XIX
Cluny a fait Tacquisilion d'une branche de rosier en or, qui doit dater du xiii* siècle. On ne sait pas trop d'où vient ce curieux spécimen; mais c'est en môme temps que l'autel de Bàle, et par l'entremise du même vendeur, qu'il est entre au musée de Cluny. Cette branche de rosier fait songer à la rose d'or que les souverains pontifes bénissent chaque année au dimanche de Carême, dont l'introït commence par L/Et\re et qui s'appelle précisément, surtout à Rome, le « Dimanche de la Rose ». Tous les papes, depuis saint Léon IX (1049-1053), bénissent annuellement et solennellement, au dimanche de « Laetare », cette rose symbolique, qui, à cette époque de l'année, annonce la renaissance du printemps et la prochaine résurrection de Jésus-Christ au jour de Pâques. « Le pape bénit la Rose d'or dans la salle des Parements; il l'oint du saint chrême et répand dessus une poudre parfumée, selon le rite usité autrefois; et, quand le moment de la messe solennelle est arrivé, il entre dans la chapelle .du palais, tenant la fleur mystique entre ses mains. Durant le saint sacrifice, elle est placée sur l'autel et fixée sur un rosier en or disposé pour la recevoir ; enfin , quand la messe est terminée, on l'apporte au pontife, qui sort de la chapelle, la tenant encore entre ses mains, jusqu'à la salle des Parements. Il est d'usage assez ordinaire que cette Rose soit envoyée par le pape à quelque prince ou à quelque princesse qu'il veut honorer*; d'autres fois, c'est une ville ou une église qui obtiennent cette distinction 2. »
La branche du rosier d'or que possède le musée de Cluny et dont voici le dessin, pourrait fort bien être une de ces Roses que bénissaient et donnaient les souverains pontifes; qui sait même si ce ne serait pas celle qui fut
4. En 1856, la Rose dior fut envoyée par le pape Pie IX à l'impératrice Eugénie; la remise s*en fit solennellement dans la chapelle du palais de Saint-CIoud, le \9 juin, par le cardinal Patrizzi. — M. le comte de Laborde, « Notice des émaux du Louvre », 2* partie, « Glossaire », p. 487, cite ces deux textes curieux : « Un rosier d'or, à tenir en sa main, ouquel a ij pommelles rons et est la rose que le pape donne, le jour de la mi-caresme, au plus noble, pesant marc et demy («Inventaire de Charles Y », année 1380). — « Ung arbre d'or, en manière d'un rosier, où il y a au-dessus une rose et dedens ung saphir, qui poise ensemble i m. vij ». (« Ducs de Bourgogne», n« 3101, année 1467) ».
2. DoM GuÉRANGER, abbé de Solesmes, « Année liturgique», quatrième dimanche de Carême. — Dans r« Année liturgique à Rome »,M. Barbier de Montault dit, pages 151-152 : « Dimanche L.CTARE... Au palais apostolique, 10 heures et demie, chapelle papale. Les cardinaux s'y rendent en soutane, mantelet et mozette de couleur rose sèche. Messe par un cardinal-prêtre; sermon latin par le procureur général des Carmes chaussés et indulgence de trente années et trente quarantaines. On expose sur l'autel la Rose d'or que le pape a hénïle dans la sacristje avant la messe, et qu'il destine à un prince catholique, à une église insigne, ou même à quelque personnage illustre qui a bien mérité du saint-siége. »
Toccasion d'un sermon , que nous possédons encore et que le pape Innocent m prononça dans la basilique de Sainte-Croix-en-Jérusalem, le jour où il la bénit? La date qu'on peut assigner à cette branche de rosier est à peu près celle où régna Innocent III, de 1198 à 1216.