VII. — ESCALIER DES TROIS VIFS ET DES TROIS MORTS
Retournons sur nos pas et traversons la crypte que ses degrés nombreux mettent en communication avec la chapelle du couronnement de la Vierge.
Le ciel est bleu et parsemé d'étoiles noires. Aux pendentifs, les quatre chefs des principaux ordres religieux : saint François stigmatisé , S. Franciscvs ; saint Dominique dont la chasteté est exprimée par un lis, S. Dominicvs; saint Bernard, S. Bernàrdvs, et saint Augustin. Tous quatre dans l'habit de leur ordre. Aux arcs-doubleaux, les modèles de la vie érémitique : saint Onuphre, S. Onvfwvs, et saint Jean-Baptiste, S. Ioh's, qui montre l'Agneau de Dieu : ecce agnv dei ecce qvi tolli pecca... Enfin, la faiblesse fortifiée par la vertu, sous les traits de sainte Catherine, S. Ghaterina, et de sainte Marguerite, S. Margarita, qui dompte le dragon qu'elle foule aux pieds, à l'aide du signe de la croix.
Puis vient le baptême de Notre-Seigneur. Nu et plongé dans l'eau, Jésus reçoit de saint Jean l'nnposition de la main droite, tandis que deux anges tiennent ses vêtements sur le rivage du Jourdain.
Mais la composition principale, celle dont la présence s'explique par l'escalier qui descend pour conduire au cimetière, couvre, à droite et à gauche, de larges pans de murs ; elle reproduit , d'après la tradition légendaire, le « Dict des trois vifs et des trois morts » .
Trois jouvenceaux partent gaiement pour la chasse, le faucon au poing, et traversent inconsidérément un cimetière ; déjà ils en ont franchi l'enceinte, quand un vieillard s'avance de son ermitage, caché dans le bois voisin , les force à regarder en arrière et leur montre trois tombes ouvertes où gisent
une princesse dont la mort a flétri la beauté, un roi que les vers dévorent et se disputent et ce qui reste après la dissolution, un squelette hideux. Puis le vieillard fait entendre à leurs oreilles étonnées ces graves paroles :
Vide quid eris. Quomodo gaudia queris?
Per nullam sortem poteris viadere mortem.
Nec modo leteris, quia forsan cras morieris.
Et des trois tombes, de la bouche des trois défunts , sortent les mêmes enseignements :
« Quid superbitis, miseri ? Quogitate (sic) quid estis : quod sum vos eritis, quod non vitate *^ potestis. Hodie michi et cras tibi. Mors nemini parcet, divitem et pauperem capit. Hoc sumus quod eritis, fuimus quandoque quod estis. »
Deux des jeunes gens se consultent pour savoir ce qu'ils ont à faire. Ils décident qu'il vaut mieux continuer la route , finir le plaisir commencé et laisser aux mains du vieillard leur camarade attendri. Mais à peine ont-ils fait quelques pas, que la Mort fond sur eux au galop et les perce de son glaive. Elle a aussi une faux à son service , et des paroles amères pour ceux qui la supplient d'avoir pitié :
SO GOLEI COCIDO OMNE PERSONA • GIOVE NE E VEGHIE SVBITO.
(( Je suis celle qui occis subitement toutes personnes, jeunes et vieilles. » Parmi les visiteurs illustres de ces fresques dramatiques de la fin du xiv'^ siècle, je ne citerai qu'un nom, celui d'un prince de Hesse :
Anno dïTj mcccclvj xvij julij venit Conradus de Hassia.