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II. — BIOLOGIE DU PARASITE

Les conditions nécessaires pour l’éclosion des œufs et leur développement se résument de même que pour tout être vivant Supérieur dans les mots : aération, humidité, chaleur, terrain, ce dernier envisagé surtout dans sa composition chimique.

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Aération. — Lans les matières fécales, ce sont les œufs étalés à la surface qui se développent les premiers et le plus rapidement ; ceux qui sont situés dans la profondeur ne commencent à se développer que quand les exCréla, par suite de l’évaporation des liquides qu'ils contiennent en grande quantité, se crevassent, favorisant ainsi l’arrivée de l'air ; s’il en est autrement, les œufs perdent toute vitalité.

D’après les recherches de Lambinet, Boycott et Haldane, les œufs privés d'air pendant neuf à dix Jours conservent leur pouvoir germinatif et peuvent encore se développer s'ils sont ensuite aérés.

Calmette et Breton ont constaté que l’éclosion des œufs ne s'effectue jamais dans une atmosphère de gaz d'éclairage ; d’après les expériences que nous avons faites à ce sujet, nous ne pouvons que nous ranger à leur avis. Depuis longtemps, déjà, l’immunité de plu: sieurs mines a été attribuée aux gaz carburés dont leur almosphère était saturée.

Humidité. -— Dans le facteur hydrique, nous distinguerons l'humidité du sol qui se fait directement sentir sur les larves et l'état hygrométrique de l'air.

Si les selles sont fortement diarrhéiques ou délavées dans beaucoup d’eau. l'humidité directe entre en Jeu ; dans ce cas. les œufs meurent avant d’avoir pu donner des larves; cependant, Looss a vu de nombreuses exceptions à cette règle.

Quant à la sécheresse, elle est néfaste, non seulement pour les œufs et les larves non mûres, mais également pour les larves müres, c’est-à-dire engainées; toutefois,

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ces dernières peuvent être tenues longtemps en vie pour peu qu’autour d'elles existe une faible quantité de | liquide. Dans ce cas, l’état hygrométrique de l'air arrive à gêner l’évaporation des liquides de leurs tissus, c’est ce qui explique pourquoi dans les mines où l'air est pour ainsi dire constamment saturé de vapeur d’eau, elles arrivent à vivre plusieurs mois.

On a beaucoup discuté sur la reviviscence possible après sécheresse de la larve d’ankylostome. Si cette dernière possédait cette particularité, elle ne serait d'ailleurs pas la seule, car les larves de quelques autres nématodes l'ont à un haut degré. Mais en nous basant sur les expériences nombreuses de Looss et de Lambinet, nous pouvons affirmer qu’elle n’existe pas : aucune larve d’ankylostome desséchéen’a jamais purevivre quoi qu’en ait ditJoannes Chatin (Soc. de Biol., 85 juillet 1885).

Température. — La température optima pour le développement des œufs et des larves varie entre 30° et 35° centigrades pour l'Égypte (Looss), pour l’Europe, entre 20° et 30° (Lambinet).

Les basses températures troublent le développement des larves, et cela d'autant plus qu'elles sont plus basses. Les changements brusques de température agissent de même ; si la température oscille aux environs de 0°, jes larves sont toutes tuées.

D’après Lambinet, une température de :

12°-13 C. donne des larves au bout de 12 jours 14°-15° — = — 8: — ve . . (SE 20°-21° — = “== A

Détail intéressant à signaler, c’est qu'entre 14°-15° les œufs donnent des larves rhabditoïdes qui n'arrivent pas à atteindre le stade «& engainement » et qui, par conséquent, périssent rapidement.

Une température de 37° à 40° n’est pas mortelle pour les œufs ou les larves.

À 55°,comme à une température inférieure à 15°, les larves deviennent paresseuses, rigides, sans mouvements.

Aux trois questions oxygénation, humidité, température, S'en Joint une quatrième, bien moins importante, il est vrai, celle de la lumière.

Lumière. — D’après Looss, la lumière directe du Jour n'aurait aucune influence fâcheuse sur les larves mûres ; cependant, Lambinet et H. Bruns ont observé beaucoup de cadavres de larves dans les cultures qui avaient été exposées vingt-quatre à quarante-huit heures en pleine lumière.

Milieux de culture. — D’après Leichtenstern, le milieu le plus favorable au développement des larves est celui formé par des matières fécales additionnées ou non d’eau, pourvu que ce milieu offre la consistance d'une pâte pas trop épaisse. À notre avis, la consistance de ces nombreux cirages que l’on trouve actuellement en vente sous le nom de & pâte » est celle qui convient le mieux.

D’après les recherches de Looss, ce procédé de culture est à rejeter, peut-être parce qu’il n’est pas très propre et mal odorant, mais surtout parce que les

matières fécales contiennent des déchets organiques qui jouent un rôle important lors de leur fermentation. Si, en effet, la fermentation acide se poursuit, les larves qui ne sont pas encore engainées sont tuées ; à plus forte raison celles qui sont plus jeunes, ou celles qui sont prêtes à briser la coque de l’œuf.

La boue paraissant normale est également un mauvais milieu de culture, sans qu’on en puisse connaître la raison.

Cependant, Boycott et Haldane ont prétendu que l'acidité des matières fécales ne devait avoir aucune influence fâcheuse sur le contenu de l'œuf puisque déjà, au bout d’un ou deux Jours, toutes les cultures sur excréta présentaient une réaction acide. L’objection paraît juste, mais ils ont oublié, dit Looss, de voir jusqu’à quel taux cette acidité pouvait s'élever, et, si les matières fécales sont très acides, il est évident que le développement des œufs ne pourra se faire.

Quant à ce degré d’acidité, il est naturellement intimement lié à l’alimentation. Looss a trouvé que les excréta provenant de la digestion de végétaux constituaient d'une facon indubitable un milieu moins favorable aux larves que ceux provenant d’un régime mixte.

Le milieu de culture qui a toujours donné les meilleurs résultats à Looss est celui obtenu en malaxant à volume égal des matières fécales avec du charbon provenant d’os d'animaux, c’est-à-dire du noir animal (et non du charbon de sang, Blutkohle) finement pulvérisé et additionné d’eau jusqu’à formation d’une pâte épaisse. Selon l’état plus ou moins liquide des matières fécales, il ajoute une plus ou moins grande quantité d’eau.

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Ce milieu de culture universellement employé aujourd'hui porte à Juste titre le nom de « milieu de Looss ».

Nous avons essayé des cultures sur d’autres milieux en procédant un peu différemment. Au heu de malaxer les matières fécales avec le milieu de culture, nous malaxons ce milieu avee de l’eau jusqu'à obtention d'une pâte de consistance désirée que nous placons dans des boites de Petri; nous tartinons ensuite ces milieux avec une très minime quantité de matières fécales. De la sorte, aucun œuf n’est écrasé et, de plus, tous sont bien aérés. Comme milieux, nous nous sommes servi de houille. de suie, de carbo sanguinis de Merck, de Darmstadt, de charbon électrique, de carbonate de chaux, de minerai de fer, tous ces milieux étant finement pulvérisés. Nous reviendrons d’ailleurs sur le dernier de ces terrains.

Toujours, nous avons eu de belles moissons de larves avec une température à peu près constante de 25° qui nous était fournie par une petiteétuve à gaz ou simplement par le poêle à feu continu d’une salle d'hôpital.

Récemment, Nissle et Wagener ont proposé comme excellent milieu de culture, car il est nutritif, une solution d’agar à un pour cent solidifiée par refroidissement. 1ls ont remarqué que les larves d’ankylostome se fixaient principalement sur des colonies de bacilles coli. (‘omme ces colonies ont une légère coloration blanc jaunâtre, on aurait là un moyen rapide de constater la présence des larves.

Lambinet s’est sérvi, avec succès, de ce milieu de culture sur agar pour l'obtention des larves d’ankylo-

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stome de l’homme ou du chien chaque fois qu'il a voulu expérimenter sur le chien.

Durée de la vie d'une larve. — Dans l’eau ou dans un sol humide comme l’est celui du fond d’une mine, par exemple, les larves engainées peuvent vivre cinq mois d’après Lambinet, six d’après H. Bruns, sept d’après Leichtenstern, neuf passés d’après Looss.

Elles se nourrissent durant ce laps de temps, comme nous l’avons vu précédemment, de particules emmagasinées dans les cellules de leur paroi intestinale. Quand l'épuisement de cette réserve arrive épuisement qui se fait vite sentir par les grandes températures et qui, au contraire, est ralenti par les basses températures, la larve meurt et ses tissus se calcifient.

Terrain. Inîfluence des désinfectants sur les larves. — Si les conditions d'aération, de chaleur et d'humidité sont réalisées concurremment, la larve ne pourra, pour ainsi dire, mourir que de sa belle mort. Lambinet a étudié l’action d’une foule de substances désinfectantes (eau de chaux à saturation, eau de Javel, eau de Labarraque, sublimé, lysol, etc.) en les incorporant en quantités variables à des cultures sur milieu de Looss. Les résultats qu’il obtint furent à peu près négatifs. Il essaya alors l’action de différents antiseptiques volatils (formol, chloroforme, ammoniaque, sulfure de carbone, etc.) ; il vit que ce n’est qu'après un contact très prolongé, souvent vingt-quatre heures et plus, que ces produits peuvent seulement se montrer aûtifs. Hayo Bruns a déterminé également les doses des divers produits chimiques qui arrêtent l’évolution des

œufs et des larves. Il faut, en général, que ces produits aient une grande concentration rendant la désinfection des milieux contaminés pratiquement irréalisable, soit à cause de leur prix de revient très élevé, soit à cause d'un danger d'intoxication pour les ouvriers.

Influence du minerai de fer sur les larves. — Habitant une des contrées les plus industrielles de France, il nous a semblé intéressant de faire quelques cultures expérimentales sur un substratum non employé jusqu'alors, le minerai de fer, dont est si largement doté notre département de Meurthe-et-Moselle.

Agissant ainsi, nous nous sommes proposé comme but la résolution d’une question primordiale concernant l’évolution et l’extension possibles de l’ankylostomatose en Meurthe-et-Moselle (quelques rares cas ayant été découverts en 1910 chez des mineurs étrangers par M. le docteur Thiry) : savoir si le minerai de fer de notre département constitue oui ou non un substratum ne modifiant pas l'efficacité du milieu nourricier nécessaire au développement des larves du parasite.

En effet, dès 1885, au cours d’un voyage en Hongrie et en Galicie, Raphaël Blanchard avait montré que c'était grâce à la réaction acide des eaux des galeries, réaction ayant comme point de départ le bisulfure de fer (Fe S°) ou marcassite que les mines d’or de Kremnitz étaient indemnes d’ankylostomatose, tandis que celles de Schemnitz, qui n’en sont distantes que de 30 kilomètres et qui étaient exploitées de facon identique, étaient contaminées à tel point que 50 p. 100 des mineurs étaient atteints. |

Vu la composition des minerais de fer de Meurtheet-Moselle, qui, pour la plus grande part, appartiennent au type oolithique dit minette, il est impossible de constater l’existence d’une acidité ou d'une basicité capables d'empêcher le développement des œufs d’ankylostome ou de tuer les larves écloses.

Voici d’ailleurs quelques analyses de minerais :

Homécourt .

Calcaire ferrugineux.

Bouxières . Er

Auboué terre

La Mourière.....

Frouard

À part le S et le P, en effet, qui sont en quantité minime (0,068 % environ pour le S, 0,73 Ÿ environ pour le P), il n'existe aucun des éléments nécessaires à la constitution d'acides libres. De plus, en admettant qu'ils puissent exister, ils Seraient immédiatement neutralisés par les bases CaO ou MgO et parles matières neutres telles que Al Of ou les oxydes de fer contenus dans les minerais.

Quant aux bases, elles ne peuvent également pas exister.

Si Ca0 caustique se formait, elle serait immédiatement carbonatée par CO° provenant soit de l'air, soit des réactions volcaniques de l’époque de la formation.

Donc, l’eau des galeries filtrant à travers les fissures des couches de minerai ne peut contenir ni acide ni

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