‹ Annales agronomiques (volume 2)Chapitre 165 sur 253 · kil · texte numérisé non relu

kil

AZOTE

des engrils.

kilos

AZOTE

des récoltes.

kilos »

AZOTE des eaux

de drainage.

kilos 7». 2 36.9

AZOTE

total enleTé.

kilos 79.2 94.8

AZOTE gagné -f perdu —

kilos

460 P.-P. BEHÉRiÙN

le remplissage des cases. Nous nous trouvons ici dans un cas semblable à celui que nous avons observé il y a quelques années quand, prenant des terres dans un flacon où elles n'étaient arrivées qu'après exposition à Tair pour les dessécher et les tamiser, nous avons trouvé que la trituration n'exerçait pas d'action sensible.

En réalité, le travail exécuté sur 12 et 14 est presque en surcroît, l'influence que'ce travail peut exécuter étant déjà produite par la trituration formidable qui a eu lieu au moment du remplissage.

Est-ce à dire que sur une terre en place, ce travail à la bêche ou à la herse soit suffisant pour provoquer une nitrification abondante? Non, sans doute, car les cultivateurs reconnaissent en général une grande efficacité à Tépandage du nitrate de soude au printemps, et cette efficacité ne se manifesterait pas si la terre, convenablement travaillée, fournissait par elle-même une quantité suffisante de nitrates.

Terres cultivées. — Si on compare les récoltes obtenues des cases de végétation en 1892 et en 1893, on voit que les dernières sont beaucoup plus faibles que celles de Tannée précédente; la prairie avait donné en 1892 la valeur de 6,000 kilos de foin, elle n'en a fourni que 4,000 en 1893, et cette récolte est due exclusivement à la seconde coupe, le printemps avait été tellement sec qu'il avait été impossible de faucher au mois de juin; ce sont les pluies de juillet qui ont déterminé le départ de la végétation.

La récolte de blé sur 4, 5 et 6 a été très faible, encore inférieure à celle de 1893; nous en avons indiqué la raison* : les racines du blé sont cxtraordinairement longues et c'est à leur extrémité qu'elles portent des poils absorbants; dans les cases de végétation, le blé est très beau pendant la première partie de son développement, tant que les racines encore dans la terre meuble et humide trouvent à s'abreuver, mais quand elles arrivent dans les cailloux qui occupent le fond de la case, elles ne rencontrent plus les quantités d'eau nécessaires, le blé commence à jaunir vers le milieu de juin et les récoltes sont faibles; même pendant cette année^l 894, qui a été pluvieuse au printemps, ce qui a favorisé la végétation du blé à un point tel qu'en général la récolte a été excellente, nous avons constaté une diff'érence notable entre le blé des cases et celui de la pleine terre.

i. Une erreur d'impression, t. XIX, p. 572, porte la récolle de blé de la case 5 à 13 q.m. 4, c'est 16.1, porté au tableau U, qui est le chiffre exact.

En 1893, le blé vivait sur une arrière-fumure distribuée aux betteraves de 1892 et, contrairement à ce qu'on aurait pu croire, les deux fumures de 1892, comprenant du fumier, ont été moins favorables que celle de nitrate de soude.

C'est seulement pour la case 5 qu'on trouve (tableau II) l'égalité entre l'azote de la récolte et l'azote des eaux de drainage; pour 3 et 4, il y a plus d'azote entraîné par les eaux qu'utilisé par le blé.

Je croirais volontiers que la douceur de l'hiver 1893-1894, qui a favorisé la nitrification aune époque où généralement son activité est très faible, a déterminé les pertes considérables d'azote nitrique constatées sur 3, 4 et 5. On ne peut s'empèclier, quand on les voit aussi notables, de revenir sur l'importance que présente l'analyse des eaux de drainage et d'appuyer sur l'inexactitude des calculs qu'on faisait naguère, quand on croyait pouvoir déduire la richesse du sol de la différence entre les apports des engrais et les prélèvements des récoltes ; en réalité, à l'azote enlevé par les végétaux exportés du domaine vient s'ajouter celui qui s'échappe dans les eaux de drainage, etnous voyons, par celte culture de blé de 1893- 1894, que l'azote total enlevé atteint 88.3, 100.6 et 93.1 kilos, tandis que les prélèvements des récoltes sont seulement de 43 kil. 8, 42 kil. 5, 46 kil. 5, que par conséquent l'hectare s'est en réalité appauvri d'une quantité d'azote qui surpasse presque de moitié celle que renferment les récoltes.

Si nous combinons les nombres de l'an dernier à ceux de cette année, nous pourrons savoir dans quel état se trouve une terre soumise à l'assolement biennal, betteraves-blé, à la fin de la seconde année, quand elle va recevoir une nouvelle fumure.

PUMURB

en 1833, pour bette rares.

de la fumure.

AZOTR

disparu en

récolte

et

drainage.

AZOTR

gagné + perdu —

en

AZOTR DALANCR

disparu azote

en 1893-1894, gagné + récolte perdu —

et drainage, pour le» deux blé. ans.

kil.

kil.

kil. kil.

kil.

3 30.000 kil. fumier.

4 30.000 kil. fumier,

230 kil. nitrate . . . 187.3 78.8 -i- 108.7 — 100.6

5 625 kil. nitrate, 200 kil.

superphosphate. . . 93.73 102.0 — 8.52 — 93.1 — 101.6

Ainsi, après une fumure de 30 tonnes de fumier pour betteraves, une bonne récolte de racines, une médiocre récolte de blé, la terre

462 P.-P. DEHÉB41N

se retrouve à peu près à son état primitif; quand la fumure a compris, outre du fumier, une dose assez forte de nitrate, il y a eu un léger enrichissement, mais il y a eu au contraire une perte notable quand la fumure a été exclusivement formée de nitrate.

Dans le compte précédent, nous n'avons pas ffiît entrer les apports d'azote dus à la vesce qui est semée après le blé en culture dérobée, et qui vient ajouter Tazote prélevé sur l'atmosphère à celui qu'apportent les fumures, car les cultures dérobées n'ont été établies qu'à l'automne de 1893 et c'est la récolte de betteraves de 1894 qui en profitera. Quoi qu'il en soit, l'enfouissement en vert de la récolte de vesce aurait eu pour effet de combler la perte de 3, de diminuer celle de 5 et d'enrichir encore le sol de 4.

Une fumure moyenne de fumier soutenue par de petites quantités de nitrate de soude suffit pour maintenir en bon état une terre soumise à l'assolement betteraves-blé, et si au lieu de distribuer 30 tonnes de fumier à l'hectare, on en donnait 40, puis qu'en outre une culture dérobée soit enfouie à l'automne, le sol s'enrichirait. C'est là ce qui a lieu dans notre région septentrionale, dont les rendements se sont beaucoup accrus depuis que la betterave y est universellement cultivée.

Il est un point sur lequel on ne saurait trop insister, c'est que la teneur en azote d'un sol n'est que médiocrement influencée par l'abondance des récoltes; ses pertes sont au contraire directement liées à l'activité de la nitrification que provoquent les conditions climatériques et les façons que le sol a reçues. Ce sont ces conditions et ces façons qui déterminent la quantité de nitrates produits, leur formation est tout à fait indépendante de la végétation qui couvre le sol; les végétaux profitent des nitrates formés, nous avons reconnu que, même pendant l'hiver, les racines s'en emparent et si l'activité de la nitrification coïncide avec le développement de la plante et que les autres conditions saisonnières soient favorables, les récoltes sont abondantes; mais, quand la terre est découverte ou encore que, par suite d'une nourriture minérale insuffisante, la végétation languit, les nitrates ne s'en forment pas moins, seulement au lieu d'être utilisés, ils sont entraînés par les eaux de drainage.

En somme, les nitrates formés se partagent toujours dans une terre couverte de végétaux entre ces végétaux et les eaux de drainage : en s'emparant des nitrates, en réduisant par la transpira-

ISS EAUX DE DRAINAGE DBS TEBBSS CULTIVÉES 4(»

lion le volume des eaux qui traversent le sol, une végétation vigoureuse diminue la part des eaux de drainage ; quand au contraire les plantes se développent mal, ou d fortiori quand la terre reste découverte, Tentraînement, ainsi que* le montre le tableau 11^ devient considérable.

Les cases 6, 7 et 8 ont porté des betteraves ; la sécheresse du printemps de 1893 leur a été fatale, la récolte est bien inférieure à celle de Tannée précédente. La très forte fumure de fumier de ferme donnée à 6 ne lui a pas été favorable, on n'a recueilli que 19 tonnes de betteraves à sucre, ce qui est une des récoltes les plus faibles que nous ayons jamais constatées. Sur la case n"" 7, qui a reçu seulement la valeur de 15 tonnes de fumier et de 100 kilos de nitrate de soude, la récolte a été un peu meilleure, elle s'est élevée à 26 tonnes, comme celle de 8 ; cette dernière case n'avait pas reçu de nitrate de soude, on a voulu savoir si en prodiguant les façons on pourrait se passer de nitrate et, en effet, la récolte est exactement la même que celle de 7. On remarquera que les eaux de drainage n'ont entraîné que de faibles quantités de nitrates, 7 et 8 notamment, qui ont porté des récoltes passables, ont laissé couler beaucoup moins d'eau que 6, dont la récolte a été très faible ; nous avons déjà insisté à différentes reprises sur la relation qui existe naturellement entre l'abondance des récoltes et la quantité d'eau qui gagne les drains.

Si on compare dans la colonne du tableau II: azote total enlevé, les nombres inscrits pour les trois parcelles de blé : 3, 4 et 5 aux trois nombres suivants, 6, 7 et 8^ qui représentent le prélèvement des betteraves, nous voyons que ces derniers sont les plus faibles, bien qu'ils suivent immédiatement les fumures ; ainsi, contrairement à ce qu'on croit d'ordinaire, la betterave est moins épuisante que le blé, à la condition, bien entendu, que les feuilles et les collets soient enfouis dans les sols qui les ont portés. La quantité d'azote contenue dans la mauvaise récolte de betteraves à sucre des cases en 1893, est à peu près semblable à celle qu'on a calculée pour le blé, mais les pertes par drainage sont beaucoup moindres.

La case n"" 15 a porté de l'avoine et du trèfle, et la récolte de grains a été très faible, elle a été seulement de 13 q. m. 75, et on pourrait être étonné du poids considérable de la paille, si on ne savait que du trèfle a été semé dans l'avoine et que ce trèfle, stimulé par les pluies de juillet, abondantes à Grignon pendant l*été

464 P.-P. DEHÊRiUN

de 1893, s*est très bien développé, son poids s^est ajouté à celui de la paille et Ta élevé jusqu'à 37 q. m. 5; nous n'avons pas pu déterminer exactement les proportions de trèfle et de paille que renfermait le mélange pesé, et on a calculé l'azote d'après la teneur habituelle de la paille d'avoine, par conséquent le nombre inscrit dans la colonne : azote des récoltes, est trop faible, car le jeune trèfle est infiniment plus riche que la paille ; mais comme ce trèfle a certainement prélevé une partie de son azote sur l'atmosphère, gr&ce aux bactéries des nodosités qui ouvraient ses racines. Terreur sur l'azote se trouve être diminuée.

Comme ce trèfle a très bien pris, que grâce à la douceur exceptionnelle de l'hiver, il a continué à végéter pendant la mauvaise saison, la perte par le drainge est très faible.

Les cases 17 et 16 portent une jeune vigne qui emprunte peu d'azote au sol, ne transpire encore que faiblement, de telle sorte que les pertes par drainage sont considérables et analogues à celles des terres nues.

Les cases 18, 19 et 20 ont porté la pomme de terre Richter's Imperator : la récolte a été bonne, la sécheresse atteint moins la pomme de terre que la betterave, et le rendement calculé à l'hectare oscille entre 27 tonnes 5 et 30 tonnes de tubercules ; la quantité d'azote de la récolte surpasse celle qu'avait apportée le fumier; les pertes par drainage ne sont pas très élevées, elles sont à peu près semblables à celles qu^on a observées au-dessous des portegraines, mais supérieures à celles qu'on a trouvées pour les betteraves à sucre. Nous avons déjà insisté l'an dernier sur ce point qui est de nature à modifier Topinion régnante au sujet de l'état dans lequel se trouvent les sols qui ont porté des betteraves ou des pommes de terre ; en général une bonne récolte de betteraves prélève plus d'azote sur le sol qu'une récolte de pommes de terre, la betterave est plus exigeante, mais la betterave laisse des résidus : feuilles et collets, qui sont autrement riches que les fanes desséchées delà pomme de terre, et en outre la végétation des racines se prolongeant jusqu'en octobre, retient les nitrates qui se forment habituellement abondamment pendant l'arrière-saison, et tout compte fait, la pomme de terre, moins exigeante que la betterave, laisse cependant le sol plus pauvre qu'il ne l'est quand, après l'arrachage des racines, les feuilles et les collets y sont enfouis.

En 1893, bien que la récolte de betteraves ait été médiocre et la

LES BAUX DE DRAINAGE DES TERBf S CULTIVÉES 463

récolte de pommes de terre bonne, les eaux de drainage écoulées des cases 18, 19 et 20 ont entraîné plus de nitrates que celles des

466 P.-P. bEHÉRAIM

l'époque des labours, devait déterminer une nitrificalion assez active pour se prolonger pendant Tautomne et le printemps qui suivaient la jachère, et aussitôt que la terre était emblavée, les pertes de nitrates diminuaient, car nous avons reconnu que pendant rhiver les terres ensemencées perdent bien moins que les terres nues *.

L'examen des nombres fournis par l'analyse des eaux de drainage deis terres I et 13 restées sans culture et sans travail, montre que lorsque la nitri&cation a été déterminée dans une ferre elle persiste pendant longtemps, et on conçoit qu'après l'année de jachère où les façons étaient prodiguées, la terre conservât une certaine puissance de production qui favorisait les récoltes suivantes.

Si les observations précédentes justifient la pratique de la jachère dans les conditions où elle était usitée jadis, si elles expliquent les systèmes de Jethro Tull et du pasteur Smith qui prétendaient remplacer les engrais par un travail très soigné du sol, elles démontrent d^autre part, qu'actuellement, avec les engrais dont nous disposons, la substitution des cultures sarclées à la jachère a marqué un des progrès les plus saillants qu'a faits la pratique agricole pendant le xix® siècle.

Si on consulte la colonne t azote des eaux de drainage, du tableau II, on voit que les quantités de nitrates perdus sont infiniment plus grandes dans les terres en jachère que dans les terres cultivées, que, par exemple, la case 19, qui a fourni une excellente récolte de pommes de terre, n'a pas appauvri le sol plus que la jachère maintenue sur 14, que par suite on a obtenu une quantité notable de matière végétale, tout en laissant le sol dans un état semblable à où il s'est trouvé quand il n'a porté aucune

récolte.

Le travail du sol peut-il être assez efficace pour diminuer ou même supprimer Tépandage du nitrate de soude; c'est là une question d'un haut intérêt, que nous aborderons très prochainement, quand nous exposerons les résultats qu'ont fournis les récoltes du champ d'expériences en 1894.

Page 1