‹ Annales de la Compagnie du St-SacrementChapitre 42 sur 44 · RÈGLEMENT · texte numérisé non relu

RÈGLEMENT

de la petite Compagnie du Saint-Sacrement â la Campagne

De la fin de la Compagnie.

La principale fin de la Compagnie sera le renouvellement de l'esprit des premiers chrétiens pour professer être à Jésus-Christ par parole et sainteté de vie opérant tontes bonnes œuvres pour la gloire de Dieu et le salut du prochain.

De l'état de la Compag'nie.

La Compagnie sera composée d'un ecclésiastique et même jusque à trois, s'il s'en trouve ; de seigneurs, gentilhommes et personnes d'honneur qui seront trouvés propres pour s'employer aux bonnes œuvres.

Trois d'entre eux seront choisis pour être l'un Directeur qui sera ecclésiastique, un Supérieur et un dépositaire.

Le Directeur fera les prières au commencement de l'Assemblée par Vhymne Veni Creator, le Pangel'ing lia, le' ver?>et et l'oraison, et à la fin par le psaume Laudate Dominam omnes gentes, l'antienne à la Vierge Marie selon le temps. En son absence, s'il y a un autre ecclésiastique, il suppléra, sinon le Supérieur, et à leur défaut le plus ancien en réception.

Il donnera le premier son suffrage aux délibérations, prendra garde qu'on ne parle en l'Assemblée que de ce qui regarde la gloire de Dieu ou le secours du prochain, que les présents règlements soient bien observés, et pour en donner l'esprit et la pratique on lira à la fin de chaque Assemblée un des articles dont il aura donné avis en la précédente Assemblée pour ouvrir une petite et simple conférence demandant à chacun sa pensée sur le sujet ; après quoi il conclura la œnférence et à chaque jour d'Assemblée on prendra les articles les uns après

les autres, si ce n'est qu'il se présentât quelque grande fête ou autre sujet extraordinaire duquel on pourra traiter. A ce défaut on lira un chapitre d'un livre de dévotion comme de V Introd action à la vie dévote, ou de V Imitation de Notre Seigneur Jésus-Christ, sur lequel chacun pourra dire succinctement ce que Dieu lui inspirera.

Le Supérieur sera assis auprès du Directeur : il aura la parole pour toutes les propositions, recueillera les voix et prononcera selon la pku-alité. En son absence et du Directeur, le plus ancien en réception présidera.

Le dépositaire gardera les aumônes des pauvres que chacun des confrères mettra à la fin de chaque Assemblée dans une bourse à sa discrétion et charité, sans qu'il soit connu de personne ce qu'on y met. Il écrira le nom des confrères et toutes les députations et affaires de la Compagnie pour les rappeler toujours d'assemblée en assemblée jusqu'à ce qu'elles soient finies, et si quelque affaire mérite qu'on s'assemble extraordinairement on le fera pour ne la laisser ruiner faute de suite.

On élira les officiers tous les ans par billets, savoir ceux qui se trouveront avoir le plus de voix, et ce au dernier jeudi d'août, et le dernier jeudi de février ; on lira pour conférence tous les règlements, afin que chacun remarque ce qui aura besoin d'être redressé en la pratique et mieux observé, et les officiers nouvellement élus y tiendront la main.

L'on s'assemblera tous les derniers jeudis de chaque mois à l'honneur du jour de l'institution du Saint-Sacrement, au lieu désigné par le Supérieur, lequel changera selon qu'il sera expédient pour tenir la Compagnie secrète.

On ne recevra en la Compagnie que des personnes connues, de bonnes mœurs et très prudentes, et de l'avis de tous.

Le secret est l'âme de cette Compagnie avec l'humilité et la charité. C'est ce que Notre-Seigneur nous montre dans cet adorable sacrement, où nous le devons imiter, faisant le bien sans faire paraître la Compagnie, les confrères agissant au dehors comme particuliers.

Des Exercices.

Tous les matins chacun des confrères s'adressera à Notre-Seigneur Jésus-Christ afin qu'il dirige toutes ses actions et les sanctifie de sa grâce et qu'en tout nous ayons Dieu pour but. Chacun lira tous les

matins un chapitre du petit livre appelé Vlmilaiion de Jésus-Christ, ou autre liv^re où il y aura plus de dévotion, ou prière; à quoi il emploiera un quart d'heure de méditation ou de prière pour en tirer de bonnes résolutions. L'on tâchera autant que l'on pourra d'entendre la sainte messe tous les jours si faire se peut et ceux qui ne le pourront feront quelque petit exercice de dévotion au lieu de celle-hi, et le soir on fera quelque prière et son examen sur l'emploi du jour, à quoi on tâchera de régler toute sa famille.

L'on aura un soin très particulier que ses enfants et domestiques soient bien instruits en leur créance et conduite de mœurs, et l'on procurera de tout son possible que le catéchisme se fasse à tout le moins tous les dimanches des avents et des carêmes en toutes les villes et villages où l'on pourra le prociu-er par son entremise ou par celle des autres, et le dépositaire sera soigneux d'avertir en l'assemblée de devant l'avent de la teneur du présent article, et les confrères rendront compte de temps en temps du succès de ces instructions.

L'emploi des confrères sera de s'opposer aux blasphèmes, jurements ordinaires, duels, et aux impiétés; ils visiteront quelques pauvres familles, protégeront la veuve et l'orphelin et les personnes abandonnées et sans assistance, les soutenant contre l'oppression de ceux qui prennent avanta,ge de leurs faiblesses. Ils s'occuperont à mettre la paix dans les familles, accorder les querelles et procès par charité, empêcher l'impureté de tout son pouvoir, les scandales publics, la transgression des fêtes, enfin à faire tout le bien et abolir le mal de tout leur possible.

A chaque assemblée quelqu'un sera député pour communier à l'intention de la Compagnie et veiller à ce qui se passera pour et contre la gloire de Dieu pour en faire son rapport à la prochaine assemblée, et les remarques plus ordinaires seront sur les matières de l'article précédent.

On députera pour consoler et visiter toutes les semaines quelque pauvre famille avec quelques aumônes qui seront ordonnées par le Supérieur selon le rapport et la pluralité des voix et l'on s'appliquera soigneusement à faire que les visites profitent principalement au spirituel afin de faire des familles chrétiennes .

On aura soin de recommander les malades en extrémité aux personnes charitables voisines afin qu'ils reçoivent les sacrements à temps, on les instruira des dispositions qu'ils doivent apporter pour les rece-

voir utilement, soit pour bien mourir, soit pour en bien user le reste de leur vie .

Un des soins des confrères sera d'empêcher avec grande discrétion les abus qui se commettent aux processions et fêtes des villages, changeant les débauches en un véritable honneur de Dieu et des saints dont on fait la fête ; l'on y procurera quelque bon prédicateur .

Un autre soin sera de rétablir la modestie et le respect dans les églises où le Saint-Sacrement repose empêchant par exemples et par paroles selon les occasions les discours inutiles et les postures indécentes qui blessent la révérence due à la majesté de Dieu.

L'on tâchera d'empêcher les débauches et déguisements qui se passent au Carnaval comme un reste du paganisme et chose qui répugne à la sainteté chrétienne.

Les confrères sont exhortés de communier le jour de la fête du Saint-Sacrement et de tâcher que pendant l'octave, aux lieux où elle se célèbre, ils soient les premiers à donner l'exemple aux processions . et service divin .

L'on procurera que le peuple soit instruit à la dévotion qu'il doit avoir d'accompagner le Saint-Sacrement lorsqu'on le porte aux malades et qu'on le peut, et l'on fera régler un signal de cloche pour avertir lorsqu'on le doit porter.

L'on rendra compte à la Compagnie lorsqu'on aura accompagné le Saint-Sacrement.

Quand quelqu'un des confrères tombera malade, il en donnera avis à quelqu'un des confrères; il sera visité par l'ordre du Directeur et, s'il arrive décès, les prêtres célébreront une messe et les laïques communieront à son intention .

L'on n'entend pas qu'aucun des susdits articles oblige sous peine d'aucun péché, mais comme l'on est dans un siècle où le christianisme est fort dépravé, chacun est invité à considérer la grande et très grande nécessité qu'il y a de le mettre avec ferveur en pratique .

Résolutions.

Il a été résolu que lorsque quelqu'un de la Compagnie \'iendra après la prière, que personne ne se lèvera ni changera de place si ce n'est lorsque le Directeur ou Supérieur entreront, auquel cas tousse lèveront .

— joy —

Il a été arrêté que lorsque quelqu'un voudra parler il en demandera permission au Supérieur pour éviter la confusion de parler tous ensemble .

L'on ne proposera à la Compagnie aucuns tiers cachés qui pourraient faire scandale aux ecclésiastiques ou des familles que l'on en ait conféré auparavant au Directeur et Supérieur, lesquels en feront selon leur prudence.

S'il arrive quelque sujet de discorde ou procès entre les confrères, ils ne commenceront rien qu'auparavant ils n'en aient conféré en l'assemblée pour en suivre son avis ou de quelqties personnes au jugement desquelles elle les envoira ,

L'on ne prendra pas ses repas le jour de l'assemblée en la maison de celui chez qui elle se tiendra pour couper pied aux embarras et inconvénients qui en pourroient naître et à cet effet ils choisiront l'heure la plus commode pour s'assembler.

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