BÉNITIER EN BRONZE, XII* SIÈCLE
A LA CATHÉDRALE DE SPIRE. —HAUTEUR, 16 CENTIMÈTRES; OUVERTURE, 13 CERT.
du cordon supérieur montre que la présence des quatre fleuves du paradis terrestre, associée à celle des quatre évangélistes, est provoquée par la nature même de cet instrument du culte :
+ DESIGNANT • TOTIDEM • DIFFVSA • FLVENTA • PER • ORBEM BIS • BINOS • QVADRVM • GOMPLENTES • DOGMATE • IIVNDVM
Les évangélistes sont donc opposés deux à deux aux fleuves du paradis,
I L'église de Sancta-Maria-in-Pace, de Cologne, possède une chiisse admirable du xii* siècle, de style rhénan, en cuivre émaillé et doré, ornée de filigranes et couverte de cabochons, qui renferme les restes de saint Alban. Sur le socle en b3is qui la porte, on a écrit récemment Albinus; mais, autour de l'archivolte de Tarcade qui contient le saint, on lit :
+ sanct' albanvs protomartyr anglor*
II s'agit donc bien de saint Alban, premier martyr de l'Angleterre, qui a donné son nom à. une des grandes et célèbres abbayes de ce pays, et non pas de saint Albin.
disposés eux-mêmes de deux en deux. Les fleuves arrosent de leurs flots les quatre parties du monde que les évangélistes ont abreuvées de leur doctrine. Au cordon inférieur, ce monde est représenté par des hommes à cheval qui chassent, dans les forêts, des monstres sauvages. Au moins, voilà un bénitier qui a un sens clair et parfaitement convenable à sa destination.
Un bénitier, ai-je dit, est une sorte de petit font baptismal, et le bénitier de l'ancienne abbaye de Reichenau, que le prince Ilohenzollern-Sigmaringen possède en original ou en copie de bronze, en offre la preuve. Sur sa robe s'enlèvent en relief les douze apôtres, à côté desquels, un peu au-dessus, planent douze anges. Ces anges, comme dans l'Apocalypse, personnifient les églises que les apôtres ont fondées, les diverses parties de la terre qu'ils ont converties et baptisées. Dans le baptistère de Saint-Marc, à Venise, une des coupoles est occupée exclusivement par la représentation des baptêmes, peinte en mosaïque. Au centre, Jésus-Christ tient un large cartel sur lequel on lit :
EVNTES IN MVNDVM VMVERSVM PREDICATE EVANGELIVM OMNI CREATVRE — QVI CBEDIDERIT ET BAPTIZATVS *.
A la voix de leur Maître, les apôtres se dispersent et ils vont baptiser; saint Pierre, à Rome; saint Jean, à Éphèse; saint Matthieu, en Ethiopie; saint Marc, à Alexandrie; saint Philippe, en Phrygie, et ainsi des autres. Tous sont représentés donnant le baptême par immersion dans des fonts baptismaux d'une forme très-variée, près desquels se tient debout la personnification de la ville, de la province, de la partie du monde où l'apôtre baptise. Sur le bénitier de Reichenau, les douze apôtres expriment assurément la même idée qu'à la coupole du baptistère de Saint-Marc , et voilà encore un motif, si bien approprié à des fonts baptismaux, qui convient également à un bénitier.
Que nos orfèvres et bronziers d'aujourd'hui cherchent dans l'esprit du moyen âge, dans l'histoire, dans la symbolique, dans leur imagination, et ils trouveront mie foule de sujets spéciaux pour historier les bénitiers modernes dont, jusqu'à présent, qu'ils me permettent de leur en adresser le reproche, ils n'ont su rien faire. Quant à nous, notre mission principale est de reproduire fidèlement les objets anciens et, après avoir coulé en bronze les bénitiers
1. L'inscriplion s'arrête ici, mais elle se continue dans TÉvangile d'où elle est tirée : « Qui crediderit et baptisatus fuerit, salvus erit : qui vero non crediderit, condemnabitur». S. Marc, XVI, 15-46.
(l'Aix et de Milan, nous songeons à faire mouler et couler de même ceux de Spire et de Reichenau.