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Anglicismes et canadianismes

Pour répondre à un désir qui m'a été souvent exprimé, j'ai résolu de rassembler dans une brochure la série d'articles qui ont paru récemment

ns V Electeur et qui signalaient un certain nombre des anglicismes et des canadianismes dont potre langage et notre style fourmillent au point l'en perdre presque entièrement toute physionopaie française.

* Comme cela constitue pour notre nationalité un >éril mortel que bien peu de gens reconnaissent >u dont ils ne mesurent que très imparfaitement 'étendue, il y a urgence à ne pas laisser s'envoler

et se perdre, dans le tourbillon des écrits ordinaires * ' de journaux, les avertissements qui peuvent être donnés à cet égard à nos compatriotes, les français du Canada.

Le spectacle des expressions, des phrases, des paragraphes entiers, non seulement anti-français et barbares, mais absolument incompréhensibles et indéfinissables, qui s'impriment tous les jours; dans nos journaux et se Voient également dans ■ bon nombre de pamphlets de circonstance, m'a fait jeter un cri d'alarme que je voudrais faire retentit • dans toutes les oreilles, et dont l'écho devra^J arriver dans toutes les institutions et maisons^ d'éducation du pays.

Grâce à l'appui généreux et éclairé du Secr4-ï taire Provincial actuel, Thon. E. Gagnon, en q^ les écrivains canadiens, qui font des travaux utile peuvent être assurés de trouver un ami dévo^ autant qu'un protecteur, je n'aurai pas jeté vaiu| ment un cri de détresse en face de l'abîme s'ouvre devant notre langue, et je n'aurai assisté, inutile Cassandre, à sa lamentable dispal tion, régulièrement et progressivement accomp^ sous nos yeux.

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Je ne demande au lecteur qu'une chose, c'est de bien se pénétrer des dangers réels et redoutables de la situation, de bien se persuader que le baragouin que nous parlons fait de nous de»

déclassés, ou plutôt des inclassables au milieu des autres peuples, et que si nous ne nous décidons pas enfin à parler le français comme il Test communément partout ailleurs, à rendre nos pensées intelligibles, à leur donner des expressions claires, nettes et rationnelles, nous devons nous attendre à toute sorte d'humiliations et à des dédains bien cruels pour notre amour-propre.

11 est inutile d'insister davantage là-dessus

dans un avant-propos : les exemples que je donne

et la démonstration qui en résulte suffiront, hélas l

' surabondamment à nous éclairer. Suffiront-ils à

nous corriger ? Je l'espère, sans trop oser y croire-

Il y a tant à corriger, du haut en bas dans notre

/éducation, que nous ne serons guéris du virus

* traditionnel que par des inoculations répétées et

des réactifs énergiques et multipliés.

1 CANADIANISMES

lu 7 janvier 1888).

>leines voiles dans Tannée •les humains. Devant cet levant cet X formidable destins nouveaux, quelle faire ? Il faut rassembler épondre à l'inconnu X par degré, c'est-à-dire, ne pas 'improviste, et faire tout ce dvienne que pourra. Ainsi, épare à n'en pouvoir douter îaiiren Europe ; nous n'en

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avons pas d'imminentes en Amérique, mais il J en a tout de même une qui 'gronde sourdement au fond de toutes les consciences patriotiques, dans l'esprit de tous ceux qui ont à cœur le maintien, l'intégrité et l'honneur de notre belle langue que le journalisme moderne est en train de rendre absolument méconnaissable, détestable, ridicule, grossière et saugrenue. Sans attendre le printemps, nous allons entreprendre tout de suite la guerre tontre les anglicismes et les énormités qui s'étalent avec l'insolence du droit de propriété dans les troisième et quatrième pages de nos journaux.

Ah ! ça n'est pas une tâche aisée que celle-là. Il faut avoir le tempérament d'un apôtre, le zèle ■ et l'amour du prochain d'un missionnaire, et jusqu'aux enthousiasmes téméraires d'un réformateur pour entreprendre de remonter un courant aussi irrésistible que celui qui nous entraîne vers l'anglo-gallo-canadianisme, c'est-à-dire, une composition parlée que n'auraient jamais comprise nos ■ pères, et que certainement ne comprendront pas mieux nos fils ; car, du train que nous y allons, il * ne restera pas, dans cinquante ans, mille mots de tous ceux que nous employons aujourd'hui ; et le reste aura été se perdre dans quelque nouveau mélange où l'anglais et le français, aujourd'hui encore reconnaissables entre eux, se seront étroite-/" ment fusionnés ou plutôt confondus ensemble^ avec cinq à six autres idiomes venus là pour augmenter encore la confusion.

Il faut porter à son pays un dévouement intense comme Test le mien pour entreprendre cette campagne qui, après tout, ne me rapportera que des récriminations, des protestations, peut-être même des invectives, et, à coup sûr, de l'ingratitude ; mais j'ai appris dans le cours d'une carrière, qui compte déjà par quelques états de service, à ne jamais me . laisser détourner t d'un but à atteindre, quand ce but est légitime, louable, et mérite les effoits que l'on fait pour l'atteindre.

Il faut l'entreprendre, cette tâche si difficile, si délicate, si semée de pièges ! Il faut se risquer à heurter des susceptibilités peut-être respectables et à soulever des disputes qui, par cela même qu'elles roulent sur des mots, sont toujours plus violentes que les autres.

"Le temps est venu, et il presse, où il faut mettre un terme au galimatias qui nous envahit, nous résoudre enfin à parler un français réel, et non pas, sous la dénomination trompeuse de français, un anglais travesti, corrompu, une forme interlope, également étrangère à la nature des deux langues. Le nombre des expressions dont nous nous servons, des tours de phrase que nous employons, qui sont purement anglais, et que nous croyons français parce que les mots qui les composent sont .français, parce que nous appliquons aux mots des terminaisons françaises et que nous soumettons les phrases, par une traduction littérale, à de vé-

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titebles contorsions, à des constructions dont lt sens comme l'origine échappent à ceux qui ne connaissent que le français pur, est tellement effrayant que, lorsque j'essayai d'aunoter toutes les horreurs de style qui débordent dans nos journaux et dans le$ documents imprimés quelconques, je ne tardai pas à être pris d'épouvante et de désespoir de jamais arriver à une réforme victorieuse,, et je résolus de me laisser aller avec le torrent, mais en me tenant toutefois la tête hors de l'eau. Mais j'avais tort. A quoi servirait donc de vivre, si l'on n'était utile à quelque chose, si Ton gardait pour soi ce que l'on sait, si l'on ne contri. buait pas, dans la sphère de sa compétence et dans la mesure de ses moyens, au progrès intellectuel de son pays ? Assez d'autres s'occupent dés progrès matériels, et, sous ce rapport, certes, depuis une quinzaine d'années, nous avons accompli des prodiges et franchi des espaces inattendus. Pourquoi donc les connaissances et l'étude n'ont-elles pas marché de pair avec l'élargissement des canaux, avec le développement des chemins de fer, avec h création d'industries diverses et l'ouverture de voies nouvelles à l'activité humaine, sous deft formes indéfiniment variées ? A une époque comme la nôtre où toutes les nations du monde font d'iû- , croyables efforts pour arriver au plus haut degt&* de perfectionnement ; en présence de la vulgarisa», tion en quelque sorte illimitée des sciences et de$

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arts, de l'extension prodigieuse des recherches dans toutes les branches des connaissances humaines ; devant les développements incessants de la géographie, devant les découvertes et la reconstruction presque radicale de l'histoire, devant les effet* de cette émulation féconde qui pousse tous les peuples à rivaliser entre eux pour augmenter le trésor commun de l'instruction toujours grandissaute, pour l'enrichir à Tenvi de découvertes et de procédés nouveaux qui font valoir aussitôt par l'application les principes acquis ; à une époque comme celle-là, dis-je, ne pas apprendre parallèlement aux autres peuples, ne pas agrandir sans cesse le cercle autour de soi, ne pas acquérir et connaître chaque jour de plus en plus, c'est renoncer soi-même à l'avancement, c'est se reléguer en dehors de l'humanité progressive, c'est se condamner à l'efficacement et à l'infériorité, sinon à la disparition plus ou moins prochaine.

Disons que nous allons commencer par les majuscules. Qu'est-ce que c'est que ça ? vous écrierexvous. Des majuscules! ça vaut bien la peine!

Parlez-nous au moins des grosses fautes, de celles qu'il faut extirper à tout prix de notre langage pour le rendre intelligible ; mais des majuscules ! Où voulez- vous en venir ? Je répondrai qu'on débote généralement dans une campagne par cUs

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escarmouches, que nous en sommes venus au point de mettre des majuscules à tous les titres, à toutes les fonctions, à toutes les qualifications, et et que nous ne savons plus où ne pas les mettre, dans la crainte de blesser la vanité des gens ou de rester au-dessous de son sujet. La majuscule, c'est l'indice le plus irrécusable de la prétention, de l'orgueil sot, de la bouffissure et de la suffisance». Elle est devenue une véritable épidémie dans notre journalisme, une épidémie qui a envahi et qui submerge notre minuscule littérature. Disons entre parenthèses, pour nous consoler un peu, que c'est une épidémie essentiellement anglaise ; mais noua abusons énormément de la liberté d'emprunter, et nous ne savons plus où est la limite, comme ceut qui n'ont jamais monté un cheval ne savent plus où ni quand s'arrêter quand ils sont dessus.

Les majuscules dans notre journalisme ! ma|& c'est un torrent. Elles ont l'air de vouloir e®* : traîner toutes les lignes où elles débordent : elle*-* feraient pencher le journal tout d'un côté, si eUfl^] n'étaient retenues par les majuscules de la pa^K'"; en regard ; elles émaillent les colonnes comme &M&^ promontoires, et c'est à peine si l'on peut lire * ^ " ettres qui les accompagnent, tant elles les mi quent de leur ombre immense !

Je disais tout à l'heure que nous donnions dp majuscule à tous les titres, à toutes les qualil cations etc Ainsi, le lieutenant un te

grand L pour lieutenant ; le colonel, grand C ; ici, du moins, il faudrait un C beaucoup plus grand que l'L, attendu que le grade est beaucoup plus élevé; le gouverneur, grand G ; la province, grand

P déluge! Je ne vois pas d'autre moyen 4e

s'en sauver qu'en doublant la majuscule à chaque titre ou à chaque qualificatif, s'il est vrai que le meilleur remède à un mal est souvent dans son excès même, et je mettrais deux grands C à colonel, ou bien en transportant la majuscule à la fin des mots : ainsi, M. le colonel s'écrirait avec un petit c au commencement, mais avec un L énorme à la fin. Cela attirerait davantage l'attention, et il me semble qu'on est encore plus colonel avec un grand L à la queue qu'avec un grand C à la tête. Comme un exemple de ce que je viens de dire, je cite les deux entrefilets suivants qui me tombent sous la main au hasard, mais qui sont typiques.

M X. Membre de la Société Géologique,

Professeur à l'Université Laval, vient de publier la Biographie du Docteur Sarrazin, Membre du Conseil Supérieur de Québec, Membre Correspondant de l'Académie des Sciences et Médecin du Roi..." etc., etc., comme si membre, professeur, biographie, docteur, médecin étaient des noms propres !

Et encore : " L'Illustrissime et Révérendissime *Mgc un tel, Evêque Titulaire de etc. As^ez,

l^l-MJ

assez ; toutes ces majuscules soi# aussi grotesque*, que prétentieuses,"et je trouve bien plus ilhistnfr' sime celui qui Test avec un petit i qui ne chercha pas à vous tirer l'œil, qu'avec un grand 1 <1 vous écrase de toute*sa hauteur.

Et que dire du féminin f Oh ! le féminin, q^f rôle immense il joue chez le pétîple canadien, 6 déminent le peuple le plus galanT^te l'unive!** Non seulement il nous empoigne par lefi finies plus intimes de notre être, mais il nous encore par la langue dans presque tout ce qfl disons, et par les doigts à chaque mot qu< écrivons. C'est comme de la virgule ; on envahi, entortillé, enlacé. Dans la prose comi des journaux, on met des"virgules à peu près tout, excepté, bien entendu, là où l'on devrait mettre. Par exemple, on se gardera bien de se] par des virgules une phrase incidente d'une phi principale, mais on séparera invariablement sujet de son verbe. Ainsi, vous lirez presque jours " monsieur un tel, a fait ceci ou cela ; " c'ej comme ?i l'on écrivait : Je, vous prie.. f

Il paraît qu'il n'y a pas de remède à cette mangeaison de la virgule. C'est aussi invétéré qu ô " unéj aelle hôtel, gde la bonne argent, une grande esealiérTune grosse oreiller, une large intervalle

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«me bonne appétit, une bonne estomac, la grande air, une grandç espace etc "

Je pourrais en citer comme cela des mille et des mille sans jamais arriver au fond de cet abîme .d'amour du féminin qui, combiné avec celui de la virgule mal placée, nous expose aux déconvenues les plus grotesques auprès des jolies femmes instruites qui ne tolèrent pas de se voir mises au même genre qu'un escalier ou un oreiller.

Mais " argent " demande une mention particulièrement honorable.

Comme on avait trouvé Le moyen de créer un pluriel pour ce mot, (tout le monde sait que des argents fleurissent à profusion dans tous nos actes, contrats, marchés quelconques) on a eu en - même temps l'heureuse idée de le mettre au féminin, .aans doute pour racheter ou pour adoucir ce que l'emploi de ce mot au pluriel avait de baroque et ;d'absurde.

'-. Je ne m'explique pas d'où vient cette passion .qu'ont nos compatriotes de tout ramener au 46fminin ? dç façon à bannir presque entièrement jfe genre noble.

Est-ce par suite d'un goût exagéré pour la créature ? Est-ce par suite d'une douceur de caractère ifpUe qu'ils ne peuvent pas faire autrement ? Est-ce WOjte de savoir que le genre masculin existe ?

lifcif-i

Est-ce ceci, est-ce cela, enfin quoi ? Ne cherchon* pas ; le canadien est un abîme de mystère ;.

vaudrait autant sonder la conscience d'un " castor. "

En revanche, et comme manière de compensation, (une légère infidélité) il y a certains mots féminins que Ton trouve invariablement écrits au masculin dans nos journaux. Ainsi, par exemple, de panacée, s. f. qu'il est impossible de voir employé autrement qu'au masculin, et écrit panacé. Ainsi encore d'atmosphère, que Ton met presque tou* jours au masculin, sans doute pour se venge* d'intervalle et d'espace qui persistent à rester masculins avec une forme féminine.

(De V Electeur du 14 janvier 188« C )

La campagne entrepise par moi dans ma deiv nière chronique contre les barbarismes, les anglk*, cismes et tous les autres ismes dont le débordement dans notre langue et dans notre style, menace de faire disparaître jusqu'au dernier vestige de fran- ■ çais parmi nous, e3t loin d'être chose .nouvelle oit inouïe, mais bien plutôt une reprise d'hostilités./ ■ plus d'une fois interrompue contre le plus danger \ reux ennemi que nous ayons.

Déjà, il y a vingt-trois ans, (quand j'y pense ! \t j'avais ouvert le feu dans le Pays, de Montré^.

par une série d'articles intitulés : " Barbarisme» canadiens"; Hubert LaEue aborda aussi la matière ; après lui, Tardivel, dans le petit opuscule menaçant d'excommunications " L'anglicisme, voilà l'ennemi " ; puis Oscar Dunn, dans son " Glossaire ftanco-canadien ", publié en 1881 ; et enfin, il y ai quatre ans, Fréchette, Lusignan et moi nous reprenions la lutte avec une ardeur furieuse, déterminés que nous étions à porter cette fois le coup de mort à ces choses informes, monstrueuses, innommables, qui ne sont ni des mots ni des expressions, ni des tournures ni des membres de phrase, et qui pullulent dans notre langage au point d'en faire disparaître toute structure.

Inutiles efforts ! Les canadiens sont incorrigibles. Us ont une horreur pour ainsi dire instinctive du bon langage ordinaire : il leur faut ou parler horriblement mal ou bien poser pour " parler dans les tâârmes ", ce qui fait qu'ils sont ou inintelligibles cm ridicules. Je ne parle pas ici, on le comprend aisément, de la classe des gens véritablement instruits, mais de ceux qui croient appartenir à cette classe, des gens de profession qui n'ont de profession que le nom et qui sont aussi ignorants que des charrues, qui introduisent les plus grotesques barbarismes dans le langage officiel ou judiciaire ; je parle surtout de ceux dont les contributions lépétées et régulières à la masse de la publicité Quotidienne apportent chaque jour une alluvion

nouvelle au torrent qui va bientôt nous submerger, • nous et notre langue, ' si nous n'y opposons sans retard une digue infranchissable.

Nous sommes infestés par l'anglicisme ; l'anglicisme nous déborde, nous inonde, nous défigure efe nous dénature. Ce qui pis est, c'est que nous ne, . nous en doutons pas la- moitié du temps, et pil encore, c'est que nous refufeons même, dans l'Qcean sion, de reconnaître ces anglicismes, quand ils nous* sont signalés. Nous sommes tellement habitués?, au mélange des deux langues, française et anglaise,» que nous ne faisons plus de différence et que nous ne reconnaissons plus le caractère, la. nature proprerde chacune d'elles.

Qu'on ne croie pas que j'exagère. Je vais incontinent donner à profusion, à discrétion, de|M exemples de ce que j'avance, bien malgré nlofe mais avec la détermination de démontrer par ce»/» exemples jusqu'à quel point il est temps pou&^ nous d'en finir avec ce langage et ce style incom«* ■' préhensibles dans une foule de cas, de nous eatl^; corriger par la lecture des maîtres et l'étudâf\ sérieuse d'une langue que nous avons pour mission^ "■ non se ulement de conserver, mais encore de pro-f 4 " pager sur ce vaste continent américain qui nouafr/j appartient tout autant, sinon plus, qu'aux autres*, races. Sur ce continent en quelque sorte illimi nous nous développons commç élément national distinct. Il convient qu'à ce développement pure-?

ment physique et numérique correspondent la correction et la pureté de notre langue. Cette correction et cette pureté seules peuvent nous assurer encore, pour des géhérations, le caractère distinctif que nous avons à conserver, et qui est, suivant l'expression de lord Dufferin, une heureuse variété au sein de la monotonie d'une m&ue langue, de mêmes usages et de mêmes jnanières de vivre sur une immense étendue de territoire.

Entrons maintenant dans le vif du sujet ; m'y voici. Je ne prétends pas éclairer la plupart de mes lecteurs, oh ! non-; mais je désire attirer leur attention sur la nécessité absolue de corriger et d'épurer notre langage et notre style, si nous admettons qu'à toute langue il faut des règles, et qu'il n'est pas possible de parler simultanément l'anglais et le français, de les mettre tous deux <lans la même phrase sans arriver bientôt à ne plus pouvoir parler l'un ou l'autre qu'en turc.

Afin de ne pas entamer une matière illimitée, te vais me borner aux fautes les plus en vue, les plus inexcusables, celles que nous commettons par ïemploi de tours de phrase anglais, d'expressions anglaises, quand nous connaissons très bien, la jlnpar{ du temps, les expressions françaises corres-

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pondantes qui sont de beaucoup préférables, plus exactes, plus précises, plus justes et plus logiques.

Nous sacrifions une langue admirable, une langue d'une précision presque absolue, la langue analytique et savante par excellence, si riche et si abondante qu'avec son secours on peut exprimer non seulement les idées, mais encore les nuances les plus subtiles des idées, une langue qui a un mot pour chaque aspect des choses, pour la variété innombrable de ces aspects, une langue qui, afin d'exprimer tout ce qui existe, se fractionne indéfiniment comme on peut fractionner chaque tout ou chaque partie d'un tout, jusqu'à sa limite infinitésimale ; cette langue unique, incomparable, complète et parfaite autant que peut l'être un instrument humain tous les jours perfectionné, nous la sacrifions aveuglément, délibérément, à un jargon bâtard qui n'a ni origine, ni famille, ni raison d'être, ni principe, ni règle, ni avenir.

Les journaux, les traductions, les pratiques lé* gales ont été les trois grands ennemis de notre langue ; ils l'ont corrompue, ils l'ont rendue méconnaissable. Il est impossible de comprendre quelque chose à la plupart de nos textes de lois, de nos bills, de nos documents parlementaires quelconques, cela sans compter les choses inutiles, les-^ répétitions sans objet, les membres de phrase jetés sans rime ni raison en travers du chemin, les périssologies de toute espèce, fouillis de monstruo-

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sites linguistiques d'autant plus exécrables que nous avons à notre disposition une langue dont le caractère distinchf et tout particulier est la netteté et la concision, même dans la procédure, même dans la législation. Mais nous voulons absolument que l'anglais soit du français, et nous croyons y parvenir en employant des mots qui, pris isolément, sont français, mais qui, réunis, forment très bien des tours de phrase essentiellement anglais.

Qu'on veuille bien me suivre dans le triage que je vais faire au milieu de ma collection d'anglicismes, et l'on sera étonné du nombre d'expressions anglaises dont nous nous servons sans nous en douter, et sans qu'il vienne à l'esprit de personne d'y trouver à redire.

N'avez-vous pas entendu dire souvent qu'une personne jouit d'une mauvaise santé ? Comment la trouvez- vous ? On devrait alors tout aussi bien dire qu'une personne est affligée d'une bonne santé ?

" Originer " pour venir de, découler de... ; avoir son origine dans...)

Que dire d'Avocasser ? ! !

Aucun invariablement mis pour " un quelconque," ou pour " tout..." Ainsi l'on dit sans sourciller : En aucun temps;... Légaliser aucune cession...

On dira aussi toujours "Additionnel" pour " supplémentaire," et, bien entendu, " addition "

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- te —

pour " supplément," ou pour " augmentation. 1 J'ouvre le dernier rapport de la commission die géologie et je trouve à la première page "additions à la bibliothèque." Faites donc un peu des additions à une bibliothèque, et vous nous direz quel total cela donne.

Il semble qu'on ait horreur du mot supplément en Canada, puisqu'on ne le voit nulle part, et et qu'on lui préfère invariablement des mots baroques, inintelligibles, comme extras par exemple.

On dit aussi : " Telle chose augure bien " pour " on augure bien de "

" En rapport avec " in connection with, pour relativement à, ou par suite, à la suite de...

L'emploi de cette locution est souvent des plui comiques. Ainsi, je lisais, il y a quelque temple, dans un journal de cette ville : " Tous les prisonniers enfermés au pénitencier en rapport avec l'insurrection du Nord-Ouest... Cela n'a absolu* ment pas de sens, et l'on est obligé de deviner, oft qui réduit la langue à l'état de charade.

Il y a moyen de la traiter mieux que cela.

Le " Par rapport à " ou le " En rapport avec "3 sert à toutes les sauces.

Ainsi, un jour, on lit : " Voici le texte de bt motion dont l'hon. M. Laurier a donné avWi

ÈriîP'.

en rapport avec la destitution des traducteurs du Hansard," pour relativement à....

Une autre fois : <« La Cour de l'Echiquier viendra siéger à Québec le 27 pour entendre une vingtaine de réclamations en rapport avec la construction de l'embranchement St-Charles," pour concernant...

Ailleurs : " Si l'on veut formuler une accusation en [rapport avec cette affaire de " pour

au sujet de.....

Ou encore : " Depuis hier soir les paroissiens de St-Sauveur suivent les exercices en rapport* avec un Triduum qui, nul doute, atteindra son but."...~.

Trois fautes dans ce petit entrefilet :

1° On doit dire les exercices qui accompagnent fe Triduum ;

2° Nul doute, no doubt, est anglais. En français, on dit : Sans aucun doute.

3° Un Triduwm ne peut pas avoir de but, Baais il peut avoir un objet.

Il n'y a pas de danger qu'on emploie jamais le mot objet dans ce pays-ci, à la place de but, quand 1b sens l'exige, mais on écrit aveuglément, invaria- Hement but, comme si une chose toute matérielle « un être inconscient pouvait avoir un but !

■ Une autre fois on lira encore :

1*8 personnes arrêtées en rapport ave* lef

émeutes ;" et, le lendemain, " La navigatioij

été suspendue par rapport à une brèche produl sur le bord du canal," pour à la suite de

Remarquez que les mêmes personnes écrivent ces sortes de choses, h'en auraient seul| ment pas l'idée dans la simple conversation. Ma lorsqu'on écrit, voyez- vous, il faut être incompi hensible. Sans cela, par quoi se distinguerait-oi|

Retourner pour rapporter.

Connexion pour raccordement.

Amalgamation (qui est un terme de chiml pour " fusion."

Balance d'une somme pour " différence."

Dans l'intention de la loi pour " d'après 1*^

prit de "

Collection pour perception ou collecte.

Donner -pour faire une soumission.

Châssis pour fenêtre ou croisée.

Corporation pour " municipalité." Inconsistant pour " inconséquent."

Avenir jusqu'à À quoi sert "à venir |

Absolument inutile.

Rencontrer une disposition légale, pour "se former à "

A V effet que pour " portant que "• Ingénieur pour mécanicien,"

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Anticipé pour ".prématuré,"

Loisible à vous pour " libre à vous."

Aviser, être avisé (anglais, anglais, archi- anglais).

Conseiller ou donner des avisji'est pas la même

chose qu'aviser.

Provisions pour " dispositions " d'un acte.

Partir quelque chose (to start...) pour "lancer,

entreprendre, essayer," par ex. : un journal. Démancher (se) pour se défaire, se démettre*

Figurez- vous quelqu'un qui se démanche un pied.

Je lisais, il y a quelque temps, la phrase suivante, dans un grand journal de Montréal : " Ceci tendrait à restreindre les batteurs de femmes de brutaliser des créatures sans défense. Qu'on prenne des mesures pour rétablir le poteau à fouetter..." C'est le poteau maintenant qui est l'instrument avec lequel on fouette !....

Et cette autre : " La rupture d'un vaisseau du * sang de la tête." Hein ! Quoi ?

On emploiera souvent les verbes être et avoir l'un pour l'autre . indifféremment. Par exemple : " Sa femme est périe..." Ainsi, l'un dit presque invariablement. " Un tel est traversé, pour a traversé. Il n'est pas bien nécessaire de dire au juste en quoi ces deux opérations diffèrent. Traverser un ruisseau et être traversé par la lance d'un dragon, ça ne revient pas absolument au même.

Garde- malade appropriée. Mé\ tfïe! abattement pour " compétente™ dû " au fait de ses fonctions."

Ceci me rappelle appropriations du budget pour "allocations."

FUer un rapport, des plaidoyers, etc., pour produire.

Est jurgi pour a surgi.

Déqualifié pour inéligible.

Phrases baroques, embarrassées à plaisir, comme nous en écrivons tant, d'après l'anglais. Exemple." " Instruments devant être employés pour destina 4 tout simplement.

Montrer pour "démontrer." Soieries pour fabriques de soie. \

Cruauté pour les animaux, au lieu d'envmi.

Elle est trop forte, celle-là.

" Accommodations," pour Facilités, amtna$M ment, logement.

" Voteurs " (anglais) pour votants.

" Comité de santé," pour Commission d'hygiène Qui nous expliquera ce que peut bien votïlijfc! *re " Un comité de santé ?...."

— 2Ï — x (De VMecteur du 21 janvier 1888)

u Aller à dire ", 60 to say. C'est là une des expressions les plus baroques et Tune des plus familières de notre journalisme. Une chose, une phrase, une rumeur, comporte, signifie, implique,

mais qu'elle "aille à dire"! Avec un

"air d'aller" comme celui-là, on passe à travers tout. Comment et où pouvez- vous arrêter une rameur qui va à dire ?

" Procédés " pour " Procédure " — Proceedings. On s'imagine traduire l'anglais proceedings par procédés ! Me montrera-t-on dans le journalistfie canadien un seul exemple du mot procédure employé à la place de " procédés " ? Je lisais encore tout dernièrement dans un journal bien coté :

" Ceux qui suivent les procédés judiciaires "

Qui ne voit cependant qu'il est ridicule de dire

"des procédés judiciaires" ? Il y a autant de

différence entre " procédés " et " procédure " qu'il y en a entre " égards " et " dossier." Mais cela n'empêche pas que tant que la presse sera libre dans ce pays-ci, elle usera de ces procédés là envers 119118, sans que nous puissions lui infliger en retour mm " procédure " quelconque.

" Prendre un serment " take an oath, pour faire, prêter serment. — Celui-ci est un petit jeune.

* Conjoint ".—Ah ! c'est ici que je suis sur mon .terrain. Arrière les intrus ! Je m'oppose à ce qu'on

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mette le conjoint à toutes les sauces, Par exemple, je m'oppose à ce qu'on dise comité " conjoint " des deux chambres, pour comité mixte, une action " conjointe " de deux partis pour une action commune, les efforts " conjoints " pour les efforts réunis, prendre une part "conjointe" pour une

part collective.... etc la lettre " conjointe

pour la lettre collective des membres de l'épiscopat.... Les exemples du Conjoint à tout propos sont incroyables. Il n'y a pas d'expression plus ridicule, plus déplacée, plus dépourvue de sens que celle-là. Voyez- vous des députés des deux chambres qui sont conjoints ! Nous voyez- vous prendre une part conjointe dans une opération \ Qu'est-ce que peut bien vouloir dire " une part conjointe " ? Il faut au moins vingt-cinq ans de ménage pour comprendre. cela.

De même on dit la plupart des fois " conjointement " pour également.

Il y a bien d'autres mots encore que l'on emploie au lieu d'également, comme par exemple 'pareil : " J'ai l'ai fait pareil, pour pareillement ou également.

" Anticiper ", to anticipate, pour présager, pré- *

voir, augurer de, devancer Ex: j'anticipe une

belle journée, pour "je prévois une belle journée"; ou, "j'anticipe" sur le temps de pour je "devance" le temps de

" En force", In force, pour en vigueur. On dit bien " avoir force de loi ", mais on ne doit pas dire

que la loi est " en force " ; on dît qu'elle est " en vigueur."

" En vigueur " doit remplacer souvent aussi le barbarisme " En. opération".

"Constituants" "conslituents" en anglais, pour commettants.

Je signale ce mot à la hâte, car j'ai une- peur terrible de me mêler de politique.

" Assurance " pour certitude.

Vous n'entendrez jamais dire que quelqu'un a la certitude de faire une chose, mais qu'il en a l'assurance.

Avoir de l'assurance veut dire avoir du toupet, de l'aplomb, «ce qui ne signifie pas "être certain d'une chose.*' .Néanmoins il ne faudrait pas conclure de là qu'on ne puisse donner à quelqu'un

l'assurance de , ce qui est bien différent et

représente une tout autre idée.

Mais rien n'égale en fait d'anglicismes le " positif à dire". — Oh! ceci est effrayant, horripilant. Comment ! mon excellent ami, vous êtes positif à dire ! Prenez vite une dose de "négatif .pour lequel à dire", ou vous êtes un homme mort.

Un autre anglicisme inexplicable, insupportable, exécrable, c'est le " concourir dans ", to concur in. Ex : concourir dans une opinion, dans

des amendements, dans ceci, dans cela, Mon

Dieu f où allons-nous ? Mais le français qui rend

cette idée-là. est si clair, si simple, si agréable î on dit si aisément " être " de l'avis, de Vopinwrp de quelqu'un, appuyer ses amendements ! M

Cet indigne " concourir dans " rappelle immédiatement à l'esprit cet autre détestable anglicisme : " dans l'opinion " de cette assemblée, in ik opinion of this meeting, pour de Vavis de cette assembléee, ou conformément à l'opinion exprimée par cette assemblée ; mettez n'importe

quoi plutôt que de nous abrutir avec votre " concourir dans " ou votre " dans l'opinion " de

" Marier " to marry, pour épouser. Un père marie sa fille, ou un prêtre marie deux fiancés ; mais on se marie avec ou l'on épouse sa fiancée.

Tout le monde sait cela ; mais, voyez- vous, en en serait malade, s'il fallait parler le bon français que l'on sait à la place de l'aftglais qu'on écorcfee ou du français qu'on exécute.

" Forger " une signature, pour contrefaire. Il est tout aussi naturel dans ce cas de dire, " faire une forge " pour faire un faux. L'un vaut l'auto, -—Je lisais dernièrement un article de journal portant *pour titre: Un mandement forgé lu an prône— Diable ! Ça doit èteé tm rude foigewn. que celui qui forge des mandements.

Un tel a été " élu membre pour", bas hem eleeted member for. Bon Dieu 1 c'est donc ttàdh difficile de dire simplement * a été élu député âg* 9 ou " élu à la législature ", sans mettre " dépt&é '

qui est inutile, ou " membre pour " qui est du mauvais anglais.

Voici maintenant un mot que Ton emploie»

comme dans l'anglais, d'une façon très générale, alors qu'il n'a qu'une application très limitée en français. C'est le mot " trouble."

Ainsi, l'on dira toujours des " troubles," pour des désordres, des rixes, des émeutes. On dira surtout, pour exprimer qu'on a eu bien du mal, bien de la peine à faire une chose, qu'on a eu beaucoup de trouble, ou bien qu'un tel a donné

beaucoup de trouble avec son n'importe quoi.

Or cette expression, ainsi généralisée, est essentiellement anglaise : raison de plus pour s'en servir en canadien.

A voir l'emploi si fréquent de ce mot, on se croirait au milieu de gens qui sont constamment troublés. " Ah ! c'est beaucoup trop de trouble, monsieur : — Je vais vous troubler (I shall troubte y ou for...) pour le sucre, pour le pain, pour le» confitures "

Mais ce que j'ai vu de plus fort jusqu'à présent en fait de trouble, c'est " économiser son trouble " pour $ épargner de la besogne. Economiser du trouble ! Voilà certes le dernier mot de la parcituofcie. D'ordinaire, dans les ménages modestes, t>n se contente d'économiser le charbon ; si Ton va jusqu'à supprimer le trouble, on arrivera du toup à l'âge d'or des locataires.

dbyGoogk

" Investir " to invest, pour placer. On investit une place forte, on investit quelqu'un de certaines fonctions; mais on n'investit pas de l'argent, à moins que ce ne soit pour faire le siège d'une banque Oh! alors, il n'y a pas à hésiter.

Maintenant " Pareil comme ". Pour le coup, en voilà du luxe! Il ne suffit plus d'être pareil, voilà qu'on est pareil comme.... Economisons, économisons, le " comme " autant que le " trouble." ,

" Demander " des questions. On dit poser, faire des questions ; mais demander ! Encore du • luxe : c'est au moins là un pléonasme, une redondance. — On devient Horriblement gaspillard depuis qu'on n'économise plus que le tronble.

" Département " pour compartiment ou section.

On dit comme la chose la plus naturelle du monde: ."département" de la chaussure, des

étoffes, des fourrure? Cela me transporte au

sein d'une géographie tellement nouvelle, tellement inconnue, qu'à faire seulement le tour du magasin de M. Paquet, j'aurai vu tous les départements de la terre.

" Condamné au pénitencier pour la vie "— çondemned to penitentiary for life, au lieu de condamné à la détention perpétuelle, ou aux travaux forcés à perpétuité.

Je passe sur " plaider non coupable." J'admets

dbyGoogk

que c'est là une de ces expressions ultra-juridiques qui ne se raisonnent pas et qui ne se " plaident " que par des gens qui ne se doutent pas jusqu'à quel point ils le sont, " coupables."

" Emphatiquement," emphatically, pour péremptoirement, catégoriquement. Déclarer une chose emphatiquement, c'est la déclarer avec emphase. Etes- vous prêt à admettre que c'est cela que vous avez voulu dire ?

" Préjugé ", prejudiced, pour prévenu.

On n'est pas " préjugé," mais on est " prévenu " contre quelqu'un. Préjugé ne s'emploie pas dans ce cas au passif. On peut préjuger quelqu'un, mais on n'est pas préjugé contre lui. Cette dernière expression ne se comprend pas. *

" Consolidé," Consolidated.

On dit en français qu'une dette est capitalisée, et non pas qu'elle est consolidée.

" Opposer," to oppose.

On oppose un homme à un autre homme, comme un candidat à un autre, mais on n'oppose pas quelqu'un, dans le sens de lui faire opposition. Que de fois encore n'entend-on pas dire : " Je l'ai opposé " de faire telle ou telle chose ?...

De même " d'adresser," to address. En français, on " n'adresse " pas une assemblée, mais on f adresse à une assemblée, ou bien on adresse la parole ou l'on porte la parole à une assemblée...

dbyGoogk

De même eneore de " protester " quelqu'un.

" Donner crédit" à quelqu'un pour..., to crédit' onefor, pour dire approuver quelqu'un d'avoir fait telle ou telle chose.

" Manque," pour défaut, absence, insuffisance.

" Change," pour monnaie d'une pièce.

" Associé " pour compagnon.

" Correct " pour exact. Ex. : " Ce que vous dites là est correct." — Non, pas du tout, ce que je dis là est exact. La correction et l'exactitude sont deux choses bien distinctes, tellement distinctes qu'on peut dire des choses fort inexactes avec beaucoup de correction, et faire des choses incorrectes avec une remarquable exactitude.

'• En opération." — Vous entendez et vous lisez cette expression-là tous les jours, n'est-ce pas ? Telle ligne de chemin de fer ou telle manufacture est " en opération." Eh bien ! cela n'a aucun sens en français. On dit bien qu'une ligne fonctionne, qu'elle est en exploitation, mais " en opération ! " in opération, il n'y a qu'un français sachant l'anglais, ou prévenu généreusement par un canadien, qui puisse deviner ce que cela signifie.

De même, ne lisez-vous pas invariablement :

" Sous Vopération de telle loi, de tel acte, pour en vertu de...A

Dernièrement, on voyait qu'un commerce considérable s'était établi sous Vopération du traité

de réciprocité.... Il n'y avait qu'à mettre " durant l'exercice " du traité, et personne nfaurait remarqué la différence, mais, au moins, on n'aurait pas à>mmis un gros anglicisme.

" Payer unç visite." Pay a visit. Il n'y a que de mauvais débiteurs qui puissent se servir d'une expression pareille. Ne payant pas leurs créanciers, ils veulent au moins pouvoir dire qu'ils paient quelque chose, et ils paient des visites, au lieu de faire, rendre

" Prendre une marche," take a walk. On fait une marche ; mais la prendre, c'est l'arrêter net, et alors Jl n'y a plus de marche.

Enfin, [pour terminer aujourd'hui, rappelons l'exemple d'un des journaux de Québec qui, depuis des années, appelle le prince royal d'Allemagne, " crown prince " en anglais, le " prince de la couronne." Je vous demande un peu ce que c'est qu'un " prince de la couronne " !

On lisait dans le même journal, il y a quelque temps, au sujet des affaires d'Espagne : " La „ dynastie de la gauche," pour la gauche dynastique.

" La goélette Sank" traduction effrénée de 41 the schooner sank...."

" Le commodore d'Athènes," pour " Comoundonios'ministre d'Athènes...."

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Et enfin, ces jours derniers, en pouvaitTy lire cette dépêche :

La balance de la propriété du défunt empereur sera divisée entre l'impératrice Augusta, Frederick et la grande duchesse de Bade. L'impératrice Dowagev reçoit aussi le château de Babelsberg à Postdam, le Palais Koyal à Coblentz et plusieurs autres legs. *

L'impératrice Dowager ! ! (pour l'impératrice douairière.)

Mon Dieu ! mon Dieu ! Et dire que j'aime mon peuple, et que je crois à l'avenir d'une race comme celle-là !

Enfin, voyons ! que voulez -vous donc devenir ?

(De L'Electeur du 28 janvier 1888)

" En dedans de " Inside of. En dedans de

trois minutes, par exemple. Je sais ce que c'est que . en moins de trois minutes, mais "en dedans de " !...

cela me plonge dans un abîme de rêveries.

Que peut- il bien y avoir " en dedans " de- trois minutes ? Je sais à la rigueur que dans trois minutes, il y a 180 secondes, mais en dedans de !..;... J& défie n'importe quel orfèvre de me renseigner làdessus, même mon ami Duquet qui, j'ose l'espérer, ne me présentera jamais de compte en dedatià de 500 dollars.

Que dire de " Compliments de la saison," compliments of the season ? Il faut avoir une dose archi- canadienne de galanterie pour offrir de ces douceurs -là.

"En devoir," on duty, pour de service. Il est étonnant qu'on ne s'avise pas de dire sur devoir. J'ai lu dans un de nos journaux racontant un épisode de la campagne du Nord-Ouest : " On refusa de faire le devoir sous ce caporal. "

" Recevoir " une sentence, Eeceive a sentence, pour entendre une sentence. Il n'y a plus alors pour les condamnés qu'à signer un reçu à leur joge.

"Délivrance," delivery, pour livraison. Je lisais dans un de nos meilleurs journaux, je dirais le meilleur, s'il y avait des degrés à établir dans l'excellence de ces incomparables organes, " la délivrance des édifices du parlement " Je ne

pais in'empêcher de féliciter les dits édifices de cette heureuse circonstance^, comme on dit en termes sympathiques ; mais tant que ces édifices ne seront pas " délivrés " des membres du parlement, je ne pourrai les croire réellement soulagés.

H y a aussi beaucoup plus de gens qu'on ne croit qui disent " Délivrer -une lecture " deliver a lecture, pour faire une conférence. A ceux-là je n'en puis vouloir, car ils savent sans doute tout ce qu'on souffre avant que cette délivrance soit accomplie, et je les remercie de leurs sympathies.

" Supporter " support, pour soutenir, appuyer. Etes- vous capable de troutfcr jamais dans un $eul de nos journaux autre choSe que , supporter un gouvernement, supporter uû parti, une proposition... ?

C'est insupportable.

" Faire une application," to apply, to make an application for, pour "faire une demande" tout simplement. " Comment t monsieur, vous voulez me faire une application ! qu'est-ce à dire ? Si vous êtes un distributeur d'emplâtres ou de sinapismes, allez dans les hôpitaux et collez-en tant que vous voudrez. Voyez- vous d'ici un pauvre premier ministre tout couvert d'applications, et cela de la part de solliciteurs, encore !

" Manquer " quelqu'un. We hâve missed you, nous vous avons manqué. Ah ! merci, mon Dieu ! Et vous le regrettez encore ! Vous m'exprimez votre chagrin de ne m'avoir pas aux trois quarts démoli ! Voyez un peu où conduisent les anglicismes ; à dire exactement le contraire de ce qu'on veut dire. Ici ce que l'on veut exprimer, c'est que quelqu'un nous a manqué, et non pas que nous avons manqué ce quelqu'un. Cet angliscisme est un des plus grotesques et des plus inexcusables qu'on puisse commettre.

Il en est ainsi de " goûter." Vous entendez toujours dire : " Telle chose goûte ceci ou cela ; '*

dbyGoogk

im**-

mais c'est vous qui goûtez, et non pas la chose en question ; cette chose peut avoir le goût de ceci ou de cela, mais non pas goûter.

Autre exemple analogue tiré du verbe " montrer." Cela " mootre " bien ^out parait bien ; it shows well ; toujours, toujours l'anglais.

Et encore " cet événement est dû au fait que "

is owinç to the fact that.... En français on dit:.

" Tel événement est dû à ce que et non pas au fait que, qui est du pur anglais.

" Entrer dans un livre, to enter in a book, pour inscrire, insérer.

"Outrage" invariablement employé pour Offense.

Qualifié, qualification ; anglais, anglais, anglais. En français on n'est pas qualifié pour faire une chose ; mais on est compétent à faire cette chose.

m n'a pas les " qualifications " mais on

tence, les aptitudes....

ace " (allowance) pour concession.

;ion " pour aveu, reconnaissance.

Pas d'admission " (no admission) pour erdite.

M. Laurier fera sous peu une motion Yadmission de l'île de Terreneuve nfédération," pour Ventrée de Terre-

imbres de l'Institut pourront se pro-

ouier des cartea d'admission en s'adressent m gardien," pour billets d'entrée.

" Tapisserie " pour papier tenture.

Tapisserie veut dire ouvrage fait à l'aiguille.

" Percentage " (percentage) pour commission, quantum ou proportion, suivant le cas.

" Tombleur, groceur ". 0}i ! aïe, Ihlle ! Ouille ?

" Emaner " un bref. Qu'éque ça, qu'éque ça?

" Mais ce qui " bat tout ", c'est faire émaner un bref, ou un bref émané. Cela est plus fort que quatre as. Demandez à ceux qui emploient cette inconcevable, cette incompréhensible expression s'ils savent ce qu'ils veulent dire, je vous jure qu'ils sont incapables de répondre.

" Des argents " (moneys). Pourquoi ne ditesvous pas alors tout aussi bien des ors, des cuivres, des nickels ? etc

Dire qu'on écrit des argents simplement pour des montants, des sommes quelconques, et qu'il n'y a personne qui ne connaisse mieux ces deux derniers mots, c'est à vous rendre malade, ma parole d'honneur!

" Hauteur des terres " (Height of land) pour ligne défaite ou Ugne de séparation des eaux.

Il n'y a qu'à ouvrir la première géographie française venue, et l'on trouvera cette expression-là fréquemment employée. Mais non, voyea-youst

il faut parler anglais avec des mot* français, sans compter que " Hauteur des terres " ne veut rien dire, attendu que la ligne de séparation des eaux est souvent dans des endroits très bas, marécageux, comme, par exemple, celui où l'Ottawa, le Saint- Maurice et la Gatineau prennent leur source Tune à côté de l'autre.

Polygamiste, géologiste !

Je les ai vus.

" Prognostic ," pour diagnostic.

(Je répète que je l'ai vu.

7 Place de moulin." Qu'est-ce que cela î

3 eut-on dire "Site, endroit propre à...?

es peccadilles géographiques.

" Guinée Anglaise." — Je sais bien qu'il y a une Guyane anglaise, mais je ne connais pa^ de Guinée " idem."

" French Eiver " pour ^Rivière des Français," celle qui va du lac Nipissing à la baie Géorgienne. De même " Bird's Rock " pour " Ile aux Oiseaux." H n'y a aucune excuse pour se servir de noms anglais quand les noms français existaient auparavant, et surtout quand ces noms ont été donnés par nos pères.

"Algiers" pour Alger.

"Leghorn " pour Livourne [Chapeaux de...]

" Montagne aux Tourtes," traduction libre de Twrtle Mountain.».

Pontivy, en France, pour Pondiohéry, dans l'Inde.

Entre parenthèses, je ferai remarquer à un correspondant anonyme, qui me prend à partie, " qu'aller à dire " est une expression dépourvue de logique et de bon sens, et je vais le lui faire toucher du doigt. "Aller à".... implique une conclusion à tirer de ce qui est dit, une intention ou un sens manifeste contenu dans ce que Ton n'énonce que vaguement. Ainsi Ton dira très-bien : " Ce que je dis va à faire croire, va à démontrer, va à faire voir, va à justifier, va à corrompre, va à

attaquer '' mais que ce que je dis aille à dire,

oh ! oh ! c'est tout simplement absurde.

Un peu de grammaire raisonnée et d'intelligence de la langue vaut bien mieux qu'une colonne de citations, surtout quand cette colonne ne ,sert qu'à démontrer son insuffisance ou sa suffisance, comme on voudra.

Du reste, à propos de cette expression, comme de tant d'autres que j'ai relevées, je n'ai eu en vue qu'un objet utile, celui de corriger des abus ridicules, de combattre notre tendance à l'anglicisation •et de débarrasser notre langue des locutions, dea tournures de phrase, des constructions qui lui sont le plus étrangères, loin d'avoir cherché à poser et à fendiller des cheveux pour donner aux badauds une haute idée de ma linguistique. Je ferai remarquer encore en passant qu'anglicisation n'est point

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dans le dictionnaire ; mais puisque " francisation " est français, les mêmes raisons existent pour que "anglicisation" le soit. Si ce mot n'est pas français, qu'il le devienne ; je le crée.

Dernièrement, un Montréalais (qui ne pose pas) faisait des gorges chaudes au sujet des Québecquois, cela va sans dire : " Quand on pense que ces Canadiens-là, s'écriait-il, quand ils veulent mouver, ils appellent cela " déménager ! "

Un autre Montréalais — ces Montréalais ne doutent de rien ; on leur a tant dit et ils se sont tant dit à eux-mêmes qu'ils étaient hommes de progrès, qu'ils se croient tout permis. Voilà qu'ils veulent mettre un abime entre eux et le reste de la province, dans l'intérêt de celle-ci, bien-entendu, en creusant le chenal St-Pierre jusqu'aux entrailles de la terre. Bientôt ils construiront un chemin de fer souterrain jusqu'aux mines de la Nouvelle- Ecosse pour avoir le charbon directement et à meilleur marché chez eux, toujours dans l'intérêt de la province, c'est là l'expression sacramentelle dans ces sortes d'opérations un autre Montréalais, dis-je, voulant se mettre en voyage, alla trouver un de ses amis : " Il y a longtemps, lui dit-il, que je vois dans les journaux : Un prince un tel, la princesse celle-ci, le grand^duc Celui-

ci b y G00gI< M

là voyage incognito. Je voudrais bien savoir comment faire pour voyager incognito. Dieu merci ! j'ai amassé de l'argent ces années dernières, je peux payer pour cela, j'y mettrai ce qu'il faut, je veux absolument qu'on puisse dire que j'ai voyagé incognito, moi aussi.

" — Ah ! lui répondit son interlocuteur, tu es assez incognito comme cela. Tu aurais beau faire, on te reconnaîtrait toujours pour un canadien."

" Tomber en amour " (fall in love).

Quelle chute aimable, et omme on songe peu à se casser un membre en tombant de cette façonlà !

Ici l'anglais est à coup sûr supérieur au français, du moins dans l'expression. On dit bien, par extension, et seulement par une espèce de tolérance généreuse pour le verbe tomber, on dit bien tomber amoureux ; mais cela implique qu'il n'y a pas réciprocité ou qu'on est tombé tout seul, tandis que "tomber en amour" comporterait qu'il y a bien aussi un petit grain de l'autre côté.

Ce qui pousse à commettre cette faute, c'e»t qu'on ne songe pas que le mot " fall, " en anglais, ne veut pas toujours dire " tomber ", mais qt|*St indique aussi souvent le simple mouvement. Aîftfg, par exemple, si on s'avisait de traduire "fall in,*

prenez vos rangs, par tombez dedans, il y a plus d'un futur vainqueur qui se trouverait " troublé."

On ne dit pas plus "tomber en amour " qu'on ne doit dire monter en haut ou descendre en bas, style de cuisinière qui tend malheureusement beaucoup à monter en haut!.... ,

A propos de cette dernière expression, j'ai reçu récemment une petite lettre d'une femme qui doit avoir beaucoup de sens et d'esprit, mais hélas ! aussi beaucoup trop de discrétion à mon endroit, puisqu'elle cache son nom sous une signature d'emprunt. Ah ! madame, vous ne sauriez croire combien la réalité seule m'est chère aujourd'hui et combien le plus petit déguisement me fait peine ! Vous signez " Peccadille ", (c'en est déjà une) et vous me faites remarquer que " tomber en amour" est non seulement un anglicisme, niais encore une faute contre le bon sens, puisque l'amour relève au contraire etc

Oui, rien n'est plus juste que ce simple trait qui fait voir qu'en ces sortes de matières les femmes ne se trompent jamais, ni dans le sentiment si dans l'expression, et je m'empresse de l'ajouter i tout ce que j'ai essayé de faire valoir contre le ? tomber en amour" qui, décidément, est un anglicisme de mauvais ton.

Tous me demandez aussi, aimable correspon- 4*itte,*ce que je pourrais bien proposer à la place

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•' d'antimacassar", et vous m'assurez "de toute votre reconnaissance, " si je fais cette découverte.

Voyons, vraiment, est-ce que " l'antimacassar" troublerait à ce point votre doux repos et ferait pâlir vos joues? Si cela est, je m'empresse de dissiper cet importun nuage. D'abord, vous dirai-je, il ne faut pas se faire de mauvais sang simplement pour les noms. Il y a une foule de noms qui sont les mêmes dans 'es deux langues, surtout quand ces noms sont dérivés du latin ou du grec. Ce n'est pas là ce qui constitue l'anglicisme véritable, lequel est bien plutôt dans les tournures, dans les membres de phrase tout entiers et dans les locutions. Or, je m'élève tout particulièrement contre les tournures et les membres de phrase, et contre les locutions empruntées à l'anglais, quand nous avons en français des locutions correspondantes qui, souvent, sont bien supérieures à l'anglais. Pourquoi ne dirions-nous pas, nous aussi, antimacassar? Mais qu'à cela ne tienne. Antimacassar n'est pas plus anglais que français, et nous avons le droit de nous servir de ce néologisme tout aussi bien que les plus purs anglosaxons. Pourtant, je veux absolument vous toe agréable et alléger vos trop délicats scrupules. Si "l'antiiuacassar" choque si cruellement vos oreillae, ; dites tout simplement " dossier," c'est le nom de commerce, et vous serez comprise de toug cejpc

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à qui le français est familier, et vous rendrez parfaitement votre pensée, j'aime à le croire.

En terminant, laissez-moi vous remercier de votre courtoise et flatteuse lettre, pour laquelle je vous témoigne toute ma- reconnaissance en vous délivrant d'un horrible cauchemar.

De V Electeur du 28 janvier

Il y a une chose qui nuira éternellement chez nous, non seulement à la correction du français, mais à la familiarité, à l'intimité avec la langue 3e, c'est que nous vivons dans un pays , dans un milieu anglais, et que nous sommes \b d'anglais. Ce qui est absolument français, province de Québec, ce sont les traditions, îtère, le type, l'individualité, la tournure ; et une manière de sentir, d'agir et d'exqui est propre aux vieux gaulois. Ce qu'il moins français, c'est la langue. Je mets en te la plupart des hommes publics, des s de profession, de tous ceux qui appartienune carrière active quelconque, savent bien le français que l'anglais, qu'ils emploient rement, à leur insu, quantité de touis de de membres de phrase anglais ; je dirai

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plus, et dût le barreau tout entier se ruer sur moi pour m'estourbir ou pour m'écorcher vif, je dirai qu'en général nos avocats (ce sont eux les traître?, les " pendards ", à quelque parti qu'ils appartiennent) ne parlent ni l'anglais, ni le français, mais un jargon coriace qu'on ne peut comprendre que parce qu'on y est habitué, et que l'on sait mieux ce qu'ils veulent dire que ce qu'ils disent. Et re. marquez que je parle en ce moment d'hommes de mérite, d'hommes de valeur, (je laisse de côté les monceuvres de la profession) je parle d'hommes intelligents, cultivés, instruits, possédant une foule de connaissances, d'hommes enfin qui feraient leur marque dans n'importe quel pays, au milieu de n'importe quelle société avancée en civilisation. Mais que voulez- vous ? Ça n'est pas leur faute, c'est la faute du milieu où nous sommes. L'habitude constante et régulière des deux langues les pervertit forcément toutes les deux, surtout, bien entendu, celle qui doit le plus souffrir de cette bâtardise, par les conditions d'infériorité où elle se trouve. Ici, le commerce, l'industrie, la finance les arts, les métiers et jusqu'à l'éducation, jusqu'aux habitudes, jusqu'à la manière de dire "Bonjour" et de se moucher, tout est anglais. Comment notre langage résisterait-il à toutes ces influences extérieures qui agissent continuellement sur lui, l'enveloppent et l'étreignent ? Comment ne s'imprégnerait-il pas de ces mille apports

quotidiens qui sont tous autant de causes de dissolution ? Ce serait miracle qu'il en fût autrement. Mais de là à conclure qu'il faut laisser sottement les choses aller comme elles vont, sinere res vadere ut vadunt, il y a. un abîme que je suis déterminé pour ma part à franchir, et que je veux déterminer mes compatriotes à franchir avec moi. Si nous succombons à la tâche, eh bien ! nous succomberons : mais ce ne sera pas sans un suprême effort, et s'il nous faut faire entendre le "finis Ganadœ français," que ce soit, comme Koskiusko, les armes à la main.

Hélas ! nous avons perdu le génie de la langue française ; mais est-ce à dire que nous ne devons pas chercher à le'retrou ver, quand il * est temps encore et quand nous le pouvons, si nous voulons nous mettre à la tâche ? Jusqu'à présent, c'est l'absence de critique qui a été l'un de nos pires ennemis, conjointement avec cette habitude bête, pernicieuse au dernier point, de farcir les gens de louanges épaisses pour les plus petits succès, pour les moindres mérités. Cette absence de critique et cette flagornerie pâteuse ont fait naître chez nous d'iâcroyables et d'insupportables prétentions. Il n'est personne par exemple qui ne se cçqje écrivain, parce qu'il n'y a personne pour lui dire qu'il feet au même titre qu'un maréchal ferrant ou un

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débitant de bière d'épinette. De là encore la banalité,, l'absence d'idées, le ressassement de lieux communs que l'on remarque dans une foule de productions qui voient le jour, on ne sait pas pourquoi. Les idées sont comme l'éclair, il faut qu'elles jaillissent. Quand on en a, on ne peut résister à l'impulsion qui les pousse au dehors. Nous ne lisons plus les maîtres, les grands écrivains du dix-septième et du dix-huitième siècle qui ont formé la langue. La nourriture n'est plus saine et forte, mais elle est indéfiniment variée, assaisonnée, épicée, et l'on forme ainsi les dyspeptiques de l'intelligence comme on fait les dyspeptiques de l'estomac. Le torrent du journalisme emporte tout sur son passage. A une époque où l'on peut avoir en une heure des nouvelles de tous les points du globe, on veut suivre, au jour le jour, non seulement les événements, sans digérer, sans réfléchir, sans rien s'assimiler, mais on veut connaître encore jusqu'aux plus petits détails, jusqu'au menu de la chronique universelle. Les journaux reproduiront n'importe quelle dépêche, et il faudra avaler, avant ou après son déjeuner, trois à quatre colonnes de niaiseries, de traductions épouvantables, d'énormes bévues géographiques et historiques, et une suite interminable de faits divers sans intérêt, attachés les uns à la suite des autres, comme des coquilles à la queue d'un chat, Comment veut-on que l'existence quo^

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tidienne ne soit pas absorbée par toutes ces bêtises de toutes les dimensions, et quel temps restera-t-il pour lire les grands auteurs et, se former d'après eux? Donc, on n'étudiera pas, et le manque d'étude amènera forcément la stérilité dans les productions : on emboîtera le pas les uns derrière les autres, et l'on se demandera pourquoi l'on ne peut pas se faire imprimer à son tour, en voyant que cela ne demande ni fond, ni originaité, ni habitude de l'analyse, ni connaissance raisonnée, sérieuse, de quoi que ce soit. -

Encore un mot avant d'arriver aux exemples, et Ton verra combien j'ai raison d'appuyer sur des considérations préalables.

Je disais plus haut que nous n'avons pas le génie de la langue française. Cela saute aux yeux de l'étranger. Une foule d'expressions, de tours de phrase, de manières de parler courantes passent sans être remarqués par le commun des canadiens, mais stupéfient celui qui a le sentiment de la langue, qui sait, qui sent plutôt, sans l'aide de la grammaire ou du dictionnaire, que telle expression en usage est impropre, ou inexplicable ou inintelligible.

Nous sommes embarrassés les trois quarts du temps pour savoir comment nous exprimer : si noua étions maîtres de la langue, nous ne serions pas sou-

mis à cette torture. Il est rare qu'un françw tt trouve dans cet embarras, j'allais dire dans ce "trouble," pour parler anglais*. Pourquoi encore reconnaîtra-t-on presque invariablement, à très peu d'exceptions près, un écrivain canadien d'un écrivain français ? A une foule de choses sans doute en dehors de la langue proprement dite, parce que nous avons des idées, des habitudes, des coutumes, une éducation différentes de celles de la France ; mais ce sera surtout, en ce qui concerne la manière de s'exprimer, parce que nous n'avons pas eu (Je maîtres qui,eux-mêmes, possédassent suffisamment le génie delà langue française et qui aient pu nous l'inculquer, nous en inspirer. Un écrivain canadien se trahira toujours par le manque de certitude dans l'expression, par le défaut d'audace dans l'emploi indéfiniment varié des termes, par l'habitude plus ou moins grande des nuances, par cette espèce de timidité et de gaucherie propre à ceux qui ne sont pas sûrs de l'instrument qu'ils manient, par l'étendue très limitée du vocabulaire à sa disposition, enfin, pour dire le mot, le seul mot, par l'absence plus ou moins caractérisée de ce qui constitue le génie de la langue, ce génie que les écrivains français possèdent tous, quels qu'ils soient, supérieurs, médiocres ou inférieurs. Ceux-ci, on les reconnaît de suite à ce signe, malgré les défauts, malgré les faiblesses, malgré les négligences, les imperfections ou les désordres de leur style, enfin jusque dan^

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"f^fl:!

l'incorrection même, parce que c'est une incorrection qui leur est propre et qui fait dire en le» lisant : " Il n'y a qu'un écrivain français qui puisse être incorrect de cette façon-la. "

C'est encore l'habitude de l'anglais qui nous fait généraliser des expressions qui ont si peu la physionomie française que leur emploi en français est comparativement fort limité, telles que : " Inciter

à " pour porter, pousser à, provoquer, fo-

rtienter ; comme encore "manufacture," mot

employé à tout propos, même quand il s'agit de fabriques, de filatures, d'usines

De cette habitude, devenue un vice, dérivent aussi les désinences impropres, comme manufacturez^, plom&ewr, plâirewr, pour manufacturier, plombier, plâtrier

Citons encore " Influencer quelqu'un à faire une chose ", pour pousser à

"Clairer", (clear), pour débarrasser, délivrer... " Contenancer ", (countenance), pour appuyer, donner du poids.

"Approprié", (appropriate) pour compétent, conforme.

" Préservation ", pour maintien.

M Député» assistant commissaire**, pour wu$commissaire.

"Consistant" (consistent) pour conséquent.

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dbyGOQglÇ^

Il ne faut pourtant pas aller jusqu'à dire : conséquent " avec soi-même", comme je l'ai remarqué plusieurs fois chea ceux qui écrivent le mieux le français parmi nous ; on n'est conséquent ni avec soi, ni avec les autres ; on est conséquent,- voilà tout. Cela suffit, et c'est déjà bien assez difficile, mon Dieu ! Si peu de gens sont conséquents, hélas ! qu'il ne faut pas leur demander de l'être "avec eux-mêmes" par dessus le marché.

N'oublions pas non plus " Passer des remarques," (pass remarks) pour faire des observations.

"Prendre la part de quelqu'un" pour prendre son parti, sa défense.

" Acter", pour^oiter, représenter.

Faire des " apologies " pour des excuses.

Je m'étonne qu'on n'aille pas encore jusqu'à dire " apologiser " pour traduire to apologize, puisqu'on dit si élégamment " avocasser " pour traduire to advocate.

" Souffrant " (painf ul) pour douloureux. '

Il n'y a pas moyen de faire comprendre aux gens que ce sont eux qui souffrent, et que c'est le mal qui est douloureux.

"En bas" de, pour au-dessous de, quand il s'agit de degrés d'un thermomètre, par exemple.

Vous lirez invariablement : f< Depuis " tel en-

dbyGoogk

droit à tel autre Depuis veut jusqu'à ; mais

on dit De à

"Ecaille" (shell) d'huître, pour coquille.

Si- l'huître avait des écailles, mon bon ami M. Rhéaume serait le plus malheureux des hommes» " Dépôt ", pour gare, station.

"Déqualifié", (disqualified) pour frappé d'incapacité.

Je serais (Va vis toutefois d'adopter le mot invalidé, aussi bien pour les personnes que pour les

actes, les élections etc.... Le temps est trop

précieux, "dans notre siècle d'activité fiévreuse" comme disent les débutants dans les grands journaux, pour que nous puissions employer à loisir les périphrases. Allons droit au but, quand cela e3t raisonnable, et quand, pour y arriver, nous ne massacrons pas la langue.

Va donc pour invalidé; essayons. Mais pour déqualifié, il n'y a pas moyen, il n'y a pas moyen, vous dis-je !

Voici maintenant un mot extrêmement dangereux, et qui m'amène sur le terrain brûlant de la politique, chose que je voudrais éviter à tout prix, d'autant plus que j'ai toujours mis un soin extrême à ne jamais me compromettre, soit par mes actes, soit par mes paroles, encore moins par mes écrits.

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Maïs que voulez» vous ? De nos jours on iûtrotroduit la politique en toutes choses, et si je me laisse aller à suivre la règle commune, je prie le lecteur de me plaindre au lieu- de m'accuser de faire bassement ma cour au régime nouveau, après avoir été accablé de faveurs par l'honorable docteur Ross, ci-devant premier ministre, qui a été un jour jusqu'à assister à Tune de mes conférences.

Le mot que je veux dire est " Votyition." C'est le mot populaire par excellence, le plus accrédité et le plus achalandé parmi les journalistes. A coup sûr, ça n'est pas pour se» beaux yeux, car " votation" est bien, sans conteste, un des mots les plus grotesques qui existent. Il est lourd, enfagotté dans sa grosse étoffe comme un candidathabitant. Comment s'est-il donc glissé dans notre langue à la place du mot scrutin que l'on peut lire, quand on veut, dans tous les journaux de France, ou bien tout simplement du mot vote qui est le vrai mot et qui dit tout avec deux syllables de moins ? Quoi ! dira-t-on, est ce que votation n'est pas français ? Mon Dieu ! oui, à la rigueur. Passation aussi, l'horrible et mojistrueux passation est français au même titre: Mais si vou* lancez ce mot en France autrement que par devant notaire, on vous prendra sans hésiter pour un Sàmoyéde ou un Kamschatkois.

Il y a comme cela quantité de mots, " stricte»»

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mont " français, avec lesquels il y a moyen d'avoir l'air aussi barbare qu'un Canaque ou un habitant des îles Aléoutes. Bien plus, celui qui voudrait parler aujourd'hui comme Eabelais, lequel " fust espendant un maistre " de la langue de son temps, courrait risque de passer pour un fossile vivant ou pour un échappé de Beauport.

Il est, je le répète, de ces mots admis dans le dictionnaire, qui y' jouissent des droits de cité comme les décorés étrangers jouissent des droits de membres de la Légion d'Honneur, c'est-àdire qu'ils n'en ont ni n'en exercent aucun. A ce qui est donné, en France, an mérite, on le donne & l'étranger par courtoisie. C'est ainsi qu'en laissant " Passation " et " Votation " figurer parmi les mots français dans les dictionnaires, c'est par excès de politesse ou d'indulgence envers des barbares.

Il est de ces mots dont les Français, seuls juges en la matière, parce que seuls ils ont le droit d'adopter telle ou telle expression dans leur langue, ou d'en sanctionner l'usage, il est de ces mots, dis-je, dont les Français ne se servent jamais.

Ainsi, il ne s'agit pas de savoir si votation, qui est censé être l'acte de voter, peut se dire en français ; mais il s'agit de la manière dont nous employons, nous, ce mot, pour désigner le. résultat du Scrutin, du suffrage donné, ce qui s'exprime par le *ot Vote.

Je me fatiguerais vite à ce jeu, et je n'arriverais pas à signaler la centième partie des fautes de langage que nous commettons. Je vise à autre chose, je veux obtenir un résultat, et si je cite des exemples, c'est pour éveiller l'attention du lecteur, l'amener a s'unir à moi dans une œuvre que je considère comme éminemment patriotique et profitable à tous.

Une guerre de mots ? Mais c'est tout un état de choses qu'il faut combattre, un ensemble effrayant, dont tous les éléments se tiennent et concourent à former en quelque sorte un véritable système d'inepties, de platitudes et de sottises comme notre journalisme seul en donne le spectacle. Vous vous récriez et vous croyez que j'exagère ! Eh bien ! je vais tout de suite faire de nouvelles citations que j'emprunte à des notes prises il y a déjà plus d'un an, afin qu'on ne me soupçonne pas de vouloir être désagréable envers qui que ce soit et de prendre à ' partie l'un plutôt que l'autre des malheureux qui s'avisent d'écrire, quand ils feraient bien mieux de rétamer des chaudières. Commençons d'abord par des exemples d'expressions et de tournures de phrases, pour faire voir où conduit l'habitude invétérée, habitude qui tend à remplacer la nature même, d'écrire encore moins le français que de l'anglais travesti.

" Vingt-cinq cas de variole sont rapporté*

dbyGoogk

" J'ai été sollicité de me présenter.... w

"Une lettre a été reçue demandant

"Votre dépêche a été reçue annonçant •

11 Les renseignements que Ton pourrait posséder <fcla goélette seront ardemment reçus par "

À chaque instant, dans les journaux, on trouve de ces constructions, de ces tours de phrase barbares qui font voir jusqu'à quel point nous perdons de plus en plus le sentiment et le maniement du français; comme encore dans les exemples qui suivent :

"M. un tel *st de retour du Nord-Ouest où il occupait une position importante en connection avec le service de transport.

W I1 est maintenant en preuve que. ........"

11 Le gouvernement ayant été informé d'une manière croyable que des fraudes avaient été cornmises m rapport avec les dépenses des argents de colonisation ,.,....•.

Bonté divine ! Qui est-ce qui peut comprendre cela? Quand je vous dis qu'on n'est pas capable d'écrire les choses les plus simples, sans les em- Biailloter dans un tas de ligaments et de ficelles indénouables !

'• Cette ligne, une fois terminée, raccourcira de plusieurs milles la distance pour se rendre à Toronto "

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J'ai vu le titre suivant d'un article de journal : " Un ridicule vivace ". Pourquoi ne pas dire : Un ridicule boule-dogue 1

Voulez, vous vous casser le cou, ou bien devenir aveugle, idiot, pendant trois mois consécutifs, lisezmoi ceci :

" Le capitaine Jackman était regardé comme le plus hardi et le plus habile pêcheur. Cela eut lieu jusqu'en 1885 où il manqua de réussir.

" L'année dernière la malchance a commencé à tomber sur lui. Il perdit le steamer Resolute au même endroit.

" Tard dans la même saison il entra comme capitaine du Eagle. Quelques semaines après il tassait son arbre de couche. Cette fois il en était' à son dernier voyage. La grande majorité des hommes étaient mariés et étaient de St-Jean ou des environs. On peut dire que la ville est en deuil aujourd'hui.

" C'est la plus grande calamité et la plus grande perte de vie qu'on ait jamais eue, dans cette eolonie. "

" Un message de Grenpond, cinq milles d'ici, rapporte que le gardien du phare a abordé les steamers Vanguard et Hector. iZslui ont rapporté qu'ils avaient rencontré des espars, une poupe avec une planche ayant dessus écrit Eagle, que

dbyGoogk

ces objets se trouvaient tout près de l'endroit où l'Eagle a été vu pour la dernière fois.

I " Le fait qu'on n'a pas entendu parler du Eagle depuis le 11 courant, tandis que les autres voiliers ou steamers ont donné de leurs nouvelles, porte universellement à croire que ce steamer, avec ses 260 âmes, dont 210 pêcheurs à bord, aura été jeté sur les récifs de l'île Frank's et aura sombré.

" La mer qui a balayé la plage durant la nuit «lu 11 courant a été des plus sévères qu'on ait jamais eues. "

" Des dépêches ont été expédiées aux inspecteurs

des licences du Dominion dans tout le pays, hier :

ez toutes opérations sous .l'acte des

es la réception de la présente" <({

réclamations commencent à s'élever de ts contre le charroyage de la neige sur s vagues qui se trouvent éparpillés dans

ine a plus de répugnance que jamais à e résidence à Londres, bien qu'une [se qu'elle a été fort impressionnée par jntaires de la presse sur la production ing dans Faust (cela est mis pour " rôle joué par Irving ") et qu'elle avait l'inse rendre au théâtre pour la première s la mort du prince Consort " monde sait ce qu'était le prince consort,

mais le prince Consort! absolument introuvable dans l'almanach de Gotha.

"Les autorités de l'université Laval êùnt à faire examiner leur nouveau terrain afin de trouver V en droit le plus propice à recevoir les fondations de l'immense édifice- projeté. "

" La partie basse de la ville est inondée par h fait de la fyrû sans précédent des rivières San Joe et Olkhart "

" Lord Salisbury a accepté la résignation de lord Dunravan, sous-secrétaire des colonies. Lord Dunraven n'est pas content du fait qu'il se trouvait pour ainsi dire sous la férule de sir Holland "

" Le» serment comme ïégente sera administré à la reine Christine n

Voilà un serment qui est comme régente !......

" La Californie n'a pas suffisamment d'or pour suffire au manque de ce métal en Allemagne "

" Le Daily News dans un article de rédaction aujourd'hui, dit : Un parlement irlandais strictement limité à légiférer sur des question» purement relatives à l'Irlande et conformément aux principes de l'union de l'empire, serait, dan* notre opinion, le commencement de la paix......*

" Les heures du départ et de l'arrivée des trains, pour les changements d'hiver 9 changeront lundi

ww %

prochain, le 9 janvier, sur ce chemin, et la ligne sera ouverte jusqu'au lac St-Jean.

"Voici les heures de départ ; allant au nord, 6. 35 a. m., et 4.00 p. m. ; allant au sud, 6. 15 a. m., et 1.10 p. m."

" Les socialistes allemands ont adopté les mêmes tactiques dans les procédés du Eeichstag, hier, que les Parnellistes emploient dans le parlement impérial... ... "

Snomène, analogue au précédent, est dé ce, comme une partie de l'air ne peut re les bouteilles, il tourne autour des et revient à celui qui souffle. "

rra la population être forcée de s'expa-

maintenant à des comptes rendus artis»

• échantillon.

èbre Ovide Musina donné hier, dans la romotions, une prêter nouvelle de son )érieur. Il a exécuté plusieurs nioront emporté V auditoire. Les examimr le droit, attirés par le souple archet 3, suspendirent leur travail et entré-

la salle"

laint de ce que les artistes de talent ne Mtç noua visiter plus souvent à Québec.

qiioî, gacreWeu ! Un qui ne reviendra

le. .<&

pas, à coup sûr, c'est Musin. Il aimera mieux aller chez les Patagons, essayer de son souple archet. Nos frères de la Patagonie, au moins, n'ont pas de journaux qui cassent le nez des gens avec des comptes rendus aussi ineptes que celui que je viens de citer. Et il y en a comme cela des vingtaines ! On n'a qu'à faire son choix dans la masse des journaux quotidiens. Quand ça n'est pas la bêtise, c'est le lieu commun, c'est la . banalité la plus plate qui font subir aux artistes l'épreuve du compte rendu, charpenté par de»

manœuvres qui s'imaginent tenir une plume quand c'est un pilon qu'ils ont à la main.

Deuxième échantillon.

" Le concert d'hier soir à la salle Victoria a été un éclatant succès, et|nous en félicitons notre distingué impressario, M. Lavigne.

" Le violoniste Belge '(avec un grand 6, bien entendu), Musin, s'est montré à la hauteur de la renommée qurl'avait devancé, ici. C'est un artiste tout simplement merveilleux.

" Le pianiste Godowski, qui l'accompagnait sur le piano (puisqu'il était pianiste !), est non moinsexcellent sur cet instrument, si bien que l'attention de l'auditoire était autant de son côté que de^ celui du grand violoniste.

" Godowsky est un jeune russe d'une vingtaine d'années, et d'une physionomie très sympathique."

dbyGoogk

• Bien content de savoir cela.

" M/Danman et Mlle Ewan chantent très-bien et ont mérité d'être rappelés.

Ces mêmes artistes se feront entendre de nouveau, ce soir.

ivitons les amateurs de- bonne musique

>as tous las an.s, à Québec, la visite •ité comme Musin.

3 compétent nous déclarait qu'il n'avait ndu un violoniste plus charmant et

re nous, est-il possible d'être aussi bête ui va s'étonner maintenant de ce que c étrangers, et notamment le Courrier 7nis, qui se publie à nos portes, ne s échanger avec les nôtres ? Je trouve, rt, qu'ils ont bien de la bonté de nous and ils pourraient nous livrer tous les icule de leurs lecteurs. Il suffirait, en ndre les troisième et quatrième pages nos journaux quelconques pour en feuille la plus amusante ou la plus [u'on puisse rêver. Dans la suite de tion, lorsque je développerai des consiénérales, je donnerai quelques unes de cette humiliante infériorité de bon j rédacteurs secondaires de nos jour-

naui. En attendant, je saigdét^miiiié à, tràVIwilec pour ma part à diminuer le ridicule qui s'attache à nous, et, pour cela, je dirai les vérité» les plui grosses et les plus difficiles à avaler. Je veux absolument convaincre mes lecteurs de la nécessité absolue d'une croisade, non seulement contre le barbarisme, contre le jargon qui souille et dénature notre belle langue, mais encore et surtout Contre es barbares qui se ruent avec des pioches dans le journalisme canadien.

Croira-t-on que les citations que j'ai faites plus haut soient des exceptions, par hasard ? Hélas \ hélas ! elles constituent bien plutôt la règle, et Je pourrais en étaler à profusion sous les yeux du lecteur, si cela n'était pas si pénible, si je" voulais railler et m'amuser aux dépens des imbéciles, nu lieu de faire une œuvre utile et d'avoir surtout en vue le profit à tirer du spectacle de nos misères. Je n'ai pas entrepris une tâche ingrate pour uu frivole et inutile amusement, mais pour toucher du doigt un mal profond et pour convaincre toa* les amis de la nationalité franco-canadienne qu'As ont un devoir impérieux et pressant k remplir» s'ils veulent sauver du naufrage notare langue # nous maintenir, en présence dés autres peuple*, dans une attitude au moins convenable.

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Voilà trop longtemps que nous laissons Figtiorttnoe et la vulgarité nous imposer kur jargon; vcrilà trop longtemps que nous laissons toute aorte d'inepties, qui n'ont pas même de forme, se pavaner à nos yeux, que nous laissons nos enfants recevoir des empreintes funestes, presque ineffaçables, et la partie saine, éclairée de la population se contaminer, par la force de l'habitude et par la lecture inévitable des faits-divers et des dépêches, au point de ne plus soupçonner l'étendue du péril qui la menace. Il faut aujourd'hui réagir et réagir sans délai, comme sans miséricorde. Dès maintenant, soyons persuadés que le meilleur préservatif contre l'empoisonnement de notre généreuse langue maternelle, c'ept l'étude, c'est un commerce de tous les jours avec les auteurs français, c'est une familiarité de jlus en plus intime avec les maîtres, dans tous les genres de styles. Oui, c'est là le premier traitement à suivre et, bientôt, on en aura reconnu toute l'efficacité

U y a certaines fautes que l'on peut distinguer par catégories, parce qu'elles sont à peu près d'un

. Blême ordre, et qu'on les commet invariablement -de la même façon, dans les mêmes circonstances.

*• Telles sont les fautes dans les temps des verbes, dans les modes et dans les prépositions. Ces fautes,

^.-■rrf-.xUBjf

je viens de le dire, se commettent invariablement : elles sont le fait de tout le monde et constituent, par leur adoption communément et spontanément •onsentie, la plus flagrante preuve de l'altération rapide du sentiment de la langue française.

Par exemple, l'emploi presque sans exception du passif, qui est la forme anglaisëjvau lieu de l'actif qui est essentiellement français. \

Ainsi les traducteurs diront toujours :y Une dépêche spéciale est publiée ce matin dàfas le Globe" au lieu de: "Le Globe public ce matin

M un tel a été approché (has been appro;

ched.)

" Un règlement à l'amiable est vivement désiré/ 9 pour "on désire vivement "

Que dire de celle-ci ? " Le maire de Marseilles a reçu une lettre annonçant que rhôtel-de-vilï<ç serait fait sauter le jour de la Toussaint >....

C'est du sirhectorisme tout craché.

Autre exemple de l'amour incestueux du passif que les canadiens nourrissent conjointement avec celui du féminin :

"Nous sommes informés de Washington......

Prépositions — Il y en a plusieurs qu'on emploi à tort et à travers, toujours, toujours, parce que Ton traduit de l'anglais, au lieu d'écouter la voix

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du français que Ton aime pourtant bien mieux à entendre.

" Sous" le plus court délai. pour dans.

" Sous " les circonstances id.

" Consister de" pour en.

H y a de ces prépositions qui sont particulièrement agaçantes. On les voit à tout bout de champ, parce qu'elles sont extrêmement commodes pour désigner, par une expression banale et convenue, ce qu'on semble incapable de dire comme on le devrait.

La préposition " Comme " est une de celles-là.

Ex: u comme question de fait " Qu'est-ce

que cela veut dire ? Eien, absolument rien ; de plus, c'est tout à fait inutile et ça n'ajoute rien à ce que l'on veut faire savoir.

M un tel, dont l'éloge n'est plus à faire

comme musicien «

" Un tel a été élu comme député

" Il a résigné comme maire. "

Ces deux derniers exemples du " comme " sont

téralement pris de l'anglais, sans qu'on s'en

ute, has been elected as, lias resigned as ; mais

français, dans les cas actuels, il n'y a aucun:

iqj^Wps à tirer de ce mot. Résigner " comme " maire,

^ wut dire rigoureusement " en qualité de" maire,

j£ m résigner en cette qualité ne signifie pas du tout

qu'on abandonne les fonctions de maire ; ça ne veut pas non plus dire autre chose, ça n'a aucun sens.

Dans un titre d'article :

" La nomination de M. Johnson comme registrateur "

Ailleurs :

" Vous seriez désireux que je m'efface de la présente lutte comme candidat "

Un autre exemple du besoin qui nous démange constamment de fourrer le "comme" n'importe où, à tout propos et hors de propos, c'est celui-ci :

" L'université McGill offrit à M. Kerr la chaire de droit commercial covime professeur."

Parbleu ! Comme quoi voudriez- vous donc que cela fût ? Quand on offre une chaire à quelqu'un, il me semble que c'est pour qu'il professe ! En outre, dans l'espèce, c'est l'université McGill qui agit et, par conséquent, c'est elle qui serait comme professeur.

" Nous apprenons avec plaisir la réélection de notre ami un tel, comme maire de "

Le comme est aussi nécessaire que l'encre à un

. journaliste canadien. C'est sa vie, c'est tout ce qu'il

aime au monde. Et dire qu'il est si facile d'écrire

tout simplement : " Nous apprenons que notre

ami a été réélu maire de ! "

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Pans ce dernier exemple, logiquement, c'est la réélection qui doit être comme , et non pas l'ami en question.

" L'ex-premier ministre Norquay fait des afiaires comme agent d'assurances. "

Cela ne veut pas dire qu'il n'en fait pas d'autres.

" M. Murray proclame la région du lac Saint- Jean comme l'un des plus beaux pays "

" La presse, conservatrice comme libérale, s'élève avec indignation , "

Il fallait dire : La presse, conservatrice et libérale "

" Le parlement de Terreneuve enverra M. M.

tels et tels comme délégués à Ottawa "

Il faut dire enverra en délégation, ou bien

iâèguera M. M. tels ou tels "

Mais, en revanche, on dira toujours " de même " pour " comme ça."

On a une occasion d'employer le "comme" convenablement ah ! bien, oui, cherchez-le l

Il n'y a pas de danger qu'on emploie " comme " quand il le faut. Ah ! s'il y était dans l'anglais, ce serait autre chose! Ainsi, l'anglais ne disant pas " This book, is considered as so precious, mais simplement considered 80 precious, on se gardera tien de dire en français " est regardé comiM si précieux, parce que comme est ici nécessaire, mais

ou écrira en pur anglais " est considéré si précieux. "

On semble avoir, dans un journal de Montréal comparativement bien fait, du reste, une très grande répugnance pour la proposition à. Non seulement on y écrit, " consentir de, mais encore " réussir de, " s'attendre " de, sans compter à part de " Ça va bien.

" En regard avec pour de "

" Majorité dans les townships du comté de Mis-

sisquoi pour l'élection du 27 mars.. "

" MM. les juges X X présideront aux assises..."

" La chambre recommande qu'un montant de...

soit affecté pour faire face aux dépenses. " Pour

faire face " est, pour dire le moins, de trop.

Une autre faute générale est l'emploi du prétérit défini pour l'indéfini, dans le récit d'événements contemporains : . .

Ex : Dans les dépêches de ces jours derniers, " M. Whitney, le nouveau membre élu, (il devait être élu, à coup sûr) pour Dundas (si ce n'était pas si difficile d'écrire " le nouveau représentant

de Dundas," je le proposerais bien ; mai»

commençons par des choses simples et faciles,, et n'écrasons pas, dès le début, nos bons traducteurs et reporters par des difficultés au-dessus de le 1rs forces)... fut (pour a été) présenté à' la Chambre...

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"Les bills suivants furent lus......

" Là chambre s* ajourna

" M. Balfour succéda à sir Fergusson

" M. John Morley répliqua vigoureusement . . . "Le gouvernement consentit d'accorder deux jours à M. Gladstone

" Lord D\iSQiiu y référantk sa démission, déclara qu'elle était due

En dehors du prétérit indéfini, ne sait- on pas que le " présent " même est très employé par les bons auteurs, dans le récit d'événements contemporains ou dautres même depuis longtemps passés, pour donner plus de mouvement et de vie à la narration ? Sans doute qu'on le sait ; mais en se le rappelant, on échapperait à l'anglais, ce qui serait déloyal.

" l\ fit de chaleureux éloges de son successeur, lord Lausdowne, disant que cette nomination (quelle nomination ?) serait accueillie joyeusement "

Il y a, tous les jours, des cinquantaines de phrases comme celles-là dans nos journaux.

Nous n'avions pa3 encore assez d'anglicismes comme cela ! Voici qu'un journal en introduit denx nouveaux, deux inédits, toug deux bien fiers d'être au jour. Qui croirait que ces nouveauxnés sont topic et pulpit ?

Il paraît que, tout dernièrement, l'Académie Française a aboli les mots sujet et chaire qui avaient suffi jusqu'à présent à rendre en français le topic et le pulpiL

Un antre défaut commun à tous est l'iabsenee de la négation. Je connais même un journal de cette ville qui en fait une spécialité.

Un autre défaut, c'est d'employer invariablement aucun pour un quelconque ou même pour *ou£, ce qui n'est pas exactement la même chose.

Sans doute aucun traduit littéralement any, et t'est là une excellente excuse évidemment ; mais •ette excuse a un tort, c'est de faire dire le contraire de ce que l'on veut dire.

"A l'effet que, à l'effet de "; retranchezmoi cela, retranchez- moi cela; ce sont des bâtons dans vos phrases, et comme vos phrases n'en ont déjà pas de reste pour se tenir, il est inutile de les embarrasser davantage.

Un autre défaut commun du style de journal, c'est le remplissage, c'est le chevillage, c'est l'introduction à tout propos de membres, ou de fractions de membres de ph ase inutiles, boiteux, encombrants. Le canadien a une horreur singulière pour toute expression nette et claire de la pensée; de là les ambages, les entortillements et les enchevêtrements de bouts de phrases les uns dans les autres. Dans ce pays, il n'y a rien de précis,d'ar-

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rêté, de formel. L'A peu près est la règle ; il est la forme convenue en toutes choses, dans les affaires^ dans les procédés, dans les relations comme dans la langue. On ne cherche pas à faire " bien," mais à faire " assez bien pour que ça passe." Il en résulte que l'art, en une matière quelconque, n'existe point ; il n'y a que du métier. De là à dédaigner la culture du beau langage, il n'y a qu'une transition imperceptible. Nous avons certainement en nous du " sang sauvage," comme le prétend mon ami Clitus Robillard, avec beaucoup trop de raison. On dirait que nous ne sommes pas faits pour parler le langage exact, pour employer les expressions propres. Aussi il faut voir jusqu'où va l'impropriété des termes de nos publications quotidiennes ! Les trois quarts du temps on est obligé de deviner ce que l'écrivain veut dire, et quand on l'a deviné, reste encore la douleur de voir infliger de pareilles tortures à notre bonne, complaisante et généreuse langue française, la plus maternelle des langues.

Nous nous sommes formé, nous, canadiens, une langue que nous seuls pouvons comprendre, ce qui ■prouve déjà qu'elle n'en est pas une; car tout homme peut comprendre une langue étrangère qu'il étudie; mais la nôtre n'est pas étudiable parce que, non seulement elle n'a pas de règles, mais encore qu'elle est en dehors de tontes les règles.

Jugez-en par quelques nouvelles citations :

"Nous somm.es informés qu'âne maison de commerce de St-Koch a fait l'acquisition d'un lot de marchandises sèches à des prix auxquelles ils sont eux-mêmes étonnés (qui Ils?) Le public acheteur devra en bénéficier , (en profiter, vous voulez dire. Bénéficier et profiter ne sont pas synonymes, tant s'en faut) en attendant la semaine prochaine pour faire ses achats. Les prix vont surprendre les plus incrédules.

Et cette fia d'avis : " les prix vont surprendre lei phis incrédules" est- elle assez aborigène ? Ce ne «ont pas les prix qui surprennent là-dedans.

Dans le même journal je trouve ceci qui en renversera d'autres, " plus incrédules ; " Il est vraisemblable de croire Ah ! massacre

" M. McDougal, maire d'Ottawa, sur la réquisition (pour à la demande) de plusieurs citoyens, a appelé une grande assemblée publique à l'Hôtel de Ville, qui aura lieu (c'est l'Hôtel de Ville qui aura lieu?) demain soir à 7,35 heuns dans le but de voir aux moyens d'organiser (toutes ces chevilles-là pour dire simplement rechercher le$ moyens d'organiser) un grand jubilé musical qui aurait lieu dans le cours de l'hiver prochain.

" A la Chambre des Députés aujourd'hui, (Il fout tourner et dire " Aujourd'hui, à la Chambre des Députés ."y Goblet a parlé en faveur du

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— ir —

service secret et a demandé un vote de confiance. Un amendement à ce vote a été perdu par 273 contre 220 (Perdu par une majorité !) et le crédit du fonds (Oh ! oh ! le crédit du fonds! comprends pas. Je sais bien ce que veut dire " accorder, voter " un crédit, mais le crédit du fonds ! c'est

inutile, ça me paralyse) à été adopté.

Ajoutons des ineffabilités comme celle-ci :

" Ses amis étaient là avec des guirlandes de fleurs toutes prêtes (pourquoi pas enchantées ?) à lui être offertes avec beaucoup d'enthousiasme volontaire (spontané, vous voulez dire) mais ces précautions furent s upei il u es, son succès était réel."

S'il était possible de bien faire comprendre à nos gens que nous avons perdu presque entièrement le sens du français, si Ton pouvait les convaincre que noua sommes restés bien plus français par le caractère et le tempérament que par le langage, ce serait déjà un bon pas de fait. Quand nous nous parlons les uns aux autres, notre langage est à peu près passable ; nous nous comprenons entre nous ; mais quand nous parlons en public ou dans n'importe quelle circonstance spéciale, ou quand nous écrivons, c'est alors que d'effroyables boucheries commencent. Et ce ne sont pas seulement les mots qui sont défectueux, barbares ou inintelligibles^ mis encore bien plus leur application à des choses

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qui leur sont absolument étrangères ; ce sont les constructions de phrases qui démolissent non seulement les règles de la syntaxe, mais encore la raison la plus vulgaire, le bon sens le plus commun, au point qu'en lisant ces effroyables gâchis, ces inqualifiables galimatias, on se demande si les Canadiens ne sont pas une espèce à part qui a trouvé moyen de créer une langue sans règle, sans logique, sans liaison, sans aucune des parties essentielles qui constituent toute langue écrite.

Vous allez dire que j'exagère ! Eh bien ! lisezmoi le document suivant, dont le style est à peu près le même que celui d'une foule d'autres documents de cette nature, et je vous défie de le comprendre si vous n'êtes pas canadien. Il s'agit d'une série de "résolutions" adoptées dans une assemblée tenue à Québec au sujet du terminus du chemin de fer du Pacifique.

Résolu que (pas intelligible* mais qu'importe ! Il est entendu que cela veut dire quelque chose.)

A propos de " Résolu et de Résolution* " je ferai remarquer que, dans la plupart des cas, c'est le mot considérant, soit au singulier, soit au pluriel, qui exprime exactement en français ce que l'on veut exprimer dans l'anglais.

1° Cette assemblée est d'opiuion qu'afln que le peuple du Canada obtienne équivalent (quel équivalent ? c'est un équivalent que vous voulez

dbyGoogk

dire) en échange des grands sacrifices qu'il s'impose pour la construction du chemin de fer du Pacifique, il est de première importance (il y a donc des deuxième et des troisième importances ! ) que Us affaires d'été et d'hiver (ici Ton rit jusqu'à désarticulation) du dit chemin soient faites dans les ports canadiens (ainsi tout le commerce du C. P. R. se fera dans des ports ; il ne restera plus rien à faire sur tout le parcours du chemin !)

2° Que, dans V opinion de cette assemblée, le gouvernement devrait adopter telles mesures qui assureront que les affaires se fassent (Allons \ allez-vous finir ?) en été à Montréal, Québec et autres (dites au moins à Québec et dans d'autres...) ports du Saint- Laurent, et en hiver, dans les ports des provinces maritimes.

3° Que s'il était jugé nécessaire de trouver une ligne (on trouve une ligne comme on trouve un porte-monnaie) plus courte que Tinter colonial (que

celle de l'Intl) telle ligne peut être obtenue

("obtenir" une ligne ! après l'avoir trouvée, va

sans dire) via (à l'anglaise, toujours) la Rivière- .du-Loup et Edmonton, ce qui donne, il est vrai, quelques milles de plus que celle proposée (anglais) à travers l'état du Maine, mais ce qui ne la ferait pas sortir du territoire canadien, (trouver, obtenir

jet enfin faire sortir une ligne ; dites-moi

maintenant g'il y a une ombre de sens commun dans ce chiar-là, comme on dit au collège.)

5* Que, dans V opinion (encore !) de cette assemblée, le prolongement du Pacifique Canadien jusqu'à Québec par une ligne indépendante appartenant au chemin de fer du Pacifique Canadien et étant sous son contrôle, ainsi que la construction d'un pont sur le Saint-Laurent, près de cette yille, pour le raccorder avec F Intercolonial, rempliraient les vues des propositions ci-dessus, de la manière la plus avantageuse pour les intérêts canadiens :

(Remplir les vues de propositions! ! ! — Eh bien !

là, franchement Non, non j'en dirais trop.

Mais j'aime mieux cinq ans de pénitentier )

" M. Murray organise à ses frais une expédition au lac Mistasçini pour dissiper une fois pour toutes l'incertitude où l'on est sur l'identité de ce lac. " . ■

L'identité d'un lac !

Mais passons là-dessus.

Quand un journaliste nous parle de " l'incertitude où l'on est encore au sujet du lac Mistassini, il faut bien lui rappeler qu'il y a plus de deux cents ans, en 1672, le Père Albanel, de la Compagnie de Jésus, s'était rendu jusqu'à ce lac, tt qu'il nous a laissé une relation complète de son voyage ; de plus, qu'à la fin du siècle dernier, un botaniste célèbre, du nom de Michaux, y avai* également pénétré, à la recherche çle toutes les plantes qui composent la flore de l'Amérique Sep-

ci byGoogk

tentrionale ; enfin, qu'en 1885, M. M. A. P. Low et^John Bignell, tous deux arpenteurs, ont fait une exploration complète et parfaite du lac Mistassini et de la région qui l'entoure, exploration dont on peut lire le compte rendu dans le dernier rapport de la Commission Géologique, pour M.

Low, et dans celui de 1885 du commissaire des Terres Publiques de la province, pour M. Bignell. Pour finir, je préviens ceux qui voudront connaître au sujet du lac Mistassini tout ce que Ton pouvait en connaître avant 1880, avant les dernières explorations scientifiques qui nous ont fixes là-dessus, qu'ils n'ont qu'à consulter mon ouvrage sur le territoire dû Saguenay, aux pages 240 et suivantes, dans lesquelles j'ai résumé le voyage du Père Albanel, celui de Michaux, les récits des voyageurs authentiques, et toutes les notions certaines que Ton possédait à cette époque.

La lecture de ces pages attrayantes leur fera me pardonner la petite digression ci-dessus au sujet d'an simple mot, aussi bien que je sais gré au jourii iliste de l'avoir employé, parce qu'il me «donne l'occasion d'une excellente réclame.

dbyGoogk

Maintenant, pour varier, lâchons un peu les canadianismes et retombons dans les purs anglicismes et les autres ismes analogues. Plus on varie ces choses-là, plus ça revient au même. Allons-y toujours.

Promouvoir les intérêts (promote the interests) jx>m favoriser, seconder, développer.

On emploie promouvoir dans toutes les circonstances.

C'est ainsi qu'on dit promouvoir unrèglemen^ promouvoir l'agriculture.

Comprenez-vous ce que c'est qu'un règlement, une agriculture, des intérêts promus.

" Promouvoir " n'a qu'un sens, qui est : Elever à une dignité. On ne l'emploie guère qu'au participe passé, dans la hiérarchie des grades ou des fonctions.

Il est donc absurde de l'accoler à l'agriculture ou à des intérêts.

Savez-vous quelle est la cause de bon nombre d'anglicismes ? C'est la paresse, c'est l'insouciance qui s'attache à tout et qui étend indéfiniment l'empire de 1' " A peu près." On ne veut pas se donner la peine de chercher, on ne veut pas chercher par quel mot français on'jrendra exactement

tel mot anglais, et l'on se centente d ? nn mot qui a la même physionomie, la même conformation, la même désinence. Ainsi l'anglais disant "joint committee", disons comité conjoint ; l'anglais disant "promote the interesta", disons promouvoir

les intérêts et ainsi de suite ; cela sonne de la

même façon et cela épargne de la besogne. Voilà ce qui s'appelle communément en Canada de la "traduction". Oui; c'est de la traduction à dix eentins par cent mots.

" Référer (refer) pour " faire allusion," renvoyer à, avoir trait à, avoir rapport à, avoir recours ou recourir à, s'en rapporter, se rapporter à, s'en remettre à, remettre, imputer enfin, que sais-je ?

Il faut savoir choisir suivant les différents cas, au lieu de se borner sempiternellement au seul mot référer qui a un sens très restreint en français.

Mais c'est si commode de traduire "to refer" par référer !

" Je réfère à telle ou telle autorité" se dit invariablement parce qu'on dit en anglais " I refer to suçh or such an authority." C'est "je renvoie à ou j'invoque telle ou telle autorité" qu'il faut dire eh français.

Je me suis souvent demandé pourquoi on di-

' B^it encore bien souvent " il ou elle a les fièvres

typhoïdes." Est-ce que, par hasard, on aurait

!> plusieurs fièvre» typhoïdes à la fois î Ou y au-

dbyGoogk

rait-il différentes espèces de fièvres typhoïdes qui s'entendraient pour vous tomber dessus à Tunisson ?

On écrivait dernièrement de Montréal à un journal de cette ville : " Il est peu probable que notre pauvre ami puisse finir la journée vivant"

Cela et " se réveiller mort" font si bien la paire qu'il est impossible de trouver une fin de chronique plus piquante, mieux appareillée, mieux assortie, comme on dit dans certains magasins où il n'y a pas " d'assortiment" du tout.

De V Electeur du 18 février.

Je sais bien que j'ai entrepris une tâche difficile, presque impossible à accomplir. A mesure que les innombrables difformités, vices, défauts et ridicules de notre langage se développent dans mes chroniques aux yeux du lecteur qui croyait sans doute que j'en aurais fini, après deux ou trois expositions faites pour le simple plaisir de l'amuser, tout en lui ouvrant un peu les yeux, on commence à sentir du découragement, un© certaine épouvante, et l'on a abandonné tout espoir d'une réforme de notre langage et de notre style, telle que nous en arrivions enfin à parler comme du monde. Oh ! mon Dieu ! je n'en suis encore qu'à mon début et je n'ai presque encore rien dit. J'ai à peine entamé mon sujet, je n'ai fart que l'effleu-

dbyGoogk

rer d'un doigt rapide, retenu par toutes sortes de considérations et de condescendances. Je ne me suis attaché qu'à un certain nombre d'anglicisme?, de canadianismes, d'expressions vicieuses, à quelque origine qu'elles appartiennent, de tournures de phrase ridicules ou baroques qu'il est comparati- ' vement aisé de faire disparaître, si l'on veut bien se corriger de ses prétentions et admettre qu'on a beaucoup à apprendre. Que serait-ce si j'abordais le fond même des choses, si je faisais voir le galimatias dans lequel nous pataugeons sous le nom style, dans quel vide absolu d'idées flottent bon mbre de ces choses qu'on appelle des écrits et i nous arrivent sous toutes les formes connues la publicité, depuis la brochure de dix pages 3quau volume de quatre cents ! J'en aurais ur toute une année de chroniques quotidienues trois colonnes ohacune.

Je ferais voirie grand nombre de périls qui nous tourent, et jusqu'à quel point les défauts de tre langage résultent d'un défaut moral, d'un ces de prétention et d'outrecuidance qui nous ipêche d'admettre notre insuffisance, et de nous rriger.

Ce défaut moral est poussé si loin chez les canains que toute critique littéraire est impossible, que nous sommes affligés annuellement de proctions qui ne sont que d'écœurants bousillages. le dis-je ! Ce n'est pas seulement la critique qui

dbyGoogk

«st impossible, mais uue simple analyse le devient également si elle est consciencieuse, raisonnée et dégagée de funestes complaisances. Funestes, non pas seulement parce qu'elles empêchent de pr4tendus écrivains de retourner à leur véritable métier de maçons, mais surtout parce qu'elles pervertissent l'esprit et le goût publics, parce qu'elles dégoûtent les hommes de valeur, parce qu'elles •uvrent les portes toutes grandes à l'incapaeité présomptueuse et à la suffisance couronnée de prix de collège, parce qu'elles mènent droit à la flagornerie, à la hâblerie, au charlatanisme qui «ont un des fléaux du journalisme moderne, enfin, à l'absence complète d'examen, la juelle provient de celle du raisonnement.

Dans le cours de notre éducation toute de surface, nous avons si peu appris à raisonner, à faire des analyses réfléchies et serrées, à faire des comparaisons, à exercer le discernement, que cela devient plus tard le moindre de nos soucis. Aussi accepte- 1- on, sans faire de différences, tout ce qui se présente. On n'examine et on ne juge rien eu soi, et, pour ne parler que d'un moindre mal, l'a peu près, la routine, l'adoption aveugle du convenu trônent dans les choses imprimées comme dans l'agriculture, comme dans les constructions,, comme dans la cuisine, où il est impossible d'introduire le raisonnement et de faire sortir les gens des sentiers battus, des manières de faire coure-

nps immémorial, ce qui les

intelligence.

3 considérations préalables Y a tant à dire que je n'en tarderais pas à m'entendre cheux," n'étant pas encore

malfaisant pour devenir ssons donc de nouveau à la s comme les Spartiates qui, is leurs enfants de l'ivroyoir des esclaves ivres de

Das longtemps des choses

ont été heureux dans leurs s 80 pour cent.

rsonnes plus haut nommées aître la fausseté des asser-

i mal tenu remarquable Partout une boue que ça ir la quantité.

par la destruction de la 51200, indépendamment du i factures.

gnie du Pacifique, qui emi dans le3 usines de Farnlir et de donner de l'emploi s.

dbyGoogk

Le Dr Montague et M. Cimon proposeront et seconderont l'adresse en réponse au discours du trône.

Cette limite excéura les pêcheurs américains de pénétrer dans les baies canadiennes

" Il a dû lui falloir une grande dose de patience

" L'Ordre serait-il prêt à aller aussi loin dans le svpport de M. Ross ?

" Un tel a été envoyé en prison sur conviction, de vol

" Conspiration pour faux, au lieu de complicité de.

•' Je me rappelle qu'en 1843 ou 1844, le Dr Nelson et Thouorable D. B. Viger contestèrent le

comté" pour se disputèrent le comté. En

voilà un comté qui n'a pas de chance, ma parole d'honneur !

En finira-t-on une fuis avec des formules comme celle-ci ?

" On a reçu des informations, disant Pourquoi ne pas dire simplement : On a reçu la nouvelle que On nous apprend que Nous apprenons que

Ce serait une manière de nous débarrasser de l'éternel et invariable " Information," mis à la * place de renseignement. *

14 Nous sommes informés " est une des plus hov^.

JL

i je connaisse. Dites donc informes, et ça sera beaucoup

ision impayable, prise toute t celle-ci que Ton ère ploie par 1 admirable discours: " Avec

es, je termine " Cela veut

mer, je dirai

résider à l'orgue, se noyer acier des circonstances attéter, devenir en force " pour

Il n'y a que nous, les

[ui puissions comprendre ce

[part des fois qu'on se sert de ues, inexorablement prises de le français des expressions mploie tous les jours et que aît. Mais quand on se fait s la même chose. Vous comr à ToTgue ! ça n'est pas du

Le Herald publie

membre de la légi

t la nullité compté

3 Terreneuve et du 1

s- vous, de celle-là ir les côtes de Terr

du Labrador ! Voilà pourquoi nous nous donnons tant de mal (de trouble !) pour en éloigner tes américains. Le pauvre hère qui a écrit cela voulait dire sans doute " l'insuccès complet de la pêche cette année " ou quelque chose d'analogue ; mais il ne Ta pas dit, voilà toute la différence.

Quand cessera-t-on d'écrire " Le prince héritier allemand, pour le prince héritier d'Allemagne! • Il y a beaucoup de princes héritiers allemands, mais il n'y a qu'un prince héritier d'Allemagne.

De même, ambassadeur " français " ne signifie pas du tout amhassadeur " de France." Il faudrait voir à se donner la peine d'ajouter une simple préposition : ça n'est pas si difficile après tout. Mais on ne sait pas quoi imaginer pour s'épargner le plus petit travail. C'est pour cela que l'on voit se glisser dans les journaux des négligences •; comme celles-ci :

" Toutes les couleurs de la voûte, pour de la v vérité; \7

" Voie tachée pour voie lactée r : -

Dans l'intérêt de 3es provisions pour de ses ^t'À

paroissiens. AjÂ

TCr, ainsi de suite, tant qu'on voudra. Oh! Dieu/f

dront nos misères ?

ivoir disposé des affaires de routine**^

ivoir réglé les

" Au désir" de la constitution/' " Suivant le désir de la !oi " pour aux termes de la constitution, Suivant les prescriptions de la loi

" Personnes anxieuses de connaître le résultat. ." pout désireuses, impatientes, curieuses, etc

" Le colonel Staaf a fait un long règne, 11 pour un long séjour en France.

Et le conditionnel invariablement employé à la plaoe du présent, comme dans ce cas-ci : " Il paraîtrait que," pour II paraît que

L'éternel " incorporé," pour constitué, organisé. " En masse," pour en nombre.

"Assistant" pour "adjoint, etc "Suggérer '' pour " Proposer."

Un journaliste canadien aimerait mieux être brûlé vif que de se servir une seule fois du mot ** proposition," quand le sens de ce qu'il écrit l'indique." Suggestion," à de très rares exceptions près, est toujours pris en mauvaise part. " C'est une insinuation mauvaise, dit Littré. Suggestion et instigation ont cela de commun qu'ils attachent un sens mauvais à l'impulsion que l'on commu- ;$ique à autrui. Suggestion exprime quelque ^cfeose qui s'insinue, et instigation quelque chose aiguillonne'." Y. êtes- vous ? Allez- vous encore me suggérer de

svoir 1200 dollars de rente ? Allez-vous me

férer de prendre des actions de la banque. dp

Montréal ?...... J'en suis bien certain. Ce n'est

pas en un jour qu'on se corrige de suggérer.

Je suis décidé à faire une guerre implacable à " comme, ' qui a reparu dernièrement dans nos journaux, avec redoublement d'insolence, et plus insupportable que jamais. Lisez-moi ceci :

"Messieurs X. X. ont cru devoir faire, au Sénat, la cause de nos adversaires. Comme fac ture, comme intérêt pour le public, comme rancunes personnelles, ils ont pu avoir raison."

Est-ce que ce n'est pas effrayant ?

" En France, chaque personne condamnée deux:

fois pour ivresse, ne sera nommée comme juré à aucune fonction publique." •

" Monsieur X, qui a été battu comme conseiller"

Cela veut dire, en bon français, pas autre chose que ceci: Monsieur X, qui a reçu une bonne ' rôclée, en sa qualité de conseiller municipal. H .ne peut pas être défait comme conseiller munidU>2 pal, puisque, précisément, il n'a pas été élu cgosT' ■" seiller. / " >"

Et encore : " Comme résultat de ces négocia^ V .■ lions, un traité a été conclu"

Parce qu'il 7 a dans l'anglais As a remiXt ajMif ■ tbose négociations, on s'est dépêché, bien entend 1 de mettre dans la traduction : Comme résuit «U Pour bien faire, il faut traduire ainsi?

" Un traité, résultant de ces négociations, a été conclu."

Je suis presque au désespoir de faire adopter " Soutenir, appuyer " un gouvernement, au lieu de Supporter

Figurez-vous que, voulant me familiariser ces jcfars-ci avec le fonctionnement de nos institutions publiques, je me procurai un livre intitulé Y, Y.

Arrivé à la page 21, je lis : Le règlement de la dette laissée aux provinces d'Ontario et de Québec, et son assomption par le gouvernement fédéral....

" Son assomption " était mis là pour Tanglaii Its assumption. C'est ainsi que nos traductions ressemblent fort souvent à des transformations de Tiinglais faites par des Anglais, tant les constructions de phrases et les locutions sont le3 rnêmesj

Malgré ma grande habitude de ces massacres,

" Son assomption " était réellement trop fort pour

+ moi, et je tombai en une forte syncope. Cinq

< ^ minutes après, on me fit revenir à la vie au moyen

4*un peu de " castor oil," médicament provenant

une plante appelée ricin, et que les canadien!

lient communément " huile de castor. "

94 Castor oil" se traduit par « huile de castor,"

même que beaver se traduit par " beaver ; "

absolument la même chose. Et dire que les

seins eux-mêmes, au lieu d'employer le véri-

table mot qui est huile de rici pas de céder à l'empire de Thaï eux aussi : *' huile de castor ! " de confusion depuis la nuque jus

Un journal de Montréal fai rénumération des compagnies de s'étaient formées dans le Nord-< l'une d'elles " compagnie de la pour Fertile Belt qui est dans ' moins, c'est amusant, et si l'c barbare que de cette façon-là, coliques, mais je ne serais jamai fâcher.

Items pour " Articles " du h buer" une somme pour contr

somme de

*" Espace" très-souvent employé " Augurer " mis à tout propos ]

" Présager," à son tour, devi en diable et se passe de tout le n dit : " Eien, dans les territoires troubles, pour " ne fait présager

" Carte complimentaiie " pour "

J'ai lu l'autre jour dans un joui un contrat".. ...Je ne comprend plus.

Assez, assez.

dbyGoogk

tur du 25 février

qui reviennent sans cesse et colonne des journaux quoîots " Système, Résignation, on ". Ces quatre mots exé-

plus malheureux des hommt à tout bout de champ, à un cauchemar dont on ne 1e un remords qui vous pourle fantôme vengeur de quelî. système, ô résignation, on, que vous ai-je donc fait ?

Ltre mal que de vous tenir à s avez raison d'être, et vous

de nous barrer les jambea *, de nous crever les yeux à

ne " est français ; sans doute

réquisition". Quant à " vo-

e avec "passion" dans les

rant-dernier siècle. Hélas !

an ouvrant un journal de

lès la première colonne de la

ux " système " répété trois

refilet de six lignes, d'abord

is dans le corps de l'entre-

avez le voir ci-dessous :

appelons l'attention du public sur par la maison si bien connue de....

dbyGoogk

^Sa

qui a renoncé à l'ancien système de vendre à crédit et offre aujourd'hui de grands avantages à ceux qui achètent an comptant.

Ah ! c'est un système que de vendre à crédit, eu au comptant ? En vérité ! Vous ne connai vraiment pas un autre mot que celui-là poui primer ce que vous voulez dire ? L'idée de " n de paiement" ne vous vient pas ? Mais 1 dans ce pays-ci tout est " système ". C'est le général dont on se sert pour exprimer n'imj:

quoi. Un tel a pour " système " de se levé bonne heure ; un autre a pour "système' 1 payer ses comptes au mois. .........On n'en fin

plus.

Je ne m'arrêterai pas à donner ici la défini du mot " système " ; ce serait trop long ; je me tente de gémir sur l'abus ridicule que l'on faî ce pauvre mot sacrifié à tout venant, dans to les occasions et pour tous les objets.

Je lis ce matin même dans un de nos orga le "système" du jury, pour "l'institution" jury. Celle-là est assez bonne, mais elle est core loin d'être l'une dès plus roides.

Et réquisition donc ! pour " demande, requi En voilà un mot qui se porte bien ! En voill qui règne en maître incontesté, absolu, de] qu'il a détrôné les ayants droit légitimes ! En 1 un qui ne céderait pas sa place pour des som folles \ Et cependant, c'est le plus afîrôuk

t jamais introduits chez M.

Fénélon. Enfin ! que vou-

résignation !

ion !.,.... Un tel a résigné

votre miséricorde sur mes ne pourront plus à l'avenir

ils n'ont plus de résignation ; ; ne pourront pas non plus se ne connaissent pas cela; ils

" résigner." Mille tonnerres !

fin quelqu'un qui m'appienne e " iésigner " ? Je sais très- 5 de se démettre, donner sa sa retraite, résigner un bé- )u une charge quelconque en

mais donner sa résignation ! !

vous donner ça, votre résidez donc trop, ou bien jugezit inutile, elle qui seule peut it vos chagrins, vos ennuis, dans cette vallée de larmes où itématiquement tous les ans, t de poisson pris du temps ur du poisson frais, sur le Iprès tout, c'est votre affaire, ation si vous voulez ; il ne $ns qui la prendront, parce soin, moi tout le premier.

On voit cette' détestable " résignation " s'étaler en plein jusque dans les titres des articles. Ainsi! nous lisions encore dernièrement :

Eêsjgnation de M. McShane.

EÉsiGNAiioN de M. Peachy.

Mettez donc Retraite, et vous n'en serez paà malade, les autres encore moins.

Mais un journal de 'Montréal va encore plus loin, lui. Il écrit "l'abdication " de M. McShane ! On pourrait encore essayer " renonciation.** " Répudiation " ne ferait pas maL *

J'ai ressenti une immense joie en entrant Fan-- * tre jour au nouveau palais de justice. Au-desau&: du passage qui conduit au greffe se lit l'avis - tif» dessous : " Entrée interdite au public. " On avait; d'abord mis, suivant l'usage antique et légèx$* ; ment solennel, l'écriteau "Pas d'admission/' maSt""*! on s'est dépêché de l'enlever et on l'a relégué ho®*^' teusement derrière la porte. . • *.■

" Cette substitution est due à vos chroniqae%$j;*-; me dit avec un fin sourire l'un des employés $Sk*£ greffe. " Vous voyez qu'on fajt plus que W^ vous lire ici ; on se corrige." "'&A*î

— Encore si jeune et déjà récompensé 1 m*< ai-je, et je levai au \ lafond un regard rempli i r i profonde reconnaissance pour mon peuplé d'amour pour l'humanité en général.

dbyGooQle

, qui n'a qu'une idée en nscience et me tenir dans icipation, écrit ce qui suit dté:

'e aux anglicismes et aux mnes de Y Electeur. C'est 3t important de conserver ■use dans toute sa pureté, guider plutôt par son irnale raison. Dans sa chro-

furibonde contre le mot l'une colonne de prose ini peu élégant qu'il soit, le e dans tous les diction-

de passer un contrat, un it ici la passation d'une s enfin le mot n'est pas

joutez bien l'histoire suisatiou," et vous déciderez î le bannir à tout jamais, langue, mais encore même ni n'en sont pa3 une.

la lycée St- Louis, à Paris, lycées de France, de faire ;emaine deux ou trois dise, l'autre historique, une ie ou même scientifique,

dbyGoogk

suivant que la chose se présente. Ces .dissertation» ne sont pas du tout de rigueur, mais elles constituent un excellent exercice de l'esprit et les élève» s'y prêtent avec une ardeur réelle, d'autant plu» que la matière à traiter est laissée absolument à la discrétion de l'élève. Mon tour venu, j'avai» choisi de faire une composition sur la " guerre de sept ans," cette guerre maudite par nos pères, parce qu'elle les avait asservis au rosbif et au plumpudding, plantes qui croissent sur les bords de là perfide Albion, comme on dit.

Mais vous comprenez bien que la guerre de sept ans n'était qu'un vaste et ingénieux prétexte, c'est au Canada que je voulais en venir. Je voulais eatr'ouvrir, aux yeux de mes camarades, étonnés et ravis à la fois, la plus belle page de notre histoire, celle où notre immortel Garnéau a mis toute soa âme et qu'il a écrite dans un style où la douleur, l'amertume des souvenirs, la tristesse de l'abandoa et une soite de stoïcisme résigné, mais fier, en présence de l'inconcevable délaissement de la mèrepatrie, portent au cœur et à l'esprit du lecteur quelques flammes du patriotisme ardent dont l'auteur est consumé, et qui a fait, autant que son admirable histoire de notre peuple, la gloire de s*. vie. (1)

(1) Voir la dernière édition de "l'Histoire du Canada 1 » revue, corrigée et augmentée par le fils de l'historien, -Mv Alfred Garnean, poète autant que fin et délicat lettré.

dbyGÔOgk

Je venais de citer Dussieux, Henri Martin, Michelet, et, maintenant, j'entrais à pleines voiles dans le récit de Garneau, au cœur même de ces pages émues où l'historien raconte notre derni&ïe et inutile victoire, celle de Carillon, et enfin, le désastre des Plaines d'Abraham qui, l'année suivante, amenait le drapeau britannique sur la citadelle de Québec.

, Ma voix tremblait bien un peu en citant, à «ôté de grands historiens comme Martin et Michelet, notre populaire et bien-aimé Garneau, dont le nom, hélas ! était encore bien peu connu en France, à cette époque. Je sentais bien, sans avoir besoin de lever les yeux sur eux, que mon émotion gagnait et le professeur et mes condisciples qui m'écoutaient dans un silence avide, qui dévoraient cette page retrouvée de l'histoire de France, et qui sentaient l'humiliation et l'orgueil leur monter au front, au souvenir de ce qu'une poignée de héros abandonnés, sans ressour~ " «es, sans secours, sans appui, sans vivres et presque sans munitions, avaient pu accomplir \ pour elle sur une plage lointaine, et à l'idée que •yk France est toujours aimée, partout où elle a ;$assé, n'importe où, malgré tout, malgré toutes ses i faites comme femme, parce qu'elle n'a jamais mnsé d'être mère.

J'étais arrivé presque au terme de ma lecture ne hélas 1 un écueil que je n'avais pas

dbyGoogk

aperçu, faillit me faire perdre le fruit de mon. travail et des sentiments nouveaux que j'avais éveillés dans mon auditoire. mes amis !

comment rouvrir cette vilaine blessure ? Comment rappeler ce souvenir détesté ? J'avais lu Garneau — au Canada, mais je ne l'avais pas relu avant de le ; citer devant mes camarades du lycée St-Lôuis. Tout à coup, comme je tournais une page, Passation se dressa devant moi ; j'étais lancé à fond t'e train, je ne pus l'éviter j^et j'envoyai ce mo* effrayant en pleine rhétorique-lettres. (1)

Ce fut un holà général. Mon professeur, qui*, était un docteur-ès-lettres en la Sorbonne et, de * plus, un agrégé de la Faculté des Sciences Histo- ' riques, eut un haut-le- corps des plus escarpés, et ; mes camarades se précipitèrent de leurs sièges et"roulèrent jusqu'à moi. En un instant je fus entouré, pressé, serré. Chacun voulait voir Passa-* $j tion, contempler Passation : " Où est Passation ? fÀ Montre-nous Passation. Qu'est-ce que c'est quej^j ça, Passation ? "Les plus réservés disaient : Passa-*

tion ! pas vu, connais pas. L'as-tu vu f

toi?" Enfin, je cédai sous l'orage, et j'exhibai Passation, un de ces mots étranges qui sont^j 1* ™£ su itat de notre longue séparation de la Franc

Dans les lycées de France, les études, malhe se bifurquent en deux sections, à partir de la troiBÎè i : section des lettres et section des sciences.

dbyGoogk

PÇPMp-a-

et une démonstration frappante de ce que nous avons perdu du génie de la langue par cette séparation prolongée.

Tardivel invoque l'autorité des dictionnaires. Je sais bien que Ton trouve, entre autres, Passation dans Littré, avec une seule acception, rernarquez-le bien, lorsqu'il s'agit uniquement et exclusivement d'un contrat. Quand j'ai prétendu que "Passation" n'avait d'origine dans aucune langue, est-ce que je me trompais par hasard ? Qui dit langue veut dire la langue vulgaire, la langue usuelle, celle que l'on parle, celle que l'on écrit communément, et qui change avec les époques. Est-ce qu'en bonne vérité c'est une langue, ça, les actes des notaires ? C'est fait exprès pour eux ; c'est un langage à part, une construction et des mots imaginés pour une espèce d'hommes spéciale. Introduisez-moi un peu le style d'un bail ou d'un contrat de mariage dans le " Génie du Christianisme," et vous me direz quel effet cela fera.

Savez- vous maintenant pourquoi l'horrible " Passation " n'a qu'une acception dan3 le dictionnaire î C'est parce que ce mot est tellement barbare, tellement anti-français qu'on a refusé absolument

dbyGoogk

de le laisser pénétrer dans la langue commune, et qu'on Ta, avec une répugnance ' énorme, permis exclusivement aux notaires qui, de leur côté, ont le bon sens de ne pas s'en servir. Et c'est ce motlà que vous voudriez appliquer par extension à l'adoption des lois, quand déjà on n'ose s'en servir dans le plus baroque des styles ! Savez- vous quelle est l'expression reçue en France quand il s'agit de lois, de mesures, et autres choses " pareilles comme" que la Chambre adopte ? On dit : Le passage d'une loi, le passage d'une mesure... ; voilà ce jque vons entendrez communément tous les jours. S'il avait été possible d'adopter Passation, pensez- vous qu'on ne l'aurait pas fait ?

Et cependant, vous ne trouverez pas dans Littré le mot " passage " dans l'acception ci-dessus, ce qui prouve encore une fois que les Françaii qui, eux, ont le génie de leur langue, n'ont pas besoin de dictionnaires pour donner à un mot un sens nouveau ou pour étendre indéfiniment le le sens primitif, suivant que ce génie le permet.

Des dictionnaires ! ah ! bien oui ; parlons-en. Mais il y a des milliers de mots dans les dictionnaires qu'il serait absolument impossible d'employer aujourd'hui, qui cependant étaient fran-

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çais, il y a trois, quatre ou cinq cents ans, et que, pour cette raison, le lexicographe est obligé d'enregistrer, mais qui aujourd'hui ne sont plus français. Allez donc un peu parler comme Froissart ou comme .Rabelais dans les rues de Québec»

l'Athènes du Canada ; je vous donne la douce certitude qu'avant huit jours on vous enverra finir vos phrases à l'asile de la Longue-Pointe. De même, il y a une foule de mots, consacrés par les meilleurs écrivains de notre siècle, et que vous ne trouverez cependant pas dans les dictionnaires. De nouve^ je le répète, pour pouvoir se servir avec fruit des dictionnaires, il faut posséder le génie de la langue; sans cela on est exposé à des aberrations fatales et parfois très amusantes, comme cet anglais qui, entendant à Paris son voisin de table appeler un des convives 4< cornichon", avait de suite eu recours à son dictionnaire et avait trouvé " petit concombre que l'on confit dans le vinaigre," ce qui n'avait fait que le dérouter davantage. Si, au lieu du lexique, il avait eu recours à quelque français et lui eût demandé l'explication de ce mot, employé comme il l'avait été dans la circonstance, il eût été éclairé de suite. Ainsi dirai-je à l'excellent canadien qui m'a jeté " Passation " en plein sur le nez ; " Allez, mon ami, allez passer trois ou quatre ans en Frence ; mêlez- vous y avec ■ les hommes instruits ; parlez comme ils parlent ;

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pénétrez. vous du génie de saurez plus long que a Littré par cœur ; et mêmi des mots qui ne sont dan cependant, n'en seront p admirable français.

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