‹ Annales de la peintureChapitre 59 sur 72 · Q LE LE TÇMPS AVAIT BRISÉ · texte numérisé non relu

Q LE LE TÇMPS AVAIT BRISÉ

« Pradier avait commencé mon buste à Nimes, mais peu satisfait de la qualité du marbre, il me pria d'en ajourner l'exécution à Paris.

« Un jour, le buste étant terminé , deux membres de llnstitut entrèrent dans son atelier; ils s'écrièrent que ce buste exécuté avec une rare perfection, était d'une ressemblance admirable ! — J'en étais sur , leur dit Pradier, j'ai fait cet œuvre avec mon cœur ! —Que pouvais-je répondre? je l'embrassai de toute mon âme.

« Je me trouvais dans son atelier, lorsque le compositeur célèbre de la Vestale vint le prier de faire son buste; il le voulait avec des ornementations et des broderies qui en augmentaient le prix et dont Pradier lui dit le chiffre. Spontini se récriant , le trouvant très élevé.— Si vous étiez mon ami, comme monsieur, lui répondit Pradier, en me regardant , je vous ferais le buste pour rien. J'en use ainsi avec mes amis. Spontini comprenant qu'il'avait manqué de tact, se hâta de le réparer par des paroles flatteuses pour l'illustre statuaire et il commanda son buste , sans prix , s'en rapportant à la loyauté du maître. Ce buste magnifique ligure aujourd'hui dans le musée de Berlin.

« Un jour, par un temps sombre, me trouvant dans l'atelier de Pradier, à l'Institut, je vis arriver dans un modeste équipage, un personnage célèbre ; Lamartine venait poser pour le buste que dans sa reconnaissance la ville d'Arles avait commandé. J'avais entendu déjà, l'illustre orateur à la Tribune , mais c'était la première fois que je me trouvais si près de lui. — Grand Dieu ! quel changement! ce personnage, ce grand poète, au regard si beau, à l'attitude si noble, les yeux éteints, la figure flétrie, semblait en ce moment , courbé sous le poids des orages politiques. Ce n'était plus que l'ombre de Lamartine *?. . . Par respect, je voulais me retirer, Pradier, qui vit mon intention, me fît signe de. rester.

« Vainement, le grand statuaire, adressait la parole ù son modèle ; Lamartine, absorbé, livré malgré lui à ses tristes pensées, oubliait qu'il posait pour l'immortalité!

« — Que vois-je, s'écria tout -à-coup Pradier, et comment ne m'en suis-je pas déjà aperçu ? Monsieur , vous avez la figure Césarienne ! — Vous trouvez 9 reprit Lamartine, en se redressant fièrement, les yeux animés. — Oui , vraiment , vous avez les traits de César ! — Et en effet, dit Lamartine , il y a beaucoup d'analogie dans la vie de ce grand homme et la mienne. Et le voilà discourant et s'excitant à la recherche des points de comparaison. Pendant ces courts instants , le génie de Pradier, prompt comme la pensée, saisit dans les traits ranimés de son modèle , le caractère poétique qui lui manquait naguère et l'œuvre était dignement achevée !

« Voici une aventure qui a eu une grande influence sur la carrière et sur la vie de Pradier.

« Il la racontait même volontiers : — Un jour , disait-il , alors que j'étais dans l'adolescence, élève du célèbre sculpteur Lemot , on entendit un grand bruit dans la rue, c'était l'empereur qui venait visiter râtelier du maître.

« Le duc de Frioul entra d'abord en disant : Lemot, voici l'empereur ! A ces paroles, une douzaine d'élèves habitués à le considérer comme le Dieu de la guerre, épouvantés , se précipitèrent vers une porte opposée à celle d'entrée, et si grand était leur effroi que voulant la refermer , ils laissèrent un élève en dedans. Cet élève était Pradier. Il se rencoigna contre la porte et se mit à genoux. — Bonjour Lemot, bonjour, dit l'empereur en entrant. Puis regardant la statue que taisait le célèbre statuaire, il ajouta : C'est bien, très

KCOLE DE MARSEILLE. 515

bien.— Apercevant ensuite le jeune Pradier ; il lui prit la tète dans sa main et le regardant avec intérêt : Lemot, voilà une bonne tête. — En effet, sire, cet enfant donne beaucoup d'espérance, mais ses parents sont si pauvres que je crains bien qu'il ne puisse continuer ses études. —Eh bien, répliqua, l'empereur, j'y pourvois sur ma cassette, par une pension de 1,500 fr., adieu, adieu Lemot.— Et tout aussitôt, l'on entendit un grand bruit dans la rue, l'empereur retournait aux Tuileries.

« A peine se fut-il éloigné , que l'enfant s'élança au col de son maître et celui-ci, le pressant dans ses bras, confondit ses larmes d'attendrissement avec les siennes.

« Pradier jura, dès ce moment, qu'il arriverait ou bien qu'il n'y survivrait ! En effet, à dix-huit ans, il remporta le grand prix de Rome.

« Pradier me disait , que toute sa vie il avait senti sur sa tête la main puissante du grand empereur !

« Après l'achèvement de la fontaine monumentale . plusieurs personnes demandèrent à Pradier de leur en vendre les modèles. — Je fais mieux , leur répondit-il. je les donne, et il m'envoya les cinq statues. »

Les œuvres de Pradier ayant figuré aux diverses expositions de Paris sont, en 1819 : une Bacchante et un Centaure, groupe (marbre} musée de Rouen ; une Nymphe (marbre). — En 1822, un fils de iS'iobé, marbre (galerie du Luxembourg) ; Buste en marbre de Charles Bonnet.— En 1824, une Psyché (marbre grec), au Luxembourg; un buste de Louis XV1I1 en marbre grec. — En 1827, un buste de Charles X ^marbre de France) ; un Prométhée ( marbre d'Italie ) ; une Vénus (marbre des Pyrénées), le duc de Berry mourant dans les bras de la religion, groupe marbre de

sept pieds, placé dans la chapelle de l'église St-Louis à Versailles; un buste de J.-J. Rousseau (à Genève) ; un bas-relief pour l'Arc de Triomphe du Carrousel ; une Figure pour la Bourse , la Fortune publique ; quatre Renommées de dix-huit pieds pour l'Arc de Triomphe de l'Etoile; un groupe de Trois Grâces (marbre); un Fleuve en bronze de dix-sept pieds, pour la fontaine de la Bastille; la statue de Rousseau en bronze de sept pieds six pouces (pour Genève). — En 1834, Satire et Bacchante (groupe marbre); Buste en bronze du roi ; buste de Cuvier (marbre français). — En 1835 M. D... membre de l'Institut (petite statue plâtre). — En 1836, Venus et l'Amour (groupe en marbre). — En 1838, une Vierge (statue marbre), appartenant à la cathédrale d'Avignon ; Buste du baron Gérard (marbre). — En 1829, Louis-Charles d'Orléans comte de Beaujolais (statue marbre) ; Charles-Marie Denys comte de Damremont", lieutenant -général (statue marbre.) — En 1840, Vase funéraire (marbre). — En 1841, une Odalisque (statue marbre).— En 1843, Cassandre (statue marbre) ; Buste de Sismondi (bronze); Buste de M. Erard (marbre). — En 1845, Phryné (statue marbre) ; Buste du roi (marbre). — En 1846, S. A. R. Mgr le duc d'Orléans (statue marbre) ; Poésie légère (marbre); Statue de M. Jouffroy membre de l'Institut (marbre); Anacréon et l'Amour (bronze); la Sagesse repoussant les traits de l'Amour (bronze) ; Buste de M. Paillet (marbre). — En 1848, Nyssia (statue marbre grec pentelique);Sapho, statue demi-grandeur (bronze); M. de Belleyme (statuette marbre). — En

1849, le Printemps (statue en marbre de Paris).— En

1850, Buste de M. Barbier (marbre); la Toilette d'Ataîante (statue marbre); statue de Médée (bronze) ; Pandore (statuette bronze) ; Buste de M. Ducamp (bronze). — En 1852, Sapho (statue marbre),

Page 1