V. — CROIX ET CRUCIFIX
Les reliquaires sont en place et entremêlés de fleurs; les cierges sont allumés aux chandeliers, candélabres et couronnes ardentes. Tout est donc prêt pour commencer Toffice. Cependant, il manque encore sur Tautel la relique principale que le célébrant apporte sur un voile qui lui enveloppe les mains. Cette relique est celle du bois de la vraie croix enchâssée dans la croix de métal Fa plus splendide de tout le trésor.
Plusieurs de ces croix, d'une richesse et d'une beauté incomparables, nous ont été conservées; nous avons même publié celle qu'on dit provenir de Tabbaye de Clairmarais et que l'on conserve dans le trésor de la cathédrale de Saint-Omer *. Ces croix-reliquaires n'ont ordinairement pas de pied, ou plutôt le pied est complètement distinct de la croix, parce que la croix se porte en procession, se porte de la sacristie à l'autel, au moment même de l'office, et se fixe alors sur un pied préparé d'avance.
Ce que nous croyons avoir servi de pied à la croix de Clairmarais, ou du moins à une croix analogue, nous l'avons également publié; c'est ce pied admirable, en bronze émaillé et doré, qu'on dit provenir de l'abbaye de Saint- Bertin, et qui est aujourd'hui au musée archéologique de la ville de Saint-Omer 2.
En tête de la « Description du trésor donné par Jean, duc de Berry, à la Sainte-Chapelle de Bourges» , en mai 1404, on lit la description suivante de la croix-reliquaire, l'une des pièces principales de cette riche orfèvrerie * :
i . « Annales Archéologiques », vol xiv, pages 285 et 378 ; vol. xv, page 5. Voir en outre, sur ceUe croix, l'article de M. L. Deschamps de Pas, vol. xiv, pages 285-293.
2. « Annales Archéologiques », vol. xviii, pages 5-17, planches de MM. Auguste Descbamps ft L. Gaucherel, texte de M. L. Deschamps de Pas.
3. En 4850, dans le dixième volume des «Annales Archéologiques», aux pages 39-40, M. le baron de Girardot avait déjà publié ce texte. Dans trois articles du même volume, sous le titre de « Trésor de la Sainte-Chapelle de Bourges », notre ami et collaborateur donna une partie considérable de l'inventaire de ce trésor, dressé en 1405, par Tordre du duc Jean de Berry. Depuis, en 1857, M. Hiver de Beauvoir, membre de la Commission historique du Cher, a repris cet inventaire et l'a publié en entier dans les « Mémoires de la Commission », volume i, p. 1-128. Comme les « Annales » ont déjà donné la version de M. le baron de Girardot, ici, nous emprun-
« Une grant croix d'or ouvrée à Teuvre de Damas, en laquelle a du fust de la vraye croix. — Et en la hense (hampe) , a du clou dont fu cloué Nostre- Seigneur, enchasillié en or, sur lequel a un gros balay (rubis) , quatre gros safiirs, deux dyamans et huit perles. — Et ou milieu de ladite croix a un fermail ouquel a un gros safiir, quatre gros balays, huit autres moindres balays, quatre saffirs, quatre esmeraudes, huit grosses perles et seize autres. — Et ou hault bras de ladite croix a un gros balay, cinq grosses perles à l'environ, neuf autres balays, six saffirs, une grosse esmeraude et six autres esmeraudes, et cinquante et une perles moyennes. — Et ou bras dessous a quatre gros balays et douze moindres balays, deux gros saffirs, une grosse esmeraude et neuf autres moindres, cinq grosses perles et soixante autres moyennes; et y fault une esmeraude. — Et es deux bras qui sont au travers de la dite croix a deux gros balays, dix grosses perles, dix-huit balays non pareilx, douze saffirs, quatorze esmeraudes et cent deux perles moyennes, et tout à l'entour des bras a un filet de menues perles. — Pesant, tout ensemble, 53 marcs.
« Item, un pied d'argent doré qui sert pour ladite croix, séant sur quatre prophètes ; et en tour l'entablement a plusieurs esmaulx des armes dudit Mons. le Duc, et dessus a deux angèles, un image de Notre-Dame, saint Jehan- Baptiste, saint André et saint Estienne assis en un tabernacle. — Pesant tout, 94 marcs.* »
Comme la croix de Clairmarais, cette croix de Bourges était à double traverse et, comme le pied de croix de Saint-Bertin, elle se plantait sur un pied porté par les quatre Évangélistes.
Ce pied de croix de Saint- Bertin, le voici à part, car on ne saurait trop l'étudier, réduit en petite gravure. Aux quatre angles, les Évangélistes assis écrivent, sous la dictée de leur attribut, les textes relatifs à la vie et à la mort de Jésus-Christ. Sur la partie sphérique, Jacob bénit de ses mains croisées Ephraïm et Manassé ; il fait passer Ephraïm, le plus jeune, avant Manassé, l'aîné, comme, du haut de la croix, Jésus fit venir à lui les Gentils avant les
terons la plus récente et nous renverons à la « Description, d'après la teneur des chartes, du trésor donné par Jean, duc de Berry, à la Sainte -Chapelle de Bourges», par M. Hiver DE Beauvoir. In-8-, Bourges, 1857, pages 13-14. — M. Edouard Fleurv, ouvre W Inventaire du trésor de la cathédrale de Laon en 1^13 », pages 1-2, par ces textes : « Prima crux est argentea deaurata, duplex, cum sex pilaribus et pede super sex leonculos deauratos, cum sex esmaillaturis. Continens de vera cruce... — Tertia (crux) est argentea deaurata cum decem lapillis a parte anteriore. Habens complures reliquias subtus Crucifixum, et potest Crucifixus se ingeri a cruce ut facilius videantur prefate reliquie sub cristallo existentes... — Septima (crux) estetiam argentea deaurata cumCruciGxo eburneo et pede argentée deaurato, continens sub quodam cristallo sub pedibus ipsius Crucifixi de reliquiis sancti Andrée apostoli ».
Juifs. Puis l'agneau pascal est immolé comme Jésus le fut^sur la croix, et du sang de cet agneau est marqué de la croix en tau tout ce qui doit échapper à l'esclavage de l'Egypte. Puis Moïse frappe le rocher d'où sortit un torrent qui désaltéra les Hébreux comme, du côté de Jésus, percé par Longin, sortit un fleuve de salut pour l'humanité. Puis le serpent d'airain, élevé sur une colonne dans le désert, guérit les malheureux blessés, comme le Sauveur, sur la croix, guérit les pécheurs. Sur les quatre faces du pilastre qui porte le chapiteau, ces images de la rédemption se continuent par la création du sacerdoce ancien dans la famille d'Aaron et la tribu de Lévi, par le bois de son propre sacrifice dont est chargé le jeune Isaac, par la grappe pleine du sang de la vigne que Kaleb et Josué rapportent de la terre promise, et enfin par les deux morceaux de bois que la veuve de Sarept a ramasse et dispose en forme de croix devant le prophète Élie. Tout, ici, parle de la croix et du sacrifice du Sauveur, et, sur le chapiteau, les quatre éléments personnifiés, l'eau, la terre, le feu et l'air, pleurent la mort du Créateur attaché à la croix qui s'implante dans le chapiteau même que ces éléments composent.
Tel est ce pied de croix qu'on peut appeler un poëme véritable de bronze et d'émail.