‹ AngeloChapitre 25 sur 48 · CA.TA1UNA · texte numérisé non relu

CA.TA1UNA

Je ne sais ce que vous voulez dire.

LA TISBE.

C'est votre oratoire, cela? Eh bien ! ouvrez-lemoi.

CATARIKA.

Pounjuoi?

LA TLSBE.

Je veux prier Dieu aussi;, moi. Ouvrez.

CAT.VKI^A.

J'en ai perdu la ciel.

LA T1SJ5E.

Ouvrez donc!

JOURNÉE II, SCÈNK V. 9.1

C\TAlilNA.

Je ne sais pas qui a la clef.

LA TISBE.

Ah! c'est votre mari qui l'a! — Monseigneur Angelo ! Angelo ! Angelo !

KUc veut courir à la porto du fond, Catarina se jette devant et luretient.

CATAKIJVA.

Non! vous n'irez pas à cette porte. Non, vous n'irez pas ! Je ne vous ai rien fait. Je ne vois pas du tout ce que vous avez contre moi. Vous ne me perdrez pas , madame. Vous aurez pitié de moi. Arrêtez un instant. Vous allez voir. Je vais vous expliquer. Un instant, seulement. Depuis que vous êtes là , je suis tout étourdie , tout effrayée , et puis vos paroles, tout ce que vous m'avez dit, je suis vraiment troublée, je n'ai pas tout compris, vous m'avez dit que vous étiez une comédienne, que j'étais une grande dame , je ne sais plus , je vous jure qu'il n'y a personne là. Vous ne m'avez pas parlé de ce sbire , je suis sûre cependant que c'est lui qui est cause de tout, c'est un homme affreux

qui vous trompe. Un espion ! On ne croit pas un espion ! Oh ! écoutez-moi un instant. Entre femmes on ne se refuse pas un instant. Un homme que je prierais ne serait pas si bon. Mais vous, ayez pitié. Vous êtes trop belle pour être méchante. Je vous disais donc que c'est ce misérable homme, cet espion , ce sbire , il suffit de s'entendre , vous auriez regret ensuite d'avoir causé ma mort. N'éveillez pas mon mari. Il me ferait mourir. Si vous saviez ma position, vous me plaindriez. Je ne suis pas coupable, pas très -coupable, vraiment. J'ai peut-être fait quelque imprudence , mais c'est que je n'ai plus ma mère. Je vous avoue que je n'ai plus ma mère. Oh ! ayez pitié de moi , n'allez pas à cette porte, je vous en prie, je vous en prie , je vous en prie!

C'est fini ! Non ! je n'écoute plus rien ! Mon- .seigneur ! monseigneur !

CATARINA

Arrêtez I Ah ! Dieu ! Ah ! arrêtez ! Vous ne savez donc pas qu'il va me tuer ! Laissez-moi au moins un instant, encore un petit instant, pour prier

JOUllNEK 11, SCÈM: V. 9i5

Dieu ! INon , je ne sortirai pas d'ici. Voyez-vous, je vais me mettre à genoux là...

Lui iiioiitraiit le crucifix de tiiivre au-dessus du prie-Dieu.

— devant ce crucifix.

L'œil de la Tisbc s'attache au crucili\.

— Oh ! tenez, par grâce, priez à côté de moi. Voulez-vous, dites? Et puis après, si vous voulez toujours ma mort, si le bon Dieu vous laisse cette pensée-là, vous ferez ce que vous voudrez.

Elle se précipite sur le crucilb; et l'arrache du mur.

Qu'est-ce que c'est que ce crucifix? D'où vou.s vient-il? D'où le tenez-vous? Qui vous l'a donné?

CATARIKA.

Quoi? ce crucifix? Oh ! je suis anéantie. Oh ! cela ne vous sert à rien de me faire des questions sur ce crucifix !

LA XISBE.

Comment est-il en vos mains? dites vite !

Le flambeau est resté sur une crcdence près du balcoti. Elle s'en a]>pro»lie et examine le crurillx. Catnrina la suit.

96 AI>fGELO.

CATARINA

Eh bien , c'est une femme. Vous regardez le nom qui est au bas, c'est un nom que je ne connais pas, Tishe , je crois. C'est une pauvre femme qu'on voulait faire mourir. J'ai demandé sa grâce , moi. Comme c'était mon père, il me l'a accordée. A Brescia. J'étais tout enfant. Oh ! ne me perdez pas, ayez pitié de moi, madame. Alors la femme m'a donné ce crucifix, en me disant qu'il me porterait bonheur. Voilà tout. Je vous jure que voilà bien tout. Mais qu'est-ce que cela vous fait? A quoi bon me faire dire des choses inutiles ? Oh I je suis épuisée 1

LA TISBE , à part.

Ciel ! O ma mère !

La porte du fond sou^tc. Angelo par-iît vêtu dune robe de n\iit, CATARINA, revonaot sur le dcv.int du théâtre.

Mon mari ! Je suis perdue !

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