CLOTURE DE CIIOELR, EN FER BATTU. — XIl* SIECLE
A SAINTS-FOI DE CONQUES, DÉPARTEMENT DE L'aVETRON.
Déjà les « Annales Archéologiques » ont reproduit , disséminés dans plusieurs volumes, des dessins et des descriptions de grilles par MM. Lassus, Viollet-Le-Duc, A. Ledoux, Darcel, E. Amé, A. de Surigny et l'auteur de ce Mémoire sur les œuvres de métal; mais nous pensons bien ne pas nous en tenir là, et nous espérons même que l'un des nôtres finira par publier un travail complet sur la ferronnerie au moyen âge dans tous les pays de l'Europe. Il faut dessinier et décrire tout ce qui existe, parce que les beaux motifs de fer battu, si finement exécutés pendant les xii* et xiir siècles, peuvent nous servir aujourd'hui pour des pentures, des serrures, des heurtoirs, des grilles d'appui, des balustrades, des grilles de communion, des clôtures de chœur, des grillages de fenêtres. Le fer et quelquefois le bronze, comme aux balustrades intérieures d'Aix-la-Chapelle, doivent jouer, dans l'architecture religieuse et civile, leur rôle considérable d'autrefois. Depuis quelques années, nous assistons à la renaissance de la ferronnerie; mais il importe de donner à ce bel art toute l'importance qu'il avait dans les temps anciens, et voilà pourquoi, à côté de la fonderie, j'installe un atelier de serrurerie.
XXL — OBJETS DIVERS.
Ces objets divers ressemblent assez à ces pierres qui font saillie, d'une assise à l'autre, sur les côtés d'une maison qu'on achève de bâtir et qui attendent que d'autres maisons viennent s'y accoler. Dans ce paragraphe, en effet, nous voudrions poser quelques pierres d'attente, soit pour des objets de métal, passés sous silence, parce que nous n'en avons pas trouvé des modèles anciens ; soit pour des objets de pierre, de bois, de verre , ou pour des tissus, dont il sera question ultérieurement.
Ainsi nous avons omis les tabernacles , parce que les exemples anciens de ce meuble important nous sont inconnus. Il existe bien, surtout en Allemagne et notamment à Ulm et Nuremberg, de petits édifices placés dans le sanctuaire, au côté gauche de l'autel, et qu'on appelle (Jes «Maisons de Dieu»; ce sont de vrais tabernacles. C'est là, en effet, que l'on renferme les ostensoirs et les ciboires, les hosties consacrées et la réserve eucharistique. Mais ces édicules ne sont pas posés sur l'autel comme nos tabernacles d'aujourd'hui, et, d'ailleurs, ils datent tous des xv' et xvi* siècles; je n'en connais pas un seul qu'on puisse seulement attribuer au xiv* siècle, à plus forte raison au xiir.
On a donc prétendu que les tabernacles proprement dits n'étaient pas en usage autrefois, et que constamment la réserve eucharistique se suspendait en l'air, au-dessus du maître-autel, soit dans une colombe en métal, soit dans un vase en forme de tour où l'on renfermait le ciboire. Il faut le dire, en France, et surtout dans le nord, à Reims et Amiens, où cet usage à persisté, à Arras, dont notre gravure n* 4 offre un si complet modèle, il en était ainsi. Mais ailleurs, surtout en Italie, le tabernacle, tel que nous l'avons en ce moment, se plaçait sur la table de l'autel, au milieu des gradins. Seulement, il s'appelait arche ou tabernacle, et il rappelait l'arche d'alliance où furent renfermés les tables de la loi, le vase d'or qui contenait la manne du désert, les pains d'orge et autres reliques du culte juif. Guillaume Durand est décisif sur ce point :
« En imitation de cette arche du testament ou de ce tabernacle du témoignage, dans quelques églises , on place sur l'autel une arche ou tabernacle dans lequel sont déposés le corps du Seigneur et les reliques*. »
1. In cujus rei imitationem, in quibusdam ecclesiis, super altare collocatur arca seu labernaculum in quo corpus Domini et reliquias ponuntur ». — G. Durand, « Rationale divinorum officiorum », lib. i, cap. ii, n«" 5 et 6.
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C'est donc un fait incontestable : au xiii* siècle et sans cloute auparavant, certaines églises avaient sur leur autel (Tautel majeur) un véritable tabernacle, comnie celui d'aujourd'hui, où étaient renfermées les hosties consacrées. D'ailleurs, que cet usage ait existé ou non, il est presque universel aujourd'hui, et il faut y satisfaire.
Je l'ai dit, les exemples de tabernacles anciens font défaut ; mais il est assez facile, cependant, d'y suppléer. Un tabernacle, où l'on renferme les saintes hosties, n'est pas autre chose, quoique d'un ordre bien supérieur, qu'une châsse où l'on conserve les reliques des saints. L'assimilation est si complète , que Guillaume Durand dit que dans le tabernacle sont déposés les reliques et le corps du Sauveur. Or, les châsses et les reliquaires abondent; nous en avons. Dieu merci, donné une assez belle collection dans le second paragraphe de ce Mémoire, châsses byzantines, romanes, ogivales, de tous les pays et presque de tous les temps. Nous proposons donc d'établir, sur les autels des églises anciennes ou des églises nouvelles en style ancien, des tabernacles entièrement pareils ou du moins analogues aux châsses que nous avons publiées ou qui enrichissent soit les trésors conservés, soit les collections publiques et particulières. Il nous arrive même ceci d'assez curieux : la châsse de forme byzantine, n" 5 de ce Recueil, nous l'exécutons en double exemplaire en ce moment : une première fois pour servir de tabernacle, et une seconde fois pour servir de reliquaire.
Les portes de tabernacles sont aussi rares que les tabernacles mêmes. Cependant , toute porte de reliquaire ou de châsse peut également servir de porte à un tabernacle quelconque. En outre, comme je l'ai déjà dit, ces belles couvertures tout en métal, ou en ivoire et métal, qui contiennent nos plus précieux manuscrits ou nos grands missels et évangéliaires, sont véritablement, pour un tabernacle, des portes toutes faites, comme forme, comme iconographie et comme symbolisme. Ainsi, nous avons exécuté en bronze, et pour servir de porte de tabernacle, la couverture du manuscrit allemand que nous publions aujourd'hui au n* 110, et nous avons l'intention de reproduire également cette face du célèbre reliquaire de la croix que possède Saint- Mathias de Trêves. Le Christ et les attributs des évangélistes y sont bien à leur place pour en faire une porte d'un caractère général, et nous n'aurons à substituer à ces personnages et saints locaux, qui occupent l'arcature d'en haut et d'en bas, que la série des apôtres ou des anges*.
4. Il est inutile de donner ici la description de cette curieuse iconographie du reliquaire de Saint -Mathias; ce travail se fera tout naturellement lorsque sera publiée l'autre portion de ce reliquaire aussi célèbre et aussi intéi-essant que son frère, le reliquaire byzantin, q«i est à Lim-
En canons d'autel on est encore, si c'est possible, plus pauvre qu'en tabernacles. L'usage en est récent, pas antérieur peut-être à la fin du xiv* siècle ; par conséquent, les exemples anciens font complètement défaut. Mais, comme pour les tabernacles, il est facile d'en composer par analogie.
Le canon central se divise en trois sections : le milieu est occupé par la « Consécration»; la partie gauche, par le « Gloria », le « Credo ». et r « Offertoire » qui la précèdent; la partie droite, par les « Mémoires » et les prières de la « Communion » . C'est donc un tableau à trois compartiments; c'est, en d'autres termes, un véritable triptyque. Par conséquent, tous les triptyques, et ils sont nombreux, peuvent servir de modèles. Or, page 20, planche xiii de ce travail, nous avons offert le plus riche triptyque, et page 45, planche xxxiv, l'un des plus simples qui existent. En ce moment même, pour une église romane du xii* siècle, nous faisons exécuter, comme cadre de canon central d'autel, le beau triptyque de l'abbaye de Florefle. Quant aux canons latéraux, l'un pour F « Infusion » du vin et de l'eau dans le calice et le « Lavabo » ; l'autre pour Y « Évangile de saint Jean » , la partie centrale du triptyque, dégarnie de ses deux volets, peut parfaitement s'y approprier, et l'on aura ainsi trois tableaux engendrés par la même forme.
Si les couvertures des livres liturgiques doivent, pour garder l'esprit du moyen âge, s'exécuter en métal riche ou précieux, relevé de filigranes et de pierreries, à plus forte raison les cadres de canons d'autel réclament-ils le luxe des métaux enrichis de toutes lès délicatesses de l'art. Aussi, le magnifique triptyque de l'abbaye de Florefle ne nous a-t-il pas semblé trop riche pour des cadres qui accompagnent le tabernacle et qui décorent l'autel #
Si des œuvres de métal nous voulions, dans cette revue de la décoration et de l'ameublement des églises, passer aux œuvres de menuiserie, de marqueterie, de céramique, de mosaïque, de peinture sur verre, il faudrait, à ce volume , en ajouter plusieurs autres. Je m'abstiens donc pour le moment, et je me contente de donner tout uniment un exemple de carrelage et un exemple de confessionnal.
Les « Annales Archéologiques » foisonnent en descriptions et dessins de carreaux émaillés et de dalles ciselées. Ces travaux de MM. Charles Bazin, Victor Petit, Auguste et Louis Deschamps de Pas, Alfred Ramé, Edouard Fleury, Emile Amé, etc., ont m^me suscité la création de fabriques de carreaux et de dalles à Paris et dans plusieurs départements. Malheureusement,
bourg-sur-Lahn, et sur lequel a été donnée dans le xvii* volume des « Annales Archéologiques j>, une notice fort détaillée.
la terre, Témail et le vernis des. carreaux ont peu de solidité, et la pierre, te mastic ou le plonib des dalles sont d'un prix élevé. Ces graves inconvénients ont beaucoup nui à ces jeunes fabriques dont plusieurs n'existent déjà plus. Mais il importé de ne pas laisser mourir une seconde fois une industrie florissante au moyen âge et qui a le droit de vivre et de s'étendre comme a revécu et s'est développée la peinture sur verre. 11 faut que les céramistes trouvent des substances résistantes, et que les dalleurs s'accoutument à faii'e vite, bien et à meilleur marché. Rien de cela n'est impossible. On ne remplacera par rien, si ce h'eèt par la mosaïque, dont les matériaux et le prix sont inabordables, les anciens carreaux émaillés; or, comme ces carreaux sont nécessaires pour harmoniser une église avec la peinture monumentale et les verrières historiées, il faut donc absolument que tes carreleurs se remettent à l'œuvre.
L'un des plus beaux carrelages est celui de Saint-Pierre-sur-Dive, dont voici le dessin :