‹ AnkylostomatoseChapitre 40 sur 46 · AAA · texte numérisé non relu

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La mesure prophylactique par excellence, celle qui donne les meilleurs résultats, est la production d'un certifieat à l'embauchage, certificat constatant que l’intéressé est indemne d’ankylostomatose. On arrive ainsi à dépister les sujets porteurs de vers, plus redoutables au point de vue de la contagion que les malades, car c’est à l'insu de tout le monde qu’ils répandent le germe. Si l'examen des matières fécales ou des cultures en milieu de Looss montre que l'intéressé est vermineux, il ne sera embauché qu'après avoir subi au moins une cure. Tant que ses selles contiendront des œufs, on ne lui permettra pas de travailler au fond, mais à la surface.

Ces mesures sont appliquables pour une mine neuve, et si l’on dépiste à l’'embauchage tous les porteurs de vers, il est évident que cette mine devra toujours rester indemne.

Mais quelles mesures prendre quand la mine est infectée, que la plupart des ouvriers sont porteurs de vers ? Doit-on leur interdire tout travail Jusqu'à guérison complète ? Assurément non. Si l’on agissait ainsi, ces mesures préventives auraient des conséquences plus désastreuses que la maladie qu'il s’agit de combattre. Dans ce cas, tous les mineurs devront systématiquement être traités ; on arrivera facilement à en guérir 70 p. 100; quant aux 30 p. 100 qui restent infectés, il faudrait, si possible, les employer tous dans la même galerie ou mine et les traiter périodiquement jusqu’à guérison complète.

Telles sont les grandes mesures prophylactiques employées contre l’ankylostomatose.

Nous ne reviendrons pas sur le traitement, mais nous insisterons particulièrement sur les « Dispensaires du Mineur ».

Qu'est-ce qu’un dispensaire ? On a donné le nom de « Dispensaire du Mineur » à des installations fixes, quelquefois mobiles, où les mineurs atteints d’ankylostomatose viennent pour être traités. Sans doute, le mineur pourrait absorber le remède chez lui, mais, outre que, livré à lui-même, il pourrait faire quelque imprudence fâcheuse, le médecin, et c’est là le point important, se priverait d’un élément capital dans la lutte antigarasitaire ; il ne pourrait pas montrer au malade les vers qu'il a expulsés ; il ne pourrait pas lui faire toucher du doigt, pour ainsi dire, le parasite, lui montrer des planches ou des dessins représentant des œufs, des larves dans les boues de mine, des adultes avec leurs crochets et leurs glandes à venin, lui persuader, en somme, que l’ankylostome est un parasite dangereux et posséder en cet ouvrier guéri un propagateur pour la luite antiankylostomatosique, un « moniteur d'hygiène », suivant le mot de Calmette.

C'est ce qu'a fort bien compris le docteur Malvoz lorsqu'il créa le « Dispensaire de Liége », où tout est fait dans le but d'instruire l'ouvrier : pas un endroit aux murs Où il n’y ait des dessins, des photographies, des microphototypes, des graphiques Se rapportant à la question de l’ankylostomatose et frappant à la fois et la vue et l'esprit du mineur.

Au Dispensaire de Liége, les malades ne séjournent habituellement que huit heures environ après la prise de la potion verte (extrait de fougère mâle

4 grammes, chloroforme 3 grammes, huile de ricin 40 grammes); si une première cure se montre inefficace, on la recommence le surlendemain, sans jamais dépasser un traitement de trois cures en six jours.

De plus, tout y est organisé pour ne pas donner une mauvaise impression aux porteurs de vers ; à cet effet, ils ne sont pas alités, mais allongés sur deux rangs de six chaises longues, enveloppés de chaudes couvertures.

Après la cure, un repas substantiel préparé au dispensaire leur est servi. Il semble que, dans ces conditions, l’amertume de l'extrait éthéré de fougère mâle soit vite oubliée.

Depuis le fonctionnement du Dispensaire de Liége, 1% mai 1903, beaucoup d’autres ont été fondés à son imitation. Actuellement, dans la seule Province de Liége, qui occupe 28.000 mineurs environ, on compte neuf établissements agréés par la Députation permanente pour l'application de la cure.

Mais comme le mineur en traitement perd sa Journée, puisqu'il arrive au dispensaire de grand matin pour n’en sortir que dans la soirée, il est juste de lui donner une indemnité ; à Liége, il touche 1 fr. 50 de la Province, par jour ouvrable, et généralement autant de l'Établissement où il est employé.

Jetons maintenant un coup d'œil sur l’état actuel de la question ankylostomatosique. Pour se rendre compte du terrain immense gagné sur le parasite, grâce aux mesures curatrices et prophylactiques que nous venons d'étudier, il suffit de consulter quelques statistiques. Partout nous serons étonnés du résultat vraiment remarquable obtenu en une dizaine d'années.

L'enquête du bassin de Liége, qui dura de 1898 à 1903, pour porter sur 20 p. 100 environ des ouvriers occupés au fond des mines, établissait que 26 p. 100 de la population totale du fond hébergeait l’ankylostome ; or, à la fin de décembre 1909, on ne relevait plus qu’une moyenne de 4 p. 100. De plus, on ne voyait plus de malades, mais seulement des porteurs de vers.

Jusqu'à présent, au « Dispensaire du Mineur », de Liége, 6.864 porteurs de vers ont été soumis au traitement antiparasitaire,

Sur 100 mineurs, 92 étaient infectés dans les mines de Selmeczbanya et de Kormobanya, en 1882. Actiuellement, Toth n'y a plus constaté un seul cas, grâce à une seule mesure : le placement de tinettes dans la mine avec défense absolue et rigoureusement respectée de déposer des excréments ailleurs.

81 p. 109 des mineurs des houillères de la Société anonyme John Cokerill, à Seraing, en 1904, étaient atteints par le ver, actuellement ce taux a baissé à 9 p. 100.

Mais il ne faut pas oublier que c’est seulement par l'exécution scrupuleuse des mesures préconisées que l’on arrive à des résultats aussi probants. Là où il ya eu queique relâche dans l'application de ces mesures prophylactiques, les progrès sont presque insignifiants, c'est ce que nous pouvons constater pour la Dolcoath Mine (mine d’étain d'Angleterre), qui comptait 95 p. 100 d'infectés en 1902, et qui en compte encore 80 p. 100.

Jusqu’alors,nousn’avons envisagé queles ankylostomatoses gagnées en Europe ; une question d'actualité, soulevée tout récemment par le professeur Monti, de

Pavie, concerne les émigrants de retour dans leur pays, ou, en général, les coloniaux, depuis que les rapports entre les métropoles et les colonies sont devenus de plus en plus fréquents et faciles.

Or, ce mouvement d’émigration est vraiment colossal pour certains pays; il a atteint, en eflet, 280.675 Italiens en 1908 et 124.207 l’an dernier et, très probablement un chiffre supérieur pour le Japon.

D'après les statistiques publiées par Moliano et Rosati, l’ankylostomatose et la tuberculose sont les maladies les plus communes des émigrés qui rentrent en Italie.

C’est par les émigrés de retour du Brésil principalement, que l'Uacinaria americana Stiles, qui n'existait pas il y a six ans en Italie, a pu S’Y propager rapidement.

Pour combattre cette invasion «du vampire du Sud » deux mesures sont à proposer :

1° L'examen et le traitement à bord même, durant le trajet, de tous les malades ou porteurs du ver.

C'est là une mesure qui n’est pas à l'abri de tout reproche : elle peut être, en effet, considérée comme une atteinte à la liberté individuelle et, de plus, la plupart des voyageurs revenant des pays tropicaux se trouvent dans un état physique tel qu’il leur est impossible de subir un traitement quelque peu sérieux.

2° La création de « Maisons de Santé » pour les émigrants ou coloniaux, comme cela vient d’être proposé par Rosati pour les ports de Naples et Gênes. Ces maisons seraient en tous points identiques aux (Dispensaires du Mineur », aussi pourrait-on les appeler des «Dispensaires Maritimes ».

Mais si la France a été la dernière à doter ses mines de quelques rares règlements émanant de quelques préfectures, règlements peu appliqués d’ailleurs, contre l’ankylostomatose, nous sommes heureux de constater qu’à ce dernier point de vue, elle s’est placée au premier rang.

En Algérie, en effet, l'initiative privée, aidée et guidée par la Société de Pathologie exotique, a agi dans ce sens lorsqu'on y a fait venir des troupes noires. Ces troupes furent examinées au point de vue ankylostomatose, filariose, maladie du sommeil avant leur embarquement au Sénégal, pendant leur trajet en mer et à leur débarquement à Oran. Or, depuis leur séjour en Algérie, on n’a pas signalé de nouveaux cas d’ankylostomatose.

Mesures prophylactiques à employer aux colonres contre l’ankylostomatose. -- Si les mesures d'hygiène pouvaient être appliquées aux colonies comme elles le sont en Europe, il est certain que l’ankylostomatose y serait efficacement combattue et bientôt inconnue. Mais les colons qui vont y résider partent, le plus souvent, comme notre malade, c’est-à-dire sans aucun renseignement hygiénique, même le plus élémentaire; ils n’ont aucune notion sur la pathologie exotique (paludisme, filariose, maladie du sommeil, etc.). Il semble que les Compagnies coloniales auxquelles ils sont attachés fassent un silence voulu sur ces questions.

Quant à prescrire les mesures mises en œuvre dans nos mines de houille pour combattre l’ankylostomatose aux colonies et vouloir croire à leur réalisation, c’est vouloir la réalisation d’une utopie.

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