INTRODUCTION
A Messieurs de l'Académie d'Aix.
Les fragments réunis en brochure, que j'ai riionneur de présenter à votre Académie, sont simplement des articles ayant paru à des intervalles plus ou moins rapprochés, dans les colonnes du journal le Nouvelliste de Marseille.
J'avais hâte de les lui présenter comme un hommage de ma reconnaissance, ensuite par les motifs que voici :
Un des plus beaux et des plus splendides monuments qui aient jamais été consacrés aux beaux-arts s'élève I Véritable diadème il va bientôt couronner le front de la cité phocéenne et projeter sur elle l'éclatant rayonnement qui s'échappe de toute œuvre majestueuse grandement conçue : Ce monument c'est le Musée ! Il doit être avant tout dans ma pensée un musée
national, au point de vue de Marseille et du midi, offrant riiospitalité aux artistes de toutes les époques et de tous les pays.
Le génie de nos peintres et de nos sculpteurs méridionaux ne doit-il pas y trôner et s'y épanouir à côté de celui des maîtres de toutes les écoles ? Sans aucun doute ! il est donc urgent, indispensable de jeter quelques lueurs sur Texistence de beaucoup d'entr'eux , de les faire revivre un instant, de rappeler leurs travaux, afin que leurs noms soient sauvés deToubli et qu'ils prennent une modeste place à coté des grands artistes plus connus qui font notre gloire et dont les noms sont impérissables. Justice pour tous : telle est ma devise.
Bien que simple jalon et œuvre incomplète, mes Amiales de la Peinture ont déjà cherché à combler cette lacune regrettable dans rhistoire de Fart de notre beau pays. Les fragments ci-joints tendent à compléter cet ouvrage.
Le premier est en majeure partie consacré à rhistoire d'un artiste marseillais tristement célèbre comme homme politique, mais dont le talent était incontestable. Il contient Thisto-
rique d'un tableau dû à son pinceau, qui fait partie de la collection du Musée.
Ce tableau est un curieux spécimen d'une époque célèbre de transition dans Tart de la peinture, en môme temps qu'il rappelle des jours néfastes dont Texemple ne doit pas être perdu pour nos neveux; il appartient donc doublement à Thistoire de notre pays.
Il y avait nécessité à le signaler, car il a été violemment arraché à sa destination.
J'ai entendu murmurer autour de moi : c'est une œuvre assez médiocre, elle ne mérite pas le bruit fait autour d'elle? Je réponds simplement, si elle n'avait eu aucun mérite, l'Institut de France qui comptait dans son sein des artistes tels que Vien, David, etc., ne l'aurait pas couronnée ! C'est faire injure au jugement de ces maîtres pour lesquels nos peintres modernes peuvent éprouver des sympathies douteuses, mais qui resteront toujours grands.
Du reste, un coup-d'œil jeté sur les lettres des ministres, que j'ai reproduites, prouvent l'importance attachée à ce tableau. M. de Neufchàteau en fesait l'éloge le plus pompeux, ainsi que celui de l'artiste, en l'adressant à la ville
de Marseille, comme don du gouvernement. Le ministre Ghaptal recommandait à son tour chaudement cette œuvre à notre ville, et comme complément, à la rentrée des Bourbons, le ministre de Tintérieur adressait des observations au préfet des Bouches-du-Rhône sur sa disparition et la réclamait.
Aifisi, trois gouvernements s'étaient occupés de ce tableau, le Directoire, le Gouvernement consulaire et celui des Bourbona, n'est-ce pas dire assez l'intérêt qu'il inspirait !
Dans tous les changements de régime, les gouvernements bien éclairés, en fait d'objets d'art et de monuments, ne répudient jamais l'héritage de leurs devanciers : oe servent-ils pas à mesurer le progrès ?
M. de Neufchateau n'a pas craint de qualifier ce tableau de monument de l'art et du patriotisme ; cette qualification bien que peutêtre un peu flatteuse, a reçu une trop grande consécration pour ne pas rester attachée à l'origine de l'œuvre. Marseille moins que tout autre, n'est pas en droit de la lui dénier, car elle appartient à Fun de ses enfants, auquel elle doit dans cette circonstance une réparation. Je
crois n'être que l'écho de toute âme généreuse, en la réclamant.
L'œuvre de Topino Lebrun, la Mort de Caïiùs Gracchiis, doit donc être rachetée par la ville de Marseille, elle doit reprendre sa place dans le Musée.
Je fais les mêmes vœux en faveur des autres artistes dont je m'occupe dans ce premier fragment ; Forty, Reattu,*Ghardigny ont des droits incontestables à être à leur tour dignement représentés dans notre Musée, où rien ne les rappelle à notre souvenir.
Quant au deuxième fragment, qui aurait dû précéder le premier, selon l'ordre chronologique, il est entièrement consacré à l'histoire de l'ancienne Académie de peinture de Marseille. Les documents que j'ai reproduits prouvent l'importance de cettte institution et "témoignent de la grandeur des services qu'elle a rendus; il y aurait de l'ingratitude à les oublier.
La mémoire de ses puissants protecteurs ainsi que ceux de ses honoraires amateurs, qui l'encourageaient et la soutenaient, méritait d'être conservée, car nous y retrouvons tous
les hommes les plus distingués d'Aix, de Marseille, en un mot de toute la Provence, et dont les fils vivent encore .
Quant ai>x professeurs qui pendant trentesept ans ont servi gratuitement leur pays, leurs noms à eux ne méritent-ils pas une mention particulière ! non ils ne doivent point périr. Panthéon de nos artistes méridionaux notre musée doit les recueillir.
Encore un mot sur ce monument; je ne connais pas son organisation future , mais si Ton me faisait Phonneur de me consulter, pour compléter la pensée que j'ai exprimée plus haut et que j'ai déjà une fois traitée (*), je demanderais, si ces points ne sont déjà résolus par Phabile architecte M. Espérandieu, qu'il y ait une salle spécialement consacrée à nos illustrations de la Provence et particulièrement de Marseille, en un mot une galerie historique, contenant les portraits de tous ses grands hommes.
Je demanderais naturellement une galerie, la principale, réservée à nos artistes Proven-
(*) Annalet de la Peinture, page 173. Béflexions touchant l'organisation des musées et des expositions en générai.
çaux, peintres, sculpteurs, graveurs ; une telle collection ne serait-elle pas de nature à grandir notre pays dans Testime des étrangers? Ce serait une révélation en même temps qu'une réparation envers des hommes qui ont contribué à la gloire de la France.
Descendant au détail, je demanderais que , chaque école , largement représentée , fut classée avec ordre et séparément.
Je demanderais... mais je m'arrête, ce n'est ni rheure ni le lieu de développer ma pensée à cet égard, j'espère en faire le texte d'un article spécial.
Daignez agréer, Messieurs, avec votre bienveillance acccoutumée, et mon introduction et ces fragments que je vous dédie, et permettezmoi, en signant, de me parer du titre que je dois à vos bontés et qui fait ma seule gloire, car il me donne le droit de siéger parmi vous.
ETIENNE PARROGEL,
* Membre correspondant de l'Académie det Bfllet-Utires d'Aix. Août .1866.