CORRESPONDANCE
PREMIÈRE LETTRE De M. A. Babbet à M. de Dombasle.
AssoUmentf culture du froment après les pommes de terre.
EXTRAIT
Paris, le i4 soptémbre i8a8.
JyloNSlEUR Massin , mon instituteur et mon
second père , que je n'ai pas quitté depuis mon enfance , possède en Champagne , entre Estissac et Troyes., une propriété assez considérable. Je 'donne quelques soins à Texploitation de cette propriété, et je cherche en conséquence tous les moyens de l'améliorer.
Notre sol est crayeux, léger et sec 5 Phumîdité est promptement absorbée : nous devons donc chercher ce qui couvre le plus la terre , et ce qui la préserve des ardeurs du soleil, M. Mas-* sin a établi fort sagement un assolement sep- 5^ LIVR. 26
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teûnal, qui se compose ainsi : i^ avoine avec sainfoin ; 2° sainfoin 5 3^ sainfoin 5 4^ sainfoin, et pâture après la fauchaison^ 5*^ avoine; 6® jachères, dans une partie seulement, le reste en pommes de terre, navets ,vesces,l)ïsailles ; 7^ seigle, froment , sarrasin y ensuite la rotation recommence. Chaque sole se compose de i5o arpens environ, d'un seul tenant II y a quinze ans, sur une superficie de plus de 1,200 arpens dont se compose la ferme, vingt arpens au plus étaient cultives. Aujourd'hui tout est en culture; mais nous voudrions arriver 'à la meilleure culture possible. Quel serait le meilleur moyen de détruire les jachères? Voilà le premiet problème que je voudrais résoudre , et pour lequel j'ose vous demander quelques conseils. Notre terrain est ce que Ton appelle un terrain à seigle; nous en faisons de 110 à 120 arpens chaque année. Pour que le seigle réussisse , nous gommes obligés d'ensemencer dès le premier septembre ; la terre, pour recevoir les façons nécessaires^ a donc besoin d'être libre dès la fin d'avril ou le commencement de mai. Nous donnons deux labours , et un troisième couvre la semence. Nous essayons cette année de faire, dans la partie destinée au seigle de l'année prochaine , douze arpens de lentilles , six arpens d'escourgeon qui sera fauché en vert, six à huit arpens de criblures de toutes
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sortes , destinés à la pâture , s^ils ne valent pas la peine d'être fauchéSé
Si nojus détruisons les jachères , il faut créer d'autre pâture pour le troupeau qui, dans ce moment , est de 5oo bétes. ÎSous avons , en outre, 16 bêtes à cornes^ et nous voulons doubler ce nombre. Nous voudrions trouver la nourriture des bestiaux, du i^** mars à la fin de juin, sur ce qui fait aujourd'hui nos jachères. Depuis le i^^ juillet, le parcours du troupeau est plus que suffisant; car dès ce moment, nous lui abandonnons le sainfoin qui doit être recassé. J'appelle donc premièrement votre attention sur le meil^ leur moyen de remplacer nos jachères , sur des pâturages hâtifs ou de printemps.
On a essayé de faire venir le seigle sur du sainfoin recassé , mais il n'a pas très-bien réussir D'ailleurs , si Bous^ le recassons de suite , nous nous privons d'une excellente pâture; un autre inconvénient, c'est qu'il serait bien difficile de préparer convenablement 120 ou i5o arpens, au moment des plus forts travaux de la moisson.
Dans les Annales de Roville , vous demandez des renseignemens sur le froment semé après la récolte des pommes de terre : nous nous en trou-^ voné fort bien; notre froment est bien net, et nous nous applaudissons tous les jours de cet usage imaintenant adopté. En 1827, au commen—
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cernent dWobre , nous avons récolté des pommes de terre dans sept arpens , qui , à la fin du même mois , ont été ensemencés en froment. Cette année nous ferons la même chose dans huit arpeus.
Pendant le cours de sept années que dure notre assolement^ nous ne fumons qu^une fois chaque sole, encore ne pouvons-nous le faire que très-légèrement. Nous fumons pour faire venir le seigle et le froment. Pensez-vous que nous aurions plus d^avantage à répandre notre fumier sur le sainfoin? Cest un essai que nous n^avons pas encore fait.
La terre notant pas encore suffisamment amendée par la culture, nous n^avons pu, jusqu^à ce jour, obtenir de regains dans nos sainfoins. Dans quelques parties cependant, nos sainfoins , en septembre, sont assez touffus, mais ils n^ont que de la feuille, et ne viennent point en fleur. Pour obtenir un résultat plus satisfaisant, je pense faire mélanger dans la graine de sainfoin un sixième de luzerne et un sixième de trèfle. Pensez-vous que ce mélange puisse être favorable, et qu'il ne nuise point an sainfoin? Si vous étiez pour laffirmative, je ferais faire un essai dans une sole entière de i5o arpens.
Dans un terrain léger comme le nôtre .^ croyezvous que Ton puisse risquer de faire venir des pommes de terre dans une place non fumée ? Nous