TUBERCULOSE CHRONIQUE DU CHEVAL
Dans les écuries qui nous intéressent pour cette étude, c'est-à-dire dans celles que nous savons infectées d’Anémie contagieuse, la Tuberculose se traduit par des symptômes très comparables à ceux observés dans cette Anémie. Ces manifestations n'ont rien de caractéristique : fièvre persistante, troubles gastro-intestinaux, amaigrissement allant jusqu'à la cachexie, diminution très grande du nombre des hématies avec augmentation du nombre de certains types de globules blancs, tous ces troubles sont d’ordinaire attribués à l’Anémie Infectieuse dans les écuries qui ont connu cette maladie. Même la diarrhée profuse sans cause apparente précise qui devrait être la caractéristique de la Tuberculose est attribuée souvent au cancer, peutêtre moins rare, parce que ses localisations s’observent aussi de préférence sur les viscères abdominaux : rate, foie, ganglions lymphatiques médiastinaux et même péritoine. Le diagnostic par le seul examen clinique du malade paraît donc à peu près impossible.
Aussi, pour orienter nos recherches, nous avons dû tout d’abord utiliser les commémoratifs qu'il nous était possible d'obtenir et pour cela, dans les fermes qui avaient eu
à souffrir de l’Anémie Infectieuse, nous avons voulu savoir si les autres animaux, sensibles eux à l'infection tuberculeuse dans nos pays de petite culture, avaient cohabité avec le cheval et souffert des atteintes de la terrible bacillémie.
Grâce à un heureux hasard, bovin vendu et reconnu tuberculeux à l’abattoir, poule au foie piqueté de granulations blanchâtres qui intriguent la fermière et lui font profiter pour la montrer au Vétérinaire d’une visite provoquée par un motif à ses veux plus sérieux, nous avons pu établir la liste des exploitations de notre clientèle infectées dans leur cheptel équin d’Anémie contagieuse et dans leurs troupeaux bovin, porcin ou aviaire de Tuberculose. Deux fois même nous avons eu le bonheur d’étudier des exploitations où le propriétaire a préféré affecter l’étable à sa cavalerie après avoir vendu ses laitières plutôt que de faire la désinfection rationnelle prévue par les règlements et pour son intérêt. On peut dire à sa décharge que, comme nous-même, il ne croyait pas alors qu'il fut possible que ses beaux ardennais contractent la maladie si bien décrite par nos illustres compatriotes ViLLEMIN et TOUSSAINT.
Nous ne pouvions songer, dans ces écuries atteintes d’Anémie et soumises à la contagion de la Tuberculose par la vache qui tousse et souille l’abreuvoir commun ou la mangeoire voisine, la poule qui répand sur le foin les bacilles qu'elle a hébergés dans son intestin, qu'il fut possible d'établir par la simple interprétation de symptômes cliniques généralement discrets l'existence de la Tuberculose. Ne pouvant non plus espérer trouver le bacille de Koch dans le crottin du cheval comme cela se fait déjà difficilement dans la bouse de la vache, nous nous sommes attachés à rechercher dans l'organisme des suspects la présence de ces anticorps spécifiques qui trahissent si bien et à coup sûr l’agent microbien qui les fabrique.
Pour cette recherche des anticorps, nous avons opéré par nous-même en pratiquant des tuberculinations suivant
la méthode préconisée par notre confrère allemand pour le diagnostic de l’Anémie Infectieuse et en recourant à l’obligeance de notre camarade ‘TarerY qui, sous la direction de notre savant collègue Rixsarp, Directeur adjoint du Laboratoire National des Recherches, a fait l’étude du sang de tous les chevaux des écuries suspectes de notre clientèle par la méthode de la déviation du complément.
TUBERCULINATIONS.
La Tuberculination, c'est-à-dire la recherche d’une réaction de défense de l’organisme qui connaît le poison fabriqué par le bacille tuberculeux et essaye de se protéger par des moyens d'autant plus actifs que le poison qu'on lui impose est à des doses plus grandes ou mis en des tissus plus sensibles donne, chez le cheval, des résultats très comparables à ceux que nous avons coutume d’observer chez les bovins.
Des trois modes de Tuberculination que l’on a coutume d'employer, la Tuberculination sous-cutanée avec injection de 3 cc. de Tuberculine diluée sous la peau de l’encolure suivie à espaces rapprochés (environ toutes les deux heures à partir de la huitième heure qui suit l’inoculation) de prises de température nous paraît de beaucoup la méthode la plus sûre par son triple contrôle de la courbe thermique, de la réaction locale et de la réaction générale.
Chez le cheval comme chez la vache, cette Tuberculination sur l'animal tuberculeux s'accompagne d’une forte hyperthermie qui doit être de l’ordre d’au moins 1°5 quand le point de départ au moment de l’injection n’est pas supérieur à 39°, d’une belle réaction locale, tuméfaction volumineuse, de la surface de la main et épaisse d’un doigt et demi à deux doigts ; engorgement chaud, douloureux, persistant au moins deux jours et si sensible que le cheval cherche à se dérober même par la violence à tout attouchement en cette région. Chez le Tuberculeux,
dl —
cette injection provoque enfin une forte réaction générale: abattement, inappétence, décubitus prolongé.
Ces phénomènes se manifestent assez rapidement, beaucoup plus tôt que chez le bovin et souvent avec une acuité supérieure. Cependant, les difficultés que nous éprouvions à aller prendre quatre et même six fois par jour la température de chevaux vivants parfois à 10 et même 20 kilomètres de notre maison, l’appréhension irraisonnée de propriétaires qui n'aiment pas voir « bricoler » leurs animaux, surtout quand ils paraissent peu ou pas malades, la crainte du qu’en dira-t-on chez le voisin qui s’étonnera des visites répétées du Vétérinaire, toutes ces causes nous ont fait recourir de préférence, mais à regret, à ces deux autres méthodes plus simples, plus rapides et plus faciles à pratiquer que sont l'intra-dermo-tuberculination et l'ophtalmo-tuberculination.
L'injection intra-cutanée est pratiquée dans l’épaisseur de la paupière inférieure, à environ 2 centimètres de son bord ciliaire. L'introduction en ce point d’un dixième de centimètre cube de Tuberculine brute diluée au dixième est suivie, au bout de deux heures, d’un léger gonflement qui disparaît rapidement chez le sujet sain, mais qui ne tarde pas à faire place à un véritable épaississement de toute la paupière chez le malade. Cette tuméfaction, moins marquée cependant qu'elle ne l’est avec la malléine chez le cheval morveux, persiste au moins deux jours. Ici encore, nous aurions aimé pratiquer régulièrement la technique recommandée par notre Maître le Professeur VALLÉE et qui veut que l’on prête à peine attention à la première injection dont le but serait de sensibiliser l’animal pour ne conclure qu'après une deuxième intra-palpébro-tuberculination pratiquée quarante-huit heures après la première.
Mais là, nous retrouvons les raisons qui nous ont fait abandonner rapidement l'injection sous-cutanée de tuber-
culine.
Chez certains chevaux sensibles, nous avons enfin pra-
UE
tiqué l'ophtalmo-tuberculination, c’est-à-dire l’instillation de deux gouttes de Tuberculine brute déposée sur la conjonctive afin d'obtenir, chez le cheval tuberculeux, la formation d’un caillot de muco-pus volumineux dans l’angle nasal de l'œil sensibilisé. Cette pratique nous a donné quelques résultats, mais nous a paru, en deux circonstances, avoir réveillé une crise de fluxion périodique.
En réalité, dans la plupart de nos observations, nous avons pratiqué l’intradermo-tuberculination, contrôlée en quelques cas par les deux autres modes de Tuberculination.
C'est ce procédé qui nous a donné les meilleurs résultats, quoique les réactions jugées positives soient moins fortes que celles enregistrées chez les bovins, mais suffisamment marquées pour qu'un œil averti et exercé puisse bien les apprécier.
Ces observations ont été confirmées par le Laboratoire et aussi, pour quelques-unes, par l’autopsie des animaux suspects.