ACTUELLEMENT IN ANGLETERRE
La burette suivante se rapproche davantage des burettes usitées aujourd'hui. Elle est ovale et non pas ronde, parce que la forme du cristal de roche dont le corps est composé l'exigeait ainsi. Ce cristal, taillé d'un aigle assez sauvage, est d'une facture très-ancienne et certainement antérieure à la monture en vermeil qui l'enchâsse. Il pourrait dater du Bas-Empire. Précieux comme du porphyre, comme des agates et des onyx d'une grande antiquité, dont on a
i. Théophile, qui est du xn^ siècle, semble bien décrire un canal de ce genre et non un simple bec, dans les chapitres qu'il consacre à la fabrication de la burette, nommée par lui ampoule, « ampulla » :
a. . . Si volueris in ipsa ampulla imagines, aut bestias, sive flores opère ductili facere, compone in primis, etc. . . Si volueris, fac auriculam fusilem eodem modo quo formasti'auriculas argentei calicis, et in anteriori parte deductorium unde vinum effundatur, quaB confirmabis solidatura, argento et cupro mixta, ut supra. Deinde, ubicumque volueris, nigello omabis et reliquum deaurabis ut supra ». — Theophili « Schedula diversarum artium », lib. m, cap. 58-59.
Ce que nous traduisons ainsi : a. . . Si tu veux faire au repoussé, sur la burette même, des images ou des bêtes ou des fleurs, compose d'abord, etc. . . Si tu le veux, fars à la burette une anse fondue comme celles que tu as façonnées pour le calice d'argent. Dans la partie antérieure de la burette tu attacheras, avec de la soudure mêlée d'argent et de cuivre, comme il est dil plus haut, un canal d'où coulera le vin. Ensuite tu décoreras de nielles les parties que tu voudras, et tu doreras le reste, comme c'est indiqué plus haut. » — Il est à peu près certain que ce a deductorium a, soudé sur la partie antérieure de la burette, en pendant de l'anse, pour ainsi dire, est bien ce petit canal, ce long goulot de la burette de notre Bibliothèque impériale et de In burette anglaise.
fait au moyen âge des coupes et des vases que nous possédons encore , ce cristal fut armé d'une monture en argent ciselé, doré et niellé, qui est d'une finesse extrême et d'un art vraiment parfait. Déjà, dans ce volume des « Annales », page 35, planche 28, nous l'avons vu, tel qu'il est en effet, fixé sur un pied de reliquaire. Ici, nous l'avons dégagé de ce support et réduit à sa forme propre de burette. C'est, assurément, la plus ancienne burette connue et peut-être même la seule qui date du xiii* siècle, puisque des deux précédentes l'une paraît être la contre-façon de l'autre, et que cette autre, n* 117, ressemble plutôt aune espèce d'aiguière qu'à une véritable burette.