ANGE EN BURETTE. — FIN DU XIV* SIECLE
A AIX-L A-CBAPELLE. — HAUTEUR TOTALE, 93 CEMIHÈTRES.
J'ai bien des fois parlé deja « divine liturgie » , cette cérémonie spéciale à la Grèce et imitée par quelques églises de France, notamment par celles de Reims et de Lyon, On y représente Jésus-Christ en prêtre, se disposant à offrir le sacrifice divin. Avant d'officier , des anges viennent apporter successivement au Sauveur les instruments du sacrifice, les chandeliers, croix, encensoirs, calice, patène, burettes, ciboire. En Grèce, c'est une représentation peinte sur les murs, surtout au pourtour des absides et au tambour des coupoles. A la cathédrale de Reims, c'est une représentation sculptée sur les flancs de l'édifice et surtout au pourtour extérieur de l'abside. Mais, à Reims, cette cérémonie avait passé de l'image dans la réalité : aux grandes messes, avant l'offertoire, des efifants de chœur, assimilés aux anges, sortaient successivement de la sacristie et apportaient^ lentement, à pas comptés, dans le sanctuaire, sur le maître-autel, ou plutôt sur une crédence placée près de l'autel, les diverses instruments, surtout les calices qui allaient servir à la consécration.
Dans les anges d'Aix-la-Chapelle, je vois comme une variété de cette « divine liturgie » : ce n'est pas un enfant de chœur vivant qui apporte les
i. Je dis a apportaient », car, si l'on m'a dit vrai, on aurait aboli, il n'y a pas bien longtemps, ceUe antique et admirable cérémonie.
burettes, comme à Reims, ni la représentation peinte d'un ange comme en Grèce, mais Tange même est transformé en burette et se verse directement, vin ou eau, dans le calice de la consécration. 11 va sans dire que je m'empresse en ce moment d'exécuter des burettes de ce genre, car je ne connais rien de plus poétique et de plus gracieux.
Il semble que ce motif ait été inspiré par la buire du trésor d'Aix-la-Chapelle, qui servait , dit-on , au couronnement des empereurs depuis le sacre de Charlemagne. Haute de 19 centimètres et, à la base, large de 13, cette buire se compose du buste d'un homme encore jeune; espèce de Bacchus, qui a la tête nue et couronnée de pampres. Barbe courte et fine, oreilles proéminentes, bouche souriante à la façon des Satyres. Il se drape dans un manteau qu'il assujettit de la main droite. Au sommet du crâne, trou rond pour l'introduction du liquide ; au front, petit goulot circulaire pour la sortie de ce liquide qui devait être du vin, évidemment, et du meilleur, car ce Bacchus est la personnification du vin fin et fort. Ce petit buste semble dater du Bas-Empire: ou il est antérieur à Charlemagne, ou il est de la renaissance; mais il n'appartient pas au moyen âge , tant sa tournure est antique ; il paraît, du reste , qu'il existe depuis bien des siècles et bien antérieurement à la renaissance dans le trésor d'Aix-la-Chapelle. 11 nous a semblé avoir assez d'intérêt pour le reproduire en bronze, d'après l'original même, et, tous tes jours, nous voyons qu'il excite une vive curiosité.
iSi. — BUIRE DU COURONNEMENT DES EMPEREURS d'alLEMAGNR. EN BRONZE ET DU BAS-EMPIRE.
DANS LE TBÉ80R D*A1X-LA-CB APBL Ll. — HAUTEUR, 19 CBNTIMfcTRES.
Revenons aux burettes proprement dites.
Le prince HohenzoUern-Sigmaringen en possède deux du xrv* siècle : l'une très-simple, à pied rond, haute de 18 centimètres; l'autre plus riche, haute dé 19 centimètres, à pied découpé en six pans, anse en serpent, bec du goulot
en gueule de lion, couvercle fleuronné. Le corps de cette burette est en cristal ; • le pied, l'anse, la collerette, le couvercle sont en vermeil. Pour du xiv* siècle, et de la fin, c'est un assez joli modèle, et le voici :