CLAUDE JOSEPH VERNET
Né à Avignon, le 14 août 17U, d'une famille qui paraît y avoir exercé le notariat dans le xvie siècle, mort le 3 décembre 1789 aux galeries du Louvre.
Son père Antoine Vernet , décorateur habile qui peignait des figures et des armoiries sur des panneaux de chaises à porteurs , lui enseigna les éléments du
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dessin et lui donna les premières notions sur la peinture; dès l'âge de 14 ans, Joseph exécutait des dessus de portes, des écrans, des panneaux de voiture; mais désireux de se livrer à des études plus sérieuses, afin d'aborder le genre historique, il forma le projet de se rendre en Italie.
Son père lui ayant donné 200 livres pour faire ce voyage, le jeune Vernet partit à 18 ans pour Marseille.
La vue de la mer lui causa une impression profonde et lui révéla sa véritable vocation. Durant la traversée il ne cessa de considérer attentivement les phénomènes qui s'offraient à ses yeux, et animé du seul amour de l'art , au milieu d'une violente tempête qui éclata à la hauteur de l'île de Sardaigne, il se fit attacher au mât du navire, afin de se pénétrer des effets de cette scène terrible.
Arrivé à Rome en 1732, Vernet entra à l'atelier de Bernardino Fergioni, peintre de marine, qu'il ne tarda pas à surpasser. Malgré leur mérite ses premiers esssais ne furent pas appréciés, et il dut pour vivre, céder à vil prix des compositions, qui plus tard, se vendirent fort cher, un tableau qu'un cardinal lui acheta quatre louis, commença sa réputation et sa fortune.
Vernet se lia avec Panini , Solimène , étudia en compagnie de ces artistes, les ruines , les paysages des environs de Rome, les costumes pittoresques des gens du peuple, et se livra surtout à une constante observation des effets fugitifs de la lumière , dont il prenait note au moyen d'une espèce d'échelle de tons et de teintes graduées qu'il avait rangées méthodiquement sur des tablettes.
Bientôt , les Tempêtes , les Coups de Vents , les
Clairs de Lune, les Brouillards, les Heures du Jour de Vernet devinrent excessivement recherchés.
Joseph peignit, dans sa première manière, qui a quelque analogie avec celle de Salvator Rosa, des paysages au palais Bondamini et à la galerie Farnèse. Quoique fixé en quelque sorte en Italie , il fut agréé à l'Académie royale de Paris, le 6 août 1745. Il ne cessait d'envoyer aux Salons des ouvrages qui lui méritèrent les applaudissements du public et les éloges des critiques les plus compétents, tels que Cochin et Diderot son fervent admirateur.
Joseph Vernet rappelé par M. de Marigny, surintendant des bâtiments, se décida à revenir en France. Après une absence de vingt ans, il arriva à Paris en 1753 , fut reçu membre de l'Académie le 23 août de la même année , sur un tableau représentant la Vue d'un port de mer par un soleil couchant, et nommé conseiller en 1766. Peu de temps après son retour, le roi lui commanda de peindre la suite des ports de France, qu'il exécuta dans l'espace de neuf ans , tout en produisant une quantité considérable de marines et de paysages pour des résidences royales ou des collections particulières.
Deux ans avant sa mort, Joseph eut la satisfaction de voir son fils Carie Vernet, prendre place à son côté à l'Académie.
J. Vernet a exposé à tous les salons de 1746 à 1789 ; ses ouvrages ont été gravés par Aliamet, Avril, Baiechou. Lebas, Basan, Benazech, Mi,e Bertaut, Goulet, Daullé, Duret Tardieu, Flippait, Leveau et une foule d'autres artistes.
J. Vernet n'a pas la richesse de ton, ni la finesse des peintres hollandais ; sa couleur est moins chaude que celle de Claude Lorain , son style moins élevé, mais
il rend toujours avec une touche facile ; la nature est envisagée par lui d'une manière large, vraie, et simple. La quantité de figures introduites dans ses tableaux, et qui en font une partie essentielle, contrairement à l'usage des paysagiste , qui ne les considèrent absolument que comme des accessoires , donne à ses compositions un intérêt tout particulier qui les élève, en quelque sorte, à la dignité de l'histoire ; ainsi qu'il le disait lui-même , il existe des peintres sachant mieux faire un ciel , un terrain , une vague , mais aucun n'a su mieux faire un tableau.
On voit par le Mercure de Fiance du mois d'août 1770, que Joseph Vernet avait un frère , peintre de décors, qui travailla beaucoup aux ornements de la salle de spectacle de Versailles.
VAlmanach des Artistes de 1776, désigne un Vernet sculpteur en ornements qui demeurait place St-Sulpice, tandis que J. Vernet demeurait quai des Augustins.
Le Musée du Louvre possède quarante- huit toiles de J. Vernet dont l'une des plus remarquables est le Soir ou la Tempête.
On compte que cet artiste a exécuté plus de deuxcents tableaux de 1752 à 1789 , ce qui ne doit pas surprendre, car son génie n'a eu ni enfance, ni vieillesse.
Dans un tableau représentant la vue de l'entrée du port de Marseille, prise de la montagne appelée la tête de inone, Vernet s'est peint lui-même, sur le premier plan, dessinant, et entouré de sa famille qui lui fait remarquer Annibal Camouv, alors âgé de 110 ans (né à Nice en 1638 , mort à 122 ans), et dont le souvenir dure encore parmi nous.
J Vernet a du à plusieurs reprises, consacrer son pinceau ù la reproduction des sites de son pays natal.
M. Barjavel cite entr'a ;tres une vue de la ville d'Avignon, dédiée au prince des Asturies, et gravée en 1782 par P. -A. Martini, de Parme.
Le musée d'Inguimbert à Carpentras possède de lui quatre tableaux originaux. Au musée Galvet il en existe aujourd'hui un certain nombre, dont un offre l'épouse de J. Vernet, assise au bord d'une fontaine, faisant boire son fils qui est très jeune. Beaucoup d'œuvres de J. Vernet ont figuré à notre Exposition. Le lecteur en trouvera la liste dans le chapitre consacré aux exposants.