‹ Annales archéologiques (volume 4)Chapitre 30 sur 103 · FRANÇOIS II ET MARIE STUART · texte numérisé non relu

FRANÇOIS II ET MARIE STUART

Entre les divers sujets que les archéologues devraient résolument aborder, il n'en est peut-ê.tre pas de plus instructif, de plus piquant, même de plus neuf que l'iconographie des illustres personnages de notre histoire. Faite avec science et bon sens, puisée rigoureusement à la source authentique et prise à l'origine contemporaine, une iconographie française rendrait aux historiens et aux penseurs des services éminents. Je ne veux pas dire que toute l'histoire d'un homme se lise sur sa figure, se touche sur son crâne; mais certainement les linéaments du visage, la configuration de la tête, mis en présence des faits qui composent l'histoire d'un individu, peuvent expliquer ces faits comme la face du mouton explique sa bêtise , comme la tête de l'éléphant fait pressentir son intelligence. Vis-à-vis du portrait d'un homme historique, qui s'appelle Louis XIV ou Napoléon, Henri VIII ou François V% tout le monde , malgré soi , tant c'est irrésistible et instinctif, sent qu'il a affaire à des hommes dont l'un est haut, l'autre grand, le troisième féroce, le quatrième sensuel.

Il y a longtemps qu'on s'occupe d'iconographie historique, et de beaux ouvrages sur les grands hommes de l'antiquité et des temps modernes ont été publiés. Mais, il faut le dire, plusieurs de ces ouvrages pèchent précisément par l'absence des qualités spéciales : la plupart des portraits recueillis sont de fantaisie , surtout lorsqu'il s'agit du moyen âge , et la galerie de Le Ragois est un type qui se retrouve à chaque instant dans les

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salles de Versailles, par exemple. Quand les monuments, quand les portraits n'existaient pas , on les a inventés; quand ils existaient, on les prenait au XIV* siècle pour un personnage du ix% au xvi" pour un individu qui vivait au xiii*. Ajoutez à cela les erreurs voulues , les jeux d'esprit : une reine baptisée du nom de Blanche, uniquement parce qu'elle était en marbre noir. Puis les erreurs involontaires, quoique systématiques : toute une série de rois de Juda, qu'on prenait pour la série des rois de France, et David transformé en Hugues Gapet, Bethsabée métamorphosée en sainte Clotilde. La science , le bon sens , l'exploration des monuments authentiques ou des portraits contemporains font défaut dans la plupart des livres qu'on a déjà publiés sur ce sujet. Et pourtant, on le sait bien, ce ne sont pas les monuments ni les documents qui manquent.

Les sources d'où les portraits authentiques découlent, qu'on me permette cette expression, sont presque innombrables.

Les mosaïques, les vitraux, les peintures murales, les tapisseries et les diSérents tissus, les émaux, les miniatures des manuscrits, les tableaux proprement dits et les divers dessins, les sceaux, les monnaies et les médailles, les reliquaires, et surtout ce qu'on appelle les « chefs», les dalles sépulcrales, les statues funéraires et triomphales, les pierres et toutes les matières précieuses, les divers bijoux ont reçu l'empreinte de la figure humaine et gardent aujourd'hui encore le souvenir des personnages historiques. Il suffit de chercher pour trouver les monuments les plus nombreux et en même temps les plus sûrs de la plus authentique iconographie.

Nous savons que des esprits intelligents et actifs commencent à se livrer, du moins en France, à ces curieuses recherches, et nous ne doutons pas qu'on n'amasse en fort peu de temps des matériaux aussi considérables que précieux. Un savant, qui aura eu la gloire de provoquer les plus sérieuses études à cet égard, M. Léon de Laborde, dans la «Renaissance des arts à la cour de France », curieux ouvrage qui n'a pas encore un an de date, a consacré aux portraits historiques tout un chapitre où sont développés les paragraphes suivants :

« Les portraits datent du xiii* siècle. — Le portrait sur les tombeaux , le Dante, saint Louis. — Portrait du roi Jean. — Portraits de Jeanne d'Arc. — La représentation du mort aux funérailles. — Les envoûtements (portraits pour maléfices). — Les signalements, tête mise à prix, portrait affiché sur les murs. — Portraits de fiancées. — Galeries de tableaux du château de Wincestre. — Portraits sur les tapisseries. — Portraits pendus au mur, salle des abbés de Clairvaux. — Portraits portatifs. — Portraits dans les

médaillons, dans les bracelets. — Caricatures et portraits de galanterie. — IjSl chambre des portraits. — La petite galerie du Louvre, etc. ' ».

N'est-ce pas assez pour montrer l'immense intérêt qu'exciterait une iconographie historique de France, une iconographie où l'on donnerait, par dessin et par description, par monument et par document, le portrait peint sur vitrail, depuis l'abbé Suger, qui est à Saint-Denis, jusqu'à Mgr AflFre, qui est dans la nouvelle sacristie de Notre-Dame ; le portrait manuscrit sur parchemin , depuis Charles le Chauve , peint sur la Bible de ce nom, jusqu'à la famille de Louis-Philippe, peinte sur ces vélins où travaillaient plusieurs des artistes de nos jours? Et les sceaux, et les médailles, que de portraits anciens , authentiques , ils offrent à l'étude des historiens et des archéologues! C'est un sujet immense, que nous devons nous contenter d'indiquer^ à l'occasion des deux planches que nous donnons ici , mais que nous serions heureux de voir traiter avec tous les développements nécessaires par quelque jeune et laborieux archéologue.

Un savant numismate, qui nous honore de son amitié, M. Combrouse, possède un médaillon unique, celui qui est gravé sur la planche placée en tête de cet article. Ce médaillon, en cuivre doré, du xvi' siècle, représente François II et Marie Stuart. Cette pièce précieuse, qui est inédite , provient de l'ancienne collection Lucas-Desains , de Reims , où elle était cataloguée sous le n' 64. Elle a été achetée en mai 1850. Par suite d'un échange avec M. Combrouse, le cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale est devenu possesseur, depuis la révolution de février 1848, d'un exemplaire, également inédit, du même médaillon , mais d'un module réduit de moitié, en cuivre doré, et qui provient aussi d'une ancienne collection rémoise. Ces deux exemplaires, très-authentiques, demeurent uniques jusqu'ici. Le cabinet a payé 1 50 francs , par échange , la réduction du médaillon de notre planche première; on peut présumer, d'après ce prix , la haute valeur du grand médaillon. Le profil de Marie Stuart y est identique aux traits de cette reine typés sur des monuments contemporains, à la fois officiels, incontestables, incontestés : ce sont les trois monnaies en or et argent gravées sur notre seconde planche.

Consultées dans les collections d'amateurs et examinées au cabinet national des estampes, les miniatures et les gravures contemporaines présentent, lorsque l'on compare les profils, toute analogie avec le médaillon et les

4 . La Renaissance des arts à la Cour de France^ par le comte de Laborde, membre de rinstitut. Premier volume, in-S**, de xlviu et 563 pages. Prix : 4 2 francs.

monnaies ; mais, quand on étudie les traits de Marie Stuart figurés aux trois quarts, on aperçoit quelque différence. La physionomie de cette reine, selon les temps et les lieux, plus encore selon ses impressions, a dû varier autant que celle d'une autre reine, non moins malheureuse, l'infortunée Marie- Antoinette. Puis les amis , les partisans ont dû voir avec amour et peindre avec noblesse ce que les ennemis, les détracteurs, aussi bien les religieux que les politiques, ont représenté avec haine ou rancune.

Quant à François II, c'est un enfant plutôt qu'un homme. Il a beau revêtir la cuirasse des combats et ceindre le laurier des triomphes, c'est bien là ce jeune roi, mort à dix-sept ans d'un mal à la tête, et qui n'en a ici que quinze ou seize à peine. Du reste physionomie intelligente, assez aimable et beaucoup plus douce que celle des monnaies que nous allons voir.

Les légendes n'ont pas besoin d'explication. On remarquera seulement que François II est appelé roi des Français par la grâce de Dieu, et que Marie est reine de la Frange, sans autre titre et comme par la seule grâce de son mari ; est-ce avec ou sans intention ?

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