HISTORIQUE
L'histoire très intéressante de l’ankylostomatose peut être divisée en trois périodes marquant chacune. un progrès dans la connaissance de la maladie.
La première antérieure à la découverte du ver, c'est-à-dire antérieure à 1843 ; la seconde allant de 1843 à 1880; la troisième de 1880 à l'époque actuelle, les deux premières périodes étant surtout symptomatiques, la troisième étiolngique.
Naturellement, il est bien difficile de prouver que les anémies observées par les anciens auteurs sont en rapport et doivent être confondues avec l’ankylostomatose ; cependant les écrits qu’ils nous ont laissés tendent à montrer que ce qu'ils entendaient par anémie doit être identifié avec notre ankylositomatose actuelle.
Première période (antérieure à 1843). — En 1648, Piso décrit au Brésil une forme spéciale d’affaiblissement organique dû à des vers intestinaux.
Labat, en 1742, à la Guadeloupe ; Chevalier, en 1752, à Saint-Domingue ; Edwards, en 1790, à la Jamaïque, signalent une anémie profonde avec troubles gastrointestinaux.
Puis le médecin Hoffinger nous parle d’une épidémie frappant à deux reprises (1777 et 1785)les ouvriers des mines de plomb argentifère de Schemnitz (Hongrie).
Jusqu’alors, nous n’avons donc que de vagues renseignements, et il est facile d’objecter que toutes ces anémies ont peut-être une étiologie bien différente de notre anémie actuelle parasitaire.
ÉRPO TRE
Dès 1803, les renseignements que nous possédons sont plus précis. À cette époque, dans une seule galerie de la mine d’Anzin, où la température atteignait 22° centigrades, les mineurs sont frappés de la « Maladie de la mécanique ou Coup de la Fosse ». Hallé attribue cette anémie à la présence d'hydrogène sulfuré accumulé à l’intérieur de cette galerie. Jilet, Pinel, Chaussier, Liegeard, Lebleu se rangent à son avis.
En 1820, on constate quelques cas d’anémie à la Fosse des Rameaux : en 1827, Étienne Buisson, médecin des mines d’Aniche, observe un grand nombre de cas d’anémie se rapprochant de celle d’Anzin de 18083.
Puis, Hano. Van den Broeck constatent de nouveaux cas d’anémie aux mines de Wasmes et de Mons.
En 1843, Tanquerel des Planches observe un cas d’anémie chez un jeune homme, ancien mineur à Anzin.
Deuxième période (1843-1880). — En 1843, Dubini signale pour la première fois un petit ver inconnu jusqu'alors; il le nomme Agchylostoma ; il le découvre en faisant l’autopsie d’une paysanne italienne morte à l'hôpital de Milan.
En 1849, il trouve le parasite dans 20 p. 100 des autopsies qu'il fait.
Mais cette découverte n’a pour ainsi dire aucun retentissement et aucune utilité pratique; il ne vient à l'esprit d'aucun que ce ver puisse jouer un rôle dans la production d’une anémie.
Nous avons vu précédemment que le bassin minier Franco-Belge était frappé; mais ce n’est pas le seul, car, en 1859, A. Guinard signale plusieurs cas d’anémie dans le bassin houiller de Saint-Étienne.
Le
Siebold, Bilharz, Griesinger trouvent l’ankylostome dans le quart des autopsies qu'ils font au Caire.
En 1860, Montgomery, d’après Haldane et Boycott aurait trouvé des cas d’anémie dans les mines anglaises.
En 1876, Manouvriez, de Valenciennes, rédige un mémoire couronné par la Société de Médecine de la Loire; dans ce mémoire, il fait une étude approfondie sur la question de l’anémie des mineurs. La conclusion de son ouvrage, c'est que cette anémie doit être attribuée à la distillation et à la combustion lentes de la houille au contact de l'air.
Graziadeïs en 1879, découvre des ankylostomes chez quatre tuiliers.
En 1880, survient la fameuse anémie du Saint- Gothard. Jouannet, dans sa thèse soutenue la même année (Les troubles digestifs chez les houilleurs et de leurs rapports avec l’anémie, Paris, 1880, n° 476, 75 pages) nous signale un fait intéressant, c’est que l’ankylostome est rendu l’unique coupable de cette anémie par Bozzolo et Pagliani, et que le terme d’ankylostomasie est alors créé par eux. Malgré ce fait. il est curieux de voir que l’idée d’un rapprochement entre l’anémie des mineurs et l’anémie du Saint-Gothard ne vienne à l'esprit de Jouannet et que, d’après lui, l’ankylostome ne soit pour rien dans la production de cette anémie, d'autant plus qu'il attribue un rôle anémiant important au tænia.
Troisième période (1880 à 1910). — C’est alors que Perroncito et Concato étudient l’anémie du Saint- Gothard et concluent à sa nature nettement parasitaire. En 1882, Perroncito aboutit à la même conclusion
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pour l’anémie des mineurs de Saint-Étienne qu’il vient étudier sur place Mégnin, Barth, Blanchard et Lesage qui découvre des œufs d’ankylostome dans les fèces de mineurs du Nord de la France, partagent l'avis du savant helminthologiste italien.
Mais bientôt Perroncito est combattu dans sa facon de voir par Trossat, Eraud, Riembault, Dransart, Arloing, Cauvet, Fabre, Manouvriez, Bozzolo, Pagliani, Concatto lui-même, ces trois médecins tournant casaque à leur compatriote pour se ranger plus tard de nouveau à sa théorie.
Puis, le silence se fait jusqu’en 1895, interrompu seulement par la thèse de A. Roux, de Lyon (1892-93). Comme conclusion, il dit que l’anémie des mineurs doit être distinguée de celle du Saint-Gothard, et que « la plupart des mineurs envoyés dans les hôpitaux sous la rubrique d’anémiques sont en réalité, pour la plupart, des mineurs atteints soit de néphrite, soit de cancer de l'estomac ; leur anémie n’est donc que secondaire ».
Dès 1895, la querelle entre les partisans de l’origine parasitaire ou non de l’anémie des mineurs se calme : Manouvriez lui-même est converti à la doctrine parasitaire ; Fabre seul en est toujours ennemi. La plupart des médecins et hygiénistes se rangent à l'opinion de Perroncito.
En 1904, Briançon (Th. Lyon 1904-05) reprend la question de l’ankylostomatose dans le bassin houiller de Saint-Etienne.
En 1905, Calmette et Breton font paraitre un traité, L'Ankylostomiase (anémie des mineurs), s'adressant
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tout à la fois aux médecins et aux ingénieurs des charbonnages.
Dès lors, on recherche partout l’ankylostome et partout on le trouve. On en arrive même à dire qu'il est l’agent d’une maladie aussi commune que la tuberculose ou la syphilis.