‹ AngeloChapitre 7 sur 48 · I-A TISBE · texte numérisé non relu

I-A TISBE

Comme d'un enfant qui dormirait là.

C'est votre frère qui vient. Je vous laisse avec lui.

Il sort.

JODRNKl': I, SCKNK 11. 23

SCÈTsE DEUXlÈMi:.

LA TISBE; RODOLFO, velu de noir, scvcro, une plume noire au chapeau ; HOMODEl , toujours endormi.

LA TISBE.

Ah! c'est Rodolfo! Ah! c'est Rodolfo! Viens, je t'aime, toi!

Se tournant vers le côté par où Angelo est sorti.

— Non , tyran imbëcille ! ce n'est pas mon frère , c'est mon amant ! — Viens , Rodolfo , mon brave soldat , mon noble proscrit, mon généreux homme! regarde-moi bien en face. Tu es beau, je t'aime!

UODOLFO.

Tisbe. . .

LA TISBK.

Pourquoi as-tu voulu venir à Padoue ? tu vois bien, nous voilà pris au piège. Nous ne pouvons plus en sortir maintenant. Dans ta position , partout tu es obligé de te faire passer pour mon frère. Ce podesta s'est ('pris de ta pauvre Tisbe ; il nous tient ; il ne veut pas nous lâcher. Et puis je tremble

sau8 cesse qu'il ne découvre (|ui tu es. Ali ! ([uel supplice! Oli ! n'importe, il n'aura rien de moi, ce tyran! Tu en es bien sûr, n'est-ce pas, Rodolfo? Je veux pourtant que tu t'inquiètes de cela j je veux que tu sois jaloux de moi , d'abord.

Vous êtes une noble et charmante femme

LA TISBE.

Oh ! c'est que je suis jalouse de toi , moi , vois-tu ? mais jalouse! Cet Angelo Malipieri , ce vénitien, qui me parlait de jalousie aussi, lui, qui s'imagine être jaloux , cet homme ! et qui mêle toutes sortes d'autres choses à cela. Ah ! quand on est jaloux , monseigneur, on ne voit pas Venise, on ne voit pas le conseil des Dix, on ne voit pas les sbires, le^ espions , le canal Orfàno ; on n'a qu'une chose devant les yeux , sa jalousie. Moi, Rodolfo , je ne puis te voir parler à d'autres femmes j leur parler seulement; cela me fait mal. Quel droit ont-elles à des paroles de toi ? Oh ! une rivale ! ne me donne jamais une rivale ! je la tuerais. Tiens, je t'aime! tu es le seul homme que j'aie jamais aime. Ma vie a été triste long-temps; elle rayonne maintenant. Tu es ma lumière. Ton amour, c'est un soleil qui s'est levé sur moi. Les autres hommes m'avaient

JOURNÉE 1, S(]KNI<: II. 2i>

fjlaeëc. Que ne t'ai-je connu il y a dix ans:' il ine semble que toutes les parties de mon cœur qui sont mortes de froid vivraient encore. Ouelle ioie de pouvoir être seuls un instant et parler ! Quelle folie d'être venus à Padoue ! nous vivons dans une telle contrainte ! Mon Rodolfo ! oui , pardieu ! c'est mon amant ! ah bien oui ! mon frère ! Tiens , je suis folle de joie quand je te parle à mon aise ; tu vois bien que je suis folle? M'aimes-tu?

UODOLFO.

Qui ne vous aimerait pas , Tisbe ?

LA TISBE.

Si vous me dites encore vous , je me fâcherai. 0 mon Dieu ! il faut pourtant que j'aille me montrer un peu à mes conviés. Dis-moi , depuis quelque temps , je te trouve l'air triste. N'est-ce pas , tu n'es pas triste?

nonoLFo.

Non, Tisbe.

Tu n'es pas souffrant?

RODOLFO

Non.

L\ TISBE.

Tu n'es pas jaloux

TA TISBE.

RODOLFO

Non.

LA TISEE.

Si 1 je veux que tu sois jaloux ! ou bien cV^t que tu ne m'aimes pas ! Allons ! pas de tristesse. Ah çà, au fait , moi je tremble toujours, tu n'es pas inquiet? personne ici ne sait que tu n'es pas mon frère?

nODOI.FO.

Personne, excepté Anafesto.

LA ÏISBE.

Ton ami. Oh! celui-là est sûr.

Entre Anafesto Galcofa.

— Le voici précisément. Je vais te confier à lui pour quelques instans.

Riaiil.

— Monsieur Anafesto , ayez soin qu'il ne parle à aucune fenmie.

ANAFESTO. souriant.

Soyez tranquille , madame.

La Tisbc sort

JOliRNÉK I, SCÈNl'l m. 27

Page 1