus-Christ, son fils, au nombril duquel est un cercle d'argent, avec cette inscription autour : De umbilico domini Jesu-Christi. Le prélat se met à genoux, animé .l'une sainte hardiesse, <'t persuadé qu'un évêque qui a l'honneur de consacrer le corps de Jésus-Christ et de le tenir tout entier dans ses mains, ne doit pas craindre à la vue de son nombril prétendu, principalement quand il n'est poussé que par un esprit de zèle et de religion.

« Su prière unie, il ordonna à son orfèvre d'approcher, lequel, sans antre secours que celui de la pointe de son couteau, enlève le cercle et ote le cristal. Je ne vous dirai pas, monsieur, si, depuis la translation que lit Charles de Poitiers du prétendu saint nombril, on n'a pas touché à ce reliquaire, et si la curiosité n'y a pas porté les yeux ou les mains : la facilité qu'on eût à l'ouvrir le pourrait faire soupçonner. Ce que je sais, c'est que M. de Chàlons en ayant tiré, en présence de tous les assistants, ce qui y était enfermé, il vit trois morceaux de taffetas rouge usés et percés, enveloppés les uns dans les autres, dans lesquels il ne trouva que trois petits morceaux de pierre, dont l'un était lisse, comme «in gravier, de même couleur et de même dureté, les deux autres comme des éclats d'une pierre jaunâtre, graveleuse et friable, avec d'autres de très petit volume, de même qualité et de même couleur.

« Vous jugez bien, Monsieur, quelle fut la surprise et la consternation des assistants, quand ils virent, qu'au lieu d'une relique précieuse, d'un sacré dépôt, comme ils l'appelaient, ils ne trouvèrent qu'un peu de gravier. On eut beau recourir aux lunettes, les objets purent être grossis, mais ils ne changèrent pas pour cela de nature, et on reconnut que l'oracle «le la rue des Marmousets n'était pas infaillible. On n'en demeura pas là : on lit venir sur-le-champ le sieur Chèvre qui, par sa profession d'accoucheur, et d'accoucheur habile, pouvait mieux connaître les parties du corps humain et la nature des vaisseaux ombilicaux : il assura, en pleine assemblée. i|iie ce ne pouvait être ni n'avait jamais été un nombril d'enfant, et il satisfit si solidement à toutes les questions qu'on lui proposa, que tons les assistants, et même les chanoines, furent désabusés, sou lïri rent sans la moindre opposition, que monsieur l'évêque emportât ce gravier dans une boîte d'argent, <it le reconduisirent avec les mômes honneurs qu'ils lui avaient rendus en le recevant. »

Néanmoins, les notables Châlonnais, paroissiens de Notre-Dame-en- Vaux, et le clergé de la paroisse tirent au prélat nue remontrance imprimée. Ils redemandaient leur sainte relique. Cette affaire lit beaucoup de bruit, un peu de scandale : malheureusement la relique n'a pas reparu depuis.

Mais que les âmes crédules se rassurent : il existe à Rome des débris de cette précieuse relique : une partie à Saint-Jean de Latran

et l'autre, moins importante, à Sainte-Marie du Peuple. Il est vrai que cette relique ne fut découverte que huit cents ans après La

naissance du Christ.

Lait de la Vierge. - Quant au lait de la Vierge, il en existe de nombreux échantillons.

« Il n'y a si petite villette, dit Calvin, ni si méchant couvent, soit de moines, soit de nonnains. où l'on ne montre du lait de la Sainte Vierge, les uns plus, les autres moins. Tant il y a que si la Sainte Vierge eût été une vache., ou qu'elle eût été nourrice toute sa vie. à grande p»'ine en eût-elle pu rendre une si grande quantité. »

Commençons, comme de juste, notre nomenclature par le pays même où naquit et vécut la Vierge. Les pèlerins visitent non loin de Bethléem la grotte de Maratha, où la sainte Vierge dut se cacher, inquiétée par les Satellites d'Hérode. Longtemps on a raconté qu'en attendant Joseph, parti pour la ville à l'achat provisions nécessaires, Marie donna à téter à l'enfant Jésus et quelques gouttes de son lait tombèrent sur un petit rocher qui s'amollit. Depuis les révélations de sœur Catherine Emmerich sur la vie de Notre Seigneur, la vérité est mieux connue. Un instant Marie avait dû se séparer de l'enfant Dieu et le confier à Saint- Joseph. Son émotion était très grande quand Jésus lui fut rendu. Aussi fit-elle, avant de lui présenter le sein, ce que font les femmes du pays, convaincues qu'une impression trop forte peut nuire à la qualité du lait : elle exprima par terre le premier lait de ses mamelles.

Depuis ce temps, dit Collin de Plancv. les nourrices qui manquent de lait vont à la grotte, raclent un peu de poudre du rocher qui est devenue blanche et très friable, la boivpnt dans du vin ou dans bouillon, et sentent aussitôt leurs mamelles se remplir. Les femmes turques mêmes recourent à ce remède miraculeux : H l'on assure que si un homme avait l'imprudence de boire quelque peu de cette pnudre. ils lui pousserait incontinent des tétons pleins de lait.

Appelons par son nom la terre blanche et friable delà grotte de Bethléem : c'est de la craie :des bâtons de craie, voilà ce qui com-

une partie des prétendus laits de la Vierge répandus sur la surface du globe.

Enumérons quelques-uns des sanctuaires où se trouvent do ces fétiches singuliers. Rome naturellement, en a sa bonne part. Une fiole est gardée à Sainl Nicolas in carcere : souvenir païen, car celte église a remplacé un ancien temple de la piété filiale qui, lui-même, avait remplacé une prison où le Grec Simon, d'après Valère Maxime, avait été nourri par le lait de sa fille 1 1 ). Autres fioles dans l'église de Sainte Marie in campitelli, dans celle de Sainte Marie du Peuple, dans celle de Saint Alexis. On montrait solennellement à Gènes, une fiole assez considérable du lait de la Vierge. Cette relique guérissait les maladies du sein et avait beaucoup d'autres propriétés. A Venise, une fiole du lait de la Vierge, conservée dans l'église de Saint Marc, donne du lait aux nourrices qui en demandent. L'Eglise Saint Antoine de Padoue possède une relique de môme espèce. On vénérait à Saint Louis de Naples, une autre fiole du lait de la Vierge qui devenait liquide à toutes les fêtes de Notre-Dame, et qui était caillé le reste de l'année : miracle analogue à celui du sang de Saint Janvier (2).

En France, l'abbaye de Royaumont avait du sacré lait aussi extraordinaire ; habituellement liquide, il prenait la consistance du fromage à la pie aux fêtes de la Sainte Vierge. D'ailleurs, sous le rapport qui nous occupe, notre heureux pays n'a pas à jalouser l'Italie. Rien qu'en Provence nous trouvons des gouttes de ces saintes sécrétions, à Aix. à Toulon et à Berre. Les Gélcstins d'Avignon ont aussileurpart de cette inestimable richesse. Nous avons

(1) Le même auteur parle aussi d'une mère qui fut allaitée par sa fille Terentis dans les mêmes conditions. L'histoire n'est pas que dans Valère-Maxime : d'autres anecdotiers l'ont donnée avec quelques variantes. Dans la première moitié du XVIe siècle, on on lit une moralité, écrite d'un style naïf et simple, parfois assez touchant :

... Rendre vous veux huy amour maternelle ;

Venez Icy allaicter ma mamelle.

El prenez en votre réfection.

bai ma jeunesse me faisiez chose telle..

boni j'en avoye ma substantation.

Nous empruntons ces détails à Golliq de Plancy, lue. cil.

relevé dans un volume du XVIP siècle, V Examen des reliques les plus considérables du Trésor de V Abbaye de Corbie, le passage suivant :

L'an 1558, les Chanoines de la cathédrale de Rouen, persuadés de la vérité (1), en firent demander une partie à l'Abbaye de Corbie :et le roi ainsi que le cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen et abbé commandataire de Corbie appuyèrent la demande des chanoines par leurs lettres. On lut ces lettres dans le trésor en présence de Févêque d'Ebron, de Charles de Merclessart, gouverneur de Corbie, après quoi le grand prieur ouvrit le reliquaire qui est en forme de tour, accompagné de trois clochers et en tira une phiole de cristal, renfermant le lait de la sainte Vierge, et en donna une partie aux chanoines députés dont il lit drossé acte.

Autres détails fournis par Collin de Plancy :

On vénérait à Chartres une fiole du lait de la Vierge, recueilli en- Judée pendant qu'elle allaitait l'enfant Jésus. Mais on avait, dans cette même ville, un autre vase de lait plus miraculeux. On conte que Fulbert, quarante-quatrième évéque de Chartres, ayant dans le palais un feu incurable qui lui brûlait la langue, la sainte Vierge lui apparut, lui commanda d'ouvrir la bouche, et y lit jaillir de ses mamelles qu'elle pressa de ses doigts sacrés une ondée de lait excellent, et qui éteignit soudain le feu de sa langue et la rendit plus saine que jamais. On ramassa sur les joues de Fulbert plusieurs gouttes de ce lait sacré, que l'on conserva dans une fiole, au trésor de Chartres, et qui fit bien des prodiges de guérison en faveur des femmes qui avaient le sein malade (-2).

Que sont devenus tous ces saints laits ? Et ceux de Saint-Denis et de Bouillac ? et le double échantillon dont s'enorgueillissait la cathédrale de is, etc. ? Nous ne savons trop. Quant à celui

de l'abbaye d'Evron, dans le Maine, au temps de « l'Ordre moral » il reprit quelque peu de son antique gloire. Laissons la parole à M. Paul Parfait, dans sa. Foire aux Reliques :

(1) Naturellement, il s'agit du Saint Lait :

(2) ('/est à ce fait que se rapporte la 10° moralité des Miracles de Notre-Dame : et qui a pour titre ■ « Notre- Dame donne à un évoque du lait de ses mamelles dans un jouel (joïau) d'or ».

Evron, au diocèse de Laval, est une des stations chères aux organisateurs de pèlerinages, chaque fois qu'un train emporte les pèlerins vers Saint-Michel ou Aura y. on n'a garde de leur laisser oublier qu'une insigne relique, « quelques gouttes de lait de la très sainte Vierge » sollicite en ce lieu Leurs hommages.

C'est au mouvement des pèlerinages del872 que ce fétiche, fort négligé depuis un long siècle, doit son regain de succès. En 1875, on y traînait des phalanges de fidèles auxquels on faisait chanter :

Au premier rang vaincre ou mourir !

Telle est du chrétien la devise ; Soldats du Christ et de l'Eglise, .

S'il le faut, nous saurons périr.

Contre le inonde et Lucifer, Pour assurer notre victoire, Nous avons la grâce et la gloire :

Haine au démon ! Guerre à l'enfer !

Cela s'appelait le Cri de ralliement et reste un assez joli échantillon de la poésie de combat inaugurée par nos nouveaux croisés. Je n'ai pas besoin de dire que, dans la pensée du poète, l'enfer c'est la société laïque.

A ce titre de point de ralliement, Evron mérite de nous arrêter un instant. Qui ne serait curieux, d'ailleurs, de lier connaissance avec une relique aussi singulière que le lait de la Vierge, de savoir d'où elle vient, quand elle fut recueillie, et l'usage qu'on en peut faire.

Il n'est malheureusement pas aisé de répondre d'une manière également satisfaisante à ces diverses questions. Quant à l'origine de la relique, il faut se bornera apprendre qu'elle aété rapportée d'Orient, comme tant d'autres, par un ancien prisonnier des infidèles. Au sortir de sa captivité, ce chrétien l'aurait obtenue à grand'peine du « mécréant » son maître, qui, chose étrange, gardait ce lait comme un trésor et eut un mal énorme à s'en séparer. S'il vous plaisait à présont de savoird'où le fils de Mahomet tenait une relique si chère, ne le demandez pas.

Le seul l'ait certain, c'est qu'au VIIe siècle, cette relique servit de prétexte à L'édification d'une abbaye qui s'enrichit bientôt par une suite ininterrompue «le dons en rentes, terres, maisons, moulins, métairies, bois, vignes, eaux, prairies, pâturages.

« On savait apprécier leurs services, dit des moines d'Evron un de leurs historiens (1), et l'on trouvait tout naturel de leur prodiguer les

di Monographie religieuse et pèlerinage de Notre-Dame de l'Epine d'Evron, par F-B-G., curé-doyen. Laval 1870. in-S*

SUR LES ACCOUCUEMENTS

trésors temporels en échange des bien* spirituels dont ils étaient les dispensateurs.

Il y avait donc échange 'le bons procédés entre les propriétaires et les moines. A ceux-ci qui leur prodiguaient l'argent, ceux-là prodiguaient, par réciprocité les miracles. I>>s légendes intelligentes devaient retirer aux donateurs toute idée de revenir sur les décisions prises. Telle, par exemple, la légende de Guy de Laval, reprenant aux moines, dans un mouvement de « basse cupidité ». les biens qui leur avaient été donnés par les aïeux, et frappé soudain d'un « violent torticolis 5 qui ne guérit que lorsqu'il a fait promesse de tout rendre.

Cela peut se lire en détail dans la grosse brochure que M. le curé d'Evron a consacrée à chanter les gloires du Saint Lait. Ce panégyriste a. pour démontrer l'authenticité de sa relique, une argumentation bien simple. « On expose ailleurs, dit-il, des larmes, des gouttesde sang et de sueur de Jésus, toutes revêtues des approbations les plus respectables. Pourquoi n'aurions-nous pas des gouttes tout aussi authentiques du lait de sa mère ?

« Certes, il n'est pas facile, remarque M. le curé d'Evron. d'expliquer ni de comprendre, humainement parlant, comment quelques gouttes de lait ont pu sp conserver pendant plus de cinq siècles, en passant par des mains et des lieux très-peu sûrs. »

Humainement parlant, l'explication sans doute est peu facile : mais admettez que Dieu Tait voulût ainsi et tout va de -

r Dieu a bien pu, sans être obligé à nous en donner des preuves patentes, opérer ce miracle de conservation pour la gloire de Marie et dans l'intérêt des âmes. »

M. le curé nous accordera que l'intérêt des moines y était bien aussi pour quelque chose. D'autant que M. 1»' curé d'Evron a l'esprit très accommodant. Malgré le cantique local.

Un pèlerin de la Syrie Jadis apporta "dans ce lieu Du lait dont la Vierge Marie Nourrissait Jésus l'enfant Dieu...

il n'affirmera pas que sa relique date précisément de l'époque où la vierge nourrissait. Il daignera même vous expliquer, en prenant à témoins les autorités les plus graves^ comment certains laits de la vierge peuvent avoir une provenance plus moderne.

« C'est ainsi, dit-il. que saint Dominique, saint Fulbert de Chartres et saint Bernard, étant tombés malade-, au dire d 1 leurs historiens, reçurent la visite de la sainte Vierge qui les guérit, en exprimant sur

Leurs lèvres quelques gouttes de son Lait maternel : il leur fut donc facile d'en recueillir une certaine quantité. »

Le savant abbé de Solesmes, dom Guéranger, ajoute qu'il peut y avoir d'autre pari « du lait de la Bainte Vierge provenant de statues ou de tableaux miraculeux, comme il y a -les larmes et des gouttes de sang de Notre-Seigneur, reliques moins frappantes sans doute aux yeux de la foi et de la piété, mais cependanl dignes de noire respect. »

Gela fait déj compte Lieu, trois catégori is de lait. A laquelle

des trois appartient celui d'Evron ? M. le curé, qui a'est pas un homme •le parti pris, .'vile de se prononcer.

Quel aspect a donc celait d'Evron ?

« ...Celui qui, voulant juger la relique de ris,,, aura ouvert le sacraire en chêne, encastré dans un mur de granit, tiré du sacraire un coffre à double porte avec serrure de sûreté, du coffre un reliquaire en vermeil, l|u reliquaire eu vermeil un tube d'étain, celui-là, en ouvrant le tube d'étain... » Mais il faut laisser la parole à M. le curé d'Evron:

« La relique .lu Saint Lait est contenue dans un tube d'étain de quatre centimètre de hauteur. Les parois intérieures du tube bénie paraissent légèrement taché is et ne laissent ape -cevoir aucun liquide. »

Conclusion. Aufond de tous ces reliquaires superposés il n'y a rien, absolument rien. C'était bien la peine d'exposer en commençant que la céleste volonté a pu suffire pour conserver le précieux lait indéfiniment !

Les nourrices ont été pondant longtemps la principale clientèle d'Evron.

Depuis cette époque, ajoute M. "Paul Parfait, la Vierge d'Evron a de beaucoup élargi le cercle de ses opérations miraculeuses.

Dans les temps 'le sécheresse, elle fait obtenir des averses, à la seule condition qu'on n'en abuse pas.

C'est une tradition, a Evron, qu'on ne doit sortir la sainte relique que dans les cas graves et suivant un cérémonial déterminé : mais alors on est sur d'obtenir ce qui est demandé (1),

Lors 'lu choléra de 1865, on eul toutefois le tort d'attendre que cent quarante-deux habitants de cette petite localité .Missent été frappés de 1,""'t- ;,v;ml de sortir la relique; mais peut-être le cas ne paraissait-il pas assez grave.

M1"' l;l reliqueeul et/' promenée « le fléau ne cessa pas immédiatement, nous apprend le curéd'Evron, mais pas un malade ne mourut

i h Monographie etc.

SLR LES ACCOL'CnEME>T> H

sans avoir reçu les demi 1 nombre d'entre

qui n'avaient ni foi ni

au couj. ■ »•

'aurait-ce donc été *i le roi: nir «lu Saint-

lait, en avi ivement renfermé.

Jalousie de Saint- Joseph à la grossesse de la Vierge —

- it-Joseph passe d'ordinaire ^our nn modèle «le complaisance.

Pourtant, avant que l'ange de Dieu ne fut venu r en

■. il ne parait pas avoir été d'humeur si bénigne. L

Mathieu, le seul qui fasse mention de L'époux incomparable,

dit en son chapitre I :

Or la naissance ' .'.hrist arriva de c . Marie,

ayanl roseph, elle fut reconni Saint-

t. -'tant juste, et ne voulant pas la dé r, résolut de la quitter

secrètement

Sur cette donnée, le jésuite Cartagena, dai

Joseph i bâti tout un petit roman de jaloi

écrit dans un latin galamment prétentieux. Nous farad

nt-Joseph était agité d'une terril)] ne voulait

apporter à son mal le [ni aurait pu le soula.

liste dit qu'étant juste, it-ne voulut pas diffamer Marie. M i âme

était blessée de la plus cuisante douleur guerre

plus que civile e1.. dent que torl

atrocement et supplicier son cœur. I ur lui un

rigoureux martyr, puisque, suivant Salomon, la jalons ruelle que l'enfer,

Remarque ingénieuse d'un prédicateur. — Un prédicateur burlesque du XV le dominicain italien F:

. etc.

L8 et 19. — Traduction de le Maista Clément IX. en 166

squam civile bellum

entraîner par le d lontrer qu'il connaît

n'offre gu< lani

tre exigeant.

12 GUMOSITÉS HISTORIQUES

letta, avance, dans son Sermon de la Nativité, que la Vierge, étanl taxée de grossesse, dédaigna de se défendre, et que la preuve de son silence, c'est qu'on la peint avec un œil plus grand que La bouche, nota de signis tacitumitatis, quod depingitur oculo majore quam ore.

Barletta ajoute que, depuis sa grossesse, les rayons du soleil sortaient de sa face, et ce miracle, il le prouve sans peine par la philosophie, la théologie et l'expérience.

Doctrines théologiques sur l'avortement. (1) — Suivant Escobar (2), l'avortement, qui est qualifié un homicide imparfait, est toujours péché mortel ; si le fœtus est animé, l'excommunication est encourue. Distinction grave, car le péché, môme mortel, s'efface par le sacrement de la pénitence, et on ne peut être relevé de l'excommunication que par le pape ou, tout au moins, par un évêque. Mais de quelle époque date l'animation du fœtus ? Les théologiens, mieux instruits à cet égard que les médecins. comptent quatre-vingts jours pour un fœtus femelle, quarante seulement pour un mâle (3).

Le même Escobar se demande ensuite s'il est permis de procurer quelquefois l'avortement.

Directement, jamais, que le fœtus soit animé ou inanimé : indirectement, en certains cas : ainsi pour sauver la vie de la mère, niais non pour lui éviter l'infamie ou la garantir d'un danger qu'entraînerait la manifestation de la grossesse.

ou'est-ce que ce distinguo entre l'avortement direct et l'avortement indirect ? Un cas discuté par le R. P. Gury 4), le plus ingé-

(1) V. VE mbryologie sacrée de notre Histoire r?es accouchements p.

(2) Liber theologiœ moralis viginti doctoribus Societatis Jesu doctoribus reseratus, Lyon, sans date. G'esl comme un résumé des doctrines delà compagnie. Escobar mourut en 1669.

(3) Y . p. 134 de notre Histoire des Accouchements.

(4) Jésuite, auteur d'un Compendium theologiœ moralis et d'un Cosub conscient iœ. Ce dernier livre, dit Paul Bert, à qui nous empruntons sa traduction U,<i morale des jésuites) est \ une suite de cas, d'espèces, d'anecdotes, qui constituent autant do problèmes de morale théologique.

nieux peut-être des fils de Loyola, presque un contemporain, va nous le rendre fort clair.

Gaspard, médecin, faisant une confession générale de sa vie, avoue au confesseur : 1<> qu'à une femme enceinte qui allait mourir, il a donné une médecine qui devait la guérir, tout en prévoyant que le fœtus devait en périr ; 2p qu'à une autre femme, qui autrement était en grand

et certain danger demurt.il avait donné un remède pour tuer le fœtus et l'expulser en même temps, alin que la mère délivrée pût se guérir.— Que doit-on penser de Gaspard.

Dans le premier cas, Gaspard n'est pas repréhensible. car l'avortement était indirect ; dans le second cas. étant direct, il a péché gravement.

Comme on le voit, du XVIIe au XIXe siècle, les doctrine sur la matière n'ont point changé. Il est d'ailleurs curieux de constater la persistance des théologiens, jésuites ou autre>. à sacrifier la mère à l'enfant. Chez eux, remarque justement Paul Bert, « la femme est traitée exclusivement comme une machine à fabriquer l'homme, machine qui n'a pas le droit de s'arrêter dans fabrication (1) » Le Petit Catéchisme de l'abbé Maroti lare

nettement « qu'il est défendu, sous peine de péché très grave, aux chirurgiens et aux sages-femmes défaire mourir un enfant dans 1*' sein de sa mère, alin de délivrer sa mère d'un mal qui, sans cela esl inévitable. » Gury est d'une précision plus scientifique : « On ne peut, en aucune façon, excuser d'homicide les médecins (pii. pour délivrer une mère ne pouvant accoucher et sur le poinl de mourir, elle et son fruit, ont recours à la céphalotripsie ouà l'embryotomie. c'est-à-dire qui, à l'aide du forceps, brisenl le crâne de l'enfant dans le ventre de sa mère et retirent ensuit.- le fœtus mort. » Un cas est proposé à l'appui de cette <>dieu>e doctrine :

Pélagie, enceinte de quatre à cinq mois, se trouve <laus le plus grand danger et paraît sur le point de mourir. Outre 1'- médecin ordinaire, trois autres sont appelés en consultation. Après avoir mûrement délil voici ce qu'ils décident : m l'art du médecin peut amener l'expulsion du

(1) La morale des J<:s)<it>>s.

(2) Cité par Paul Bert dans l'ouvrage ci-«le»u> indiqué.

M Cl RIOSITÉS HISTORIQUES

fœtus, celui-ci périra, mais pourra probablement être baptisé avanl sa mortel La mère sera sauvée d'une mort certaine. Si L'on n'agit pas ainsi, c'en est fait de La mère et de L'enfant, qui sera ainsi privé du bienfait -lu du baptême. Après cette décision, ils se préparent à opérer L'expulsion ; L'événement confirma leur prévision : L'enfant expulsé et baptisé mourut aussitôt, et La mère fut sauvée. — Est-ce permis ? Dans ce cas, pouvaiton procurer l'avortement ?

A vous, à moi, simples laïques, tout semble pour le mieux ; la mère vit. reniant est allé rejoindre les anges : que faut-il de plus ? Eh bien non. Gury n'est pus content. -Jugez donc, l'avortement a été direct. Et puis, si l'on n'avait pas eu le temps de baptiser l'enfanl

Sur le baptême intra-utérin. — Nous avons parlé ailleurs \1) du baptême intra-utérin. Sur le témoignage du père Hoop, un familier de d'Holbach, Diderot, dans une lettre à mademoiselle Volland (2), rapporte le procédé élémentaire usité par un médecin d'outre-Man^ eue, qu'il appelle Grégoire (3).

I !e Grégoire croyait sérieusement qu'un enfant qui mourait sans qu'on Lui eût jeté un peu d'eau froide sur la tête, en prononçant certains mots, était fort à plaindre dans l'autre monde ; en conséquence, dans tous Lea accouchements laborieux, il baptisait l'enfant dans Le sein de Lamère;oui dansleseindelamère.Or, savez-vous comment il s'y prenait ? D'abord il prononçait la formule: Enfant, je te baptise. Puis il remplissait d'eau sa bouche qu'il appliquait çonvenablement,soufflant son eau le plus loin qu'il pouvait; en s'essuyant ensuite les lèvres avec une serviette, il disait : « 11' n'en faut que La crut millième partie d'une goutte pour faire un ange. »

1 H est étrange que Gury semble ignorer le baptême intra-utérin.

I) V. Histoire des accouchements p. L39. (2 L3 octobre, L760.

(:;' S;,I1S douté Jean Grégory (1734-1773), Ecossais, professeur à L'Un versité d'Edimbourg, homme de mérite d'ailleurs.

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