‹ Annales de l'Hôtel-Dieu de MontréalChapitre 8 sur 43 · CHAPITRE QUATRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRE

Mademoiselle Mance dispose ses affaires pour partir. 2 ■ — Elle se rend à La Rochelle. 3 — Fait connaissance et amitié particulière avec Mans, de La Dauversière . 4 — Lequel, de sa part, fit à peu près les mesmes démarches. 5—11 fait disposer toutes les affaires et fait partir le navire de la colonie du Montréal en Vannée 1640, (t)

Aussy tôt que les affaires de la fondation de l’hospital de Ville-Marie furent conclues à Paris, Mademoiselle Mance travailla pour se disposer à quitter la France, pour venir dans le Canada où la grâce l’attirait avec tant de force et de suavité. Elle écrivit à Monsieur de La Dauversière, qu’elle savcit estre comme Pâme de cette affaire et procureur de Messieurs de la Compagnie, lequel luy manda de faire diligence et qu’elle se rendit à La Rochelle dans un certain temps, que je ne scay pas, que là, ils se parleraient à loisir et à coeur ouvert. En effet, ils se rendirent presque à mesme temps et animés d’un mesme esprit, de travailler, et se consommer pour Dieu, s’ouvrirent leurs coeurs mutuellement tous bruslant de l’amour divin. Mademoiselle Mance parlait de ses matières comme un séraphin et bien mieux que plusieurs Docteurs ne sauraient faire; pour Monsr de La Dauversière je ne scay pas s’il avoit la facilité d’expliquer ses pensées. Elle luy Pendit compte de tout ce qui s’êtoit passé en faveur de la nouvelle colonie, de la fondation de son hospital, de sa vocation pour le Canada, particulièrement à Ville- Marie, qu’elle regardoit déjà comme le lieu qui luy estoit

t) Pour 1641.

Annales de PHôtel-Dieui

destiné pour travailler à la vigne du Seigneur et pour consommer son sacrifice en servant les pauvres malades sauvages et François de la colonie. Monsieur de La Dauversière fut charmé de l’entretien et saintes dispositions de cette fille, qu’il considéra depuis comme une amazone chrétienne, lia une sainte amitié avec elle, comme il estoit convenable pour s’aider mutuellement, à conduire l’oeuvre dont N. S. les avoit chargés et en soutenir le poids, ce qui a duré jusqu’à la mort de mon dit sieur de La Dauversière, qui est décédé 20 ans après cette première entrevue (u) et dont elle fut vivement touchée. Monsieur de La Dauversière choisit toutes les personnes qui devois commencer cette colonie, en quoy il fut aidé par Monsieur de Chomedy qui avoit aussy beaucoup de dicernement, et' on a remarqué qu'e toutes les personnes qu’il a choisies ont toutes bien réussy à ce qu'il les avoit destinées et ont édifié et servy la colonie. Le premier qu’il choisit fut monsieur de Chomecly pour gouverneur, à quoy il ne pensait pas, et qui n’accepta cet employ que par respect à la volonté de Dieu qu’il crut luy estre marquée par son serviteur qui l’en pressa; en second Monsieur Closse(i>) qui devoit estre son second dans le gouvernement et qui en a fait l’office plusieurs années, jusqu’à l’année .62 qu’il fut tué par les Yrocois, de plus une garnison de soldats, qui n’ont pas passé 12 à 15 en nombre, de plus quatre familles de bons laboureurs, savoir: St-Père(w) ou Gardé (x) , Pri-

u) M. de La Dauversière, on l’a déjà vu, est mort en 1659.

v) Lambert Closse.

w) Jean de Saint-Père est venu, croit-on, en 1643. Jean de Saint-Père (St-Pair dans Tanguay, Dict. Généal.).

x) Il s’agit ici sans doute de la famille Godé. Nicolas Godé, marié à Françoise Gadois, vint en 1642 avec sa famille. Il ava;t alors 2 fils, François et Nicolas, 2 filles, Françoise et Mathurine. Il fut tué par les Iroquois avec de Saint-Père, en octobre 1657.

“ou” a ici le sens disjonctif, car Gardé (Godé) n’est pas un surnom de Saint-Père.

^Mémoires de Sœur Morin

mot, (a) Grade is etLuco, qui ont tous beaucoup travaillé en leur manière pour l’avancement de cette colonie et qui vivent encore aujourd’huy en la personne de leurs petits enfants, qui se sont provignés jusqu’à la 4e et 5e générations et qui se font encore remarquer par leurs bonnes moeurs entre toutes les autres familles de Ville-Marie et pour qui aussy on conserve une estime, respectueuse qu’on n’a pas pour les autres familles venues depuis et choisies par d’autres. Les soldats susdits ont presque été tous tués en gardant et défendant les habitants dans les dispositions, revenant aux hérauts du temps passé qui donnois leur vie pour le bien de la patrie et à qui on donne le titre de martyrs; ceux qui en échappèrent se sont établis et ont fait de bonnes familles où N. S, estoit servy et honoré. Mademoiselle Mance de sa part mena avec elle 4 ou 5 filles, (6) desquelles je ne scay plus les noms, que de mde Minime, qui s’appelait mademoiselle Catherine de Laveau, (c) de Provence, pour luy aider à servir les malades et qui se marièrent toutes aux soldats de la garnison, Dieu le permettant ainsy pour peupler la nouvelle colonie. Voilà en quoy consistoit toute l’espérance de Monsieur de la Dauversière, qu’on peut bien comparer au grain de moutarde de l’évangile vu ce qu’on voit dont ils ont esté la semence et les fondements, etc.

Tout ce petit troupeau choisy s’embarqua avec joie dans le navire préparé pour faire treize cents lieues de mer, c’est dans ce moment tant désiré que nos saints voyageurs ou pèlerins renouvelèrent leurs bonnes intentions et dispositions; je n’ai pas ouy dire qu’ils aient eu des peines extraordinai-

a) Ne serait venu qu’en 1650. No 127 Colons. B. Z. Massi cotte.

b) On n’en mentionne aucune dans Colons. Op. ch.

c) Dans l’étude sur les Colons de Montréal, op. cit., elle n’apparaît qu’en 1650 et serait originaire de Lorraine selon le recensement de 1666. Mariée à Gilbert Barbier, dit le Minime, le 14 nov. 1650.

res dans leur navigation, qui fut assez heureuse; ils arrivèrent l’automne fort tard à la ville de Kebec ,capitale de tout le Canada.

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