PAUL MIGNARD
Paul Mignard, frère puîné du précédent, né à Avignon, mort le 5 octobre 1691, à Lyon, peignit entre autres ouvrages pour son tableau de réception à l'Académie le 11 juin 1672, le Portrait de son père. Ses compositions ont été gravées par Antonie Masson , Van Schuppen et Boulanger.
ÉCOLE D'AVIGNON ET ÉCOLE D'A IX
LES PARROCEL
Les Parrocel ayant précédé les Vanloo dans nos contrées, nous allons maintenant nous occuper d'eux brièvement , renvoyant le lecteur à la monagraphie que nous avons publiée sur ces artistes , pour plus ample informé.
BARTHELEMY PARROCEL.
Le premier artiste de cette famille dont l'histoire ait enregistré le nom et consacré le souvenir, est Barthélémy Parrocel , né à Montbrison, en Forest, vers 1695.
Issu d'une famille distinguée de Montbrison, on destinait Barthélémy Parrocel à l'état ecclésiastique ,
mais une vocation irrésistible l'entraînait vers la peinture ; résolu de visiter l'Italie , il abandonna la maison paternelle, pour mettre son projet à exécution.
Un grand d'Espagne rencontra Barthélémy Parrocel en route ; charmé de sa bonne mine et de ses grandes dispositions , il l'emmena avec lui dans sa patrie.
Après un séjour de plusieurs années en Espagne , où il exécuta de nombreux travaux, Barthélémy s'embarqua pour l'Italie ; mais il fut pris en route par un pirate algérien ; le capitaine du navire, qui avait subi le même sort, connaissait heureusement le consul français à Alger ; grâce à sa protection , ils furent promptement relâchés et ils arrivèrent tous deux peu de temps après à Borne.
Barthélémy Parrocel passa plusieurs années à s'y fortifier; puis il revint en France, vers 1630. Arrivé à Marseille, et pressé de revoir son compagnon de captivité et tout à la fois celui auquel il devait sa liberté, il fut à Brignoles, où résidait le capitaine; le hasard lui ayant fait rencontrer la fille d'un artisan de cette ville, nommée Catherine Simon, dont la beauté le séduisit, il l'épousa le 18 septembre 1630.
L'église St-Sauveur de Brignoles conserve précieusement de lui , une Descente de Croix, tableau placé au-dessus de la chapelle du St-Sépulcre. Le château de ïourves saccagé lors de la révolution, et dont il existe encore une série de colonnes en marbre d'une seule pièce de la plus grande beauté, possédait également, dit-on dans le pays, de superbes peintures, dues en partie à Parrocel.
Barthélémy Parrocel eut sept enfants, quatre garçons et trois filles ; ses deux fils aînés et le plus jeune furent peintres. Il mourut vers 1660 , année mémo-
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rable dans les annales de Brignoles , car cette ville eut alors l'honneur d'offrir, pendant deux jours, l'hospitalité au grand roi.
JEHAN PARROCEL
Fils aîné de Barthélémy Parrocel et de Catherine Simon , Jehan naquit à Brignoles , il fut baptisé le 29 juin 1631, à l'église Saint-Sauveur de cette ville. Il mourut jeune, sans laisser de productions qui soient connues.
D'Argenville et tous les biographes lui donnent à tort le nom de Barthélémy.
LOUIS PARROCEL.
Louis Parrocel, deuxième fils de Barthélémy Parrocel et de Catherine Simon, naquit à Brignoles; il fut baptisé le 18 février 1624, à l'église Saint-Sauveur de cette ville. Elève de son père, il en prit la manière et le coloris et il est considéré par tous les biographes comme un peintre distingué.
Après la mort de son père, Louis Parrocel vint travailler en Provence , puis en Languedoc , où il se distingua. C'est probablement à cette époque qu'il peignit Y Agonie de Si-Joseph, tableau mentionné par Grosson, dans son Almanach historique de Marseille de Tannée 1771, et qui était placé dans l'église St- Martin, où il existe encore aujourd'hui, mais dans un état de dégradation tel qu'il est impossible de constater le beau coloris et la belle composition que lui attribuait Grosson ; détendu, couvert de poussière et déchiré en plusieurs endroits, une réparation immé-
diate peut seule le sauver d'une destruction complète.
Agé de douze ans de plus que son frère Joseph Parrocel, devenu plus tard si célèbre, Louis Parrocel le prit avec lui et lui enseigna la peinture pendant trois ans.
Joseph l'ayant quitté furtivement, Louis abandonna la Provence ; il vint à Paris pour s'y fixer , vers 1664. Il y travailla peu de temps. Atteint d'une maladie aiguë, les médecins lui ordonnèrent l'air du midi ; il revint donc à Avignon où il s'établit définitivement, et il y épousa Dorothée de Rostang, issue d'une grande famille du Comtat-Venaissin. Son mariage fut célébré à l'église St-Agricol le 29 juin 1666. Il eut quatre fils: Ignace-Jacques Parrocel, né le 27 «juin 1667; Louis, né le 27 août 1668, mort jeune, Pierre, né le 10 mars 1670 et Jean-Baptisle, né le 7 avril 1672. Ignace et Pierre, qui s'attachèrent seuls à la peinture, furent ses élèves ainsi que son frère Joseph.
Louis Parrocel mourut à Avignon, le l*r décembre 1694 , dans la paroisse St-Didier.
La manière de dessiner de Louis Parrocel est large, ses têtes sont expressives, ses draperies simples, sa couleur tranquille ; le modelé de ses figures ne présente pas cependant autant de fermeté et de puissance que celle du tableau de Barthélémy Parrocel, son père.
Louis Parrocel a également gravé à l'eau forte, d'une pointe spirituelle. M. Prosper de Baudicour possède une belle épreuve signée de lui , représentant une Décollation de St- Jean-Baptiste.
JOSEPH PARROCEL , surnommé des Batailles.
Joseph Parrocel, le plus jeune des fils de Barthélémy Parrocel et de Catherine Simon, s'est illustré par le
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talent de peindre des batailles : il naquit le 3 octobre 1646, àBrignoles.— Joseph Parrocel n'avait que douze ans, lors du décès de son père, qui ne lui laissa pour tout héritage que son talent. 11 alla trouver en Languedoc son frère Louis Parrocel qui y exerçait avec distinction l'art de la peinture; ce fut de lui qu'il en reçut les premières notions, mais il le surpassa bientôt. Après un séjour de trois ans , il s'enfuit de la maison de son frère et vint à Marseille où il peignit quelques intérieurs de vaisseaux, laissant par ce simple essai bien loin derrière lui les artistes les plus consommés dans ce genre de travail.
Malgré son vif désir d'aller en Italie, ayant appris que son frère était à Paris, il en prit à son tour la route. Louis Parrocel. après une dangeureuse maladie, était retourné à Avignon, sur Tordre des médecins. Joseph resta donc livré à lui-même , sans perdre courage.
Les grands peintres de Paris qui connurent le talent de Joseph Parrocel et ses merveilleuses dispositions , ne purent lui refuser leur estime et leurs conseils pendant les quatre années de séjour qu'il fit dans la capitale.
Joseph Parrocel retourna ensuite en Provence à l'âge d'environ vingt ans et passa de là en Italie. Rome fut la première ville qui l'arrêta. Courtois dit le Bourguignon, y était alors en grande réputation, il se mit dans son école et suivit ce genre de peinture vers lequel il se sentait entraîné ; la vigueur des tableaux de Bourguignon ne le frappait pas moins que la fierté des figures de SalvatorRosa, qui peignait presque toujours des gens de guerre, et il étudia également ce maître avec ardeur.
Le Bourguignon charmé des progrès de Joseph, lui accorda son amitié, conduisit son travail, et lorsqu'il
se séparèrent il l'assura qu'habile comme il était dans un âge si peu avancé , il pouvait espérer devenir un grand peintre.
Au sortir de Borne, Joseph parcourut les principales villes d'Italie, Venise fut celle où il demeura le plus longtemps, il en étudia les célèbres coloristes et Ton peut dire qu'il en profita tout le cours de sa vie.
Sans négliger le détail, Joseph Parrocel considérait l'effet d'un tableau comme la partie la plus essentielle ; il fallait, selon lui, frapper l'imagination de la foule et fixer son attention par des jeux de lumière bien ménagés et par des compositions fougueuses et hardies.
Huit années passées en Italie, dans un travail continuel, l'amour qu'il avait pour ce pays, où il trouva beaucoup de travaux à exécuter et de hautes protections, l'avaient presque décidé à s'y établir, lorsqu'une fâcheuse aventure l'en fit sortir promptement : sept ou huit assassins apostés par des hommes jaloux de son mérite et de sa réputation qui allait toujours grandissant, l'attaquèrent la nuit, en passant sur le fameux pont de Rialto , et il ne dut qu'à son courage et à une vigueur extrême le bonheur de sortir sain et sauf des mains de ces misérables.
Joseph revint donc en France, où plusieurs personnes haut placées l'attirèrent pour la seconde fois à Paris, en 1675. Résolu de s'y fixer, il s'y maria six mois après. Les applaudissements que les connaisseurs donnaient à ses ouvrages, inspirèrent à Parrocel le désir d'être de l'académie de Peinture, il s'y présenta et fut agréé le 29 février 1676. On lui donna à représenter, pour son tableau de réception, une vigoureuse sortie de Maëstricht, repoussée par les Français, pendant le siège de cette ville ; Louis XIV y paraît sur le premier plan, animant par sa présence et
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son courage tous ses soldats , qui sont dans un grand mouvement. (Selon M. Villot, ce tableau est actuellement à Versailles). Joseph Parrocel fut reçu le 14 novembre 1676, membre de ladite académie royale de Peinture et de Sculpture , et nommé conseiller le 28 septembre 1703.
Lebrun, dont l'esprit ombrageux craignait toujours des rivaux, éloigna de la composition un certain nombre de tableaux de Joseph Parrocel , représentant les conquêtes de Louis XIV, qui devaient être exécutées en tapisserie des Gobelins. Il craignait trop le fracas de son coloris ; celui de Vander Meulen se rapprochant davantage du sien, il fit choisir ce peintre,
Le marquis de Louvois,informé du mérite de Joseph lui fit peindre un des quatre réfectoires de l'hôtel des Invalides ; ce sont des conquêtes de Louis XIV. Le contentement qu'en eut ce ministre fut marqué par de nouveaux ordres pour les châteaux de Marly et de Versailles où Ton voit plusieurs sujets de bataille qui auraient attiré sur Parrocel de sensibles effets de sa protection, si une prompte mort n'eut enlevé ce ministre.
Lorsque 31. 3Iansard fut nommé surintendant des bâtiments du roi , Joseph présenta le Passage du Rhin, qui lui avait été commandé pour le château de Marly, ainsi que quatre dessus de porte.
Indépendant et fier il négligea de faire sa cour à ce haut fonctionnaire, pour lequel il avait exécuté précédemment plusieurs tableaux dont il n'avait pu être payé. Parrocel le fit assigner, condamner par corps et le fit arrêter dans son carrosse. Le surintendant peu accoutumé à de pareils procédés de la part des artistes et pour se venger de lui, fit mettre à l'écart son tableau ; mais Louis XIV étant à Marly, demanda à le
voir, il en fut tellement satisfait qu'il ordonna qu'il fut placé dans la chambre du conseil à Versailles, et en présence des seigneurs qui l'entouraient, il assura Joseph Parrocel que ses ouvrages lui faisaient beaucoup d'honneur et qu'il était charmé de les voir.
Joseph n'eut plus dès lors à subir aucune tracasserie. Le roi lui commanda encore les tableaux qui ornaient la salle a manger à Versailles, et cinq autres dont l'un est la représentation de la Foire de Bezons et les Qualre parties du monde. Sa majesté fit présent dans la suite, de ces derniers tableaux à M. le comte de Toulouse.
Ce peintre* fort laborieux travaillait avec une grande facilité, il consultait en tout la nature, extrêmement soigneux dans l'apprêt de ses couleurs, ses teintes sont d'une grande fraîcheur, souvent il employait l'or en poudre, il a quelquefois enchâssé des pierreries dans ses cuirasses sans que son coloris en ait souffert la moindre atteinte.
On ne peut, dit d'Argenville, auquel j'emprunte cette notice, montrer plus de génie et plus de feu qu'il n'en fait paraître dans ses tableaux. Avoir une touche plus élégante et plus légère, jointe à un coloris surprenant, à un pinceau ferme et assuré et à d'admirables effets de lumière, et s'il n'a pas eu une sévère correction dans sa manière de dessiner, il a su, mieux que personne, exceller dans les grands coups de lumière et dans des compositions aussi riches que variées. Joseph Parrocel est nouveau dans tout ce qu'il a produit; on ne peut l'accuser d'avoir suivi aucun goût ; il tirait tout de son propre fond; dans ses tableaux de batailles, tout est mouvement, il donne à ses soldats une action propre à exprimer le vrai courage , et l'ensemble offre aux yeux, cette horreur si néces-
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saire à la représentation de pareils sujets. Il n'a jamais suivi, comme le Bourguignon et Vander Meulen, les camps et les armées ; au sujet des tableaux de ce dernier, où selon lui les soldats ne portent pas leurs coups avec assez de fureur, il disait que ce peintre ne savait pas tuer son homme.
A ces heureux talents, Joseph Parrocel joignait l'amour des belles lettres et une parfaite connaissance de l'histoire sainte et profane, il cultivait la poésie.
Ce peintre était d'une taille au-dessus de la moyenne ; il avait le regard doux et assuré, la physionomie heureuse ; l'égalité de son esprit, une aimable conversation, le faisaient aimer et visiter des seigneurs français et étrangers. Ses talents ne se bornaient pas à peindre des batailles, des marches d'armées, des chasses, des paysages, il peignait encore l'histoire et des sujets de caprice. Il abandonna cependant l'histoire, pour s'adonner complètement au genre dans lequel il s'est illustré.
L'Académie reçut de lui avec plaisir, en 1696, une suite de la Vie de Jèsus-Chriit, qu'il avait gravée à l'eau forte et dont la première édition, tirée à un petit nombre d'exemplaires, se composait de 60 pièces, sous le titre de: les Mystères de la vie de Jésus-Christ, et les Miracles dila vie de Jésus-Christ. A la deuxième édition, retouchée au burin par lui-même, Joseph Parrocel, en fit deux suites, Tune de 24 pièces et l'autre de 40.
M. Robert Dumesnil, dans son Peintre-Graveur Français, a décrit toutes ces pièces, ainsi que divers sujets de guerre et les Quatre heures du jour, gravées également par lui, formant un total de 90 pièces diverses.
D'Argenville, en parlant de ses eaux fortes, dit qu'on
£42 exposition des beaux-arts.
y retrouve une intelligence surprenante delà lumière, un feu, une imagination vive qui soutiennent dignement la réputation que Joseph Parrocel s'était faite, d'un grand coloriste.
La vie de cet excellent, homme, ajoute-t-il, fut terminée par une attaque d'apoplexie qui le surprit en se mettant à table, en l'année 1704, à l'âge d'environ cinquante-sept ans. On le porta à l'église St-Sauveur, sa paroisse ; il fut inhumé en face de la chapelle de St-Joseph.
D'après les notes qui m'ont été remises par M. Richard, Joseph Parrocel est mort le lermars 1704 en sa maison rue du Renard. Son corps fut inhumé le lendemain en l'église St-Sauveur de Paris.
De ses nombreux enfants, ceux qui se distinguèrent le plus, furent Charles Parrocel , peintre de Louis XV, son élève, ainsi que Jean-Joseph Parrocel, devenu plus tard chevalier de St-Louis et ingénieur en chef du port de la ville de St-Malo.
Ses autres disciples étaient François Silvcstre, de l'Académie, peintre de paysages, et ses deux neveux, fils de son frère Louis, établi à Avignon ; Ignace Jacques Parrocel et Pierre Parrocel.
Dans une église de Dunkerque, à la chapelle de la communion, on voit de lui un sujet de l'apocalypse, ce sont les vingt-quatre vieillards, prosternés devant le trône de l'agneau.
En 1694, il fut chargé par la Compagnie des orfèvres d'exécuter le tableau votif qu'ils offraient le 1er mai à l'église Notre-Dame ; ce tableau représente la Prédication de St-Jean-Bnptisle dans le désert, il existe encore dans cette cathédrale.
Jl peignit également à Paris, dans le réfectoire des
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Petits-Pères, de la place des Victoires, St-Augustin
faisant des miracles.
Avant la révolution, on voyait de lui, à l'hôtel de Soubise, le père du prince achevai et de grands portraits en pieds de plusieurs personnes de cette maison, et à Versailles , dans les appartements du roi , onze sujets de batailles qui ornaient la salle à manger, et la salle des gardes.
Roulleta gravé d'après lui.
Joseph avait pris part à la première Exposition Publique qui eut lieu à Paris dans la grande galerie du Louvre, en septembre 1G99. — Seize Tableaux de lui y figurent.
Les Musées de Paris, de Dijon, de Gaen, de Nantes, d'Angers, etc., possèdent de ses ouvrages , ainsi que les principaux Musées d'Europe et notamment celui de l'Ermitage de St-Petersbourg.
CHARLES PARROCEL, fils de JOSEPH.
Charles Parrocel, fils cadet de Joseph Parrocel e^ son élève, naquit à Paris, le 6 mai 1688. Comme ij était encore fort jeune lorsqu'il perdit son père, ce fut Charles de La Fosse, son parrain, un des rares coloristes de l'Ecole Française, qui le prit à son tour chez lui et qui compléta en partie ses études. Il devint; comme son père , peintre de batailles , et coloriste comme son second professeur. Poussé par son goût naîurel pour l'état militaire, autant que par le dési de se reudre plus habile dans le genre qui avait illustré le nom qu'il portait , il s'engagea en 1705 dans la cavalerie , il était alors âgé de dix-sept ans*
SU EXPOSITION î>ËS BËACÏ-ÀRTS.
Là, il se familiarisa avec les modèles qu il devait peindre , et s'y appliqua particulièrement à l'étude des chevaux : il en vint à savoir par cœur, non seulement la construction et les formes du cheval, mais tous les détails du harnachement , si bien qu'après les avoir longtemps dessinés d'après nature, il se trouva en état de les dessiner de pratique , avec une justesse surprenante. Les allures du cavalier, aussi bien que le mouvement et les habitudes de sa monture , la diversité de physionomies que Ton peut observer dans un régiment , dont les soldats sont originaires de différentes provinces, la coupe et les plis des uniformes, les armes, les chapeaux, tout cela s'était imprimé si fortement dans sa mémoire, qu'on pouvait lui supposer une imagination très féconde et croire qu'il inventait, quand il ne faisait que se souvenir.
Il ne resta pas longtemps au service où , enfin, ses talents auraient pu se perdre; sa mère l'en retira; alors il se livra tout entier à l'étude, et plein de l'idée de campements, de bataillons et d'escadrons, il se plaisait à les représenter ; son goût le portait à la couleur, et les maîtres qui le touchaient le plus étaient les coloristes, tels que Rubens et Van-Dyck; il recueillait volontiers les estampes gravées par eux ; ce n'était point pour les imiter servilement, ni pour enrichir ses ouvrages d'idées dérobées ; l'abondance de son génie, au contraire , lui avait difficilement permis, dans le cours de ses études, de s'assujettir à copier ; il a toujours été persuadé que l'imitation vraiment utile des grands maîtres, consiste à se les graver si bien dans l'esprit , qu'on puisse parvenir à voir la nature avec des yeux aussi éclairés.
Malgré ses bonnes idées sur l'imitation des maîtres et bien qu'il se tint en défiance contre ce défaut, le
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plus grave de tous, Charles Parrocel ne laisse pas que de rappeler dans ses tableaux, qui sont rares, et dans ses dessins, qui sont nombreux, les peintres de batailles qui l'cnt précédé : tantôt il veut refaire ces fières mêlées dont son père savait si bien rendre la confusion et l'horreur, soit dans ses rudes peintures, soit dans ses eaux fortes si pittoresques et si colorées ; tantôt il recommence les rencontres du Bourguignon, mais avec moins de mouvement, de vivacité et de tapage, et d'une touche qui n'est ni si hardie, ni si pétillante , ni aussi bien mouchetée de coups de pistolet. Quelquefois , il a des réminiscences de Salvator Rosa, mais ce n'est plus la fureur d'un combat de brigands, qui se déchirent dans une plaine affreuse, au pied des rochers les plus sauvages, ce sont des engagements de gardes françaises qui ont revêtu des cuirasses pour ressembler aux héros du peintre napolitain; encore est-ce, le plus souvent, après ou avant la bataille, ou dans une halte, que le peintre français les met en scène, de façon que le farouche Salvator reparaît dans les tableaux de Charles Parrocel non seulement francisé, mais très humanisé et fort adouci; il arrive aussi que son œuvre fait songer aux campements de Walteau et aux pastorales de Berghem , traduites par Boucher ; mais il montre un peu plus d'originalité dans les épisodes journaliers de la vie militaire, par exemple des cavaliers qui reviennent du fourrage , des gardes suisses qui festinent sur l'herbe , auprès de la tente des vivandières , le lampion sur l'oreille, devisant des combats auxquels ils n'ont pas assisté.
Peu d'années après qu'il eut quitté le service et bien que ses ouvrages lui eussent déjà mérité plusieurs prix à l'Académie , Charles Parrocel fit le voyage de Rome à ses dépens, et il ne fut nommé pensionnaire
du roi à l'école alors dirigée par Poerson, que quelque temps après, sur un tableau qu'il fit en cette ville ; c'est un Moïse sauvé des eaux.
Après avoir fini son temps, Charles Parrocel parcourut l'Italie , alla jusqu'à Malte et fut ensuite à Venise pour y étudier les grands coloristes.
De retour à Paris et sa réputation commençant à s'étendre, il se présenta à l'Académie de peinture le 3 février 1721 , et par une singulière faveur que lui valut sans doute le souvenir de son père, il fut reçu d'emblée sur l'un des deux tableaux [Un combat d'infanterie et de cavalerie) qu'il présentait pour être agréé, et il ne fut point obligé de faire ce qu'on appelait un morceau de réception.
Cette même année, pendant l'hiver, un ambassadeur turc fit son entrée à Paris, elle fut pompeuse, et d'autant plus favorable pour la peinture, qu'il la fit à cheval et que les habillements des Turcs sont pittoresques et magnifiques ; Charles Parrocel fut chargé par M. le duc d'Antin, surintendant des bâtiments , de reproduire sur la toile ce riche spectacle ainsi que la sortie du même ambassadeur par le pont tournant, après son audience. Le roi habitait les Tuileries , on donna à Charles Parrocel un logement et un atelier dans ce palais où il fit les esquisses de ces deux sujets qu'il présenta à Sa Majesté. 11 exécuta ensuite ees tableaux sur des toiles de 22 pieds de longs ; elles furent universellement admirées, et elles sont un des plus beaux morceaux que l'on puisse citer en son genre. Placées dans les appartements à Versailles, vis-à-vis l'un des chefs-d'œuvre de Vander Meulen (le Pont-Neuf), cette concurrence ne les détruit pas, et si l'on admire dans ce dernier quelques détails rendus avec plus de finesse , Charles Parrocel l'em-
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porte d'autre part, par le feu de l'imagination , par la vigueur du coloris et par la facilité et le large du pinceau.
Le roi donna dans lasuile, à Charles Parrocel, un appartement aux Gobelins avec une pension de 600 livres. Alors il commença à peindre en grand les deux mêmes sujets qui ont été exécutés en tapisserie dans la même manufacture des Gobelins. (D'Argenville.)
Louis XV ayant ouï parler à Latour, des talents de Charles Parrocel, s'était souvenu du nom de ce peintre et l'avait désigné pour quelques peintures à faire dans les petits appartements de Versailles et dans celui du duc de Bourgogne. — L'artiste y peignit une chasse à l'éléphant, une chasse au taureau sauvage et deux dessus de porte dont l'un représente un camp du régiment du roi et l'autre un conseil de guerre à cheval.
En 1744, Charles Parrocel reçut l'ordre de suivre le roi à l'armée ; mais il ne put exécuter immédiatement cet ordre, ayant été obligé de partir pour St-Malo , où l'appelait son frère mourant. Il se rendit plus tard à son poste et il fut présent,, selon Mariette, à la bataille de Fontenoy, dont il fit le tableau d'après les conseils que voulut bien lui donner le maréchal de Saxe, sur la disposition des corps d'armée, dans cette journée fameuse. Selon d'Argenville, le roi y paraît à cheval, parlant à M. d'Argenson, le ministre, et il est entouré de plusieurs officiers généraux, dont les tètes sont assez ressemblantes. Il dessina en Flandre les dix sujets concernant les conquêtes du roi, ils figurèrent à l'Exposition de 174-6. Les tableaux devaient être exécutés d'après ces dessins pour Choisy; le seul qu'il ait terminé, est la bataille de Fontenoy. Charles
Parrocel avait commencé sa bataille de Lawfeld, étant paralytique , il ne la put terminer. Ce tableau fut achevé par Pierre Franque; il existe à Versailles sous le n° 213.
Si l'on ajoute à cette suite une Halte qui fut peinte pour la salle à manger de Fontainebleau et un portrait équestre de Louis XV pour le château de la Muette, on aura la liste complète des ouvrages commandés à Charles Parrocel par la Surintendance des Arts. Ne se croyant pas assez habile pour saisir les ressemblances , Charles Parrocel avait chargé Jean- Baptiste Vanloo de peindre la tête du roi , et cette collaboration donna lieu à une querelle des plus vives qui pensa finir par un coup d'épée, grâce au caractère peu endurant de Parrocel et à ses allures militaires.
D'Argenville, en mentionnant ses ouvrages, cite un portrait du roi h cheval pour le prince Charles de Lorraine, celui de M. le duc d'Orléans, dernier mort, également à cheval et dont la tête est de Coypel , et celui de M. le duc d'Orléans. II a fait, dit également d'Argenville, plusieurs tableaux de batailles, entr'autre une rencontre de cavalerie , gravée par le sieur Preicler pour le roi de Danemarck, ainsi que son portrait à cheval ; celui du roi est gravé par Larmessin et un autre par Thomassin.
Il a fait de plus une bataille de cavalerie, deux campements de gardes suisses et françaises , une bataille de cuirassiers, un espion qu'on amène au général, un coup de tonnerre , un repos, une marche d'infanterie , une attaque, plus le morceau pour le buffet de la salle à manger du roi, à Fontainebleau.
Il fit, pendant la prévôté du président Turgot, un dessin de cent dix pieds de longueur, représentant la
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publication de la paix faite en 1748, il a laissé ce magnifique dessin à l'Académie, il devait l'exécuter en peinture.
Plusieurs sujets de bataille et des sujets d'histoire ainsi que des études de cavalerie sont répandus dans les cabinets de Paris , on voit encore quelques traits de l'histoire de Charles Ier, roi d'Angleterre.
En 1736, il dessina pour l'école de cavalerie de la Guerinière, trente-sept morceaux dont il a gra\é de sa main dix-huit pièces décrites par M. Robert Dumesnil, dans son second volume, ainsi que diverses autres estampes étrangères au précédent ouvrage.
Il a gravé à l'eau forte, dit M. Robert Dumesnil, d'une pointe badine et spirituelle.
La chasse du lion et celle du tigre qu'il a peintes pour le duc de Mortemart, ont été gravées par Desplaces; Lebas a gravé une rencontre de cavaliers, l'épée à la main; une halte de gardes françaises, une de gardes suisses, une danse italienne dans le style de Wateau, ainsi que plusieurs bergeries; ce sont les quatre heures du jour, en hauteur. Cochin a fait un camp volant et un retour de campagne. Il y avait un dessin de cinq pieds de long , représentant une escarmouche de hussards, qu'on devait graver.
Cochin a fait encore plusieurs sujets de guerre, ainsi que Crespy, ïhomassin. G. Scotin. '
La défaite des Ligueurs par Henri IV, ainsi qu'un combat de cavalerie, sont gravés par Marcenay.
Les premières pensées de Charles Parrocel, ajoute d'Argenville, étaient toujours ses favorites ; il y mettait tout d'un coup le feu et la liberté de main dont il était capable.
Tous les soirs, il faisait un dessin bien arrêté, ordi-
nairementle trait était à la plume, et ombré avec du bistre ou de l'encre de Chine. Il disait que la qualité la plus essentielle pour un peintre était l'imagination, qui, une fois échauffée, produisait l'enthousiasme et enfantait ainsi de belles choses.
Ses meilleurs élèves sont les sieurs de La Rue et Lenfant, tous deux de l'Académie, ainsi que M. Eyret et M. Causset , son filleul, qui avait son logement aux Gobelins.
Ses dessins sont pleins de feu et d'intelligence : on en voit de tout faits à la sanguine, extrêmement pochés, mais d'une grande manière.
Charles Parrocel fut nommé adjoint professeur le 31 janvier 1744, et professeur le 30 octobre 1745.
Doué , dit M. Ch. Blanc , d'une physionomie agréable et d'un grand fond de bonté , Charles Parrocel avait des amis et des plus dévoués , tels que Jean- Baptiste Lemoyne, le sculpteur; le peintre Latour et le graveur Cochin , son biographe ; l'académicien Sylvestre , peintre de paysages , élève de son père , auquel il adressait en manière d'épître une eau-forte, au bas de laquelle il écrivait : A son ami Sylvestre, en buvant chopine ; mais il ne croyait qu'à demi à leur amitié, tant il était devenu défiant et inquiet; ses tristes réflexions sur le peu de profit qu'il retirait de ses talents l'avaient tellement absorbé , qu'il n'était pas facilement abordable, même pour ses amis, et c'était bien rarement, dans la chaleur d'un repas familier ; qu'il se déridait avec eux et leur ouvrait son âme affectueuse; encore faillaiUl que tous les visages lui fussent parfaitement connus , car la présence d'une seule personne étrangère à son intimité suffisait pour lui fermer la bouche et le rembrunir; sa mélancolie n'avait fait que s'accroître depuis que le
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roi lui avait accordé un logement aux Gobelins , où devaient être exécutées en tapisseries ses grandes toiles de l'entrée et de la sortie de l'ambassadeur turc.
Ainsi éloigné de ses anciens amis , et malgré leurs visites fréquentes, il tomba dans une incurable langueur : une première attaque d'apoplexie l'avait frappé au Luxembourg , comme il travaillait à la suite des tableaux représentant les conquêtes du roi, et destinés pour la galerie de Choisy ; une seconde attaque l'obligea d'aller aux eaux de Bourbon , où il se trouva particulièrement recommandé aux médecins des eaux, par une lettre de M. Chicogneau , premier médecin de Louis XV, qui leur av^it écrit par ordre du roi ; mais tous leurs soins furent inutiles , et revenu à Paris dans son logement des Gobelins, Charles Parrocel y finit ses jours le 25 mai 1752 ; il fut inhumé à St-Hippolyte, sa paroisse.
Les tableaux ou dessins de Charles Parrocel indiqués par Dussieux à l'étranger, sont : un combat de cavalerie dans la galerie du baron Speck Stenburg , à Leipzig, et quatre tableaux au roi de Danemarck; le portrait équestre d'un des souverains de ce pays , l'assaut d'une ville éclairée par la lune et par le feu d'une mine ; les autres représentent deux combats de cavalerie, le premier au pistolet , le second à l'épée.
M. Charles Parrocel, au nom duquel est ajouté sur les livrets le titre de conseiller de l'Académie, a exposé aux Salons de 1737, 1739, 1741, 1745, 1747.
Voir à la Monographie des Parrocel les jugements d'un grand nombre d'auteurs sur les œuvres de Joseph et de Charles, et la liste de la description de leurs principaux tableaux.
JEAN JOSEPH PARROGEL.
Né à Paris, le 24 octobre 1690, dessinateur et ingénieur en chef du port et de la ville de St-Malo, fils aîné de Joseph Parrocel des Batailles — au rapport de d'Argenville — il dessina dans sa jeunesse et fut, selon lui , un ingénieur distingué. Ayant fait des études spéciales , J.-J. Parrocel entra au régiment royal artillerie.
Sa nomination au grade de sous-lieutenant date de 1706.
Il assista à la prise de Terida , en 1707 ; il fut nommé chef ingénieur , en 1710. 11 servit en cette qualité dans les armées de Flandre et du Rhin.
En 1719, il fit de nouveau partie de l'armée d'Espagne, et, placé sous les ordres de Claude-François Bidal, marquis d'Asfeldt, directeur général des fortifications, il obtint le grade de capitaine, en 1720.
Ses nombreux services valurent a J.-J. Parrocel des lettres de noblesse; il fut fait chevalier de St-Louis la même année. Il resta dans l'armée active jusqu'en 1727, époque où ayant été nommé chef ingénieur, il vint en cette qualité, peu de temps après, prendre la direction des fortifications à St-Malo , où il mourut, le 6 mai 1774.
D'importants travaux de défense ont été exécutés , sous ses ordres, dans cette ville.
Son frère, Charles Parrocel, appelé par ordre du roi, pour peindre ses conquêtes, obtint de Sa Majesté un sursis; il assista à ses derniers moments.
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IGNACE JACQUES PARROCEL.
Ignace-Jacques Parrocel, fils aîné de Louis Parrocel , peintre, et de Dorothée de Rostang, naquit à Avignon. Il fut baptisé à l'église de St-Didier, le 27 juin 1667. Son père lui ayant appris les premières notions de son art , l'envoya , pour compléter ses études, chez son oncle Joseph Parrocel qui habitait Paris et dont la réputation était alors à son apogée. Il y resta plusieurs années.
Ignace-Jacques Parrocel avait environ vingt ans lorsqu'il re»int au pays natal. Son père désirait le fixer à Avignon. Ignace-Jjcques épousa donc en cette ville, en 1689, Jeanne-3iarie Périer, dont il eut d x enfants dans l'espace de quatorze ans.
La naissance de Jean-Louis, l'aîné de ses fils, fut enregistrée à la paroisse Notre-Dame, le 25 mars 1690. (Ce Jean-Louis fut le père de Joseph Parrocel , né le 4 juin 1723, mestre de camp de cavalerie, chevalier de St-Louis, marquis de Tavel , mort le 20 pluviôse, an VI de la République). Celle de son quatrième, nommé Etienne, le seul qui se distingua, le 8 janvier 1696, dans la paroisse de St-Giniez, et Jean-Baptiste, le dernier , le 21 avril 1704, dans la même paroisse.
Doué d'un talent sérieux , Ignace-Jacques dessinait et peignait avec une grande facilité; tout en lui restant inférieur, il fut celui qui s'approcha le plus de la manière de peindre les batailles de son oncle Joseph, dont il était l'élève.
Ignace-Jacques Parrocel parcourut l'Italie en tout sens, et une partie de l'Europe. Le nom qu'il portait et le genre auquel il s'adonnait avec succès et qui était
à cette époque en faveur, lui Grent bientôt une réputation.
Ignace-Jacques fat appelé à Vienne par l'Empereur d'Autriche, pour lequel il exécuta d'importants travaux , ainsi que pour le prince Eugène. Le prince d'Aremherg, qui habitait les Pays-Bas, le fit venir à son tour à Mons : il peignait une galerie dans l'hôtel de ce prince, quand la mort le surprit en 1722.
On voyait, en 1784, dans l'ancien palais du prince Eugène, six grands tableaux de batailles placés dans la salle à gauche de la principale entrée du belvédère inférieur. Ils représentaient les batailles de Zentha, de Casano ; la levée du siège de Turin (20 pieds 6 pouces), qui est indiqué comme le morceau principal de cette suite par la grandeur , l'immense quantité de figures et les détails infinis du terrain ; la bataille d'Oudenarde et celle de Malplaquet et de Hochstett.
Lors de l'invasion française en Allemagne , Napoléon Ier envoya ces tableaux à Paris, ainsi qu'un autre, non désigné ici, selon le rapport de Joseph Lebas ; ils étaient au nombre de sept; ils faisaient partie de la collection du Louvre sous l'empire ; ils furent repris par les alliés en 1815.
Ignace-Jacques était à Vienne , en 1719. Mariette dit dans ses mémoires l'y avoir beaucoup connu, et il ajoute que ces tableaux, dont je viens de parler, avaient été peints pour la grande salle du palais. Dans la galerie du Belvédère, à Vienne, il y a aujourd'hui deux grands tableaux ayant l'un et l'autre 3 pieds de haut sur 4 pieds de large ; ils s'y trouvent sous le nom d'Ignace Parrocel, élève de son oncle Joseph Parrocel, né à Avignon vers 1668, mort à Mons, en 1772.
Les six tableaux figurant à Versailles , sous les n0ï
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193, 194, 198, 200, 206, 207, attribués par le livret à Ignace, ont été peints par Joseph-François , son neveu.
Le musée d'Avignon attribue également à Pierre Parrocel deux vues de cette ville, portant les nos 201 et 202. Elles doivent être d'Ignace ou de Joseph François.
ETIENNE PARROCEL, dit le ROMAIN, FILS D'IGNACE JACQUES.
La notice des tableaux du Musée Impérial du Louvre de M. Frédéric Yillot (1859) , s'exprime ainsi :
« Les historiens parlent aussi d'un Etienne Parrocel, sur lequel ils ne donnent aucun renseignement et qui aurait exposé aux Salons de 1755, 1737, 1759, 1661, 1763, 1765, 1767, 1771, 1779 et de 1781. »
Les livrets citent bien à ces dates des ouvrages d'un Parrocel auquel il n'est joint aucun prénom, il y a tout lieu de penser qu'Etienne n'a jamais existé, qu'il y a confusion et qu'il s'agit de Joseph-Ignace-François. Dans l'article de M. Taillandier qui a paru dans les archives de Y Art Français, 9me année, lr* livraison (15 janvier, p. 56 et suivantes), intitulé les derniers des Parrocel, je lis ceci : «La Biographie universelle de Michaud verbo Parrocel, mentionne un peintre de ce nom auquel elle donne le prénom d'Etienne , qu'elle fait naître à Paris vers 1720,» — l'auteur de l'article ajoute : « qu'il ne fut jamais qu'un peintre assez médiocre et le compte que rend Diderot des tableaux de Céphale qui se réconcilie avec Procris, de ProcrisAué far LÎ'ijhale, de Jésus sur la montagne des Oliviers, de l'esquisse d'une Gloire et de Y Adoration des mages
qu'il exposa aux Salons de 1761. 1763 et 1765, prouve qu'il était loin de soutenir la gloire de son nom, etc. » D'après les renseignements que je possède sur cette famille, je demeure convaincu qu'il y a erreur de la part de la biographie; qu'il n'y a pas eu de Parrocel portant le nom d'Etienne et que le peintre dont Diderot a parlé dans ses spirituels salons est Joseph-Ignace- François, fils de Pierre Parrocel, ainsi que l'a pressenti M. Villot dans son excellente Notice des Tableaux du Louvre (École Française).
M. Taillandier ajoute :
t On va voir que cette conjecture du savant conservateur des peintures du Louvre est fondée.
» Disons d'abord que c'est d'Argenville qui a donné le premier, à Pierre Parrocel , neveu de Joseph et frère de Charles. » — Ici j'arrête M. Taillandier. — 11 est impossible que Pierre soit à la fois le neveu de Joseph et le frère du fils de ce dernier. Pierre eût deux fils qui ont cultivé les arts du dessin : l'un appelé Pierre comme lui, paraît s'être fixé à Rome où il a gravé quelques pièces ainsi que le fait remarquer Mariette dans une note jointe à son article de Pierre Parrocel, et un autre fils nommé Joseph-Ignace-François ; c'est ce dernier que l'on a confondu avec un prétendu Etienne.
» J'ai connu dans ma jeunesse les trois dernières filles de Joseph-Ignace-François; deux d'entre elles, comme leur sœur aînée Mme de Valsaureaux — le nom véritable de cette dame est de Valrenseaux — qui étcit d'un premier mariage, cultivaient la peinture avec un certain talent, et c'est d'après les traditions qu'elles m'ont transmises , que je crois devoir écrire cette notice sur les derniers rejetons d'une famille qui tient un rang si éminent dans l'école française. »
)q me permettrai de faire observer que les allégations
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M. Taillandier touchant Etienne Parroce n'ont rien de concluant. 31. Joseph Lebas dit dans l'Univers Illustre 18ii : « Etienne Parrocel , petit-neveu de Josepli (ceci est vrai), naquit à Paris vers 1720 (c'est une erreur). 11 se distingua fort peu dans la peinture (cela n'est pas exael), et il obtint plus de succès dans la gravure. Et il désigne, comme 31. Michaud , les pièces qu'on lui attribue , savoir : une Bacchanale de sa composition, le Triomphe de Mardochèe d'après de Troy ; le Triomphe de B ace h us et d'Ariane d'après Subleyras, elc.
Toutes ces allégations sont inexactes. Etienne n'a jamais gravé, ou du moins on ne connaît rien de lui sous ce rapport. Je citerai simplement des faits. Ils suffiront pour rétablir la vérité historique.
Etienne Parrocel, dit le Romain, lils d'Ignace-Jacques l'arrocel, peintre de bataille, et de Jeanne Marie Perrier, naquit à Avignon; il fut baptisé le 8 janvier 1696 , à la paroisse de Saint-Giniéz de cette ville. Avec son oncle Pierre Parrocel, dont il était l'élève, il fit le voyage de Rome, et se fixa en Italie, il mourut dans cette dernière ville, en 1776.
31. Faivre, grand-prix de Rome venant de celte ville, qu'il quittait pour aller exécuter d importantes commandes à lui confiées, par Sa Majesté l'Empereur de Russie, m'a signalé, il y a peu de mois, la coupole d'un église de Rome, peinte et signée d'Etienne Parrocel. 11 n'a pu se souvenir du nom de cet édifice religieux.
Du reste , le tableau du maître-autel de l'église de Sainte-31arie , in monlicelli, est d'Etienne Parrocel. Laiande , t. v. p. 66, en fait mention. Dussieux, dans les Artistes français à l'ùtranyer, confirme ce fait : il fait plus, il publie la liste générale des membres de l'Académie de Saiut-Luc, à Rome ; il est le 62e.
258 EXPOSITION t)ES BEAUX-ARTS.
Le grand tableau du maître-autel de l'église Saint- Louis des Français, à Rome, est également d'Etienne Parrocel.
11 représente l'apothéose de Ste-Jeanne de Valois, fondatrice de l'ordre des Annonciades.
Je dois à M. Prosper de Baudicour la gravure de ce tableau. On lit au bas , à gauche, en toutes lettres : Stephanus Parrocel, inv. et pinx., et à droite : Nicolaus Billy, sculps.
Jean-Jacques Will a aussi gravé d'après lui le portrait de Pierre Guérin, cardinal deTencin; on litdans la marge, à gauche : Steph Parrocel, eftigiem pinx., et à droite ; J. Will del et sculps.
On lit dans le Dictionnaire Historique du département de Vaucluse deBarjavel, 1841, parlant d'Ltienne Parrocel : « On voit au musée dinguimbert les portraits des cardinaux Spinola, de Tencin, de Polignac, AldovrandietCorcini. »
Je suis allé à Garpentras visiter ces portraits, je n'en garantirai pas rautlienticité ; ils m'ont tait l'effet d'être plutôt des copies que des originaux ; mais j'ai trouvé dans le même musée, indépendamment de ces portraits, une Sie- Famille sur cuivre, plus un Enfant- Jésus, signés Steph. Parrocel, 1733. Ces tableaux, de petite dimension, sont jolis de couleurs, lins de ton et bien dessinés. 11 est également un Si-Esprit visitant la Yierye beaucoup plus grand , qui lui est attribué par le conservateur ; cette toile est inférieure aux précédentes.
M. Barjavel, qui habite Carpentras, m'a signalé deux autres tableaux qui existaient eu 1838, dans l'église de St-SiUren, ue cette ville , et qui étaient sigués par derrière, Etienne Parrocel, à Rome, 1744. M. JBarjavel les a mesurés lui-même et en a relevé
- r-ARROCEL.
la signature. L'un représentait St-Joseph assis sur un nuage et Su-Dominique assis devant lui.
L'autre, Saint-Augustin, évoque, assis, et Saint- Benoist debout, tenant une crosse et un livre, les ligures étaient de grandeur demi-nature , les toiles avaient environ deux mètres de hauteur sur cent cinquante de largeur.
Ces deux tableaux ont été enlevés par M. l'abbé Guérin, curé de l'église de Carpentras, et transportés à sa campagne ou ils sont actuellement.
J'ai vu à Yiiieneuve-iès-Avignon , la copie dune Résurrection de Jésus-Christ, d'après Stéphanus Parrocel par Perra , ainsi le porte la notice manuscrite avant la révolution, des tableaux de l'église; l'original de ce tableau, peint pour les Pénitents Blancs , à Avignon, a été intitulé VAnge du Seigneur assis sur la pierre du iombeau. Il figure sous le no 53 , dans le catalogue de l'abbé Meynet. 11 est placé à droite dans la chapelle de la confrérie, pour iaquelle il avait été peint.
M. Achard, archiviste d'Avignon, m'a remis une note de plusieurs tableaux dont il a pu constater l'origine dans ses archives. Il m'a désigné le même tableau sous le titre des Trois Maries au tombeau , peint pour les Pénitents Blancs par Parrocel le Bomain, plus Ste- Cèeile, St-Grègoire et la Me de St-Agricol.
Le Musée de Marseille possède un grand tableau, cintré dans le haut, représentant St-françois-Règis priant pour la cessation de la peste.
A droite, au bas du tableau, on lit sur une pierre : Stéphanus Parrocel piniit Romœ 1739.
Le livret de lExposition de Marseille en l'an XI de la République s'exprime ainsi au sujet de cette œuvre:
â6Ô I X POSITION ttfeS BEAUX- AHTSt,
» Un tableau curieux est celui dont Etienne Parrocel est auteur. On sait que cet artiste est le dernier élève de Carie Marratto, qu il fut à Rome où il est mort fort avancé en âge; le sauveur du monde soutenu par des anges, est au haut du tableau, au-devant sont des morts et des mourants; à droite on aperçoit Saint-Jean- François-Régis en prières et derrière lui son compagnon. » Ce tableau décorait le maître-autel de l'Eglise des Jésuites des quatre langues , à la rue de Paradis. Lors de la vente de cette église , le tableau passa entre les mains de M. Mngnan, amateur distingué, qui en fit cadeau à l'Académie de Peinture.
VAlmanach des Artistes de 1776 annonce ainsi la mort de ce peintre. « L'Académie de St-Luc a perdu quelques-uns de ses membres pendant l'année qui vient de finir, de ce nombre est M. Parrocel que l'amour de son nom et de son art avait attiré à Rome pour s'y perfectioner d'après l'étude des grands maîtres. »
Etienne Parrocel ayant, plus qu'aucun de ses pères oncles et cousins, travaillé pour les églises en Italie , il est fort possible que les deux tableaux dont parle Fantozzi, page 294, soient de lui. Us sont placés dans l'église St-Marc, à Florence.
L'un représente une Adoration des mages, et l'autre les Noces de Cana. fantozzi n'ajoute aucun prénom au nom de Parrocel.
PIERRE PAHROOEL Fils de LOUIS.
Pierre Parrocel, troisième fils de Louis Parrocel et de Dorothée de Rostang , naquit à Avignon; il fut baptisé le 10 mars 1670 à l'église St-Didier. Comme son frère Ignace-Jacques, il vint à Paris étudier sous son
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oncle Joseph, puis il fut en Italie se mettre sous la direction de Carie Marratto. Revenu en France, il épousa à Avignon, le 22 mars 1693, à St-Didier, Marie Anne de Seisson, qui mourut environ dix -huit mois après, le 1er octobre 1604, à rage de 35 ans, sans lui donner d'enfants, et qui fut inhumée aux Cordeliers.
Pierre Parrocel se remaria le ik février 1695, il épousa — à Notre-Dame la Principale, — Marie Magdeleine de Palasse, dont il eut huit enfants ; le premier naquit le 3 décembre 1695 et le dernier le 1er octobre 1707, sur la paroisse de St-Didier, les deux qui se distinguèrent sont Pierre-Ignace , graveur du roi de Naples, né le 27 mars 1702 et Joseph-François, né le 3 décembre 170i, tous deux sur la paroisse de St-Agricol. Ils furent ses élèves ainsi que Sauvan et Etienne, son neveu. Pierre Parrocel est mort à Paris en 1739.
De tous les Parrocel , Pierre est celui qui a laissé le plus de tableaux connus dans tout le midi de la France, le nombre en est prodigieux ; le Louvre, à Paris, ne possède rien de lui, et cependant il occupe une place distinguée parmi les maîtres de l'école française. C'est une lacune qui, je l'espère, sera comblée, lors de l'agrandissement de ce monument national , mesure décrétée par S. M. l'Empereur.
Le vice-légat Comti, grand amateur des beaux-arts, avait fondé à Avignon, en 1654, l'Académie des Émulateurs, qui compta bientôt dans son sein des hommes très-remarquables. Grâce au haut et puissant patronage de ce prélat éclairé, toutes les églises du Comtat rivalisèrent entr'elles de sacrifices, pour orner leurs autels de tableaux de maîtres; sous cette intelligente impulsion, dont l'influence s'exerça encore pendant plus d'un siècle après Comti, il n'y eut pas, à l'exemple de l'Italie, la moindre chapelle du plus petit village qui n'eut à
son tour son chef-d'œuvre. Les Simon de Châlons , les Court , les Brocard , les Courtois , les Raynaud Le vieux, lesMignard, les Parrocel, les Vanloo, et plus tard les Sanvan et les Vien, peuplèrent successivement toutes les basiliques du Midi, de leurs magnifiques compositions, leurs tableaux ne contribuèrent pas peu à étendre et à favoriser le sentiment de l'art, dans cette partie delà France, en épurant le goût et en élevant l'intelligence de nos races méridionales dont l'imagination est si prompte à s'enflammer.
Ces générations frappées par l'aspect de ces chefs d'œuvre , trouvaient un attrait puissant à visiter et à fréquenter les temples.
A cette époque de foi et de simplicité, le cœur de nos pères déjà surexcité par la prjère, source de tous les dévouements et de toutes les nobles inspirations, se dilatait1 en présence de ces œuvres d'où rayonnait la foi qui les avait elle-même enfantées.
De tous les peintres que je viens de nommer et qui l'avaient précédé, à l'exception de N. Mignard son rival, Pierre Parrocel fut celui qui exerça la plus grande influence snr ces esprits religieux, le nombre immense des toiles laissées par lui, témoigne de l'empressement avec lequel il était recherché.
Dans ma MonograpJiie des Parrocel je passe en revue ou je décris environ quatre-vingts de ses principales œuvres, il en est deux qui m'ont été indiquées par M. Vaudoyer architecte de notre cathédrale, que je n'ai pas mentionnées et qui existent à l'église de la Major.
Le Musée de Marseille possède sa Vierge couronnée et le Château Borelly, seize tableaux représentant X Histoire de Tobie, peints pour le duc de Noailles.
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Voici dans quelle circonstance M. Borelly. qui faisait construire en 1727 une demeure vraiment princière, fit l'acquisition de ces tableaux.
Louis XV, se trouvant en chasse à Saint-Germain, vint demander l'hospitalité au duc défailles: harassé de fatigue et de sombre humeur, il traversait la grande galerie du château, habitué à ne reposer ses yeux que sur des visages souriants ou sur des peintures de gracieuses nymphes ou naïades, plus ou moins décolletées, sa vue fut péniblement affectée par le spectacle de Tohie ensevelissant les morts, et de Raguel creusant la fosse de chacun de ses nouveaux gendres. La figure du roi se rembrunit et s'adressant à M. de Noailles qui lui faisait les honneurs de sa demeure. — Savez-vous, M. le Duc, lui dit-il, que vous avez là des tableaux fort peu réjouissants, et il passa outre. C'en fut assez, M. de Noailles n'eut garde, en habile courtisan, de conserver plus longtemps chez lui, ce qui avait eu l'insigne malheur de déplaire à son roi. Boucher, conservateur de sa galerie, fut chargé de s'en défaire à tout prix, M. Borelly, alors à Paris, profitant de cette circonstanceles obtint pour le prix de 30,000 fr. C'était en 1770.
M. le marquis de Panisse a eu l'obligeance de me confirmer ces détails, dont la tradition s'est perpétué dans sa famille. Voici la description de ces toiles:
JN'o i3 Captivité des Israélites vaincus par Salmanasar; n° 2, Tobie avec ses Compagnons échappant à la captivité; n° 3, Tobie donne lui-même la sépulture à ses compatriotes mort dans leur fuite ; n° 4, Tobie devient aveugle ; n° 5, Départ du jeune Tobie ; n° 6, Pêche du Poisson ; n° 7 . Arrivé chez Raguel, Tobie lui demande sa fille ; n° 8, Première nuit des Noces ; n° 9, Raguel faisant creuser une fosse ; n° 10, Adieux de Tobie à son beau-père; n° 11,1e père de
Tobie recouvre la vue; n° 12, Arrivée à la maison paternelle du jeune Tobie et de son épouse; no 13, L'ange Raphaël se fait reconnaître et s'élève dans les airs ; no 14, Mort du père de Tobie; les nos 15 et 16, sont d'un côté la Foi Judaïque, et de l'autre, la Charité. Ils forment deux dessus déporte.
Tous ces tableaux dont plusieurs possèdent jusqu'à 10 et 12 grandes figures et dont la composition est sagement entendue, ont été reproduits par la gravure dans une multitude d'ouvrages classiques et de piété. Ils se distinguent par une grande pureté de lignes, et bien que tous les biographes considèrent ces tableaux comme l'œuvre la plus considérable et une des plus belles de Pierre-Parrocel, ils ne sont pas à la hauteur des sujets purement mystiques, et des vierges qu'il a traités. A propos de sa réception à l'académie, voici ce que nous trouvons dansle/J/emwe de France.
« On a reçu depuis peu à l'Académie Royale de Peinture et Sculpture les sieurs Parrocel et B. Nntoire, deux excellents sujets ; le premier est neveu de Joseph Parrocel, peintre célèbre de la même académie, qui a fait quantité d'ouvrages très estimés dans le goût du Bourguignon, fameux peintre et fils de Louis Parrocel très-bon peintre, frère aîné de Joseph qui s'établit à Avignon, et petit-fils de Barthélémy Parrocel, natif de Montbrison (en Forêt), d'une très honorable famille, qui, le premier de son nom, professa la peinture et vint s'établir à Brignoles en Provence ; le nouvel académicien est cousin germain du sieur Charles Parrocel, 01s de Joseph qui peint des batailles dans le goût de son père, peintre du Roi et de l'Académie Royale, connu par beaucoup de bons ouvrages, mais particulièrement par un fameux tableau représentant l'audience que Mehemet Effendi, ambassadeur du Grand-Seigneur , obtenait du Roi, au Palais des Tuileries, en 1721.
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« Le sieur Pierre Parrocel avait un frère aîné nommé Jacques-Ignace, mort dans les pays étrangers, dont les tableaux de batailles sont fort connus en Italie, lequel a laissé un fils nommé Etienne, qui est fort bon neintre à Rome. Celui-ci est neveu et élève du nouvel académicien, A qui l'Académie a fait le même honneur qu'elle fît, il y a quelques années, au signor Ricci et à la signora Rosnlba, en le laissant le maître de choisir le sujet du tableau qu'il dût faire pour l'Académie. 11 est depuis longtemps établi à Avignon où il jouit de la réputation qu'il s'y est acquise, après avoir fait divers voyages en Italie.
« Le sieur Natoire est un jeune homme qui a beaucoup de talent, qui donne de grandes espérances et qui, dès à présent , produit des ouvrages qui le font estimer, il a fait un assez long séjour à Rome et a eu la gloire d'y remporter, il y a trois ans, le prix de peinture, au jugement de l'Académie de Saint-Luc. Il est élève de M. Lemoine , un des meilleurs peintres de l'Académie.
« Mercure de France (novembre, année 1730). »
Pierre Parrocel a gravé à l'eau forte.
Nous lui devons, dit M. Robert Dumesnil, qui en donne la description, dix-huit estampes, dont quatorze h l'eau forte et quatre au burin; il en est quatre qui laissent à désirer sous le rapport du maniement de l'outil, mais les autres sont traitées avec une rare dextérité et avec infiniment d'esprit, dans un goût analogue à celui d'Antoine Rivalz.
Le Mercure de France du mois de juillet 1739, page 1471, contient une lettre fort intéressante sur les Parrocel ; elle trouve naturellement sa place dans la biogra-
phie de Pierre Parrocel. Elle fait à la fin la description d'une de ses œuvres capitales.
Je publie à mon tour une partie de cette lettre, reproduite en entier dans ma monographie.
Description des tableaux de l'histoire de tobie , peints dans la galerie de m. le maréchal de noailles, adressée par m. d...., garde du corps du roy, a m. de st...., a arles.
« En qualité de Provençal , je sais que vous êtes né sensible à tout ce qui regarde la gloire de la Provence ; en vous adressant la description que je vous ai promise, vous aurez le plaisir entier de méditer sur la perfection de l'art que vous aimez et sur le mérite personnel de l'artiste qui a exécuté cette suite de tableaux.. Vous savez que Pierre Parrocel, auteur de l'ouvrage dont il s'agit, est né à Avignon, et qu'étant venu à Paris par pure curiosité, il fut agréé tout d'une voix à l'académie Royale de Peinture, moins sur sa réputation, que sur la beauté réelle de quelques-unes de ses productions.
P"« Vous savez encore que tout ce qui porte le nom de Parrocel paraît avoir, dès le berceau, un talent décidé pour la peinture ; on en peut compter six de ce nom, tous très habiles gens, dont trois vivent encore aujourd'hui.
« Il est peu de peintres français qui aient fait plus d'honneur à leur patrie que Joseph Parrocel surnommé des Batailles. Celui-ci, avec tout le feu qu'on a coutume d'attribuer aux gens de votre province, comprit de bonne heure qu'il fallait se distnguer par une manière hardie et par une force de coloris que l'école Fançaise parait avoir un peu négligée, ou du moins n'avoir pas fondée sur des principes assez constants.
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« Joseph Parrocel est devenu, sans contredit, un des peintres de batailles les plus renommés de son temps ; il en eut été un des plus fortunés si l'illustre Lebrun lui eut permis de travailler conjointement avec lui aux cnrtons de tapisseries qui devaient concourir à immortaliser les exploits de Louis-le-Grand; mais le laborieux peintre français craignit, dit-on, le fracas du coloris du peintre provençal. Parrocel fut applaudi, mais remercié, après avoir exécuté, entr'autres, sur la cheminée de notre salle des gardes, à Versailles, la représentation du sanglant combat de Leuze, avec une intelligence et une vigueur qui causent de Tétonnement et presque de la terreur.
« L'heureux Vandermeulen fut donc choisi : son pinceau délicat, dont le brillant savait se transporter en quelques groupes subordonnés et s'éclipser en d'autres, fut jugé être plus susceptible d'être allié aux grâces légères et détaillées du premier peintre et tout grand homme qu'était Vandermeulen, peut-être encore ne dut-il la préférence qui lui fut accordée, qu'à la circonstance favorable chez les François, d'être né sous un climat étranger. Le fils de ce même Parrocel en suivant une route peu différente de son père ne s'est pas acquis moins de réputation, il est un des anciens conseillers à l'académie de peinture et logé par le Roy aux Gobelins. Il compose avec feu et facilité, ses fonds sont ordinairement bien choisis et favorables à son sujet, mais la partie ou il excelle, c'est la correction du dessin, personne, sans en excepte»* son père, dont les racourcis ne sont pas toujours bien exacts, sans en excepter le Bourguignon, ni Wauvermans lui-même, personne, dis-je n'a jamais dessiné un cheval avec plus de noblesse, ni mieux saisi la souplesse, la cadence et la variété des mouvements dont est susceptible ce bel animal.
« Le neveu de Joseph (Ignace-Jacques), chercha avec assez de succès la manière de Joseph. Il peignit longtemps des sujets de guerre à Rome, en Provence et en Allemagne où il est mort.
« Ces deux peintres sont peut-être les seuls qui aient osé risquer de rehausser quelques-unes de leurs draperies avec de véritable or en poudre ; ces essais ont été, il est vrai, plus heureux sous le pinceau de Joseph, il a même poussé si loin le prestige du coloris qu'on connaît quelques-uns de ses tableaux de chevalets, où pour terminer l'armure d'un général, ornée de pierreries, il a enchâssé des pierres précieuses, sans que l'harmonie des couleurs voisines en ait souffert la moindre altération.
« M. Pierre Parrocel est, lui, ce qu'on appelle proprement un peintre d'histoire.
« Il faut que rien ne soit étranger à celui qui veut peindre l'histoire : figures , draperies , ornements , paysages, animaux, architecture, usage des nations, études des mœurs et des passions, tout estou doit être de son ressort. Ce n'est pas sans reflexion qu'Horace à mis ce bel art de niveau avec celui de la poésie.
« Un des exemples les plus favorables pour le prouver, c'est cette grande suite de l'histoire des deux Tobies, que votre excellent compatriote vient d'achever pour M. le m iréchal de Noailles.
« Il est temps de vous en rendre compte; la simple exposition de chaque tableau , l'uniformité du plan général, la variété des sujets particuliers, leurs contrastes, le génie qui ne l'a jamais abandonné un instant et qui s'est métamorphosé sous tant d'images différentes, tout cela formera en sa faveur un éloge plus positif et mieux suivi que quantité de termes rebattus
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qu'on emploie souvent sans les définir, et qui ne laissent dans l'esprit aucune idée bien distincte du mérite de l'ouvrier. »
Suit la description. Puis la lettre se termine ainsi : « Pour ce qui est de Parrocel, d'Avignon, s'd touche, sans être heurtée ni aussi fière que celle des deux peintres du même nom dont on a parlé au commencement, est cependant bien arrêtée et très juste, ses contours sont flexibles et disposés avec liberté, ses fabriques d'un goût nouveau, mêlé d'antique et de moderne, ses lumière douces et vraies, et son coloris, qui est brillant sans donner dans l'excès, paraîtrait tenir beau • coup de l'école de Pierre et de Nicolas Mignard, si ce n'est que les teintes en sont plus vagues et qu'il est par conséquent moins pesant et moins cru.
« En un mot, sa manière de composer est ingénieuse sa façon de dessiner paraît viser à celle de Pierre de Cortone, c'est même un goût qu'il a communiqué à ses élèves entr'autre à son neveu de Rome et au sieur Philippe Sauvan, d'Avignon, ce qui suffirait seul pour détruire les imputations injurieuses qui, d'ailleurs, se détruisent par elles-mêmes.
« A l'égard de ses airs de tètes, il m'a semblé que tout le monde s'accordait à leur trouver de la finesse, de l'expression quand il le faut, et surtout des grâces.
« Heureux ces peintres, habiles gens en tout genre, qui trouvent à développer leur talents sous l'égide d'un protecteur éclairé.
c A Saint-Germain-en-Laye, ce 16 mai 1739.
P FERRE-IGNACE PARROCEL, graveur, fils de PIERRE.
Pierre-Ignace Parrocel, fils de Pierre Parrocel et de
de Magdeleine de Palasse, naquit à Avignon ; il fut baptisé à l'église Saint-Agricol de cette ville, le 26 mars 1702. Son père le conduisit fort jeune à Rome, c'est là qu'il fut élevé ainsi que son frère Joseph- François et son cousin Etienne.
Pierre-Ignace Parrocel s'était fixé à Rome, puis à Naples. Selon d'Argenville, qui le désigne sous le nom d'Ignace, il aurait été pensionnaire du roi dans cette première ville.
Pierre-Ignace Parrocel est l'auteur de la grande estampe du Triomphe de Mardochée, d'après J.-D. Troy, signée J.-P. Parrocel, del. et sculp., attribuée à tort à Etienne son cousin-germain.
Il a souvent pris le seul prénom de Pierre. Il a gravé en 1740 et 174-4, à Rome, une suite de saints, d'après Bernin. Je dois à M. P.-D. Beaudicour l'envoi de six pièces de cette première suite dont Tune porte la date de 1740, une autre portant les initiales J.-P. avant le nom de Parrocel, et une autre portant les initiales J.-P.-P.
L'existence de Pierre-Ignace n'ayant pas été mise en lumière d'une manière bien précise, les trois pièces que je viens d'indiquer ainsi que le Triomphe de Mardochée, suiliraient au besoin pour établir son individualité etjustiiier l'indication fournie par domPernetti et Mariette et confirmée par M. Taillandier
M. P. de Baudicour m'a également adressé cinq autres statues d'après le Bernin, plus une grande estampe représentant une allégorie exécutée en grand pour unleu d'artifice à iNaples à l'occasion de l'heureuse grossesse de Ja reine des Deux-Siciles, portant la date de 1740 et signée Pietro Parrocel, inv. dis e incise.
tES ÊÀftROCEL. 271
Au-dessous , l'explication commence par ces mots : Mugnorum soboles reyum parituraque reges.
J'ai retrouvé le pendant de cette estampe à Marseille, je la dois à M. iMenut, elle porte la date de 1739; elle est signée Pietro Parrocei. Jnv. dis e incise.
C'est également une allégorie exécutée en grand pour un teu d'artifice à ZNaples, par Michel-Angelo Spechi, architecte.
Au-dessous on lit l'explication en texte italien, commençant par ces mots : Félicitas publica.
Ce feu d'artilice fut tiré en Ihonneur des lois nouvelles promulguées en 1739 à >aples, par S. M. don Carlo de Bourbon, roi des Deux-Siciles, pour le bonheur de son peuple, etc.
Les deux allégories dont je viens de parler prouvent que Pierre-Ignace Parrocei était un des dessinateurs et graveurs ordinaires du roi de JNaples.
M. P. de Baudicour, décrit, dans son second volume l'œuvre connue de Pierre-Ignace Parrocei.
Tous les biographes, à l'exception de Dom Pernetti, Mariette et M. Taillandier, que jai cité plus haut, ayant donné à Etienne Parrocei l'œuvre de Pierre-Ignace, tous les biographes, dis-je, sont unanimes pour louer Etienne comme graveur.
En rendant à Pierre-Ignace Parrocei ce qui lui appartient, je dois également lui restituer le titre de graveur distingue, que ses œuvres avaient fait accorder à Etienne Parrocei, dont on ne connait aucune estampe ni aucune eau forte.
JUSEPH-FRANÇOIS PARKOCEL.
Joseph-François Parrocei, auquel presque tous les
biographes ont donné à tort les prénoms de Joseph- Ignace-François, naquit à Avignon. Il fut baptise à l'église St-Agricol de cette ville, le 3 décembre 1704. Il était (ils de Pierre Parrocel, peintre d'histoire, et de Magdeleine de Palasse.
Conduit fort jeune à Rome par son père, il fut élevé dans cette ville.
M. Taillandier, auquel j'ai emprunté déjà une partie de sa notice à l'occasion d'Etienne Parrocel, continue ainsi:
Joseph-Ignace-François Parrocel était né à Avignon en 1707. 11 fut élève de son père ; après avoir voyagé en Italie, il vint à Paris, où il cultiva l'art de la peinture. Il fut agréé à l'Académie comme peintre d'histoire, en 1753.
Dom Perneti , dans son Dictionnaire portatif de Peinture dit qu'il se distinguait par son talent, particulièrement pour les décorations et les grandes machines. « 11 vient de peindre, ajoute-t-il, la grande coupole de l'église de l'Abbaye du Mont-Saint-Quentin, en Picardie, et c'est de lui que je tiens les instructions sur la peinture en détrempe que j'ai insérées dans ma préface. »
Dans cette préface, Dom Pernetti dit : « La bonne détrempe se soutient parfaitement ; j'en ai vu dans les appartements de M. Joseph Ignace Parrocel, exécutée de sa propre main sur les murailles, qui s'est soutenue dans toute sa beauté depuis nombre d'années.
« Ce célèbre artiste a acquis dans ce genre de peinture par le grand exercice, et les observations judicieuses qu'il a faites, des connaissances qu'il m'a communiquées avec cette bonté, cette politesse, et cet empressement qu'il a toujours de rendre service et que tout le monde reconnait. »
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Parrocel et Diderot s'étaient liés ensemble, ils étaient voisins ; le premier, demeurait à l'angle de la rue Saint- Benoît et de la petite place du même nom ; le second, au coin delà rue Taranne et de cette même place.
Cette amitié réciproque n'empêcha pas Diderot de se moquer de Parrocel. 11 dit dans son salon de 1761, en parlant de Y Adoration des Rois exposée par ce peintre : « Parrocel est à Vien ce que Tien est à Lesueur, Vien est la moyenne proportionnelle aux deux autres.
M. Taillandier cite encore les jugements de Diderot sur d'autres œuvres de Joseph-François Parrocel , où il traite ce dernier encore plus cavalièrement, et M. Taillandier ajoute : « Il est vrai que les critiques des salons de Diderot n'étaient pas destinées à recevoir de la publicité. *
Parrocel s'était marié deux fois, il eut de son premier mariage avec une demoiselle Françoise Lemarchand, une fille que la biographie universelle appelle Mme de Yalrenseaux et que M. Yillot nomme Mme de Valsaureaux sans que j'aie pu vérifier quel était le véritable nom de cette dame, quoiqu'il en soit elle vivait encore nonagénaire, en 1823, et cultivait avec talent, comme je l'ai déjà dit, le genre des fleurs et des animaux.
Etant devenu veuf, Parrocel épousa en secondes noces une Anglaise, nommée Christine Edwige Ally. Il en eut trois filles que j'ai beaucoup connues dans ma jeunesse.
L'aînée, appelée Mllc Marion, e^l décédée rue de Sèvres, n. 19, le 26 juin 1824, âgée de quatre-vingt-un ans elle était élève de son père, et cultivait la peinture historique. Je me rappelle avoir vu chez elle des copies qu'elle avait faites d'après des tableaux de Boucher, de Vanloo et d'autres peintres erotiques de ce temps.
Marie Parrocei est née à Avignon en 1743 ou 1744.
274 EXPOSITION DES BEAtX-AftTS.
— d'après la déclaration de Joseph-François, son père,
— son extrait de naissance n'ayant pu être retrouvé. Ses copies doivent figurer aujourd'hui, dans quelques galeries d'amateurs, comme des originaux, car elles étaient rendues avec beaucoup de soin, et leur coloris mou et léché avait du rapport avec celui des peintres qu'elle avait pris pour modèles.
La seconde fille de Parrocel dont nous parlons était Mlie Thérèse, elle peignait la miniature, et je possède d'elle quelques portraits de famille qui ne sont pas sans mérite. Elle fut la survivante des trois sœurs et mourut à l'institution de Ste-Perine, le 18 janvier 1835, dans un âge très-avancé.
Thérèse Parrocel naquit à Avignon le 12 décembre 1745 sur la paroisse St-Didier.
La troisième, M]Je Jeannette, ne cultiva pas les arts, elle décéda à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, le 25 février
Ces trois vieilles filles ont demeuré pendant près de vingt ans dans une maison appartenant à mon père, rue du Dragon, n. 30. Elles occupaient un modeste appartement situé au quatrième étage qui , en 1822, a été habité par M. Victor Hugo.
C'est là quelles ont passé le temps de la révolution; c'est là que je les voyais dans ma jeunesse, ayant grand plaisir à les entendre parler de Joseph Vernet, deGreuze, de Diderot, qui avaient été les amis de leur père, ainsi que Desmaisons, architecte du roi, membre de l'académie d'architecture depuis 1762, à qui on doit la belle façade du palais de justice, du côté de la rue de la Barillerie. Elles racontaient avec esprit, mais sans prétention, des anecdotes curieuses et piquantes sur ces personnages.
Quand à Joseph-Ignace-François Parrocel, père des trois demoiselles Parrocel dont je viens de parler, il
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était mort le 14 décembre 1781, rue du Bourbon, aujourd'hui rue de Lille. Il fut inhumé dans l'église de Saint-Sulpice.
L'abbé Aubert ; en annonçant sa mort dans ses Petites Affiches lui donnait le titre de peintre du roi et de son Académie royale de peinture et de sculpture.
En lui s'est éteint le dernier desParrocel, car on ne peut classer ses filles parmi les peintres qui ont concouru à donner de la renommée à leur famille.
Voici son acte mortuaire que j'ai copié sur les registres de Saint-Sulpice, déposés aux archives de l'Hôtelde-Ville :
« Le 16 décembre 1781, a été fait le convoi et enterrement dans l'église, de 31. Joseph-François Parrocel, peintre du roy et de l'académie royale de peinture et de sculpture, époux de dame Christine-Edwige-Alix [sic], auparavant veuf de dame 31arguerite-Françoise Lemarchand, décédé le 14, rue de Bourbon, âgé de soixante et dix ans. Témoins messire Jean-André Cappeau, ancien chanoine de l'église de Saint-Pierre d'Avignon et prêtre delà communauté de Saint-Paul, et M. Jean -Pierre Mir fin, huissier commissaire-priseur, amis du défunt, qui ont signé avec M. Charles-Antoine- Gabriel-François de Montbayen, écuyer.
» Signé: François de Montbayen; Cappeau, prêtre; Mirfin ; l'abbé Psardin ; Beps, vicaire.»
Je n'ajouterai rien au spirituel article de M. Taillandier, je lui ferai simplement observer que les prénoms donnés par l'acte mortuaire au Parrocel dont nous nous occupons, sont parfaitement identiques avec ceux de son extrait de baptême que j'ai relevé dans les registres de la paroisse de Saint-Agricol d'Avignon, qui porte simplement Joseph-François, il en est de même dans les actes, soit des naissances, soit des décès de ses enfants.
5$) EXPOSITION DES fiËAtft-ARfâ.
Je dirai plus, tous les dessins ainsi que les eaux-fortes que je possède de lui, sont signés Joseph-François.
Joseph-François a publié un catalogue tiré à un petit nombre d'exemplaires qui est fort rare et dans lequel il ne prend pas d'autres prénoms.
D'Argenville , en parlant des fils de Pierre, dit qu'Ignace était pensionnaire du roi à Rome. Cette circonstance peut motiver cette confusion, si Joseph- François a obtenu cette faveur.
Quant à l'aînée des filles de Joseph-François Parrocel, elle avait épousé, à Paris3 Jean-Baptiste Lefebvre de Yalrenseaux, avocat au parlement de cette ville; devenue veuve, elle demeura jusqu'à sa mort, rue des Francs-Bourgeois, n. 25, quartier du marché St-Jean, faisant partie du 7e arrondissement.
Elle s'était fait une certaine réputation comme peintre de fleurs et d'animaux, elle peignait encore à l'âge de quatre-vingts ans.
Née en 1734-, elle mourut le 27 juillet 1829, âgée de quatre-vingt-quinze ans. Ses noms de fille étaient Jeanne-Françoise Pallas Parrocel. Je possède son acte de décès dûment légalisé. C'est donc sous le nom de Vairenscaux qu'il faut la désigner. Delaunay a gravé plusieurs de ses productions. Voy. 2e vol. de M. de Baudicour.
Mon cousin, M. de Lorme de Saze, possède son portrait. J'en possède un deMile Marion portant pour signature: Marie Parrocel et la date de 1777. Il est bien traité et prouve qu'elle n'était pas sans talent.
Joseph-François exposa au salon de 1755 un grand tableau représentant le triomphe de J.-C. ou de la Croix et celui de la Sainte-Vierge, le Père-Elernel, environné de vieillards de l'Apocalypse et de la cour céleste, donne sa bénédiction.
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II exécuta cette composition à la détrempe dans la coupole de l'église de l'abbaye des Bénédictins du Mont St-Quentin, près Péronne ; elle à 90 pieds de circonférence sur 22 pieds de hauteur.
En 1757, Joseph -François, qui prend le titre d'agréé de l'Académie, exposa au salon de cette année :
1° V Assomption de la Sainte-Vierge, tableau destiné à l'abbaye royale des Bénédictins du Mont Saint- Quentin, près Péronne, haut de 20 pieds sur 10 pieds 2 pouces de large.
2» L'esquisse du même tableau.
3° Les Quatre Saisons, dessins séparés.
ko Les Quatre Eléments, en un seul dessin, au crayon noir et blanc, haut de 11 pouces 7 lignes sur 17 pouces 7 lignes.
5<> Minerve sortant étonnée du cerveau de Jupiter, dessin au crayon rouge et blanc, haut de 18 pouces 9 lignes sur 24 pouces de large.
6° Apollon sur le Parnasse distribuant des couronnes aux Muses, dessin au crayon noir, haut de 23 pouces 26 lignes.
Ce dernier sujet était destiné à orner le fond d'une salle de concert.
En 1759, il exposa : 1°, un tableau de douze pieds en carré, destiné à l'abbaye des Bénédictins, pourlaquelle il avait exécuté déjà de nombreux travaux. Cette toile représentait Agar chassée par Abraham ss enfuyant dans le désert, où l'eau lui manquant, elle s'éloigne de son filslsmaël, pour ne pas le voir mourir, lorsqu'un ang lui apparaît et lui montre une source.
2o Deux esquisses représentant chacune Y Assomption de la Sainte-Vierge, composées pour la coupole de
l'église des Bénédictins d'Orléans, dont le diamètre était de 22 pieds ; il en avait exécuté une en 1758.
En 1761, le salon ne mentionne de lui qu'un seul tableau de 8 pieds 9 pouces, Y Adoration des Rois.
Celle de 1763, la Sainte -Trinité, de 11 pieds de haut sur 6 pieds 7 pouces.
Celui de 1765, les deux tableaux de Çêphale et de Procris, si dénigrés par Diderot, ainsi que celui de Jésus-Christ sur la montagne des Oliviers, de 16 pieds de haut sur 7 de large, et son esquisse d'une gloire, qu'il exposa en 1767.
En 1771 le salon mentionna un tableau de 11 pieds 3 pouces destiné à l'abbaye des Bénédictins àTonnère, réprésentant une Assomption de la Vierge.
L'esquisse de la Multiplication des Pains, composition qu'il avait exécutée sur une toile de 22 pieds de large sur 8 pieds de haut, pour le réfectoire des Bénédictins de la Couture-du-Mans, figura à l'exposition de 1776, et celle de la pêche miraculeuse, tableau qui lui servait de pendant et qui fut également peint par lui pour le même couvent est signalé par le livret de 1781.
Joseph-François ne s'est pas occupé seulement d'histoire, les sujets de genre lui étaient familiers ainsi que les tableaux de bataille. Le Musée de Versailles possède de lui huit grandes batailles dont six seulement sont exposées, le sujet des deux autres n'ayant pas été reconnu, elles sont réléguées dans les magasins.
Le livret les donne à Ignace , mais c'est Joseph- François qu'il faut lire. Us portent les numéros 193, 192,198, 200, 206 et 207.
M. Eud. Soulié, conservateur du musée de Versailles, auteur de la notice auquel j'ai écrit au sujet de ces tableaux, m'a répondu de la manière la plus
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obligeante, reconnaissant qu'ils sont de Joseph-François. Je l'en remercie. Il comprendra l'importance de cette rectification, Ignace étant mort en 1722, et ces tableaux ayant été peints beaucoup plus tard.
Joseph-François visita a plusieurs reprises sa ville natale, M. le marquis de Javon Baroncelli, possède un salon peint par lui en 1760.
Ce salon fut inauguré cette année pour le mariage de la marquise, grand'mère des Javon actuels. Il se compose sur les deux côtés de quatre panneaux de 1 mètre 85 cent, de longueur sur 1 mètres 25 de hauteur, représentant les quatre sujets suivants : le Camp, \& Préparation à l'attaque, le Combat, Après la bataille.
Au fond il existe quatre autres panneaux de 1 mètre 25 cent, de longueur sur 95 de hauteur : Un choc de cavalerie, un Convoi de prisonniers, un Camp, une Vue de ville située au bord de la mer. Dans ce dernier tableau Parrocel s'est peint lui-même le dessinant.
La couleur de ces toiles est légèrement bitumineuse, les panneaux du fonds sont plus clairs et mieux conservés que les premiers. La composition en est bien entendue, les figures sont dans un bon mouvement et dessinées avec hardiesse, les chevaux sont moins heureux , leur tètes surtout manquent de vérité.
Le musée d'Avignon possède sous le n° 195 une toile parfaite de conservation, représentant Une Italie de cavaliers romains, attribué à Joseph Parrocel.
Ce tableau peint dans la pâte, possède les mêmes qualités et les mêmes défauts que ceux appartenant à M. le marquis de Javon. C'est la même touche et le même faire. On peut, sans crainte, le restituer à Joseph-François,
Manque de style et de correction dans le dessin de ses chevaux et couleur bitumineuse. Voilà deux défauts qui empêcheront toujours de confondre ses batailles avec celles de son grand oncle Joseph et de son cousin Charles.
On doit à Joseph-François Parrocel plusieurs eaux fortes représentant de jolis sujet de genre. M. Prosper de Baudicour donne la description de son œuvre dans son second volume.