NA
Aimons! .. le temps qui passe emporte nos années
Comme aux bois les feuilles fanées
Que le vent chasse devant lui!
Pour les remplir d'amour, Dieu nous les a données. Aimons!... peut-être, hélas! nous n'avons qu'aujourd'hui ! Oh ! si je te perdais , la moitié de ma vie ! Tratnerais-je ici-bas des regrets superflus? Quoi ! celui qui t'aima ne t'aurait pas suivie! Il verrait ce soleil que tu ne verrais plus!... Vivre!... et loin de ce monde une ame nous appelle! Vivre!... et l'on croit la voir nous suivre , nous chercher ; Et l'on entend partout sa voix nous reprocher Les mouvemens d'un cœur qui peut battre loin d'elle! . . . ( Elle s'arrête émue.)
albert , la regardant avec intérêt.
Chère enfant ! . . que ces peines soient à jamais ignorées de ton cœur !
( Anna , qui a les larmes aux yeux , tire son mouchoir de sa poche-, des papiers en tombent; Albert se baisse et les ramasse.)
ANNA
Grand Dieu !
albert , la regardant, étonné.
Qu'est-ce donc ?
ANNA
Ce papier, ce papier, je vous en prie. albert , avec émotion.
Anna !.. vous avez des secrets ?
anna, troublée.
Des secrets ! . . ( à part.) O mon Dieu ! que va-t-il penser ?
ALBERT
Comme vous voilà tremblante !
Ce n'est rien. . .rien, je vous jure ! . . mais rendez-moi ce papier... sans le lire.
Albert , la regardant tristement.
Ah ! . . comme je me trompais !
ANNA
Mais non! non !.. c'est une... [Elle essaie de rire. ) c'est une folie... une plaisanterie... voilà tout.
ALBERT
Vous le dites d'un air à en faire douter.
ANNA
O ciel ! que croyez-vous donc ?
ALBERT
Rien... si ce n'est que je... je croyais à votre amitié , votre confiance.
ANNA
Albert!..
Voilà votre papier.
ALBERT
ANNA
Et vous ne croyez plus qu'Anna est votre amie?... Ah !... ( Elle rit. ) Eh bien ! pour vous punir, lisez !
albert , déployant le papier et en trouvant trois. Qu'est-ce que cela?., et mais... ce sont les mémoires... que mes créanciers apportent si souvent. anna, riant.
Ils ne les apporteront plus.
ALBERT
Acquittés !.. ils sont acquittés!..
ANNA
Voilà mes billets doux, monsieur.
albert ,/ort troublé.
Mais où?... comment?... Anna... ah! dites-moi... l'argent?... comment avez-vous eu cet argent?
anna , riant.
Voyez donc la belle affaire ! est-ce que je n'ai pas toute ma matinée depuis six heures jusqu'à midi? est-ce que jo n'ai pas appris à broder? Est-ce que la marchande chez qui j'ai fait mon apprentissage ne se charge pas de vendre à de belles dames tout l'ouvrage que je puis faire? Enfin , monsieur, est-ce que ma marraine , qui est riche, ne me donne pas souvent de l'argent?
albert, avec beaucoup d'émotion.
Anna !.. et c'était pour moi ! . . pour moi ! . . .
Il Jfji< une larme. )
anna , riant.
Allons donc !.. niais je n'ai rien fait que de très naturel.
ALBERT
C'est le prix de votre travail ; vous me l'avez consacré. . . à moi'... et je pouvais l'ignorer toujours.
Cela aurait été bien mieux !... mais vous me soupçonniez... et ea fait tant de mal !
ALBERT , la pressant contre son cœur.
Mon enfant!... oui... [Il semble réfléchir.) Ma fille chérie!... Oh! mon Dieu! quand pourrai-je m 'acquitter? anna , riant.
Ne voudriez-vous pas me faire des lettres de change ?
ALBERT
Pourquoi pas'?... si je mourais!...
ANNA
Je n'aurais plus besoin de rien.
ALBERT
Chère amie !. . mais non, cela ne peut rester ainsi ; c'est pour moi un tourment , une inquiétude...
ANNA
Ah ! monsieur aimait mieux devoir à d'autres?
ALBERT
Ils pouvaient me poursuivre , et cela mettait ma conscience en repos.
anna , riant.
S'il ne faut que cela pour vous tranquilliser, je deviens un créancier farouche... Allons, monsieur, faites-moi une lettre de change, un billet.
ALBERT
.l'en suis capable.
anna , riant.
Vraiment ! Eh bien ! mettez-vous là.
Albert , écrivant, a Moi , soussigné , Albert Delville , je reconnais devoir « à Anna Bourgeois... (s' interrompant .) Combien ?
ANNA
Laissez la somme en blanc ; je l'ajouterai. albert, lui remettant le billet.
Je vous préviens que ce papier n'a pas grand crédit sur la place.
ANNA
Pourvu que celui qui l'a signé y lasse honneur.
ALBERT
Ce ne sera pas, du moins , faute de bonne volonté.
ANNA
C'est tout ce qu'il me faut. (Elle sert le papier.) Allons, voici du poskif !... Prenez garde ! ... la somme est en blanc, et vous avez affaire à un terrible créancier.
ALBERT
Chère Anna, cette gaîté dont vous voulez couvrir votre générosité est une délicatesse de plus ! ... Que ne vous dois-je pas ?
Ain: Travaillez , ne regardez pas (Mansarde). Comment acquitter cette dette?
Quels trésors pourraient la payer?
ANNA
Silence ! ... je suis satisfaite ; Et vous savez qu'un créancier Ne se laisse pas oublier.
Hélas ! à l'insu de sa mère , Toutes les nuits elle veillait !
Et , pour adoucir ma misère , En silence elle travaillait...
ANNA
Taisez-vous! [bis.) j'ai votre billet , El vous en paierez l'intérêt.
( On frappe à la porte.) Ah !... l'on frappe.
ALBERT
Qui vient encore nous déranger ?
ANNA
Restez , je vais ouvrir.
( Elle va ouvrir la porte.)