‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 8 sur 149 · IV · texte numérisé non relu

IV

i39 ans aicant JémS'Chmt.

4* année du pontificat de Simon^Macckabée, à Jérusalem, 614 de Rome : Cn. Calpurnius Piso, et M. Popillim Lcena», cons. Continuation de la guerre en Espagne.

Ces aratbassades, ces traités avaient créé de trop bons rapports entre les Romains et les Juifs pour que ceux-ci, essentiellement zélateurs et commerçants, n'affluassent pas en grand nombre à Rome. Aussi celte affluence fut si considé* rable qu'elle donna de Tinquiétude aux magistrats, et les

* 1 MacchabéeSj eh. yiii, 17-32,

* I Màcàutbiesyxu^ 1-3. Voir Josèphe racontant le même fait en termes sembla* Mes, 4nt, ffud.f h xiii| c. &, o,8. Voir au98l Sr^)>3iU87 Pfrrerairronianorufn,p* 7,

iA LEg ROMAINS OlIT COHNU LIS TBADIT101I8 BIBLIQUES,

obligea à les éloigner de Rome. Voici ce qu*en disent les historiens romains.

Nous connaissions par Valère Maxime y auteur du siècle d'Auguste^ le fait suivant :

« C. Cornélius Hispallus, Préteur des étrangers^ sur un édit » des consuls M. PopUius Lœnas et Cn. Calpumius \ ordonna à » tous les Chaldéens de sortir de Rome et de l'Italie en dix D jours, parce que^ par une fausse interprétation des astres^ » ils jetaient dans les esprits faibles et ignorants des ténèbres » profitables à leurs mensonges.— De plus^ il obligea à rentrer D dans leur pays ceux qui s'efiTorçaientde corrompre les mœurs » romaines par le faux culte rendu à Jupiter SaJbazius ^. »

On ne savait trop ce (|ue c'était que ce Sabazius. La plupart des auteurs y voyaient le Jupiter ou le Baechus des Grecs; mais deux auteurs latins^ Julius Paris et Januarius Nepoiianue, récemment découverts par le cardinal Mai, sont venus compléter le texte de Yalère-Maxime^ et nous ont appris que ce Sabazius n'était autre que le Dieu Sabaoth. Voici le texte de Juiius Paris. Après avoir cité ce qui a rapport aux Gbaldéens, il continue :

tt Le même Hispalus fit retourner dans leur pays les Juifs » qui, par le culte de Jupiter Sabazius, s'étaient efforcés de » corrompre les mœurs romaines^. »

' Voir ci-après, la note 2, p. 16.

^ G. Cornélius Hispallus, prsetor peregrlnus, M. Popilio Lœnate, Gn. Galpumio Coss., edicto Chaldœos intra decimum diem ahire ex Url)e atque Italia jussit : levibus et ineptis ingeniis, fallaci siderum interpretatione, qusstuosam mendaciis suis caliginem ii^identes. — Idem, qui Sàbazii Jovis cultu simulato mores romanos inflcere conati sunt, domos suas repetere coegit (Valère Maxime, 1. 1, c. 3, n. 2).

' Voici le texte entier de Julius Paris, où Ton remarquera entre autres variantes le prénom de iMcius donné à Galpurnius au lieu de Cneius de nos livres imprimés :

Gn. Cornélius Hispalus, prsetor peregrinus, M. Pompilio Lœnate, L. Gaipurnio Cos., edicto Chaldœos circa decimum diem abire ex Urbe atque Italià juRiit, levibus et ineptis ingeniis, fallaci siderum inteipretatione, quœstuosam mendaciis suis caliginem ii\jicientes. — idem Judœos, qui Sabazi Jovis cultu, romanos inflcere mores conati erant, repetere domos suas coegft (JnlH Parldis epitoma decem litfrorum Vakrii Uaximi, dans les Seriptores ijeteret de Mai, t m, pars S, p. 7.

mill tmttS RAPP0BT8 ATEC LES J0IF8. 15

Le second auteur découvert par le cardinal Ma!^ Jmnuarha Nepotianus, ajoute les détails suivants :

« Le rnême ffippaius chassa de la ville les Juifê qui es- B sayaient de faire accepter leurs croyances par les Romains^ » et renversa les autels particuliers élevés dans les lieux pu- » blics ^ 9

C'est ici peut-être la première persécution des Romains con** tre le vrai Dieu; mais nous y voyons en même temps les preuves de TinQuence que les Juifs avaient à Rome même^ sur les Romains. Cette influence nous allons la voir s'étendre de plus en plus.

En effet nous apprenons que les consuls qui les chassent de Rome^ renouvellent la même année alliance avec le grand prêtre Simon Maœliabée, et ordonnent^ par lettres expresses, à tous les rois et à la plupart des peuples qui avoisinent les Juifs, de les respecter.

Voici ce que nous raconte le i*" litre de$ Macchabées, et la lettre qu'il nous a conservée :

« Après cela Simon envoya Numénius à Rome, avec un bouclier d'or, grand et pesant, de mille mines, afin d'établh* » l'alliance avec eux ^, »

Josèphe en fait mention en ces termes :

« Simon étant devenu partout supérieur à ses ennemis, » passa le reste de ses jours en paix, et envoya des ambassa- » d^urs à Rome, pour renouveler le traité d'alliance avec le » peuple romain ^. »

Le livre des Macchabées dit de plus :

» Or, on apprit à Rome et à Sparte que Jonathas était mort, et » tous en furent profondément affligés. Mais quand ils surent » que Simon, son frère, était souverain prêtre en sa place, et X» qu'il était maître de toute la contrée et de toutes les villes, » ils lui écrivirent sur des tablettes d'airain, pour renouveler fi l'amitié et l'alliance cju'ils avaient jurées à Judas et à Jona-

1 Judsos qnoque qui Romanis tradere sacra sua conatf erant idem Hippalns orbe exterminaTit ; arasque privatas è publids lods abjeclt {Epitoma Ubrorwn Valerii MuMimi, ift., p. 98),

* I Maeeha».^ eh. xnr, 24,

' An$.j^idalqu9iy h xiti, c. 7, n. 3.

|6 LES ROMAINS ONT CONNU LES TRADITIOnS BIBLIQUES^

» tbas, ses frères^ et ces lettres furent lues devant l'assemblée ' » de Jérusalem ^ »

<x Or, Numénius et ceux qui étaient avec lui vinrent de Rome » avec des lettres écrites aux rois et aux royaumes^ et conçues » en ces termes :

« Lucius ^ consul des RomainS; au roi Ptolémée (Evergète) salut :

«Les ambassadeurs des Juifs ^ nos amis, sont venus vers » nous, envoyés par Simon, prince des prêtres, et par le peu- )) pie des Juifs, pour renouveler l'amitié et l'alliance an- D ciennes; et ils nous ont apporté un bouclier d'or de mille » mines. C'est pourquoi il nous a plu d'écrire aux rois et aux x> royaumes de ne leur faire aucun mal et de ne pas les atta- » quer, ni eux, ni leurs villes, ni leurs terres, et de ne pas » secourir ceux qui combattent contre eux; et il nous a semblé » bon de recevoir le bouclier. — Si donc quelques hommes » pervers s'enfuient de leurs terres vers vous, livrez-les à » Simon, le prince des prêtres, afin qu'il sévisse contre eux » selon la loi. »

L'écrivain juif ajoute :

ce Et les mêmes choses furent écrites au roi Démétrius (Ni- » canor de Syrie), à Attale (roi de Pergame), à Ariarathus (roi » de Cappadoce) et à Arsace (roi des Parlhes); et de plus à toutes D les régions, à Lampsaque et aux Spartiates, à Délos et à » Mynde, à Sicyone et en Carie, à Samos et en Pamphylie, en » Lycîe et à Halicarnasse, à Rhodes et en Phasélide, à Coos » et à Sidon, en Aradon et en Gorlyne, à Gnide, à Cypre et en » Cyrène.

» I Maech. c. xiv, 16-J9.

3 On a fait quelques difficultés sur cette ietti*e, parce que les éditions actuelles de Valère- Maxime portent Cneius Caîpurnius au lieu de Lucius y mais il faut savoir que les anciennes éditions portaient Lucius. C'est Pighius qui, dans ses Annales Romanorum, a préféré, d'après Gassiodore et Marianus Scotus, la leçon de Cneius à celle de Lucius, sans faire attention que Valère-Maxime, auteur du 1" siècle, devait mieux connaître les noms de ces consuls que des auteurs du 6* et du 11 « siècle^ c'est d'ailleurs, la leçon qu'ont suivie Slgonias, dans ses fastes, Grellius, dans sa chronologie de Tite-Live, Génébrard, dans sa chronique, et Salian, dans ses Annales Veteris TestametUif t. vi, p. 167. Le te^tp de JuJiiis Par}?, pquYeUement découvert par k Gard, Mai, leqMel port©

DANS LEURS RAPPORTS AVEC LES JUIFS. i7

• > Et ils en envoyèrent une copié à Simoriy le prince des » prêtres, et au peuple des Juifs K »

On voit dès ce moment comment et combien les Juifs étaient en rapport avec Rome et avec tous les peuples de TOrient et de la Grèce. Gela étant prouvé, personne ne doutera que leur religion et leurs prophéties n'aient été connues plus ou moins par les écrivains et les habitants de ces divers pays ; car en lisant ces documents et ceux que nous allons publier, il faut se souvenir d'une chose : c'est que les Juifs, si attachés à leurs lois, avaient devant les yeux les paroles de leurs prophètes qui leur prescrivaient de faire connaître leur Dieu aux nations. Voici en particulier les paroles de Tobie :

a Confessez le Seigneur, fils d'Israël, et louez-le en présence » des nations, car c'est pour cela qu'il vous a dispersés au D milieu des nations, qui l'ignorent, afin que vous racontiez » ses merveilles et fassiez savoir qu'il n'y a point d'autre Dieu » tout-puissant que lui -. »

Or, qu'ils aient mis en pratique ces prescriptions, nous en avons une preuve bien véridique dans ces paroles de Jésus- Dieu :

a Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui par- » courez mer et terre, pour faire un prosélyte ; et quand vous » l'avez gagné, vous le rendez tils de l'enfer, deux fois plus » que vous *. »

Continuons à recueillir les témoignages historiques sur les rapports des Juifs et des Romains, et cherchons comment a pu se répandre parmi eux l'opinion de la venue d'un Libérateur.

Lucius, nous a déterminé à corriger ici Valère Maxime ; ce texte parait fixer définitivement le prénom de ce consul, et confirme le récit du livre des Macchabées,

' Voir ï Vacchabéesy ch. xv, 15-:^4.

^ Confltemini Domino, fllii Israël, et in conspectu gentium laudate eum,quoniam ideo dispersit vos inter gentes, quae ignorant eum, ut vos enarretis mirabiiia ejus et faciatis scire eos quia non est alius Deus omnipotens prseter eum (Tobie, XIII, 3, 4).

^ Vas voLis, scribse et pharlsœi hypocrite, quia circuitis mare et aridam, ut faciatis unnm proselytum ; et cum fuerit factus^ facitis eum fllium gehenme, duplo quàm vos (tfatfh., xxiii, 16).

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