I.E CABARETIER
Quel vin désirez-vous?
ANGO, brusquement.
Le meilleur !..
LE CABARETIER
Mais c'est le plus cher , aussi 1
ANGO
J’ai soif... dépéchez-vous.
(Il lut donne une pièce d’or.)
LE CABARETIER
Comme il a le parler rude, l’hérétique !.. (a part.) Mais son or est bon, ma foi... (A Ango.) 11 n'est pas nécessaire de vous rendre, monseigneur !..
ANGO
Non , gardez le reste.
(Le Csbarelter sort et apporte du vin quelques Instans après.)
MAROT, ayant découpé le gigot.
Tiens, Dolet, voilà une tranche qui tenterait le pape.
ANGO
OOI. ET*
A rrai dire, je ne me sens pas d’appétit... Il y a un homme là-bas qui rôde depuis une heure | autour des tables . et dont la présence ici me ‘ paraît suspecte... Il ne mange pas, d'abord, et ! puis, tenez, voyez-lc ! il a les yeux braqués sur le plat de ses voisins ! Parlons plus bas !
MA ROT
Rah !.. quelque pauvre diable de poète, que l'ordonnance aura réduit à ne pouvoir faire gras que des yeux.
DOLET
Un espion , plutôt. Quclqueagent du président Mourby un mouchard...
M A ROT
Un mouchard !.. I.e mot est bon... il restera.
(On rit.)
DOLET
Tenez , frères , nous sentons le roussi.
MAROT
C'est le rôti que tu veux dire! Allons, fi delà peur ! Buvons et mangeons à notre aise.
TOCS.
Oui , oui!
FURSTEMRERG , à part.
Allons!., il faut commencer... (Il s’approche d’Ango et lut frappe sur l’épaule.) Vive Dieu! camarade , quel appétit !..
ANGO
De quoi vous méîcz-vous ?
FURSTEMRERG.
De votre salut en cette vie et dans l'autre... Manger de l'aloyau uq vendredi !
iifco.
Un vendredi ou un 'dimanche, qu'importe?..
Cet homme est fou !
FCRSTEUBERG.
Vous ne connaissez donc pas la nouvelle ordonnance?
donnancc dont vous parlez ; car à Dieppe , mon pays , on mange chair ou poisson à volonté.
FCRSTEUBERG.
Vous êtes de la ville de Dieppe?
ANGO
Oui... Je suis venu pour parler au roi.
FURSTEMRERG.
Au roi? (A part.) Je le savais!
J'ai à lui parier d'une affaire entre nous.
FUnSTEMBERG.
J'entends !
ANGO
Mais j'aurai fait, je crois, un voyage inutile.
FURSTEMRERG.
Comment cela ?
ANGO
Ce roi !.. je n’ai pu pénétrer jusqu'à lui... Je me suis présenté vingt fois à son bord... On approche plus facilement d’une frégate anglaise. FURSTEMRERG.
Eh bien , moi , je peux vous présenter au roi. ANGO , se levant de table.
Vous?
FCRSTEUBERG.
Quand vous voudrez.
ANGO, se levant.
Le plus tôt possible !
FCRSTEUBERG.
Aujourd'hui peut-être !..
ANGO
Tant mieux...
FURSTEMRERG.
C’est convenu!.. Donnez-moi votre adresse, afin que j'aille vous prendre aujourd’hui ou demain à l’heure que j’aurai obtenue pour l'audience.
ANGO
ANGO
Qaelle ordonnance ?
FCRSTEUBERG.
Vous n’étes pas de Paris , sans doute ?
ANGO
Pourquoi toutes ces questions?
FUHSTEMBERG.
Vous ne savez donc pas, malheureux , qu'il y va de votre tête et de votre âme ; qu'il a été ordonné, sous peine de la hart, d'abord, et de l’enfer après, de faire maigre les vendredis et samedis... entendez-vous?
ANGO
Il n’y a qu’une ordonnance du médecin qui puisse me faire jeûner, moi... sinon je déjeune toute la semaine.
FCRSTEMBERC.
Vous êtes donc un hérétique ?
ANGO
Moi?., je suis matelot, et j'ai faim tous les ours.
FCRSTEUBERG.
Ce que je vous en disais, c'était pour vous, pour votre femme; car vous me paraissez étrangers tous deux à Paris.
ANGO
Je vous remercie ; j'ignorais , en effet , l’or-
Ango, de Dieppe, chez notre parente madame Desloulcvillc, place du Châtelet
. FCRSTEUBERG.
Vous pouvez compter sur ma parole... Vous verrez le roi ; mais j’ai un conseil à vous donner.
Lequel?
ANGO
FCRSTEUBERG.
Ne loi montrez pas votre femme ; elle est trop belle.
ANGO
Et d’où savez-vous qu'elle est belle ?
PCRSTEMDERG, à part.
Jaloux... bon! (Haut.) Ah! si elle était moins belle , son voile serait plus épais.
ANGO
Le roi ne la verra pas.
(Il sc remet A table.)
FCRSTEUBERG, i part.
Maintenant il faut partir... (Haut.) Je vais m'informer si François I" peut recevoir aujourd'hui... Attendcz-moi... Je viens vous apporter la réponse.
ANGO
Merci.
(Fustemberg sort.)