POGGE
D'un frère mineur qui fit le nez d'un enfant. — Un romain très spirituel, avec qui je causais dans une réunion, me raconta une bien plaisante histoire arrivée à une de ses voisin.-- : • In frère jie l'ordre des mineurs, nommé Lorenzo, dit-il. avait jeté les yeux sur une belle jeune femme, mariée à un de mes voisins et il m'en cita le nom : pour arriver à ses lin-, il demanda au mari d'être parrain de son premier-né. A force d'observer la jouvencelle, il avait deviné qu'elle était il vint la trouver, et, en présence
de son mari, comme un sorcier qui lit dans l'avenir, il lui dit : « Vous êtes grosse, mai- l'enfant dont vous accoucher»'/ sera pour vous une grande cause de chagrin ■-. La femme crut qu'il faisait allusion au sexe de l'enfant :
— Quand bien même ce serait une fille, dit-elle, elle sera la bienvenue.
— Oh î c'est pire que cela î dit le frère, en prenant la plus triste figure.
La femme voulut savoir de quoi il s'agissait : mais elle eut beau insister, il refusa de s'expliquer davantage. Enfin, soucieuse d'apprendre ce dont elle était menacée, elle lit venir le moineà l'insu de -'»ii mari, et obtient, non -ans l'avoir longtemps supplié, qu'il lui révélât tout. Après lui avoir recommandé un secret absolu, Lorenzo lui dit qu'elle mettrait au monde un enfant mâle, mai-
\'ll ANECDOTES
<|if il n'aurait pas de nez, chose horrible dans le visage d'un homme. La pauvrette lui bien effrayée :
— Et il n'y a pas de remède, demanda-t-elle ?
— Si, répondit L'autre, mais il faut convenir d'un jour où je coucherai avec vous pour rectifier la besogne de votre mari et faire à L'enfant Le nez qui lui manque.
Si dur que cela lui parût, elle consentit, par crainte d'avoir un enfant difforme, et, la jour dit, se livra au frère, qui, sous prétexte d'achever le nez, revint plus d'une fois. Far pudeur, elle n'osait bouger : I»1 moine eam moveri jubebai , ut ex confricatiortele nez fût plus solidement soudé. Enfin, le hasard fit qu'elle accoucha d'un garçon pourvu d'un nez majestueux ; la commère s'en étonna.
— C'est, dit le frère, que je n'ai pas assez regardé à ma peine. en L'achevant.
Elle avoua elle-même la chose à son mari, estimant qu'il eut été affreux d'avoir un enfant sans nez, et le bênet la félicita; il approuvait tout à fait la besogne du moine.