LES VERBES NOUVEAUX
M. MICKIKWICZ, M. TOWIANSRf, M. QUI^ÏET.
Nous l'avons souvent dit dans nos Annales^ dès que l'on admet que i'iiofflmc n*a qu*à descendre en lui-même pour y trouver, sans secours extérieur, sans règle extérieure, la vérité; dès que Ton admet que par un développement spontané et nécessaire, la vérité naît en lui, se fait en lui , il doit arriver un moment où l'homme se reconnaîtra et s'adorera comme verbe, comme parole de Dieu; et quand il proférera cette nouvelle parole , quelque étrange qu'elle puisse être , rien ne pourra lui être opposé de logique pour le réfuter. Car que peut-o» objecter à Dieu qui est censé parler sans témoin à sa créature?... Ce que nous avons prévu se réalise avec une étonnante rapidité et mie effrayante extension. Les Verbes, les prophètes, les révélateurs, les Messies se posent en face de la société actuelle. Longtems la crainte du ridicule avait voilé la pensée intime des Verbes nouveaux. C'était sous une forme poétique , dans des vers échevelés , dans une prose obscure , s'adressant à des auteurs morts ou éloignés , que l'on faisait l'application de ces conséquences. Mais aujourd'hui on dit ouvertement : le Messie^ c^est celui-ci, c^est celui-là^ c^est moi. Ou propose de jurer en son nom en plein amphithéâtre; les spectateurs jurent ; et ainsi les anciennes apothéoses païennes ont recommencé.
Nous devons tenir nos lecteurs au courant de ces phases nouvelles que revêt la polémique contre l'Église catholique. Mais, dans l'expo -
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sition que nous allons faire de ces excentricités, nous avons besoin de dire à V^anfie qoe ^ nt mit ni lea persMUieB ni ies résul^ts que nous attaquons; les personnes, — nous en donnerons des preuves, — sont des honunes d'honneur, et même des hommes religieux, des hommes dévoués au soulagen^nt des misères de leurs frères, de Fhamanité entière ; les résultats qu'ils désirent obtenir sont une plus grande union entre la famille humaine , une plus grande charité entre les enfans de Dieu. Ce résultat , c'est celui que nous poursuivons nousmteies, celui que l'éi^ise du Chrkt prépare depuis son établissement Mais ce que nous attaquons , ce sont les principes sur lesquels reposent ces excentricités diverses; ce sont les leçons qui tous les jours font sorthr tant d'âmes d'élite de la croyance cathoUque, et malbeareusement quelquefois des limites même du seos commun.
On a dit : c La raison , c^est Vêtre absolu , qui s^apparaît à hd* » même dans la conscience humaine ; c'est un principe médiateur » «ntife Phomme et Dieu dans le dogme chrétien ; c'est un principe • vraiment divfai dans la croyance tmiverselie de rhumamté. On a » dit que le f^erbe sUncarnait dans chaque homme.,,; qne Din » n*était pas descendu sur ia terre pour proclamer lui-même ces > CbxrftS ; . • . .qu*fl les aidait grasses de sa main au fond de tùute cot»- 9 science ', »
Yollà ce que Ton a dit à l'homme. Est-il étonnant qu'il se soit mis à parler comme un Dieu, qu'il se croie Messie, Paradet, Révéfoteor; et quand il dit que Dieu lui parle ainsi au-dedans, que loi répondre, excepté peut-être : à moi il parle autrement ?
Au reste, ce n'est pas seulement à M. Cousin que nous faisons remonter le reproche d'avoir exalté et en quelque sorte divinisé la raison hnmame par ces principes ; car il y croit sans doute lui-même, et il en est le premier le jouet ou la victime. Ces prmcîpes, qui en ce moment passent à l'état d'action , ont longtems séjourné dans les écoles, se cachant plus ou moins sous le nom d'idées innées , de facultés naturelles, de raison humaine. Réglementés alors et contenus par les croyances catholiques, ils s'étaient longtems essayés , répandus,
• M» ÇOttÂH. Cmn de 1818, p. 55. — Introdaelim au cours de 1820, p. 75 «1 1«. — Cours de 1819, l« partie, p, m.
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for$$és4aii8 les écoles , quand Descartes est veau* aoa lesia¥ei|t«r ', mais leur donner une forme nouvelle etxompiète. JDans ces théorieç, brillantes sans doute , et que nous sommes loin de rejeter en enUeTf on a oublié on principe essentiel, et d*où , suivant nous , sont venu^ tous les désordres qui se trouvent dans la phiiosc^e actuelle. Ce principe , que nous avons eu bien souvent Toccasion d'exposer dans nos Jnnales^ et ^i a fait comme la base de nos travaux » c'est que ; quelle que soit Tori^e de nos idées, elles ne se développent en nous, ne se fortifient, ne passent à Tétat de raison et ne constilaient l'homme, qu'autant qu'elles scmt ou produites, ou excitées par la parole, que l'homme doit recevoir forcément d'une sodété plus ou moins organisée. On a renoncé généralement à admettra pour le corps un état de nature où il se serait formé ou développé seul » sans secours extérieur ; on reconnaît qu'un aide extérieur , un état sof^ lui est nécessaire; et cet état de nature, qae l'on croit irréalisable pour le corps, on le suppose pour l'âme ; on assure que l'âme, sans secours, sans la parole, sans la société, a trouvé et trouve enc(»re en elle-même Dieu, le monde, sa foi, sa morale!! Voilà les principes sur lesquels i^'appuye la philosophie moderne ; et voilà aussi les principes qu'il faut rejeter si Ton veut répondre aux )\lessîes et révélateurs nouveaux, il ne faut pas les reconnaître comme formés par une communication ou une kifnsion directe de l'esprit de Dieu en eux, si l'on veut leur refaser le droit de croire à cette communication. Voilà ce que nous voudrions que non-seulement les prophètes nouveaux , mais encore les défenseurs de la cause catholique comprissent mieux.
' Nous n^en donnons Ici d*autre preuve que ces propositions professées par fUniversilé de Paris et condamnées, le 7 mars 1377, par Etienne Tempier, évèque de cette yille : « 11 n*y a point d'état plus excellent que de s'appliquef
> à la philosophie. >- Les philosophes seuls sont les sages du monde. — On « ne doit pM se contenter de r«utoriié pour avoir la cartilude 4*ttD6 ques- » tion. — Pour qu'un homme ait la certitude d'une conclusion , ii ftist quUl
> soit fondé sur des principes connus ou clairs par eux-mêmes. — 11 ne faut • croire que ce qui esi connu par soi ou ce qui peut l'être par des choses )> connues par elles-mêmes. > — - On reconnaîtra facilement ici les principes de Descartes et d'autres phiiosophfes modernes. Voir nos Jnnafes, tome \j p. 174.