CULTURE DES FRAISIERS — INFLUENCE DES RAYONS DIFFÉREMMENT COLORÉS
d'influence sur la croissance des végétaux. Mais M. Villon, se basant sur les expériences de Paul Bert qui avaient démontré que les plantes soumises à Faction de la lumière privée de ses rayons rouges ne vivaient pas, conclut de ces essais de laboratoire que la meilleure lumière est celle qui traverse les verres violets (au manganèse), qui laisse passer les rayons rouges, les rayons violets et les rayons calorifiques. Il diffère donc au point de vue pratique des essais de Draper, Engelmann, Reinke, Dehérain, Jamin... etc.
M. Villon, continuant ces essais, a cultivé de la vigne sous une cage munie de vitres violettes et sous une cage munie de vitres incolores. Il a comparé le développement des pieds de vigne dans les deux cas, le feuillage, le raisin et la qualité du vin obtenu.
La vigne cultivée sous verres violets s'est montrée beaucoup plus vigoureuse, plus feuillue, plus en bois; la production des raisins a été aussi plus grande et le vin a été plus alcoolique. En se basant sur les expériences de M. Villon on serait donc tenté de donner la préférence aux rayons violets.
Ces explications préliminaires fournies, nous allons exposer la marche suivie dans nos essais.
Rien n'a été changé dans la disposition des couches qui servent aujourd'hui à la culture des fraises sous châssis, c'est-à-dire que leur préparation, qui est des plus simples, a été faite de la manière suivante : nous avons cultivé contre abri une bande de terre de l'^,oQ de largeur par un défonce ment à la bêche de O'^jSO environ de profondeur, par ce défoncement il a été incorporé au sol du fumier de ferme, préalablement mis en couverture. Cette opération a été effectuée le 5 septembre, sur une longueur de terrain de 12 mètres. Ce n'est que le 25 octobre que le sol a été nivelé et entouré de planches formant coffre. Ce coffre était plus élevé à sa partie postérieure, de manière à donner aux châssis une légère inclinaison vers le Midi.
Quelques jours après, sur le terrain ainsi préparé, les stolons ont été repiqués avec leur motte, à une dislance de 0",25 en tous sens, la forme de la plantation a été en losanges.
Les châssis placés le 5 novembre avaient chacun 2 mètres de longueur sur 1",50 de largeur et étaient garnis de verres de diverses couleurs : rouge, orangé, vert, bleu, violet, verre ordinaire; ces six couleurs différentes recouvraient donc chacune
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2™ X 1"',50 = 3 mètres carrés de terrain, séparés par des cloisons en planches.
Durant le temps de nos expériences, des observations très intéressantes ont pu être faites, c'est ainsi qu'au 20 décembre Ton constatait une différence dans la végétation des plantes et les châssis pouvaient se classer dans Tordre suivant :
Orangé, verre, ordinaire, rouge, violet, bleii, vert.
Pendant toute la durée des observations^ c'est-à-dire jusqu'à fin avril, cet ordre de classement est resté le même sauf pour le violet qui a pris la place du rouge.
Les trois dernières couleurs rouge, bleu, vert ont été même nuisibles à la végétation des plantes, ces dernières s'é tant complètement étiolées.
Il n'en a pas été de même de la couleur orangée sous laquelle les plantes possédaient des Feuilles très développées et très vertes, la couleur violette donnait aux plantes une végétation bien moins vigoureuse et se classait bien après la couleur orangée et le verre ordinaire.
Pour ce qui concerne la floraison, l'observation a montré les résultats suivants : la couleur violette et le verre ordinaire viennent en tète. Dans ces couleurs elle a commencé le 5 janvier, tandis qu'elle n'a eu lieu que le 15 janvier sous le verre orangé. La plus grande quantité de fleurs a été donnée par la couleur violette, puis par le verre ordinaire, en dernier lieu par l'orangé où elles se trouvaient en petit nombre.
La maturité s'est efi'ectuée sous le verre ordinaire le 5 février avec des fruits très beaux, le 15 février sous le verre violet en donnant des fruits d'une médiocre grosseur, et seulement le 22 février sous le verre orangé avec fruits de grosseur moyenne.
Nos observations, au point de vue de la végétation, corroborent donc celles des savants précités.
Elles font ressortir que la couleur orangée pourra être mise en pratique toutes les fois qu'on voudra obtenir des plantes vertes à feuillage vigoureux, des salades que nous avions repiquées sous chaque châssis, nous l'ont encore mieux démontré.
Mais quand on voudra obtenir des fruits ou rechercher la précocité, nous sommes en désaccord avec M. Villon, ce qui tient peut-être à la nature de la plante mise en expérience.
En résumé, il ressort de nos essais les conclusions suivantes :
1* Que le verre orangé a donné le plus de végétation, mais au détriment de la quantité des fruits, de leur grosseur et de leur précocité ;
2® Que sous le verre ordinaire sont venus les fruits les plus beaux et, les plus précoces;
3^ Que le verre violet est celui qui adonné le plus de fruits^ mais au détriment de leur grosseur, de leur qualité et de leur précocité ;
4® Que les verres rouge, bleu et vert ont été nuisibles à la végétation des plantes.
D*où il résulte que pour la culture des fraises, le verre ordinaire doit être encore conseillé puisqu'il a donné les meilleurs résultats au point de vue du rendement en argent.
REVUE DES TRAVAUX PUBUÉS EN FRANCE ET A L'ÉTRANGER
Physiologie végétale.
De racllon des composés cuivriqaes sar les poBunes de terre, par
M. Aimé Girard. — Nous avons inséré dans le dernier numéro des Anna'es^ un résumé des recherches de M. Sorauer sur l'action qu'exercent les composés cuivriques sur le rendement des cultures de pommes de terre.
Il résulte des recherches de Tagronome allemand que [si les composés cuivriques augmentent considérablement les rendements des variétés atteintes parla maladie, en les préservant des ravages que ne manque pas de produire le Phytophtora infestanSy quand on ne s'oppose pas à sa propagation, il en est tout autrement quand le traitement porte sur des variélt's non atteintes par la maladie; dans co ^cas les composés cuivriques diminuent la récolte. — Or, cette même observation a déjà été faite et depuis plusieurs années par notre collaborateur et confrère : M. Aimé Girard.-
C'est ce qui résulte nettement de la citation suivante * :
« Il n'y a pas, je crois, de variété de pommes de terre absolument réfractaire à la maladie; il n'y a que des variétés plus ou moins résistantes, et telle variété qui résiste dans certaines conditions météorologiques ne résistera pas si ces conditions changent àj'avantage du développement] du PAytophtora infestans, . « Un exemple emprunté à mes cultures de 1891 le montrera nettement.
« A Joinville-le-Pont, en l'absence de la maladie ; à Clichy-sous-Bois, sous l'influence de la maladie, au contraire, deux variétés bien résistantes, la Richter's Imperator et la Red Skinned m'ont donné les nombres suivants :
If Ce volume, p. 558.
2. Mémoit^s de la Société nationale d'agricuUure, t. CXXIV, p. 712, J892.|