SOPHIE, DESMORTIERS , ALBERT, ARTHUR
albert, à Desmortiers.
Pardon, monsieur; pardon, mademoiselle; vous m'attendiez ici , quand j'étais chez vous , et tout ce que je vois ,
Anna. <j
à mon retour, tout oc que j'apprends m'oblige à vous demander...
ARTHUR
Comment! Tu ne sais pas non plus d'où la fortune t'arrive ?
ALBERT
Depuis ce matin, un mystère impénétrable m'environne; j'ignore les motifs de votre conduite envers moi ; mais quelle que soit ma reconnaissance , je ne peux , ni ne veux accepter des bienfaits dont la source m'est inconnue.
ARTHUR
• Bon! va-t-il refuser à présent?
SOPHIE
C'est moi , c'est moi seule qui vous offre le sort qui vous est dû.
ALBERT
Vous , mademoiselle !
SOPHIE
Et quand vous saurez à quel titre. . .
ALBERT
Veuillez achever, de grâce !
SOPHIE
Un père ne veut-il rien recevoir des mains de sa fille?
ALBERT
Un père! sa fille ! que dites-vous?
SOPHIE
Que je suis votre enfant, l'enfant de cette Adèle qui vou9 fut si chère , que ma naissance lui coûta la vie?
ALBERT
Grand Dieu! savez-vous bien ce que vous dites? Savezvous qu'une semblable joie peut tuer? Mon enfant ! vous.. .
SOPHIE
Dans vos bras, mon père, dans vos bras, et pour ne plus vous quitter !
ALBERT
O mon Dieu ! mon Dieu !
DESMORTIERS
Quand votre Adèle vous fut enlevée, elle portait dans son sein un gage de votre amour, et son père au lit de mort permit enfin que votre fille vous fût rendue si votre conduite avait réparé les torts dont il vous accusait. Voilà, monsieur, l'explication du mystère dont je me suis entouré.
ALBERT
Ma fille ! j'ai une fille ! elle est là , sur mon cœur, l'enfant de mon Adèle! Ah! pourquoi ne t'a-t-on pas donné son nom?
Air de Téniers.
Tant de bonheur serait-il mon partage?
De mes chagrins le ciel s'cst-il lassé ? Je crois la voir... son accent , son langage , Ses doux regards me rendent le passé.
Mais tout cela peut-être n'est qu'un songe; Etc'esten vain que je lui tends mes bras!... Souffrez, du moins, souffrez qu'il se prolonge: Ah! par pitié, ne me réveillez pas!
SOPHIE
Tout est vrai, tout est vrai , rien ne nous séparera maintenant!
ALBERT
Oh ! pourrai-je survivre à ma joie? (Jl court vers la porte.') Anna, Anna ! madame Bourgeois ! venez , venez ! ( II revient sur le devant. ) Je veux que tout le monde soit témoin de mon bonheur.