V. — L’anémie infectieuse fait-elle le lit de la tuberculose
Les sources de la contagion à l'égard de la Tuberculose sont à la campagne des plus nombreuses. Elles affectent les formes les plus diverses. Et pourtant la Tuberculose du
cheval qui est bien une réalité — la littérature de cette maladie en contient quelques descriptions typiques — reste dans les pays qui ignorent l’Anémie Infectieuse, une rareté si grande que l’on ne pense jamais à elle du vivant du malade et qu’on ne la constate que comme trouvaille d’autopsie.
Cette rareté, ces apparitions par cas presque toujours isolés, semblent donc prouver que l’agent de la Tuberculose ne trouve pas chez le cheval sain le milieu favorable qui lui est indispensable pour s'implanter, vivre et se développer.
Il faut, pour que le bacille de Koch puisse infecter le cheval, qu'il ait acquis une virulence tout à fait spéciale ou que l'organisme de cet animal ait été grandement modifié.
Nous ne voulons pas croire, du moins pour les observations que nous avons faites, à une exaltation de la virulence du bacille qui le rende apte à créer chez le cheval les lésions ou les réactions que nous avons rencontrées. Nous n'avons, en effet, vu la Tuberculose du cheval que dans des écuries infectées d’Anémie Infectieuse, alors que dans la même région, dans les fermes indemnes d’Anémie Infectieuse, les agents de la Tuberculose observée chez les bovins, ou chez la poule et soumis aux mêmes influences du sol, du climat et du milieu n’ont jamais frappé les chevaux. Nos injections de tuberculine, nos déviations de complément et surtout nos autopsies faites systématiquement pour tous les chevaux morts ou abattus de ces exploitations obligent par leurs résultats négatifs à ne pas envisager cette hypothèse d’une adaptation de la virulence si élégante pour expliquer les quelques cas isolés de Tuberculose du cheval dans des régions autres que la nôtre, mais peu logique pour justifier cette prédilection de l'agent tuberculeux pour les seules écuries infectées d’Anémie de notre territoire.
Aussi, nous préférons de beaucoup, pour comprendre cette contagion, admettre une transformation du milieu
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intime du cheval par une autre maladie ayant devancé et préparé le terrain à la Tuberculose.
Devant les faits troublants que nous avons observés dans quelques écuries où Anémie Infectieuse et Tuberculose frappaient les chevaux, ne sommes-nous pas en droit de nous demander si cette transformation, si cette adaptation tout à fait particulière exigée par le bacille tuberculeux ne serait pas réalisée par l’Anémie Infectieuse ?
Quand on a constaté combien grandement l’Anémie Infectieuse modifie l'organisme du cheval au point que des doses infinitésimales d’un agent chimique tel que le chlorure mercurique font floculer son sérum alors qu’elles n’altèrent que rarement le sérum du cheval sain, ne peut-on pas croire que l’Anémie Infectieuse parvient à réaliser une transformation du milieu qui entraîne son adaptation à la culture du bacille de Koch ?
Tous les cas de Tuberculose du cheval que nous avons observés et dont nous avons relaté les plus typiques, le furent dans des écuries infectées d’Anémie Infectieuse. En ces dernières années, nous avons observé dix-sept cas de Tuberculose du cheval, mais alors que la bibliographie de cette affection ne cite que des cas isolés, nous avons pu établir quatre fois des diagnostics d’écurie si graves parfois que des seize chevaux de M. G..., à C..., cinq ont eu des réactions positives à la tuberculine et deux se sont montrés nettement infectés à l’autopsie.
Une constatation pourtant nous a bien intrigué. Pourquoi le petit pays des Vosges que nous habitons serait-il le seul ou l’un des rares à posséder les conditions optima nécessaires à l’adaptation du bacille tuberculeux chez le cheval ?
Pourquoi dans les clientèles de nos confrères voisins, infectées comme la nôtre par le virus de l’Anémie Infectieuse, la Tuberculose ne trouve-t-elle pas les mêmes causes favorables à son développement que chez nous ?
Ls sondages peut-être moins complets et moins systématiques que les nôtres, faits à notre demande par plu-
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sieurs Vétérinaires de la Lorraine et du Bassigny, dans les écuries décimées par l’Anémie Contagieuse n’ont donné aucun résultat positif et les examens des carcasses des chevaux abattus dans les différents abattoirs et clos d’équarissages de notre région de l'Est n'ont permis de déceler aucun animal tuberculeux.
Nous devons devant ces faits convenir que si l’Anémie Infectieuse est bien l’une des causes prédisposantes, celle dominante, à notre avis, qui prépare le terrain à la Tuberculose, il est nécessaire cependant que d’autres lui soient associées. Quels sont ces autres facteurs qui aident au travail de l’Anémie Infectieuse pour ce but funeste ? Climat, nourriture, travail, hygiène ou plus exactement manque d'hygiène sont comparables dans les différents secteurs envisagés. Seul peut-être le sol n’a pas la même texture, puisque dans notre région il est fait de marnes irisées de Kœæper, tandis que dans les autres parties de la Lorraine il est plus riche en chaux et se montre plus perméable. Est-ce là la raison des anomalies observées ? Aucune expérience sérieuse ne nous permet de l’affirmer.
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Conclusions
Au terme de cet exposé, nous aurions aimé ne pas être obligé de donner les conclusions que nos observations semblent permettre. Même avec l’aide précieuse que nous avons rencontrée, nous avons conscience que tout comme la plupart de nos Confrères ruraux restés depuis la sortie de l'Ecole dans leur clientèle, sans avoir pu, tant les malades, ou plus exactement leurs maîtres, sont tyranniques, faire de temps en temps un retour au berceau scientifique dont nous émanons, nous sommes très mal outillé pour interpréter raisonnablement les constatations, si intéressantes soient-elles, que nous avons faites au cours de notre labeur quotidien. Nous sentons qu'abandonné à nous-même, avec un bagage scientifique qui se rétrécit ou plus exactement qui paraît plus petit à mesure que de nouvelles découvertes sont faites, nous devons demander à d’autres de déduire de nos observations la leçon que l’on peut en tirer, bornant ainsi notre ambition à n'être que les yeux, aussi clairvoyants que possible, des chercheurs demeurés au Laboratoire.
Dans les descriptions parallèles que nous avons faites des méthodes de diagnostic de deux maladies considérées comme très dissemblables malgré les points communs que nous avons voulu leur trouver, nous aurions simplement désiré ajouter un maillon nouveau à chacune des chaînes jamais terminées que représente l'étude d’une affection et forger si possible un anneau qui les réunisse en un point.
Le but que nous demandons à ce travail nous oblige à être présomptueux. Nous nous en excusons.
N'’avons-nous pas le droit en effet d'admettre que Tuber-
culose du cheval et Anémie Infectieuse sont fréquentes dans notre petite région des Vosges puisque nous avons, dans les mêmes écuries, soigné des chevaux atteints d’Anémie Infectieuse et dépisté parmi eux un certain nombre de sujets présentant les réactions du Tuberculeux ?
Ne pouvons-nous pas affirmer que Tuberculose et Anémie Infectieuse peuvent coexister sur les mêmes sujets puisque nous avons, lors de l’autopsie de quelques animaux, morts après avoir présenté les symptômes de l’Anémie Infectieuse, dépisté le bacille de Koch dans des ganglions et observé la rate typique et le foie volumineux de l’anémique ?
Ne devons-nous pas enfin admettre que dans quelques régions peu étendues de l’Est de la France, l’Anémie Infectieuse, sans avoir à elle seule ce triste privilège, crée chez le cheval qui en est atteint un terrain éminemment favorable à la Tuberculose ?
À toutes ces questions, nous répondrons par l’affirmative et nous profitons de cet exposé pour tirer une conclusion pratique qui peut-être sort du cadre que nous nous étions imposé, mais que nous aimerions voir servir à nos Confrères.
Quand on commence à redouter de voir l’Anémie Infectieuse créer l’un des milieux indispensables au développement de la Tuberculose, il n’est plus permis d'accepter pour la consommation humaine des chevaux anémiques, qu’en l’absence de toute réglementation précise, l’Inspecteur des viandes ne peut saisir. Tant qu’en France l'absence d'’étaux de basse boucherie où sont vendues cuites les viandes de qualité inférieure, ne permettra pas une utilisation en connaissance de cause et à des prix très bas, des viandes qui laissent à désirer, le Vétérinaire devra continuer à timbrer comme bonne et à laisser vendre au même prix que la viande normale les chevaux étiques, à la limite de la cachexie, à moins que la crainte ou la possibilité de l’existence d’une maladie contagieuse à l’homme n’arme l’Inspecteur.
La coutume veut qu’en Inspection des viandes, hors le
ot
cas de maladies contagieuses, le doute profite toujours au boucher.
Pourquoi. pour une fois, ce doute ne se retournerait-il pas contre lui puisque l’on est en droit désormais d’admettre que le cheval peut être tuberculeux, puisque l’Anémie Infectieuse, si elle n’est qu’excessivement rarement contagieuse à l’homme, semble créer le milieu tout à fait favorable au développement de la Tuberculose ?
Vu : LE DOYEN : Va : LE PRÉSIDENT DE LA THÈSE : BALTHAZARD Léon BERNARD
Vu et permis d'imprüner :
Le Recleur de l'Académie de Peris :
S. CHARLÉTY.
ou E
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