DEUXIEME PIERRE
Face. l*» ? (Les figures n'existent plus.)
2' La Résurrection ; (bien conservée dans les figures des soldats en
dormis contre le tombeau); 3*" Les saintes femmes au tombeau; (scène assez bien conservée); ft" Jésus au jardin; (très-mutilé).
Revers. 1* L'Ascension; 2* La Pentecôte; 3^ La mort de la Vierge ;
k"" L'Assomption. La Vierge, debout dans une auréole de nuages, est portée par six anges.
Ces quatre derniers bas-reliefs sont d'une bonne conservation.
En outre des bas-reliefs dont les figures ont été entièrement enlevées, il n'y a d'incertitude que dans les attributions à donner aux sujets de la première pierre. Nous signalerons tout d'abord celui que nous avons désigné comme étant le Christ entrant dans le Temple, et c'est là que gît le problème iconographique dont nous provoquons la solution.
Le voilà tel que nous Ta présenté le bas-relief fragmenté, tel aussi que l'a vu M. l'abbé Faye, curé d'Hénouville, qui Ta étudié après nous, excité par le désir de résoudre le problème que nous lui avions indiqué.
Un personnage drapé à l'antique, pieds nus, ce qui est un signe caractéristique du Christ ou des apôtres, mais que nous ne pouvons spécialiser parce que la tête et la partie supérieure du corps sont enlevées, est debout, de profil, s'avançant à l'entrée d'un édifice indiqué par un contre-fort profilé sur le fond. Devant lui, une arcature basse décorant un massif qui soutient une table sur laquelle est posé un objet brisé, objet signalé seulement par le tenon carré qui l'attachait au fond. Entre la table et le personnage, un volet, et non une porte, très-bien caractérisé par ses pentures apparentes et par sa serrure à bosse, est appliqué contre le fond. Il ne dépasse point, à la partie inférieure, le niveau de la table.
Si ce bas-relief ne faisait point partie d'une scène de la Passion, nous y verrions un personnage prenant un calice sur un autel, ou, du moins, à cause du volet, dans un tabernacle ou dans une réserve dont ce que nous avons pris pour un autel représenterait la partie inférieure.
Le Christ prend-il dans cette armoire le calice qui lui servira pour la Cène? Car il nous est impossible de voir dans l'ensemble des objets mobiliers que représente ce bas-relief une figuration du Temple où Jésus-Christ pénétra pour en chasser les marchands aussitôt après le triomphe de son entrée à Jérusalem. Lorsque les imagiers du Moyen-Age voulaient figurer le Temple, ils le symbolisaient par un autel portant les tables de la loi posées en guise de retable, et non au milieu de l'autel comme l'objet indéfinissable que nous voyons sur le bas-relief de Boscherville.
Mais, si ce bas-relief représente le Christ prenant le calice, dans quel
évangile apocryphe» dans quelle légende a été emprunté ce sujet que nous n'avons jamais vu représenté ailleurs?
Pour l'éclaircissement de ce problème, nous rappellerons que, parmi les admirables groupes de l'église bénédictine de Solesmes, il y en a un qui représente le Christ faisant communier la Vierge. Il est vrai que l'œuvre est de la Renaissance et que le calice mis en la main du Christ semble le produit d'une restauration moderne. Le sujet paratt représenter Jésus-Christ apparaissant à sa mère et à ses disciples ou les quittant pour la dernière fois. Mais qu'il soit du xv!"* ou du xi\^ siècle, ce calice a été mis là pour satisfaire à une idée bénédictine.
A quelle époque remonte cette idée ? Le fragment de l'église bénédictine de Saint-Georges de Boscherville, ou il serait possible de reconnaître le Christ prenant le calice, — avant l'institution eucharistique, il est vrai, — serait-il un témoignage de quelque croyance, dès lexm* siècle, au fait représenté dans le groupe de Solesmes?
Nous posons la question, mais nous avouons notre incompétence pour la résoudre. Quant aux autres bas-reliefs dont le sujet est douteux, à cause de leur état de mutilation, mais qui représentent un fait bien défini de l'Évangile, nous n'y insisterons pas. Nous décrirons seulement le costume des soldats qui est excessivement intéressant pour l'histoire de l'armurerie, car il indique la transition entre les vêtements de mailles et les armures pleines.
Dans le sujet que nous croyons représenter Jésus devant Pilate, trois soldats accompagnent le Christ. Celui qui est le plus en avant, mais dont la tête manque, est vêtu d'un haubert de mailles sous une cotte d'armes qu'il dépasse et sur un hoqueton * qui est plus long ; vêtement de dessous qu'il est assez rare de rencontrer figuré. Ce dernier devait être soit de cuir, soit d'étoffe solide bourrée — gamboisée, comme on disait, — destinée à résister à l'usure du haubert de mailles et à amortir les coups que recevait celui-ci. Si les mailles du haubert résistaient au tranchant de l'épée, le coup n'en subsistait pas moins qu'amortissait le vêtement de dessous qui offrait, en outre, un supplément de défense lorsque le fer de la lance, évitant l'écu, frappait en plein corps.
Ce soldat porte des bas-de-chausses et des souliers de mailles, mais des demi-jambières, des « estiveaux de plates », comme les cnémides grecques, par-dessus ses chausses.
Les soldats qui dorment autour du tombeau dans la scène de la Résurrec-