BATON DE CHANTRE EN TAU ET EN IVOIRE. — XIl*" SIECLE
A L'iCLlSB SAINT-SERVAIS DE MAESTRICHT.
Les lecteurs des a Annales » se rappelleront le bâton en tau attribué à Gérard, évêque de Limoges, mort en 1022, et que M. l'abbé Texier a publié dans notre dixième volume, page 177. Ce n'est pas une volute^ mais une tête de lion rugissant qui termine chacune des deux branches.
Notre but ne pouvant être, aujourd'hui, d'écrire la monographie de chacune des séries d'objets que nous devons passer très-rapidement en revue, nous renverrons, polir les bâtons en tau et les crosses, à un mémoire trèsétendu de M. l'abbé Barraud et du père Martin, publié dans le quatrième volume des « Mélanges d'Archéologie », pages 145-256, sous le titre de « Crosses pastorales » et de « Bâton pastoral ». Des gravures sur bois, au nombre de 156, donnent toutes les variétés de bâtons et de crosses, chez les peuples chrétiens et à toutes les époques du moyen âge.
Comme transition entre le bâton et la crosse, on peut placer un bâton qu'on appelle la crosse de sainte Julienne et qui se conserve dans l'église paroissiale de Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Calais). M. de Linas, membre des comités historiques, a le premier dessiné et publié ce curieux objet 2. C'est un bâton de bois, recouvert de lames d'argent, où s'enroulent des filigranes et s'enchâssent des pierres précieuses. Le sommet s'amincit en pointe mousse et se recourbe légèrement en volute naissante. Le xi* siècle est la date la plus reculée qu'on puisse assigner à ce bâton.
J. Dans son « Trésor de l'art en Belgique », M. Arn. Schaepkens a également publié ce lau, page 7, planche vu.
2. '< Statistique monumentale du Pas-de-Calais », vol. i, in-4", Arras, 4850-1858, pi. xi, gravée par M. Gaucherel.
Les crosses épiscopales se divisent en trois variétés ; toutes se terminent par une volute; mais, aux unes, cette volute est unie, elle est feuillagée aux. autres et historiée aux troisièmes.
Les crosses à volute unie n'ont pas grande chance d'être adoptées aujourd'hui, et nous pouvons nous contenter de cette simple mention; ce sont, du reste, les plus anciennes, car la crosse, comme bien d'autres choses, a toujours été s'ornant de plus en plus.
La crosse à feuillages est fréquente dans les musées et dans les collections particulières : notre musée du Louvre et la collection du prince P. Soltykoff en possèdent des échantillons remarquables. Notre numéro 96 est en Angleterre, dans une collection particulière; mais il provient d'Allemagne, et nous avons des motifs sérieux pour croire que c'est une contrefaçon. Les crochets de la volute, qui rappellent le xiv** siècle, tandis que la feuille du crosseron est d'un roman très-énergique, et de plus, la longueur démesurée du col de cette crosse ne me rassurent nullement sur son authenticité. Du moins, le modèle imité était beau, et l'imitation n'est pas tout à fait sans valeur.