LE LIBÉRALISME ET L'HISTOIRE CONTEMPORAINE
LETTRE A M. BONNETTY.
NeTen, 30 mars 1875.
Très-cher et très-digne ami,
Vous publiez depuis quelque temps dans vos précieuses Annales des articles très-remarques et très-remarquables où vous reconstituez, on peut le dire, l'histoire romaine. Vous restez ainsi dans l'une des spéciaÛtés de votre si utile recueil, qui s'attache à rétablir la vérité historique^défigurée depuis trois siècles par l'hérésie et le philosophisme. Gr&ce à vos Annales, l'Apologétique catholique sera en mesure d opposer aux objections de la fausse science la réfutation la plus péremptoire : la réfutation par les faits. Mais ce n'est pas seulement l'histoire ancienne qu'il est nécessaire de dégager et de débrouiller; l'École libérale dirige le
VP SÉEIE. TOME IX. — N* 54 ; 1875. (88* vol. de la coll.] Il
même système de conspiration ooàtre l'histoire contemporaine; exaltant outre mesure tous les hommes, philosophes, littérateors, politiques, économistes... qui saiyent les inspirations des idées modernes , elle s'efforce d'amoindrir ceux qui sont restés fidèles aux enseignements de l^Eglise romaine. Si on laissait s^accréditerisans protestation ces jugements passionnés, la postérité serait trompée sur notre époque, comme nous l'avons été nous-mêmes sur les époques antérieures. Il vous appartient plus qu'à personne, à vous, cher et digne àmi, qui depuis près de cinquante ans prenez une part si active à la polémique contemporaine, de rétablir la vérité sur le présent^ comme vous essayez de la reconstituer dans le passé.
Pour vous aider dans cette tâche, je crois devoir vous communiquer une correspondance relative À un livre qui a eu un assez grand retentissement : V Histoire du R. P. Lacordaire^ par M. Foisset. Dans cet ouvrage, écrit avec un talent incontestable, l'auteur, lié par des engagements d*école et dominé par des influences despotiques, énonçait sur certains faits et sur certains hommes des jugements empreints d'une partialité malheureuse, et dont plusieurs reposaient sur des erreurs de fait. Je me permis d'adresser à l'auteur une assez longue lettre, où je relevais quelquesunes de ces appréciations erronées. Avec une bonne foi qui l'honore, H. Foisset reconnut, au moins sur certains points, la fausseté de son récit et promit de se corriger dans une seconde édition. La mort le surprit avant qu*il ne pût faire les corrections promises.
Lorsque j'appris que, malgré la mort de Fauteur, la seconde édition devait être publiée, je m'adressai à l'éditeor pour lui faire part de la promesse qui m'avait 'été faite. ^.' Lecoffre me renvoya à MM. Donhaire et Foisset fils, comme cliargés du travail de rëvisioa. Oes relations aotérieures m^ayant mis en rapport avec H. Doabaire, je lui communiquai mes réclamations, et j'appris avec saiisfac* tion que H. Foisset, avant de rooarîr, avait exprimé^ le désir que des corrections fussent faites, qu'il avait même ineieté & plusieurs reprises et avec force sur ce point. On m'assura
CONTPS hm AOCVêAnùW 1>B B(« F0I86£T. 167
de la manière la plus formelle que sas intentione seraient respectées. J'attendis plein de confiance.
La nouvelle édition ayant paru, je me la procurai. Quel ne fut pas mon étonnement en constatant que « même les «erreurs de dates et de faits» n'avaient pas été corrigées. Qu^ faire? Réclamer? J'ai attendu patiemment* mais je crois le moment venu de déposer, dans un recueil essentiellement historique, une protestation motivée. C'est ce que je fai3 en vous communiquant la lettre que j'adressai à M. Foisset et celle qu'il m'écrivit en réponse.
Recevez, cher et digne ami, avec l'expression de ma re* eonnaissance, l'assurance de mon très-affectueux dévoue-* ment. •
f Thomas Casimir, évêque de Nevers.
liETTBB A H. Tm, FOIftIiET an ««Jet des aMertlona f«Miie« cmutemMÊtu dUu m VIE DU P. LACORDAIRE {{'• édiU) €omirm M^r 4e ftallni» et mmiw€B,
Monsieur^
Les malheurs publics n'interrompent pas, en France, le cours de la justice. Plusieurs fois, sans doute, pendant votre longue et honorable carrière de magistrat, vous avez €u à exercer vos fonctions dans des circonstances douloureuses pour l'honneur et le patriotisme.
Vous ne trouverez donc pas mauvais qu'au milieu des émotions de la guerre et des perturbations politiques, je vienue interjeter appel devant le tribunal de votre conscience, d'un jugement en première instance rendu par vous, très-loyalementy j*en fuis convaincu, mais, je le erpis, sans avoir suffisamment recueilli tous les reoseiguements et pesé tous les éléments de la cause.
Dans le tome II de la Vie slu R. P. Lacordaire récemment publiée, vous avez cru devoir venger la mémoire du vénérable religieux d'une accusation qui résisterait de la publia cation imprudente que j'aurais intentionneUement faite d'une lettre du Père À Hgr de Salinis. Votre défense renferme une explication et uns accusatioa dont vous me per-
mettrez d'examiner en toute franchise le fondement et l<i
valeur. |:
Pour expliquer la vivacité, de certaines expressions em ployées par le P. Lacordaire dans sa lettre, vous dites quij ce qu'elle renferme d'excessif s'explique par les circons>i tances où elle fut écrite : & la suite du coup d'Etat, en ré* ponse au Mandement sur le pouvoir. «Pour juger cetta lettre, dites-vous, il faut se reporter à sa date ^. y> J'ao cepte les bases de votre argumentation . Or^ monsieur, la lettre du P. Lacordaire ne fut nullement écrite en 1852 on en 1853, c'est-à-dire sous le coup des événements de décembre, sous l'émotion du Mandement sur le pouvoir^ mais bien le 23 décembre 1858, et voici à quelle occasion :
Mgr de Salinis, alors archevêque d'Auch, ayant appris que le R. P. Garcenot avait prêché avec grand succès dans quelques villes de son diocèse^ eut la pensée de le demander pour la station de carême de l'année 1859 à la métropole d'Auch. 11 écrivit directement au R. P. Lacordaire une lettre qui avait le double but d'obtenir la faveur désirée et de renouer des relations autrefois très-affectueuses.
Il n'y avait pas dans cette lettre un mot de politique.
Voici la réponse :
Monseigneur,
a Le R. P. Garcenot est nommémeirt promis & Oran, et il n m'est absolument impossible de l'y remplacer, ni d*en- Tf> voyer à Auch un autre religieux digne d'une métropole. r> Je regrette vivement. Monseigneur, de ne pouvoir vous » donner, dans cette occasion, une preuve de mon zèle et » de mon souvenir.
« Je ne dissimulerai pas à Votre Grandeur que depuis p quelques années bien des choses nous ont séparés. L'Uiii- » vers est, à mes yeux, la négation de tout esprit chrétien et y> de tout bon sens humain, une sorte de gageure soutenue y> contre tous les sentiments de l'humanité contemporaine, » et dont il ne faudrait que rire, si le ton, les doctrines et » les procédés ne donnaient une prise sérieuse aux ennemis
* Vie du R. P. Lacordaire^ t. II, p. 216.
CONTBB LES ACCUSATIONS DE M. FOISSET. v 169
de notre foi. Je ne crois pas que jamais l'Eglise ait été
défendue par d'aossi pauvres personnages et d'aussi
pauvres théories. Si ma foi n'était pas aussi profonde par
la. grâce de Dieu, je crois que le spectacle plus que toléré
qu'ils nous ofiGrent, n'eût pas été sans péril pour mon &me.
• C^est vous dire, Monseigneur, pour ne pas vous parler du
» reste, à quelle distance une singulière Fortune nous a
» placés l'un de l'autre. C'est pour moi un regret; c'est
» aussi un enseignement. En voyant l'école sortie des ruines
» de l'abbé de Lamennais et l'étrange filiation qui lie ce qui
» est à ce que j'ai vu en 1824, je comprends mieux la chute
» de cet homme célèbre, et la vengeance anticipée que Dieu
ù a prise dans sa personne de tout ce qui devait renaître
» de sa poussière. L'histoire lui demandera compte un jour
i> de sa postérité, et sa postérité expliquera ce que sa* vie
9 aura pu laisser dans l'ombre.
a Ce peu de mots vous dira. Monseigneur, ce que je pense 1» et ce que je suis. Ma consolation au milieu de si grandes 9 misères morales est de vivre solitaire, occupé d'une cbuvi:6 » que Dieu bénit, et de protester par mon silence, et de 9 temps en temps par mes paroles, contre la plus grande » insolence qui se soit encore autorisée du nom de Jésus* » Christ.
« Je n'en conserve pas moins, Monseigneur, le souvenir s> de temps qui furent autres, et je ne désespère pas de voir » dans des jour s -meilleurs se rapprocher bien des intelli- » gences aujourd'hui séparées. C'est mon vœu le plus ar« » dent.
« Veuillez en agréer l'assurance et l'hommage respec* j» tueux avec lequel je suis. Monseigneur, un de vos an- » ciens compagnons d'armes ^ . »
Fr. Henri-Dominique Lagorbaire, des Frères Prêcheurs.
Sorfeze, 23 décembre 1858.
< Note de Mgr de Ladoae k U 2« édition délai Vie de Mgr de SaUnit «Les panégyristes du R. P. Ltoordaire m^ont accusé d'imprudence (voir ra?ant-propos du TeetamerU du R. P. Laeordaire^ p. 17) pour aToir pubKé cette lettre mémorable, qui est, suiTant eux, « un de ses plus beaux • titres de gloire. » J*ai recueilli moi-même ce propos de la bouche du comte
ifé B^KteE DE MfnmùHtOn I>£ ÈÂUnVi
Voi)& la lettre et toilà^ Monsieur, ce qa^A en est de votre é&plicatien.
Abordons raccosatiûii.
Voos accusez Mgr de Salînis : 1* de versatilité politique; 2* de sollicitation qnasi simoniaque; V de oourtisanerie intéressée.
' Triple accusation bien grate, Monsienr, et que vous n^avez sans donte livrée au public sons forme de jugement historique, vous a qui durant quarante ans avez dû prendre l'habitude de l'impartialité (p. 582), i> qu^après nne enquête sérieuse et un mûr examen, surtout vis-à-vis d'un Prélat avec lequel vous avez eu pendant plus de trente ans les relations les plus affectueuses.
Etaminons cependant.
Vous établissez ainsi la versatilité politique : « Ultra^Roya-^ j> liste en ISâ^-, converti... )> Sur quoi, Monsieur, vous êtesvous appuyé pour affirmer que l'abbé de Salinis était ultraroyaliste en i82k1
Est'Ce sur ses écrits? Je viens de relire tout ce qu'il a inséré dans le Mémorial catholique pendant toute cette année, et je n'ai' pas su y trouver une ligne, un mot qui justifie votre assertion.
Est-ce sur des souvenirs personnels ou sur des écrits particuliers qui soient entre vos maihs? Vous ne refuserez pas de me les faire connaître. Mais sans doute c'est d'après des conjectures que vous avez cru pouvoir attribuer ces sentiments & rabl>é de Salinis, à raison de ses relations avec l'abbé de Lamennais. Ces conjectures, Monsieur, manquent de fondement, le Lamennais de 1824^ n'était déjà plus le Lamennais de 1815 on 1820. Au mois de mai 182%, il écrivait à son frère :
de Montalembert; j'ai peine dès lors ^ comprendre en quoi j'ai pu être imprudent, puisque je n'ai fait qu'ajouter un nouveau flemon ^ la couronne déjk si brillante du R. P. Lacordaire. M. Foisset, dans la i^ édiUon de la Vie du H. P. Lacordaire, t. Il, p.* 819 et sntr., sttit répété Paccasttion ^imprudence formulée par le comte de Montal^'mbert, en rafgratant de nntention crd^ccuaer sans nécetsHé h mémolrs du Fère;» fêi lien d'espérer qn'^après les expHcaiiews parffctiKferes qui eut ev Heu entre itotis, fi sera, dans la 2* édition, plus Jvate apprédatevr de nos intentloia (p. M).»
COHTBB UB ACCUSATIOirs DB M, 701S8BT. 171
c Malgré Tinfamie des éhctions, la session présente Tf ébranle extrêmement le ministère, son règne ne saurait » désormais être fort long. Hais qu'anrons-nous après t » Rien de pis certainement. Hais quoi? je l'ignore. Je ne conçois pas aujourd'hui la possibilité de quoi que ce soit, » U fant bien que cette boue fermente pour qu'il en sorte > quelque chose de moius impur *. »
Ses écrits et sa correspondance démontrent qu'il était bien ioin de Pultra-royalisme, que reste*t-U dono pour asseoir votre jugement ?
Vous ybudresbien me le dire.
Converti aux doctrines de PAyeniT en ±830. Parce mot
vous ayez sans doute voulu parler — • votre phrase n'aurait
pas de sens autrement — des doctrines politiques en même
temps que philosophiques et religieuses. Or, Honsieur, je
puis vous affirmer que votre assertion n'est pas exacte
Tout en acceptant avec beaucoup trop de docilité lesdoe*
trines philosophiques et reUgieuses de l'Avenir^ H. l'abbé
de Salinis n'accepta jamais ses doctrines politiques. Je piiisi
ici rendre un double témoignage : celui de mes souvenirs,
qui serait, j^enai la conviction» confirmé par tous mes
anciens condisciples de Juilly, et celui d'écrits qui sont
entre mes mains. L'opposition de H. l'abbé de Salinis à la
ligne politique suivie par Y Avenir était tellement arrêtée
qu'il ne voulut jamais insérer une ligne dans le journal ni
laisser paraître son nom parmi les noms des rédacteurs.
Le même motif n'existant, pas k Tégard de V Agence pour
la défense de la religion catholique, il consentit à être
membre du conseil organisé par ses soins à Juilly même*
c Légitimiste relaps en 183^ tout en scdlicitant en ce
» temps-là même un évêché de Louis-Philippe ^. »
Je léserve, Honsieur, pour un examen spécial, l'accusation oblique que vous lancez entre parenthèse : elle est assez grave pour être élucidée avec soin. Ce que je viens de dire plus haut répond à cette assertion de légitimiste relaps dont les termes me paraissent peu dignes de votre plume.
* OEuvres inid. de M, de La Mennaii, t. II, p. 4. ' fie du P. Lacordmre^ U II» p. 965.
« Enfin républicain en 1848, quand il écrivait que le » peuple de février avait le sens divin de l'alliance natu- » relie entre le catholicisme et la liberté. »
Vous- guillemetez cette phrase de manière à la présenter à vos lecteurs comme la reproduction textuelle d'un écrit de M. l'abbé de Salinis. Vous vous donnez même la satisfaction de souligner ces mots : le sens divin du peuple de février»
Il y a, dans cette citation, un faux matériel et, ce qui est plus grave, un faux intellectuel.
Un faux matériel. — M. l'abbé de Salinis n'a jamais attribué au peuple de février un sens divin, pas même celui de ^alliance naturelle entre le catholicisme et la liberté. Voici ce qu'il a écrit :
« Le peuple ne s'y est pas trompé. On dirait que le sens )» divin de ce qu'il faisait lui a été révélé. Il a eu l'instinct )» de l'alliance naturelle du catholicisme et de la liberté. »
Comment se fait-il, Monsieur, que, reproduisant exactement, avec un sentiment d'impartialité et de bienveillance qui vous honore, la circulaire de M. l'abbé de Salinis, vous Fayea ainsi altérée dans le cours de votre écrit?
A votre insu, vous vous êtes laissé entraîner par l'assertion erronnée mise en avant par l'un des hommes qui paraissent avoir exercé sur vos jugements et vos appréciations l'influence la plus prépondérante*
Dans le numéro du Correspondant du 25 mai 1868, M. le comte de Hontalembert, le premier, attribua à l'abbé de Salinis la divinisation du peuple de février, le me permis de lui adresser, au nom de la vérité iiistorique méconnue, une réclamation dont je transcris ici le passage principal :
« Vous ne deviez pas, H. le comte, avoir cette phrase » sous les yeux lorsque vous avez écrit votre article, et votre » mémoire, si sûre d'ordinaire, vous aura cette fois fait » défaut, car ce n'est pas à vous qu'il faut expliquer l'im- » mense différence qui existe entre le sens divin des évé- » nements, lesquels bons ou mauvais réalisent tous la 1» pensée de Dieu, et le sens des peuples par qui ces événe-
» ments s'accomplissent. La £aate d'Adam et le déicide de » Judas oot eu un sens divin^ que ne possédaient pas assuré- » ment les auteurs de ces actes coupelles.
<( Je croirais vous faire injure, Monsieur le comte, en » insistant sur cette différence essentielle, mais je suis cer- » tain de ne pas vous en faire en comptant sur votre loyauté » pour réparer le tort involontaire que vous avez causé à la » mémoire d'un illustre prélat, oserai-je ajouter, la peine » que vous avez faite à ses amis.
1» Je n'ai aucun titre, Monsieur le comte, pour faire » monter un conseil jusqu'à vous, mais la loyauté de. votre » caractère m'encourage à vous adresser une humble sup* » plique. Ne croyez-vous pas que le moment serait venu » decesser, dans des polémiques dont la portée est et devient » de jour en jour si haute, des récriminations rétrospectives » qui ne peuvent servir qu'd diviser le royaume de Dieu ?
» Assurément nul n'en est plus convaincu que moi — vous » n'avez jamais eu et vous n'avez encore d'autre but que de 9 procurer la plus grand gloire de Dieu ; mais croyez-vous pque la gloire de Dieu soit intéressée à ces attaques que 1» vous dirigez contre des évèques qui ont rempli conscien* ^ cieusement leur devoir, par des moyens différents à » la vérité de ceux que vous auriez désirés, mais qu'ils » jugeaient eux, dans leur conscience, les meilleurs? Non, » Monâeur le comte, non, la gloire de Dieu n'est pas là, et, yf puisque vous aimez la libre manifestation des opinions, » j'ajouterai, ni la vôtre non plus... »
H. le comte de Montalembert, tout en accueillant favorablement ma lettre, ne justifia ni ne rétracta son accusation .
11 était déjà très-gravement malade ; j'eus le tort de ne pas rendre ma réclamation publique. L'accusation est restée, et vous l'avez accueillie sans méfiance.Yoûs n'en serez que plus disposé à dissiper l'erreur que votre récit contribuerait à accréditer. Vous profiterez de cette occasion pour effacer aux pièces justificatives quelques mots qui ne sont pas dignes d'un <c témoin qui dépose en justice. »
Croyez-moi, Monsieur, avant de prononcer contre un
174 DÉFfiUrSE DB MONBEXGNEUll DS SALINIft
v4nérMeévèqueV9LCcweLtioii&apo$ia$ief iiiauiétse bien 8ÛP de êe» premnes et d« soi»
2"" La versatilité politique ^i tonjonrs regrettable, elle est d'ordinaire rindice d'an malaise soeial pvofoad. Toutefois, à notre époque, après les révolations que nous avons ira* versées, cette versatilité s'explique, et peut jusqu'à «n cer« tain point s'excuser. Ce que rien ne saurait excuser^ 6*esi Pesprit d'intrtgne dans les membres da clergé. Rien de plus opposé au caractère et à la mission du prêtre que la sollicitation des dignités ecclésiastiques. La plus grande accusation contre Thonneur sacerdotal n'est-ce pas d'avoir brigué l'épiscopat? Vous n'avez pas craint^ Monsieur, d'infliger cette flétrissure à la mémoire d'un évéquequi a toujours porté très-haut l'estime de son caraètère. Selon vous, en \%^h^, M. Tabbé de Salinis^ tout en manifestant des opinions légitimistes, sollicitait un évècbé de Louis- Philippe.
Je laisse à la famille du prélat, et à son respectable frère, représentant jaloux de Thonneur des siens, à examiner s*il n'a pas quelque moyen légal d'obtenir réparation de cette injuste accusation. Pour moi, Monsieur, qui ai été associé de la manière la plus intime à l'épiseopat de Mgr de Salinis à Amiens et à Aucb^ ma mission est plus simple, et j'aime à le croire plus facile. J'ai à vous demander communication des preuves sur ' lesquelles est fondé le jugement historique consigné dans votre ouvrage, convaincu d'avance que vous avez dû être victime de quelque surprise. En i%Zk, j'étais auprès de M. l'abbé de Salims, alors directeur de Juilly, et je crojs pouvoir affirmer hautement qu'il était lo^n de songer à solliciter TEpiscopat.
Hais peut-être avez*vous rapporté à l'année 1834 ce qui s'est passé en 1840 pour la coadjutorerie de Troyes, oa en 1841 et 1842 pour l'évèché d'Angers. S'il en était ainsi, je serai en mesure de vous prouver par d'innombrables témoignages, et en particulier par une vingtaine de lettrea de M. le comte de Montalembert qui sont entre mes mains :
1"" Que dans ces deux circonstances, la candidature de
canne le» MXXêAtiot» db m. foout. 176
Tftbbé de Salipis foi mise «n avant par ûeê amin, en dehors de lui^ sans son concottri*
â^Que l69 démarches personneUcs anxxqvelka il crut devoir se prêter ïvi farent imposéeg par l'obéissance* Où est la sonicitatien? Où est Pintrigoe f ,
3* Si Fabbé de Salinis fut innocent de sollicitation sôoi^ le gonveroement de Louis-Philippe, on ne peut du moini» nier, dite9- vous, e qu'il offrit allègrement à Louis-Napoléon, 9 noD^senlement sa fidélité, mais ses services. » Vous pré^ tendez en trouver la preuve concluante dans son Mande* ment $nr le pouvoir. Je regrette, Monsieur^ que vous n'ayea pas fait pour cet acte épiscopal comme pour la dreulaire électorale^ que vous n^'ayez pas cité intégralement le texte. Vous auriez mis vos lecteurs en mesure de comparer^ et il leur eût été facile de rétablir le vrai senade Técrit, complètement défiguré, je dois le dire, dans votre analyse. Vous résumez dans ces quelques lignes Tune des plus ler marqoables parties de rinstraction pastorale^ celle où le prélat explique et justifie la conduite de l'Église vis^à-vis des pouvoirs de fait :
« L'Église ne peut faire un pas dans ce monde sans se T> trouver en face de César, qui porte dans les plis de son » manteau la paix ou la guerre* Or TÉgiise ne choisit » jamais la guerre : donc toutes les fois qu'elle trouve -n César sur son chemin, elle va la première à lui^ elle lui y> offre la paix. Et ce n'est pas la paix seulement, c'est n Palliance« »
Monsieur, permettes-moi de vous demander deux choses : i*âe relire les belles pages que vous avez prétendu analyser; 2° dans le caa où vous ne reconnaîtriez pas du premier coup d'oeil l'infidélité de votre résumé, de vouloir bien désigner un arbitre qui décide avec celui que je choisirai moi*mème; je suis sur d'avance du ré» sultat»
Voici qui est plus grave.
Voufi prétendez citer textuellement la déclaration de dévouement envers l'empereur. «. Nous sommes résolu A )» prêter à l'empereur le plus loyal concours, et nous vous
)!> engageons à l'aider vous-mêmes à accomplir la mission » providentielle qui lui a été confiée... d
Immédiatement après ces paroles se trouvent celles-cî, que vous supprimez sans la moindre indication :
a Notre concours et nos prières n'empiètent pas sur les )» desseins d'en haut. Nous ne tranchons pas des questions )» dont le nœud est dans les mains de la Providence. »
Ces paroles rapprochées des Encycliques pontificales citées plus haut ont une portée considérable, elles sauvegardent tous les droits, « ceux des peuples comme ceux » des rois. » Pourquoi les omettre, et les omettre sans en avertir le lecteur?
Ce n'est cependant pas encore la suppression la plus importante.
Vous continuez à citer : ce Nous ne prétendons pas donner » à ce prince l'avenir qui n'appartient qu'à Dieu. Hais )» nous l'aiderons, autant qu'il est en nous, à conquérir cet » avenir, à en prendre possession, p Et vous retranchez ces mots caractéristiques : si Dieu le lui a réservé.
Les trois phrases qui suivent sont citées exactement, sauf deux petites modifications qui ne changent rien au fond.
Au lieu qu'^i la condition que tout le monde le serait, il y a dans le texte autorisé par le prélat : qu'^i la condition que tout le monde serait libre comme lui. Au lieu qn* après qu^on aura été juste ^ il y a : qu'après que F on aura été.
A la suite vous continuez & citer, sans points indiquant une suppression quelconque : « D'ailleurs du moment, ^i^ Au lieu de cette phrase, qui n'est pas dans le texte, l'auteur explique ainsi sa pensée : <x D'ailleurs, Dieu a tellement » relié à l'Église le plan de ce monde que :
n En premier lieu, la liberté du chrétien est évidemment » la première liberté de l'homme. Les peuples où l'Église x> est libre, sont libres par le côté le plus élevé de leur exis- )> tence (je souligne ces mots oA se trouve la vraie ponsée » du prélat) dans leurs rapports avec Dieu dans le domaine ^ sacré de la conscience.
» En second lieu, les libertés sociales et même poli-
CONTBB LES' ACCUBATI0N8 DE M. FOI88ET. 177
» tiques, comme il serait facile de le démontrer, naissent et » sortent naturellement de la liberté religieuse, et meurent r> toutes' avec elle. Les peuples où TÉglise et la conscience V sont enchaînées, perdent le sens même de la liberté. »
A la suite des deux phrases composées comme on vient de le voir, vous continuez la citation, toujours sans indiquer d'interruption :
a Laissons faire l'Église )»
Or, Monsieur, cette phrase ne vient dans le texte du prélat qu'après un long paragraphe dont elle est la conclusion, et qui sert à l'expliquer. Et même, en le reproduisant vous supprimez des mots essentiels : « Laissons D faire l'Église : elle mûrira le germe, c'est-à-dire la liberté D religieuse f germe de toutes les libertés sociales et poli- D tiques; elle développera le sentiment de l'indépendance n dans notre conscience, elle remettra la dignité dans nos » mœurs, et alors la véritable liberté, la liberté des nations y> catholiques renaîtra. Sous quelle forme? nous l'ignorons 9 et qu'importe! d Et vous vous arrêtez là, satisfait de pouvoir présenter un évèque comme peu soucieux de la liberté, du moment qu'il possède un empereur selon son cœur. Or, Monsieur, cet évèque dont vous travertissez ainsi le langage et les sentiments, ajoute immédiatement : <x Mais elle renaîtra certainement. »
Me permettrez- vous de demandera votre conscience de magistrat chrétien le motif de cette suppression?
C'est aussi à votre conscience que je dénonce le commentaire dont vous accompagnez cette citation ainsi arrangée par vous. Vous ne craignez pas de signaler ces déductions rigoureuses « comme des sophismes qui ont dû » indigner l'eîme si loyale du P. Lacardaire. »
Eh bien 1 Monsieur, voudriez-vous avoir l'extrême obligeance de me dire où vous trouvez le sophisme dans les deux propositions que je viens de reproduire? Vous me rendriez, je vous l'assure, un très-grand service, car je les considère encore comme l'expression de la vérité théorique et historique.
Mais, Monsieur, ce que je dénonce surtout à l'indigna-
tion àé votre &me loyale^ c'est oétta asssertioa aibribuée par T<Mi9 Â l'aUteur <ki Manckimeiit gur te powoair : « Que » l'adhésioa au 2 décembr'e aura remis la dtgoité dans » nosfiooeurs, n tandis que^mètne daa^ votre texte tronqué, il est dit que c'est TEglise « qui remettra Ja digait^ dans » aos moeurs. »
Et encore cette autre assertion placée entre guilleoieb ; a II niait résolument qu'il y eût de la liberté eu Aagle- 9 terre. y> Où avez-votls trouvé, Monsieur, ^ees mots, cités oomme textcielfi? Je les aï cher^héB en yatu; 8ç»»t-ii« du moiofi leirésuoié de lapeuséed^ Tauteurt J'affirine que non.
Ok! Monsieur, oofume yous me faites compreadre la TiriiS de ces paroles écrites par le véaérabla prélat dans oe même Maodemeat si étraugemeat travesti par vous : « Soyons justes, sachons iious écouter les uns les autres, 3 et, sans cesser d'être de notre opiuioa, uous ne nous éton- 9 ueroiiS plus que tout le monde n'eu «oit pas(p« I76}« » £i vous aviez écouté ce conseil, j'ai me à croire que vous ne vousseriuez' pas permis d'ajouter à i'altémtion de la pensée du prélat, une imputation qui ^t raltération de ses seatimeois.
Vous affirmez que dans ce Màncteaient Té véque d'Amiens joffre à Tempereur, <i non pas sa fidélité seulement, mais » ses services. x> En vérité, j'ai eu beau cbercbec* le passage quia pudouner prétexte à votre imputation, je.n*ai pas su le trouver ; serait-ce cette déclaration : «Il ne s'agît de reruer 4» 43U4cune de nos eoiwietwm ni de renier même aueuMe de » nos espérances; il s'agit de laisser un ipomeni decMé » tout ce qui nous divise, pour travailler en eommuû à ce 3 qui est évidemment une œuvre commune, lareconstruc* » tion et le raffermissement des principes divins « qui sont » comme le sol primilijtf sur teq«iel reposent les avises de » tous les pouvoô^. Ainsi qatel quesoU^ dans les dcssaiim df 1» la Providence, V héritier de l'avenir.^ mwas auiKins tca* 9 vaille pour lui (p. 204). »
Croyez-vous que Louis XIV ou même Louis XVIII missent été bien satisfaits, si un évèque français dclonr tesBpssussait ^einsi locmuié aan oonseurs f
Après avoir réclamé justiee pour Mgr de Salini^i vouâ tkt trouverez pas mauvais que je soUicite an-peu d'indulgence pour Tantettr de sa vie.
Suivant vous, il a été imprudent en livrant à la publicité la lettre da R. P. Laeordaire, et coupable en attaquant sans nécessité la mémoire du vénérable religieux.
Ce n'est pas de vous. Monsieur, que vient raccusatioii dMmprudence; elle a été formulée par M. le comte de Hontalembert, qui en cela,comme en beaucoup d'autres cbcses, a affirmé sans preuve. Avant de publier cette lettre, je pris l'avis de plesiears personnes graves, appartenant à dies nuances diverses d'opinions; eUes inclinèrent toutes pour 1a publication.
L'imprudence n'est doue pas dans le fait lui-même, mais elle résulterait de Tinlention. Or sur quoi vous appuyezvous pour m^ attribuer hue intention que rien, ni dans mes écrits, ni dans Bia conduite, nemanifesl/e ? Vous voulez que je me sois proposé d'attaquer la mémoire «du P. Laeordair^e^ le demande des preuves , et jusqu'à production Je prolesiè. Direr-voos que je n'ai pu avoir d'autre fin ? Vous vous tronapez. La fin que j'ai eue est de celles qu'on peut avouer tout haut et que j'avoue comme tout ce que je fais. ¥k bien i Monsieur, la fin qoeje me suis proposée est celle-ci : j'ai voulu protester contre cette disposition qui me paraissait, lorsque j'écrivis la Vit de Mfr de Sadinis, prendre de plus eu plus racine dans les esprits d'une certaine éocle^ d'attaques passionnées contre les catholiques fidèles. Cest cette intention que j^ai iràb-nettement manifestée dana la lettreadreesée à H. le' comte idellon(aiembert(V. plus haut.)
Puisque l'oecasiou m'est offerte, vous ne trouverez pas laauTais que j'en piofite fowc signaler quelques aasar-itions de votre livre qui ne m'ont pas paru rigaureusemant exactes.
U me aemUa eonvenaUe entre écrivains catiidiques de eherchn à «'entendre avant <de (aroraler un dissentiment publie. Page S, vous aecusen le dergé de Pbili[ipe la JBel d*avcir manqué de irinlité, «t page 179 les catholiques d'^ béiutuùe muutotmeitean gnuivemeafient «quel qu'il îût^ sous
la terreur et depuis. J'aime à croire que vos paroles auront dépassé la portée de votre pensée. Page 9 « le ministre des » cultes avait pour mission de veiller non-seulement « . . . c'eût 1» été un concile de correspondance. )»
J'avais cru que le concile par correspondance était de l'invention de M. Martin du Nord ; il paraîtrait qu^au lieu d'inventer, il n'aurait fait que reproduire. Y a-t-il quelque acte authentique justifiant cette assertion ?
Même page : « Non-seulement les évèques, mais tous les
« curés durent s'engager par serment i» Aux pièces
justificatives, vous citez plusieurs lettres de Napoléon i Bernier, où je n'ai pas su voirie fait que vous énoncez etcpi est assez grave pour être prouvé par des documents certains. Pour mon compte, je dois dire que je n'en connais aucun.
Page 43. Vous présentez Chateaubriand et Ducis comme les (( représentants de l'honneur chrétien sous le premier
empire )» Ne pensez-vous pas que Bonald, d'Astros,
Boulogne eurent plus de titres ?
Page 27. A propos de l'essai de restauration de la Sorbonne par H. Frayssinous, vous présentez cette conception comme un peu étroite ei vous déclarez que « M. de Lamennais ». la mit à l'index comme entachée d'idées gallicanes. » Pour être juste, n'auriez- vous pas dû dire que l'école de M. de Lamennais attaqua la résurrection de la Sorbonne comme un empiétement sur les droitsdu Saint-Siège et qu'en cela elle combattit pour la vraie doctrine?
Pages 39 et M : Vous attribuez à H. A. Thierry le mérite d^avoir créé chez nous le sentiment de la vérité historicité sur le moyen dge, tandis qu'il est constant que cet écrivain ne comprit jamais le moyen âge; à M. Cousin d* avoir détrôné le sensualisme^ tandis que Frayssinous, Bonald, Lamennais et les autres membres de l'école catholique peuvent bien en revendiquer la principale part.
Page 113. Vous accusez le Mémorial catholique d'avoir rendu contagieuse l'amertume du langage dans les polémiques religieuses, et d'avoir mis au pilori tous les adversaires de M. de Lamennais, ses adversaires catholiques sur^ tout (p. 115). J'ai lu et relu à plusieurs reprises toute la col*
CONTRE LBB ACCUSATIONS DE M. F0I68BT. 181
lection du Mémorial^ et, sauf la plupart des articles d'O^- Hahony, que H. de Lamennais lui-même trouvait « un peu if aigres contre les personnes,!) ajoutant: « Il faut éviter cela )) autant que possible ; cela nuit à la dignité ^ ; » je n'ai pas su découvrir cette polémique amère, irritante et insultante que vous présentez comme le ton général de cette revue. Pourriez-^vous m'ezpliquer comment le « gallicanisme a » en des circonstances atténuantes pendant le grand schisme » d'Occident et pendant la ligue (p. 117) ? »
D'après vous, ce fut sons le coup des ordonnances Pot" ialis que V Association pour la défense de la religion catholique se forma^ et vous ajoutez que ic cette association enle^ » vait de fait anx évèques la direction de l'opinion, '^ » l'opinion catholique, je pense^ — pour la concentrer dans «des mains toutes mennaisienes. » Mais elle fut loin, de produire ce que le chef de l'école s'en était promis.
A la page 137 en note, vous déclarez positivement: a LM^ y> Sudation pour la défense ne se forma qu'au mois de juillet*»
Les ordonnances Portails sont du 16 juin 18^8; or le prospectus annonçant l'établissement de.l'aseociation est publié dans le. numéro du mois de mai du Mémorial. J'ai sous les yeux une lettre de vous du 2 juillet à Tabbé de Selinis,par laquelle vous déclinez l'offre de correspondant, ce qui suppose une organisation antérieure aux ordonnance^.
]e ne m'explique pas bien dans quel.sens vous voudriez que les évèques eussent la direction de V opinion catholique, tandis qu'ils n'ont pour mission que de veiller sur la dootrine.
JSe jugez-vous pas trop sévèrement l'influence exercée par Y association y
Page 138. Vous placez parmi les professeurs de Walestroit M. de Hercé, qui n'y fut jamais qu'en qualité d'élève.
Dans cette même page vous dites qu'il se trouvait à I<a Chênaie,«à cètéde beaucoupd'eçprits distingués, des esprits D romanesques. i> J'ai sous les, yeuxla liste de tpu^ les disciples; je ne puis comprendre à qui vo4ui,appliques& cette qualification sévère.
' OEuvre» inéd, U, 7. Lettre i l^bbé Jeao du 30.j»M: 18^.
VT« sÉRiB. TOME IX. — N^ 5!; 1875. (88* vol. delà coll.) 42
1812 DÉF£N8B DE MONSEIGNEUR DE SAUNIS
En racontant Tarrivée de H. de Hontalembert à Paris pour s^associer à la rédaction de V Avenir y vous dites :
Page 163 : a M. de Hontalembert trouva trois prêtres à )» peine et cinq laïques coupés autour de l'O^Connel fran- » çaisD.En note vous nommez MM. Gerbet, Lacordaire, de
Salinis.
S'il s'agit^u journal, l'abbé de Salinis, ainsi que je Tai expliqué plus haut, ne faisait pas partie de la rédaction.
Mais s'il est question de l'œuvre de régénération catholique dont V Avenir était l'organe, [votre énonciation est incomplète. L'abbé de Lamennais avait en ce moment autour de lui tous les prêtres de la congrégation de Saint- Pierre, dont il était le supérieur. Ces prêtres étaient nombreux, et plusieurs avaient une grande notoriété. Je me contente de citer les abbés Jean de Lamennais, Rohirbacher, Blanc, Houet, Bornet, Cauvin, J. Morel, Combalot, de Salinis, deScorbiac,et je pourrais, je crois, sans indiscrétion, y joindre votre respectable frère.
Les laïques étaient nombreux également : MM. Bailly, Daguerre,d'Ortigues, Bonnettyjes deuxBoré,La Prévotaye, Harel, Waille, d'Ekstein, de Kertanguy, W. de Merode, M. de Guérin.
Page 165. Vous composez ainsi l'état major de V Avenir : « M; de Lamennais comme généralissime, Lacordaire et
» Montalembert comme aides de camp M. Gerbet souf-
V frant ne donnait signe de vie que de loin en loin, n
Le récit est de tout point contraire aux renseignements et aux documents que je possède.
Du 16 octobre 1830, date de l'apparition du premier numéro de V Avenir au mois d'août 1831, le journal fut fait par l'abbé Gerbet, qui, pour me servir de votre comparaison, exerçait les fonctions de chef d'état-major. Indépendamment d'articles de fond, fort nombreux, la plupart, sinon tous les articles de polémique contre le Globe et la Gazette de France, sont de la plume de l'abbé Gerbet. Si vous tenez à votre comparaison militaire, il fant donc laj modifier ainsi : Tabbé de Lamennais, général; FablM Gerbet, chef d'état-major; Lacordaire et de Coux, aides dj
camp ; H. de Montalembert était à peine sous-lieutenânt; et dans ce moment-là il écrivait plus qu'il ne dirigeait.
Page 232. Vous racontez comment Fabbé Lacordaire quitta presque furtivement la Chênaie, le 11 décembre 1 832, et vous paraissez admettre que cette séparation fut définitive. Vous n'ignorez cependant pas que M. de Montalembert opéra entre le disciple et le maître un rapprochement qu^il raconte dans des termes peut-être peu parlementaires, mais qui n^en méritent pas moins d'être conservés.
« 11 m'a chargé de vous témoigner ses regrets bien sin- ]> cères, de vous en demander pardon, et de vous exprimer I» de nouveau son dévouement et son respect * . » Avezvous quelque raison de croire que cette lettre n'est pas authentique ou que le fait qu'elle énonce n'est pas certain?
Page 276. Vous établissez dans la séparation des disciples une gradation ainsi formulée, a La plupart des dis- » ciples l'avaient quittée, — l'école mennaisiene, — comme T^ on Ta vu, dès 1832; l'abbé Combalot et Tabbé Gue- » renger, au mois d'août 1833 ; MH. Gerbet. de Salinis et » de Coux, la veille de la publication des Paroles. )> Seriezvous assez bon pour me communiquer les documents sur lesquels vous avez basé cette affirmation, [en ce qui concerne MM. Combalot, Gerbet, de Salinis? J'en possède d'autres qui y sont contraires.
Page 277. Vous présentez M. de Montalembert exilé volontaire en Allemagne, comme ne se lassant pas de prêcher A H. de Lamennais la retraite, le silence, la soumission, « toute pensée d'agir en dehors de l'Église. »
Vous avez dû avoir sans doute des documents particuliers différents de ceux qui ont jusqu'à présent été livrés à la publicité.
Voici, en effet, ce qu'on lit dans les lettres publiées par M. Forgues.
c Je suis plus révolté que personne de tout ce qui se
* Lettre dtée par Tédit. de la Correspond. Lamen.^ introd.
184 «ÉPCKSB WS MONeSIGKBim SB SAUNIS
» passe à Kom6 et en Fraaee, de cette inconséquence, àe y> cette absence totale d'intelligence, de cette misèie pro- 7> fonde; mais je ne puis m^ empêcher de voir là, domine Ti dans tout le reste de ^histoire de l'Église, une volomté n et cotnbie une intervention de Diea. Je cberche toujours yi & m'expliquer ces nombrenses aAoœalies (p« 101). »
€ Il est inutile de qualifier, de Telever ce qu'il y a de 9) bizarre dans un acte aussi personnel* Le Bref à Mgr d'As* » tros est assez précis, rendu snr de simples bruits, » de Taveu même de l'auteur. Ce qu'il y a d'important » c'est la manière de l'aecueillir. Or je ine flatte que mon » instinct sera tout à fait d'accord avec votre raison sur ce ?) point. Je suis pour le silence le plus absolu (p. 108). d
Dans une autre lettre, M. de Hontalembert rapporte avec complaisance et sans le désavouer, le sentiment du général Skrzinecki : c( Pour le moment il dit qu'il faut se mettre, 7) autant que possible, en dehors de l'influence de Rome, » qu'il appelle une force perturbatrice. Je vous prie » donc d'employer tous vos efforts, lorsque vous aurez fini » votre philosophie^ pour former une association active, un » parti, quelque petit qu'il soit, d'hommes vraiment iibép raux, d'hommes de bien dont le catholicisme soit le but » définitif et ultérieur^ mais dont la liberté bien entendue » et appliquée soit le but immédiat et extérieur (p. 106). »
« Vraiment, vous m'avez bien mal compris en plusieurs » points; je n'ai jamais blâmé votre livre en soi (les Pari raies cTun croyant) ; au contraire, sauf les passag-es p d'Alexandre VI, etc., il n'y a pas une ligne que je iie T> sois prêt à signer de mon sang (p. 113). »
11 y a bien d'autares points sur lesquels j'aurais des réiserves à faire, en particulier sur le poArait que vous tracez de l'abbé Gerbet : « volonté infirme^ intelligence insuf/i^ » samment sûre; » l'occasion m'en sera sans doute fournie. Pour le moment, il ne me reste, Monsieur, qu'A .vou« re nouveler Tassurance que le but unique de ma lettre est d'arriver à dégager /a t>^'^Ais^9r»^t^ en ee quiconoerne les événements contemporains. Si nous avons eu à nous plaindre des historiens qui nous ont précédée, dont les
CONTRB LES ACCCT8ATION8 ME H» FOISSET. 186
redis» snrrant PéDorgiqne expression de de Haistre, ont été nne con8][Mratioû contre la vérité, il ne iaut pas que noi successeurs puissent nous adresser le même reproche.
Veuillez agréer. Monsieur, Texpresôion de ma respectueuse considérstioB.
De LADOUEy ancien vicaire général de Mgr de Salini$t
8 octobre 1970, en la fête du Saint-Eonfre.
P. S. Je vous préviens loyalement que mon intention est de rendre cette lettre publique, si je le juge utile.
On le voit, il était impossible de Eaireune réclamation plus juste, plus modérée et plus importante pour rétablir la réputation indignement falsifiée d'un Prélat si grandement estimé de S, S. Pie IX« et dont le noble caractère s^esf révéU dans sa grande coopération pour tontes les œuvres eatho«liques qui se sont produites pendant Tespacede trente ans, à daterde 1824,fondation du Mémoriat caikoliqiie Meiis^us le prétexte de dissentiments politiques, avait eu lieu la grande séparation des catholiques libéraux. M. Foisset avait fait ea 1 8(^3 le £ameax serment de se donner d Dieu et à la liberté* , abstraction du Christ et de son Vicaire sur la terre. Alors se préparait la grande opposition qui s'est montrée contre le concile du Vatican. M. Foisset n'était plus libre quand il ré* pondît ^insidieuse lettre suivante, à laquelle notre collaboration aveoHgr de Salinis nous fait un devoir de répondre.
9Mm MPPa-SwWr «et«6tt 1870,
Vous trex trouTé dans les papiers ée M. de Salinis une lettre du P. Lacordaire qui étah restée toÉt à fait iiicoiuioe* Toits ri?ez publiée en la faisant soivre des ligoes que ▼eid :
« Nous ne savons ai e*est 14 un langage libéral, mais il ne nous paratt ni ■ très-eatelique, ni surtout religieux, v
La lettre citée, Isolée quelle est de toute explication, est de nature à surprendre par l'intensité du blâme qu'elle formule contre des catholiiyies honorés de la plus auguste approbation qui soft au monde.
Après cet aveu que le P. Lacordaire bl&mait [injuriait] des catholiques approuvés du Saint-Père, nous ne corn-
' VsfrealiHMui senwnt cl le wam de oeux ^oi l\»t prSté, da»f le$ iieiuOeSp t. VU, p* 16 (6« sécie}.
prenons pas comment vous venez le défendre; vous vous avouez par là même en opposition avec l'éminent Pontife,
votre chef.
Rien ne vous obligeait à cet acte d'agression contre une mémoire prédeuse ^ l'Église et qui m'est spécialement ch^. Mais, une fois le .trait lancé, J'étais mis en demeure de le repousser; me taire c'eût été passer condamnation. Vous étiez parfaitement le mattre de ne point atuquer mon ami mort ; je n'étais pas libre de ne point le 4éfendre.
Oui sans doute, mais c'est la lettre qu'il fallait excuser. Au lieu de cela, vous trouvez plus commode de chercher à déshonorer le Prélat qui donnait au Père des preuves de sympathie et d'affection ! Est*ce là une défense ?
Vous m'apprenez, Monsieur l'abbé, qu'avant de publier la lettre en question, TOUS avez consulté des personnes graves appartenant k des nuances diverses. Soit, c'est là une circonstance atténuante pour vous. Je n*en persiste pas moins ^ penser que ces personnes vous ont donné an impnident conseil.
Ce qui a suivi en est la preuve. Quelques peines que vous vous donniez pour nous réfuter, M. de Montalembert et moi, la mémoire de Mgr de SaUnis n'aura pas gagné au débat que vous avei si gratuitement provoqué. Mieux vaut le clore.
On conviendra que c'est une manière commode de répondre à tant de preuves d'inexactitude.
Jlgnore pourquoi vous n'avez pas donné la date de cette lettre du P. Lacordaire. Ce manque de date m'a exposé à une erreur.
rai fait remonter la lettre k 1853; elle est du 23 décembre si838. Mais cette erreur de détail est sans importance au fond. En effet, est-il vrai, oui ou non, que Mgr de Salinis fût légitimiste de naissance! Est-il vrai, oui ou non, qu'il était membre de l'Agence religieuse fondée par VAvenir? Est-il vrai, oui ou non, qu'il se soit prêté à des démarches pour devenir évéque sous Louis-Philippe! Est-il vrai, oui ou non, qull ait fait en 1848 une profession de foi républicaine! Enfin est-il vrai, oui ou non, qull ait fait sa cour à l'impératrice Eugénie et k Napoléon Ili! Je sais bien que vous prétendez expliquer tout cela à l'honneur de Mgr de Salinis. Je ne veux pas discuter les faits : la postérité les jugera. Je dirai seulement que jamais, ni mon firère ni moi, nous n'avons eu à nous plaindre de Mgr de Salinis.
Je ne veux pas discuter les faits. Mais vous les avez travestis, falsifiés ! Vous avez fait un crime au prélat pour des actions ou des paroles toutes catholiques, la plupart louées, conseillées par les catholiques les plus éminents, approuvées ipème par le Saint-Père, et quand on vous demande compte de vos assertions, vous répondez : Je ne veux pas discuter
CONTBB LES ACCUSATIONS DE M. FOfiSSBT. 187
les faits. Est-ce 1^ une clause secrète du serinent de La Roche-en-Brenil ?
Vous avez cru à tort que j'a?ai8 été k même de profiter des Conférences de jeunes gens dont tous parles p. 87 et 88 : c'est inexact. J'ai le droit de dire de M. de Salinis : Mihi née benefieio^ née injuria cognittu,
La phrase est de Tacite ; elle est superbe, mais est-elle vraie ? £st-il vrai que vous n'ayez reçu aucun bienfait de M. Pabbé de Salinis? Voyons. En 1839, votre nom était à peu près inconnu à Paris, à peine aviez- vous écrit quelques artir clés dans la Biographie Michaud' . Cest, si je ne me trompe, M. l'abbé Gerbet qui vous présenta à M. l'abbé de Salinis, qui était dès lors, à la tète de toutes les œuvres catholiques de Paris. Il était en ce moment l'un des directeurs de Isl Société poufladéfense de la religion catholique^ et c^esi en cette qualité qu'il eut la plus grande part à la fondation du Correspondant y qui ^vixt le 10 mars 18â9,avec les fonds de cette société et sous son contrôle, c'est-à-dire sous celui de H. l'abbé de Salinis, qui en était Pâme . C'est là que vous avez commencé à être introduit parmi les écrivains catholiques. Le Correspondant ayant cessé de paraître le 31 août 1831, quand cette SociW ne lui donna plus de subsides, les rédacteurs fondèrent, avec le secours de H. Bailly, la Revue européenne, où vous insérâtes quelques articles. Mais cette Revue ne prospéra pas, et cessa de paraître faute d'abonnés en septembre 183&. M. Bailly la vendit le 2 mars 1835 à H. de Salinis et à ses amis, qui se préparaient à fonder V Université catholique ; elle n'avait plus que 100 abonnés, et fut cédée sous la seule condition de les servir pendant trois mois. C'est à la rédaction de cette Revue, qui parut le 1*' janvier 1836, que M. Pabbé de Salinis vous appela et vous fit ainsi entrer dansla société de tous les apologistes les plus distingués qui concoururent à cette œuvre. 11 vous confia le cours sur Phistoire du droit, dont vous n'avez donné que quatre leçons ^.
1 Dans nne notice biographique fort incomplète, un de ses amis, M. Beaune, lui attribue plusieurs articles qui sent de son frère aîné.
' Croirait-on que la notice susdite ne mentionne pas môme cette cbUalx)ration! •
188 I^FCnrSE de nORSBIGHfEUB DE SALSfiS'
Uoi-mème, j'avais reça en 1831^ quelques-uns de vos articles, par rintermédiaire de Monsieur Totre frère, et les avais publiés dans les Annales de philosophie chrétimne.> .
C^est ainsi que votre place fut marquée parmi les éerivaius caiholiq^ueS) et dès lors, quand vous êtes venu à Paris, vous fûtes reçu chez IT. Tabbé de Salinis, qui était le ceoire où ils 96 réimissaieat tous, et fûtes aduiis souvent à sa table.
Nous allons voir coiucnent vous avez voulu ruîuer V Uni^ t7€rràe en fondant à coté d'elle le iV^a2<t}eau Correspondant et comment vous allez jusqu^à reprocher au prélat Pbospitalitéque voua avez reçue chez lui.
Cesiaits sont certains et prouvent que vous avez reça des bienfaits de H. l'abbé de Saliniç, et que vous] ne pouvez pas dire, née benefido cognitus.^
Vous ue pouvez. pas dire non plus : nec injuria. CarUgr de Salinis, au moment où vous écriviez votre livre, était & vos yeux votre ennemi, l^ennemi prépondérant et à peu près complet de toute votre école; par son jugement sur les auteurs classiques, Hgr de Salinis était Vennemi de votre Paganisme classique; par les décisions de son cooeile d*Amiens il était Tennemi de votre Philosophie ontologique, panthéiste, rationaliste; par les canons du même Concik et par tous ses ouvrages il était Tennemi de votre Gallicanisme nouveau qui a conduit 21 évèques français à signifier au Pape qu'ils désertaient le concile ^^ et qui s?y sont soumis, sans cela ils auraient été contraints de déserter leurs sièges; par ses doctrines sur le pouvoir et ses rapports avec Napoléon, il était l'ennemi de ce Libéralisme catholique sévèrement condam né par le Pontife romain et qui vous dcûnine en ce momeat, et a conduit la France là où nous la voyons. D'ailleurs le P. Lacordaire le lui a dit en termes aoerbes et uià peu palena : « Vous voyez, Monseigneur, à x> quelle distance une singulière fortune nous a placés Tun r> de l'autre. »
< Voir le MA tfe ces évôqnet a de ceux des Mtres pays <l«u lai Anfki/M, t. il, p. 40 (6« série).
CONTBS tBM ACCUSATION» DE M. FOiaftBT. 180
Vous voyez dooe que vous ne poaves pas dire : nec benefècio, nec injttria câgnitus.
Dans ces conditions voas ne pouviez pas porter un jugement sur lui eton comprend comment ici et dans votre livre vous avez cherché à le déshonorer; vos jugements sont des vengetBoea.
Est-ce là le fait d'un historien^ d'un chrétien ?
Revenons à votre lettre.
Si donc j*ai été sans indulgence pour lui, cela tient ^ ce quil m*a paru le moins excus»bte de tous les ecclésiastiques qui ie êont offert à Napo* léon m. Il ne me sembla pas qoe ?oq8 sojez panrenu ^ le Jaslifier sur ee poinL
Vos paroles sont des injures; aucun prélat ne s'est offert à Napoléon y pas plus que vous quand vous avezaecepté de lai votre siège à la cour de Dijon.
Permettez-moi de vous dire, Monsieur Tabbé, que je n*ai pas entretenu peadaot plus de 30 nos avec Mgr de Saltnis les relations les piu« an9Ctueuse». Je m'éuis lié en lail avec Tabbé GerbeL Dans on séjour que Je fis à Paris ea ^27, M. Gerbet me mit en rapport avec son ami; ces rapports ne furent point étroits, nous n'étions pas en commerce de lettres, la me souviens d'avoir écrite Tabbé de Salinis k Toccasion de IMMoeiatton pour la défense de la religion; je Tai vu U Juilly en 1838; je lui ai écrit à propos de son Mandement sur le pouvoir ^ et je me rappelle très-bjen que je faisais mes réserves contre ce mandement. J*ai gardé envers lui, tant quil a vécu, raCtrtude que commandait la charité. L*on doit des égards aux vivants; aux morts oa me doit que la vérité, autrement rhistoire ne serait qu'un mensonge officieux.
Tout le inonde connaît comment Mgr de Salinis recevait ses amis. Après ces aveux, il est triste de vous voir, Monsieur, avouer que dans vos visites et vos séjours à JuilIy vous n'y portiez aucune affection. Je ne crains pas de dire que vous y étiez reçu avee affection.
J*al dit que M. de Salinis était ultra-royaliste en 1824. Je le tiens de Laeordaire» qui le vojait beaucoup alors.
Quant à M. de Lamennais, k cette date il était Vulirsk des ultra^ et la lettre que tous me citez en est la preuve. Quoil vous ne savez pas que les royalisies de cette nuance parlaient de M. de VIHèle et de Louis XVIII comme des derniers des bomaies t Mais c'eu en cela même que consistait Tultra-r ojaliste 1 Toute la correspondance de M. de Lamennais est sur ce ton depuis 1814, Je suis contemporain et je sais ce que Je dis.
Vous oubliez qu'il existe encore des contemporains de
cette époque, et qui savent]très-bien que les ultra-royalistes, dont vous parlez, n'étaient autres que les ultra-montains, qui combattaient les doctrines anti-romaines.
Soit, c*est en 1839, en 1840, en 1841, qu'il fut question d*an évèché pour M. de Salinis; j'admets que c'est M. de Montalembert qui en a eu la première pensée; mais c'est bien M. de salinis qui, sachant queLouis-PhiJippe le regardait comme carliste (p. 170 de votre livre), a consenti à avoir avec lui un entretien en vue de devenir évêque.
Oui, Monsieur, mais en citant cette visite vous auriez dû mentionner en même temps les raisons qui en sont données dans la lettre de Hgr de Salinis (p. 170). Ce n'était pas la personne qui était repoussée, c'était Fécole représentée par Hgr Gousset, et il était utile do la faire connaître à Louis-Philippe; c'était un service rendu à l'Eglise. Mais aux yeux des Libéraux catholiques toute visite faite à un roi est bl&mable.
Je n'étais alors, Monsieur l'abbé, qu'un juge de première instance. Eh bien ! je me serais cru déshonoré si je m'étais laissé présenter k Louis-Philippe ou si j'avais fait une visite h M. Guizot. Et pourtant je n'avais pas chez moi les poïtraits que j'ai vus chez M. de Salinis et chez sa mère h JulUy en 1838. Chacun a sa façon de comprendre l'honneur.
Voilà qui est fier, très-fier. Nous rendons hommage à ces nobles et très-nobles paroles; mais nous voudrions bien que Ton publiât toute la correspondance de M. de Montalembert. Nous nous souvenons quUl nous dit un jour à propos de votre nomination au poste de conseiller à la cour de Dijon : a Jamais avancement ne m'adonne plus de 10 peine que celui-là. s>
Quant h Napoléon III, vous m'avez dit vous-même, à Paris, Monsieur l'abbé, que vous n'approuviez pas de tout point, bien s'en faut, l'attitude prise h son endroit par l'évéque d'Amiens.
Puisque vous reprochez en bloc tout rapport de Mgr de Salinis avec Napoléon III, qu'il nous soit permis de rappeler ce que nous disait le Prélat à la suite d'une visite : « Vous B ne sauriez croire qu'elle est souvent Tignorance des x> princes sur les questions religieuses. Napoléon m'a dit : D Apprenez-moi donc ce que c'est que les Ultramontains et Y> les Gallicans? Je lui ai répondu : Les Ultramontains sont
» ceux qui obéissent eu tout point aux décisions du Pape. 5) — Mais cela me parait être naturel. — Quant aux Galli- » cans, peppés*entez-vous, Sire, quelques-uns de vos maréy> chaux et de vos généraux qui, après avoir été nommés » par vous, prétendraient ne pas vous obéir et être indéï) pendants. — Ah ! je les casserais bientôt, dit l'empereur. » — Eh bien, le Pape ne les casse pas, il les supporte » avec patience et douceur, se contentant de les avertir )) quelquefois. 7>
Vos paroles, Monsieur, sont fières, antiques,c'est du Caton refusant de devoir la vie à César. Mais alors pourquoi êtesvous Tami et l'admirateur de ces évèques qui se sont laissé accuser publiquement d'avoir fait des visites à Napoléon, pour lui demander de forcer le Pape à ne proclamer que les opinions qu'ils voulaient imposer au Concile? Nous pouvons avancer qu'il existe une lettre d'évèque rendant compte de ses démarches auprès des ministres, auprès de M. Thiers, auprès de Napoléon dans ce but. Il ne nous a pas été permis de prendre copie de cette lettre et de la publier, mais nous espérons qu'elle sera publiée un jour.
N*épiloguons pas sur les mots; apprécions dans son ensemble la lijjne de conduite de Mgr de Salinis sous l'empire jusqu'en 1860 exclusivement; qui n'a pas conservé de lui l'idée qu'il a été un évêque courtisan? Vous seul peut-être.
Quelle inepte injure ! On a de la peine à reconnaître un chrétien et même un homme tant soit peu poli dans la qualification de Courtisan donnée à FEvèque qui a eu la meilleure et la plus grande influence sur toutes les bonnes oeuvres qui se sont faites en France pendant plus d'un denaisiècle, à l'ami, nous pouvons dire, du grand Pontife qui gouverne l'Eglise. La colère et la rancune aveuglent les Catholiques libéraux.
Nous allons voir que M. de Montalemberl parlait plus justement quand il qualifiait de courtisans le P. Lacordaire et ses amis (ci-après, p. 206 et 208).
Et maintenant, quand on a mangé comme moi à la laAle de l'abbé de Salinis et à celle du P. Lacordaire, quand on compare la bonne chère de l'un k la y\e crucifiée de Tautre, Hncontestable habileté diplomatique de l'un et l'extrême candeur de l'autre, le chemin que l'un a fait dans le monde et la
Situation faite k Tautre, il me semble que le dernier aurait pu dire au premier : d Tout Yous a réussi; que Dieu voie et juge. »
Il ne vaus manquait^ Monsieur, que de reprocher à Mgr àfi Salinis F honneur qu'il vous a fait de vous admettre à sa tahie en qualité d'ami. Nous qui nous y sommes si souvent assis, nous pouvons dire que cette table était très^frugale^ et qu'il la faisait partager à presque tous les pr&tres qui rapprochaient. Il nous disait lui-même ; « J*ai supprimé » la voiture qu'avait mon prédécesseur; mes chevaux au- » raient mangé la valeur de trois ou quatre repas d'homme. » Eh bien, j'ai préféré les faire manger à mes prêtres, les » recevoir à ma table et recevoir chez moi mes diocésains » une fois par semaine; et je sais que tel prêtre qui est sorti j> mécontent de chez mes vicaires généraux, s'est retiré » très-content chez lui après avoir été assis à la table de son » évèque. la
Quaot au P. Lacordaire, nous savons qu'à Sorèze il suivait le régime des élèves, qui, nous ont dit quelques-uns d'entre eux, était très-bon. D'ailleurs, c^ezHgr Âffre» chez Hgr de Salinis, chez moi et chez d'autres, nous avons vu le P. Lacordaire, s'accommodant bien des mets, non crucifiants, qui lui étaient offerts; nous nous souvenons même d'un repas pris chez Monsieur votre frère, alors son collègue comme aumônier des Dames Anglaises, et où le Champagne inonda le visage de Fabbé Lacordaire; ce qui nous fit beaucoup rire, et lui aussi.
Souffrez, Monsieur l'abbé, que ]e me borne à ce peu de mota. A mon point de vue, malgré Ifîs dons très-remarquables que Dieu avait départis ît
«a j r«if__j < • « • • • •»« •• •
Nous ferons remarquer encore que c'est une nouvelle méthode chrétienne de défendre un Religieux que celle de ne pas dire un mot pour excuser la lettre, violente et injurieuse,qu'il a écrite, et de chercher à déshonorer trn Prélat, son supérieur en dignité. U n'y a de douloureux en cela que cette acrimonie de Catholique libéral contre le Prélat qui les a le plus gênés dans leur propagande anti-romaine*
Bans le cas improbable où mon livre aurait les honneurs d*ane seconde édiiionj je m'empresserais de rectifier ies erreurs de détail que vous Touiez bien me signaler; mais je ne puis rétracter le reproche de versatilité que j'ai fait k M. de Salinis. Si vous persistez à contester ce jugement, j*en multiplierai les preuves.
Remarquons aussi, comme s'en est plaint Hgr de Ladoue, que M. Foisset a manqué à sa parole dans la nouvelle édition, préparée par lui; les corrections promises n'ont pas été faites. Il a bien été forcé d'avouerque la lettre duP. Lacordaire n'avait pas été écrite en réponse au Mandement sur }e pouvoir; mais il a ajouté que cela ne faisait rien à PafiPaire. C'est commode; comme aussi c'est commode d^annoncer des preuves qu^on ne donne pas.
Croyez-moi, mieux vaudrait ne point prolonger ce pénible débat, oui> extrêmement pénible.
Ah ! voilà le mot, voilà la prétention des catholiques libéraux, et de H, Foisset en particulier : dire des injures en secret, comme l'a fait le P. Lacordaire; insulter, déshonorer un évèque, puis demander qu'on ne répande pas, qu'on ne le fasse pas connaître. C'était la méthode de M. Foisset, nous allons en donner d'autres preuves.
J'avoue toutefois que je crois la gloire de Dieu hautement intéressée à prévenir, sUl se pouvait, le retour des adulations êpiscopaies du premier et do second empire. Et comment en prévenir le retour si Thistoire ne flétrit point ces adulations? Je n'ai fait aucune concession U ce qu'on est convenu d^appeler le parti de la modération. Je savais, en écrivant, que mon livre déplairait extrêmement à M. de Montalembert et à i)eaucoup de mes amis. C'est ce qui est arrivé; mais cela ne m*empèche pas de maintenir les passages nombreu]^ qui ieur ont fait de la peine. On n'est historien qu'à ce prix.
Voilà bien H. Foisset, tel que nous l'avons connu; juge suprême des écrivains, des évèques, du Pape et de TEglise. Dans son intégrité, son infaillibilité, il résiste même à ses amis. C'est beau, c'est du Brutus. On n'est historien qu'à ce prix; c'est bien. Mais si ce que vous dites constitue des calomnies, même aux yeux de vos amis, quelle épithé te mérite ce vaniteux historien?
Qu*il me B^ permis de ne {»as tous suivre dans la discussion des passages que vous relevez p. 2,9, 13, 27, 39, 40, 113, 117, 134, 138, 162, 232, 276 et 277, etc. Cette discussion serait longue et je n*ose vous promettre
aue je rétt3sirais U me' faire 'comprendre de vous. Sur bien des points tous êtes à un pôle et ?otre serviteur k i*autre : comment arriver à s'entendre en pareil cas !
Cela est vrai. Hais c'est commode : on lui cite quatorze textes, on lui prouve qu'ils sont faux, il répond : N'en parlons pas, vous n'êtes pas capable de me comprendre. Je suis à un p61e^ et vous à l'autre. Tout est dit.
Sur le premier empire et sur la Restauration, je suis un témoin oculaire et auriculaire; vous, Monsieur Tabbé, vous ne savez les faits de cette époque que par les livres que vous avez lus et qui sont des livres de partie C'est ainsi que vous mettez sur la même ligne Ducis, qui fut nommé sénateur et qui refusa, Ducis qui écrivit contre Napoléon les vers courageux que vous devriez connaître, et M. de Boulogne, qui a été aumônier de Napoléon, qui a écrit à sa louange de si tristes mandements, qui même en 1811, à la première séance de la commission, avait accepté le décret impérial qui retirait au Pape l'institution canonique; M. de Boulogne quia donné sa démission sous les verroux de Vincennes, et écrit au ministre des cultes la lettre du 3 février 1812, citée par M. d'Haussonville (t. V, p. 502). A M. de Chateaubriant, qui a donné sa démission le lendemain de l'assassinat du duc d'Enghien, vous égalez M. de Bonald, qui, après cet assassinat, prêta serment comme conseiller de l'Université impériale en 1808.
Une restait plus à M. Foisset que de jeter l'injure et le mépris à Mgr de Ladoue : Vous êtes un étourdi^ un ignorant; moi Je suis un témoin oculaire et auriculaire, comme si de Beaune il a pu voir et entendre toutes choses, et connaître mieux Mgr de Salinis que Mgr de Ladoue, qui a bien vécu trente ans auprès de lui, qui a été toujours et mieux placé que lui pour voir et entendre. Et non-seulement il injurie Mgr de Ladoue, mais cet intègre historien déverse et jette Tinjure à tous les livres que Ton peut lire : ce sont des livres de parti; ceux de M. Foisset font seuls exception. Oh 1 catholique libéral.
Je vois par toutes vos lettres que vous croyez vos objections sans réplique; je vous proteste que c'est une illusion de votre part, et je me fais fort de le démontrer publiquement et péremptoirement si vous m*y forçat. Mais i*aimerais mille fois mieux garder le silence désormais.
Laissez-moi vous remercier en finissant de la loyauté avec laquelle vous m'avez communiqué vos griefs. J'honore votre piété filiale pour M. de Salinis et je vous demande pardon d'avoir oontristé de nouveau votre cœur en parlant de lui comme je viens de le faire. Laissons tout cela, si vous m'en croyez; la pensée de la France est ailleurst et k bon droit, héias! k trop bon droit.
Agréez, je vous prie, Monsieur Tabbé, Thommage de mes sentiments pectueux et bien distingués. Foissst.
P. S. Mille regrets très-vifs de la peine que je vous fais.
Encore une assertion superbe et sans preuves et une puérile fanfaronnade. En même temps il demande piteusement le silence! mais toujours que mes injures et [mes calomnies restent ; n'en parlons plus.
Très-bien, nous vous connaissons maintenant.
Quelques détails sur Pintervention et P influence de M. Foisset dans les divisions qui ont eu lieu parmi les catholiques.
Nous avouons que rien ne nous a été plus pénible que de voir dénaturer et calomnier toute la vie de Hgr de Salinis, avec qui nous avons eu l'honneur d'être associé dans la plupart de ses œuvres, et en particulier dans la publication de V Université catholique. Nous venons de dire que M. Foisset avait cherché à ruiner cette Revue, et avait été en grande partie Fauteur de la scission qui s'était opérée parmi les écrivains catholiques, en fondant le nouveau Correspond dant. Il nous faut justifier cette assertion, et pour cela nous allons citer un extrait de V Histoire de t Université catholique, qui malheureusement n'est pas encore terminée. Nous aussi* comme M. Foisset, nous faisons de l'histoire.
"Vl. Quelques rèdacteviv de VVnwerziti font setMton a^ee
elle. — Détails enr la fondation dn CùTT^sponiant.
C'est à cette époque que plusieurs rédacteurs de l' Université eurent la pensée de se séparer d'elle et de faire revivre Tanclen Correspondant. Comme c'est là ce qui a brisé l'unité de l'apologétique catholique et fondé une école nouvelle, celle des Catholiques-Libéraux, école funeste si souvent désapprouvée, anathématisée par Pie IX, e t qui n'en persiste pas moins dans ses déviations, no us croyons devoir donner les détails suivants :
Nous avons dit, au commencement, comment le Correspondant avait suspendu sa publication en 1831, et comment ses rédacteurs avaient créé à sa place la Revue européenne. Celle-ci dura jusqu'en 1835, où, réduite à 100 abonnés, elle céda sa clientèle à V Université catholique^ qui se chargea de les servir, et à laquelle tous les rédacteurs promirent leur coopération entière. Et en effet, on a vu que
196 DÉPENSR DE MON8BIONECR DB 6Al.fKIS
tous avaient successivement promis des Cours y qu'ils ont continués plus ou moins exactement.
Aucune discassion de doctrine ou de procédés n'eut ja* mais lieu entre les rédacteurs et les directeurs de V Université^ qui ne se plaignaient que d'une chose : c'est de ne pouvoir les décider à écrire plus souvent.
On ne s'explique donc pas pourquoi l'on voulut ressusciter l'ancien Correspondant^ et le substituer à V Université catholique^ au grand détriment de Tumon et de l'ensemble de toute l'apologétique catholique.
Or, quelles furent les causes de cette séparation? Nous allons les exposer. A chacun la responsabilité de ses œuvres. — Voici la première lettre que nous reçûmes d'un de nos rédacteurs, H. Th. Foisset :
Paris, 30 çiars 1842.
Monsieur et cher eonaboratenr,
le suis désolé que nous nous soyons cherchés respeetiv«meiit en pore perte. J'ai hâte de vous dire que M. de liostalembert se résuoM ainsi : Il manque à V Université catholique une rédaction ; Il manque au Nouvçau Correspondant un public.
Nous vous apportons notre concours comme écrivains et nous vous demandons votre public, avec chance évidente de l'augmenter et conservation garantie de tous les avantages moraux et matériels qui vous sont acquis dans ^Université»
Ainsi vous resteriez propriétaire de la nouvelle Hevue au même tilre que vous Télés de VUniversité^ sauf adjonction de nouveaux bailleurs de fonds, s'il s'en présente.
Vous seriez personnellemeat l'administra teur de la Revtie à des condiUons par \ous jugées satisfaisantes.
Il y aurait un comité de rédaction qui vous déchargerait pldnement des soins qui ont paru vous inquiéter.
La nouvelle Revue choisirait son imprimeur.
Vous ménageriez la transition, la transformation de YVniversité en Revue, avec des conditions de temps déterminées.
M. de Montalembert Juge cela très-proposable et trèa-acceptabte. Je voudrais avoir votre réponse Jeudi avant cinq heures.
Je préférerais une réponse écrite.
Dans tous les cas, il importe qu'elle soit catégorique; sans attendre l'avis de Bordeaux (où étaient M. Tabbé de Salinis et M. Tabbé de Scorbiac, co-propriétaires), vous pouvez.dire oui ou non pour ce qui vôuà conceroe.
Je suis tout à vous quand même.
Th. Fuisskt.
Nous lai répondîmes par la lettre suivante :
Paris, 31 mars 1842.
Mon cher ami,
Vous désirez une réponse catégorique à votre lettre, et une réponse éciite; les Toici :
Si je vous ai bien compris, vous proposez :
Faire paraître le Nouveau Correspondant,, le mettre sous mon administration et m*obllger à le diriger, ainsi que VUniversitéy de telle manière que, dans un temps fixé, les abonnés de VUniversité passassent au Nouveau Correspondant ; en ^orte que ce dernier absorbât la première.
Or, comme Je vous Tai déjà dit, les négociations sur cette base sont impossibles ; d^ailleurs cette transformation me parait peu nécessaire, et presque peu morale.
Nous nous sommes engagés envers nos abonnés à leur donner 20 volumes ; plus de mille abonnés (notez bien ce nombre) ont cru k notre parole, et nous sont restés fidèles. Nous ne pouvons faillir à nos promesses, et nous sommes bien décidés & conduire notre œuvre jusqu'au bout.
Je reconnais qu'il manque bien des choses à VUniversitéj et aussi je donnerai mon consentement k toutes les améliorations possibles, mais je ne puis consentir k la tuer, c'est-k-dire à la transformer comme on le propose; ces grandes transformations et cessions d'abonnés ne me paraissent morales qu'autant qu'elles sont nécessitées par un état de détresse, qui n'est pas celui de VVniversité, ni sous le rapport des abonnés, ni sous celui de la rédaction*
Telle est ma réponse.
La seule base sur laquelle nous puissions négocier est celle que vons aviez proposée vous-même; ce serait de partager V Université en deux livraisons. Cours et Revue; celle-ci, avec pagination et caractères nouveaux, paraîtrait le 15, et l'autre le 30. Mais il faudrait qu'elle fût comprise dans le ^ême abonnement; c'est la seule manière de faire parvenir les travaux des nouteaux rédacteurs aux abonnés de VUniversité; il faudrait encore, k cause des traités, que l'imprimeur restât le même. Voila ce qui seul me parait proposable et acceptable, et je crois que mes
ço-propriétaires seraient de mon avis ; j'en ai parlé aussi k M. le comte de Montalembert, que j'ai vu mardi soir, et il m'a paru approuver et ces raisons
et ce plan.
Voilà toute ma pensée que Je confie k votre zèle tout chrétien, et vous
prie de me croire aussi quand même, votre tout dévoué,
, BONNETTT.
Dans cette lettre nous avions fait intervenir M. de Montalembert^ qui nous adressa là rectification suivante :
1« avril 1842. Mon cher monsieur,
Je ne peux pas accepter la responsabilité de Yapprobation absolue que vous m'attribuez k l'égard du projet que vous proposez k ces messieurs du Nouveau Correspondant, Je trouve vos propositions bonnes, sauf toutefois le maintien du traité avec l'imprimeur et du nom d^Université, Je ne crois pas non plus que vous fassiez très-bien d'imputer une nature peu morale aax transformations que ces Messieurs Vous proposent, car j'ai rarement TU des hommes agir avec plus de désintéressement et un plus entier oubli des intérêts matériels.
VI» SÉRIE. TOMB IX. — N« 51; 1875. (88* vol. de la coll.) 13
Je TOUS prie donc de ne pas me faire figurer ^ana voire réponse, le •fMrs d'ailleurs pour une excursion k la campagne après-demain, ei cette absence, qui durera quinze jours au moins, me dégage tout naturellement d'une intervention pénible et malheureusement inutile. Croyez d^ailleurs. Je tous en prie, à tout mon dèvoaement et k toute ma considération respectneose quand méme^ puisque c*est le terme en vogue parmi vous.
Le g. de Montalembkbt,
Diaprés TezigeDce de M. Foîsset, nous lui avions répondu sans attendre Tassentimeat de nos co-propriétaîres, Mil. de Scorbiacei de Salinis, qui étaient à Bordeaux; nous leur rendîmes compte de ce qui s^était fait dans la lettre suivante ;
ParîB, 88yrillM2.
Mon cher ami.
Si j*ar un peu tardé de vous écrtre, c*e8t qne je voulais yotis donner quelques nouvelles de la fiimense eonenrrence que Ton prépara» contre nous. L'arrivée de M. Foisset à Paris y a donné an nouveau mouremeot. Il y a eu des conférences, des délibérations. < J*ai été étonné, disait M. Foisset, du nombre de talents que réunit cette 'rédaction ; il y avait k 'cette rénnion : Wilson, le principal agent, Tabbé Morel, Cbampagny, Veuillot, Ozanam, G. Robert, Ghavin, etc. » La lettre de M. Foisset, d-tn* cluse, vous dira ce que veulent ces messieurs; vous me direz si, dans ma réponse, j*ai exprimé vos tentiments. 11 est dair pour moi que, de VUnnerêitéj ils n*alment et ne veulent que les abonnés. Ils m'offraient aussi de prendre cbez moi leur bureau ; }*ai dit que Je ne pouvais. Ils disent quiis ont de Targent; ils commenceront donc, mais je doute qu'ils réussissent. te qui .m'afRige pour VVnwersité, ce n'est pas cette concurrence, c'est l'abandon de ses principaux rédacteurs qnt ont interrompu leurs cours^ etc-
M. Tabbé de Salini» nous répondit par la lettre suivante, qui est un peu longue, mais qui donne des détails qu'il est bon de rapppeler aujourd'hui, ^t qui prouve que nous ' fîmes tout ce que nous pouvions pour éviter cette rupture.
Bordeaux, 13 avril 1842.
Je reçois votre lettre^ mon cber ami, et yy réponds, fort k la hâte» pour ne pas manquer Tbeure du courrier.
Nous pensons, M. de Scorbiac et moi, tout à fait comme vous sur les propositions qu'on nous fait, et je vous avoue que nous avons de la peine i comprendre comment on nous fait ces propositions.
Que veut-on en définitive T fondre VUniversité, qui existe depuis six ans, dans un recueil qui essaye de naître depuis un an environ. Gela estr&l rair* sonnable ?
Depuis 25 ans que je suis mêlé de près on de loin aux travaux qui se font dans riiitérét de la cause catholique, je pourrais compter plus de vins! tentatives qui ont été faites ou projetées pour fonder des revues catholiques. Trois seulement ont eu un véritable succès : le Jlf Montai catholique^ vos Am^ nales et V Université; tout le reste est mort sans avoir possédé U condi-
tioD d'une eiistence ^ ^oi, en d'antres termes sans être parvenus k fafre les frais. Je n^excepte pas Tancten Correspondant^ qui faisait Pappoint de ses dépenses avec Fargent quMl recevait de V Association catholique,
Geia seul, ce me semble, avertit qnll y a dans l'Université quelque chose d^un peu plus respectable qn*on ne veut le reconnaître; que Ton fait de ce recueil trop bon marché. H n*a point de rédaction, soit; il n*a tenu aucune de ses promesses, soit encore, ne disputons pas. Soyons humbles, Jusqu'à édifier, 8^1 est possible, les amis qui viennent nous tendre la main. Mais aussi nous i>tuon«,nous faisonn nos frais, nous avons un public, ils le reconnaissent. Qu'ils nous expliquent ce fait: p\uÉ Texêcutlon de V Université eti faible, plus ils seront forcés d'avouer quMl doit y avoir dans la pensée, dans le plan, dans l'esprit de ce recueil quelque cbose d'assez sagement conçu, qui répond aux sympathies des catholiques, car enfin point d'effet sans cause.
Au rteumé, mon cher ami, briser une existence d^j^ faite pour essayer d'une existence nouvelle qui peut-être ne réussirait pas, c'est, ce semble, tout ce quily a de plus déraisonnable; c'est, en entre, comme vous le remarquez fort bien, une chose tout )i fait immorale. En faisant un appel an public, on contracte envers lui un véritable engagement. Nous avons promis vingt volumes, une série de travaux embrassant toutes les branches principales de la science catholique, nous devons faire tout ce qui dépend de nous pour remplir cette promesse. Nous ne serons déliés de nos engagements qu'autant que l'abandon de nos rédacteurs ou de nos abonnés nous rendrait la chose impossible. Mais nous n'en sommes pas là, grâce à Dieu ! les abonnés nous ont été fidèles au délit de ce que nous avions droit d'attendre, c'est à nous k nous efforcer de mieux accomplir nos promesses.
Je conclus donc que nous ne pouvons pas songer )t abandonner l'(7ntversitéf U laisser effacer son titre ^ qu'il faut que les Cours arrivent à leur terme, que le recueil achève sa carrière de dix années ', k moins qu'un obstacle insurmontable ne l'arrête en chemin.
Nous croyons surtout que nous ne pouvons en aucune manière accepter le genre de mort que Ton veut bien nous proposer; car enfin le nouveau Cor^ respondant, qu'est-ce? Son titre le dit seul, c'est Vancien Correspondant^ c'est la Revue européenne; deux recueils qui auraient eu la plus magnifique existence s'ils avaient rrucontré dans le public la sympathie quils avaient rencontrée chez moi^; mais enfin deux recueils qui sont morts fauté d*abonné8. Personne ne sait mieux que nous comment a fini la Revue européenne, puisque c'est nous qui l'avons enterrée, et que nous n'avons recueilli que son héritage qui n'a pas payé assurément les f^ais des funérailles. Cent abonnés environ, c'est tout ce qu'elle a eu U nous transmettre.
VUniversilé catholique a fait pour la Revue européenne plus que la stricte justice ne demandait, on devrait lui tenir peut-être un peu plus compte de ses sacrifices ; maïs vouloir renaître maintenant k ses dépens, en nous tuant en définitive, c'est vraiment une prétention exorbitante que nous ne pouvons pas accepter.
Pois, que l'on y sonfee, que VVnîversité catholique se modifie, se transforme, perde son litre, quoi que l'on fasse pour expliquer ce changement, le public pensera qu'il en est de ce recueil comme de tant d'autres, qu'il a cessé de paraître parce qu'il n'avait plus d'abonnés. On découragera les amis
iQn sait que VUniversilé catholique a rempli une carrière de vinot années et qu'elle n'est [>as morte faute d'abonnés. Voir l'expUcation donnée dans les Annales de philosophie, t. XII, p. 517 (4« série).
200 DÉFENSE DE MONSEIGNEUR Dfi SALINIS
de notre cause, on en conclura que rien de ce que l*on tente dans Tiatérêt de nos doctrines n'a de chance de' succès durable. On fera un mal très-grand sans aucune compensation.
Car je dois vous le dire, malgré Tintérêt très-réel que j'ai pour les talents des hommes distingués qui veulent fonder cette Revue, je ne sais si notre public les suivrait, en supposant que nous essayassions de le leur amener.
Ce public, c'est ce nombre assez grand d'esprits sérieux qui se rencontrent dans différents diocèses et qui n'ont pas tout k fait les mêmes préoccupations que les salons de Paris. Ce public, c'est le public du mémofiai catiioliquet de YAmnir à son débuts de vos Annales. A mon avis, c'est a portion du clergé et des hommes religieux, qui exerce l'action la plus Iréelle^ de qui il y a le plus à espérer pour notre avenir. Nous avons Ik des sympathies profondes, qui tiennent k d'anciens souvenirs, et qui ne nous ont jamais fait défaut. N'est-ce pas une chose prodigieuse que, au moment où la Revue européenne était réduite à 100 abonnéis, le simple prospectus de VUniversité catholique* nous ait amené plus de 1600 abonnés ? N'est-il pas aussi admirable que plus de 1000 nous soient restés fidèles malgré la désertion de la plupart des rédacteurs, dont le nom les avait attirés ?
Il y a donc dans la pensée, dans l'esprit de VUniversité ca(/io2tqtt6,quelque chose qui va k notre public; il y avait au contraire dans la pensée, dans le plan de la Revue européenne quelque chose qui ne l'attirait pas, car le fond des doctrines était le même, et ce n'est point les talents qui manquaient : sur ce dernier point ces messieurs ne me contrediront pas.
Sortir de notre plan, je dirai même de notre cadre, c'est donc éteindre le principe de notre vie, c'est nous suicider; seulement, ce cadre, il faut le remplir mieux que nous n'avons fait. La partie de Revue est plus que faible ; les ouvrages les plus importants passent sans être appréciés; les questions les .plus importantes sont laissées dans l'oubli. À tout prix il faut remplir cette lacune, il faut donner k notre recueil un intérêt d'actualité^ comme on parle maintenant, qui lui manque absolument.
Les écrivains du nouveau Correspondant, en s'unissant k VUniversité, rempliraient cette tâche d'une manière admirable. Leur concours rendrait, je le crois,krt/ntt;er£t(^les600 abonnés qu'elle a perdus, il en amènerait d'autres; rUmt76rst<é .deviendrait la première tribune scientifique et littéraire de notre pays ; mais pour cela, encore une fojs, ne point détruire ce qui est, seulement améliorer, développer.
Et i>our arriver k des conclusions pratiques, voici quelles seraient les bases d*après lesquelles nous croyons que l'on pourrait traiter. ' i° Adjoindre de nouveaux co-propriétaires est une chose chanceuse; l'unité de Direction est plus difiicile k mesure que le nombre des directeurs aug> mente, et c'est l'unité qui fait la force. Cependant ceci est une question de personnes. M. de Montalemhert consentirait-il k prendre une part active dans notre œuvre? Notre confiance en lui est entière, vous le savez; VUniversité n'aurait qu'k gagner infiniment k son concours. H. Fois^t n'habite point Paris, sans cela c'est un associé que nous accepterions de grand coeur; cependant je ne puis oublier que M. Foisset a été tout de feu k l'origine pour VUniversité ei que son Cours est avec le mien, je crois, celui qui a trompé le plus l'attente de nos abonnés ; a-t-il même fait autant de leçons que moi *t Je ne sais pas quels sont les autres noms que l'on met en avant. J'estime et j'aime beaucoup M. Wilson, mais l'expérience de
> M. Foisset a donné cinq leçons. M* l'abbé de Salinis en avait donné buit k cette époque;
la Revue européenne qu'il a dirigée^ me ferait craindre que son esprit si disiingué, qui comprend tant d'autres choses, ne comprit pas ce que demande notre public; je ne sais siLaurentie est pour quelque chose dans tous ces nouveaux projets ; mais c*est un écrivain que les anciens amis du Mémorial catholique verraient avec le plus de plaisir concourir k VUnivet^ site, c'est un des esprits les plus sages, une des âmes les plus dévouées & l'Église que je connaisse. Du reste, il serait bien entendu que la politique de toutes les nuances serait aussi étrangère qu'elle l'a été II VUniveraité,
^0 Ne pourrait-on pas proposer une autre combinaison ? Ces messieurs ont de l'argent, disent-ils; c'«st une chose excellente que l'argent, mais une Revue doit s*efforcer de viVre et de prospérer, non avec Targent des actionnaires, mais avec l'argent des abonnés. Au point où en est i'C/niv^<t(^,elle vit tout juste, donnant à ses propriétaires un très-minime dividende, à ses rédacteurs une médiocre rétribution; le concours des collaborateurs distingués qui^ s'adjoindraient k nous, augmenterait plus ou moins, et même beaucoup probablement, le nombre des abonnés. £h bien, on constaterait le chiffre actuel des abonnés, plus la somme moyenne qu'avec ce nombre vous avez pu consacrer k rétribuer la rédaction. On partagerait le produit de tout ce qui pourrait arriver d'abonnements au-dessus du nombre actuel en deux parts égales ; l'une pour les frais matériels, Tautre destinée II augmenter la somme attribuée jusqu'ici ^ la rédaction. En supposant 50d nouveaux abonnés, c'est 6,000 francs qui viendraient s'ajouter à ce que . coûte la rédaction actuelle; il en résulterait que la rédaction de VVnivereité serait rétribuée de manière à appeler naturellement des travaux plus distingués. La prospérité du recueil profiterait entièrement aux rédacteurs. Les propriétaires resteraient au point où ils en sont, c'est-à-dire un peu au-dessus des frais courants.
3<> Nous ne pouvons approuver lUdée de paraître deux fois par mois, même sous deux titres différents. Je me rappelle que, pour la même raison probablement que l'on fait valoir, on essaya dans le temps cette combinaison pour le Mémorial catholique ; le nombre des abonnés devait doubler, il diminua d'un tiers. Il y a deux sortes d'actions k exercer par la presse périodique. Pour l'une, il faut paraître tous les jours, même peut-être le •limanche; pour l'autre, une publication mensuelle est plus que suffisante. Les Revues anglaises qui exercent le plus d'influence ne paraissent que tous les trois mois. Les faits se modifient d'un jour II Tautre, les doctrines ne suivent pas ce mouvement ; une Revue doit juger les faits sous le point de vue des doctrines, elle ne doit pas se hâter.
4» Si mes propositions, ou d'autres combinaisons rentrant dans le cercle que nous vous traçons, ne sont point acceptées^ eh bien, mon cher ami, il faut nous réveiller et travailfer (ce qu^ je vais faire, j*y suis bien décidé), faire un appel k nos amis et enfin ne rien négliger pour conduire ;iotre œuvre à bien.
J'écris deux lignes à M. de Montalemhert^ à qui vous pourrez lire tout mon griffonnage s il a le temps et la patience de l'écouter. Causez aussi de toute cette aff'aire avec le père Lacordaire, entendez-vous de tout avec lui, je crois qu'il comprend comme nous : i^' la nécessité de donner une vie nouvelle k notre Université^ 2» l'importance de ne pas détruire ce qui est, pour peut-être n'arriver à rien.
L heure du courrier me presse, écrivez-moi, donnez-moi toutes les nouvelles qui peuvent intéresser des provinciaux.
Tout à vous. L'abbé de Salinis.
202 D^ENSE DE HONSBIGUftUB PB BAUNI3
Nos lecteurs connaissent maintenant les véritables autenrs de la séparation qui se fit alors dans la presse catholique ; ils connaissent aussi oe qui a manqué à V Université, Ce ne sont pas les abonnés : ce sont les premiers rédacteurs. Sans aucune cause avouée, ils cessèrent leurs cours^ et puis ils voulurent 'fonder un autre organe, et^ malgré tous nos efforts^ nous ne pûmes parvenir à les retenir dans Tunité qui avait été jusqu'alors si avantageuse à la cause catholique. Nous verrons plus tard comment cette séparation s'aggrava encore.
Nous passons les différentes péripéties à travers lesquelles V Université catholique arriva à la fin de sa 10' année. Arrivée à ce terme, toujours soutenue par un égal nombre d'abonnés, nous dûmes songer à commencer une série nouvelle, et à cette occasion nous fîmes de nouveaux efforts pour resserrer T union des apologistes catholiques. Voioi l'exposé de ce que nous proposâmes.
irm. — IVouTeanz efforim, maUtcwrewsement Infraeiiieiix, povr révnir les apologistes catholique* les plu Inflveats et leur confier la direction de VUniversité.
Avec le 20^ volume se termine la 1'^ série de V Université catholique. Le nombre et la qualité de ses abonnés, l'influence réelle qu'elle exerçait en France et à l'étranger, nous firent une obligation de continuer sa publication en formant une série nouvelle. Diverses améliorations matérielles furent décidées ; la forme des pages fut changée; on supprima les deux colonnes comme peu gracieuseS| et le nombre de feuilles fut porté de cinq à six, avec un caractère moins compacte; le papier amélioré, etc. Mais ce furent là les moindres améliorations que nous voulûmes y introduire : des cinq directeurs de VUniversité, M. l'abbé Gerbet était à Rome, M. l'abbé de Salinis et M. l'abbé de Scorbiac habitalent Bordeaux, M. le comte de Hontalembert ne pouvait guère donner une coopération active. Nous étions donc seul chargé de la direction et de tous les travaux de la publication de la Revue. Nous demandions donc à M. de Salinis de venir à notre aide.
Alors, et à l'occasion du commencement de la nouvelle
série, M. Tabbé de Salmis fit encore de nouvelles instances auprès de H. Tabbé Dupaoloup, pour qu'il se mît à la tête de cette publication , et persuadât au R. P. de Ravignan et an R. P. Lacordaire de se joindre à lui. Nous devons constater ici: que M. Tabbé Dupanloup entra dans ce plan et fit tons ses efforts pour le faire réussir. Hais ses efforts furent infructueux. On reconnut Putilité de la réunion, on promit d'abord, et puis on se retira. Ces divers efforts sont constatés dans la lettre suivante que nous adressâmes à H. Tabbé de Salinis.
Paris, 16 décembre 1845.
Mon cher ami,
Le 27 novembre j'ai fait «ne visite à M. Tabbé OnpanloQp pour lu! parler des propositions que vous lui aviez faites. Il m'a répondu qn*il était toujours âiD3 les intentions qu*il vous avait manifestées, mais qu'il avait besoin, pour se décider, de savoir qael était Tétat financier de la Revue, et de counattre le nombre et la qualité des abonnés. Je lui ai adressé la note demandée, et loi ai envoyé le registre de nos abonnés par départements.
A la suite de cette connaissance, je sais quHl a eu des entretiens avec les pp. de Ravignan et Lacordaire, et il espère pouvoir s'assurer leur concdurs. Comme j'ai su que le P. Lacordaire avait demandé ^ réfléchir, je suis allé lui faire une visite. Il m'a paru peu disposé k accepter les propositions qu'on loi faisait, alléguant qu*il avait assez de ses deux œuvres: la prôdicatioB et ses Dominicains^et cependant je suis venu k bout de Tébranler un peu, en lui démontrant le grand bien qu'il y aurait k réunir ses efforts et son influence à celle de ses deux émineots collègues. Enfin il m*a dit qu*il y réfléchirait ; voilà oU est en ce moment cette affaire.
Votre tout dévoué,
BONNETTT.
Or, quel fut le résultat final de tous ees efforts? la lettre suivante de M. Tabbé Dupanloup à H. l'abbé de Salinis va nous rapprendre.
Paris, 17 janvier 1846.
Monsieur et excellent ami,
Tai bten tardé )i répondre à votre bonne lettre, veuillei m^excuse.r, ce n*a pas été négligenee; mais les incertitudes de notre affaire ne me laissaient guère rien de positif à vous mander ; aujourd'hui mon parti est pris. Malgré tout mon désir de vous aider dans une œuvre évidemment bonne, il n*y a pas posKibiliié; si vous aviez été )i Paris, cela probablement eût été plus facile. On m'a dit que vous viendrez vers Pftqucs, j'en serai enchanté, nous recauserons de tout cela, et croyez bien que, si je puis quelque chose qui vous soit agréable et qui puisse être utile, je m*estimerai trop heureux d'y offrir mon dévonement.
La situation générale des affaires est assez bonne en oe moment. La fia de Tannée 1845 a eu ses consolations : TAngleterre, Tentrevue du Pape et
du Gzar, les querelles intestines de l'Université royale, tout cela est bien providentiel, et aura d'importants résultats.
Nous demeurons cependant assez paisibles; nos plus ardents combattants sentent combien la prudenpe en ce moment remporte sur le courage, et pour peu que nous ne fassions pas de faute et qu'il plaise k Dieu de gouverner aussi admirablement nos affaires, j'espère beaucoup.
Pourquoi êtes-vous )k Bordeaux T Pourquoi n'étes-vous pas ici î J'aimerais tant k causer avec vous de tous ces grands intérêts. En venant à Pâques, donnez-nous au moins quelques jours, qu'on puisse se rejoindre et s'entendre.
Veuillez offrir mes hommages k Mgr de Bordeaux et agréer la nouvelle expression de mon fidèle et respectueux attachement.
F. DUPANLODP.
P,S. Je demande à M.de Scorbiac de ne pas oublier son ancien intendant.
Nous avouons n'avoir pu comprendre ce qui empêcha cette réunion d'efforts communs. Nous offrions une Revue en pleine postérité ; on ne demandait ni mise de fonds, ni actionnaires, ni établissements matériels^ il n'y avait qu'à entrer et continuer. Pourquoi donc cette séparation ? Quand en 1830 \qs Annales de philosophie chrétienne, et en 1836 V Université catholique furent fondées, alors les temps étaient difficiles, l'avenir chanceux ; aussi tous les défenseurs se réunirent à ces deux Revues. Hais en 184*6 les choses étaient plus stables, on pouvait avoir une tente, élever un drapeau; alors chacun voulut faire son œuvre, et devenir centre, et comme il fallait faire ou dire quelque chose de différent pour expliquer sa position, de là vinrent les divergences et les directions diverses. Telles nous apparaissent les raisons des séparations qui se sont formées au sein des apologistes catholiques. Nous nous plaisons à constater ici que les séparations ne sont pas le fait de nos amis. M. Tabbé de Salinis, qu'on représente encore comme le chef d'une école nouvelle et souverainement exclusive, s'effaçait ici complètement. Il abandonnait (avec un peu trop de confiance, selon moi) l'entière direction de l'œuvre à ses amis de Paris. C'est donc eux-mêmes qui n'ont pu s^entendre ; c'est un témoignage que nous devons à la mémoire de notre illustre ami.
C'est donc avec nos seules ressources et le concours
de nos propres rédacteurs, que nous commençâmes la 2* série de VVniversité, que, grâce à Dieu, nous -avons
pu mener, sans secours et sans dette, jusqu'à la fin du 40* volume.
Ici nous passons sous silence l'inconcevable attaque du Correspondant ' contre tous les écrivains catholiques en publiant aies articles où le P. Çhastel, jésuite, invente une école anti-catholique en accolant, sans citation^ quelques phrases empruntées aux écrivains qu'il ne nomme pas, mais qu'il a avoué être les suivants :
S. £m. le cardinal Gousset. M. de Maistre.
Mgr de Salinis. M/ de Coax.
Mgr Doney. M. de Montalembert.
Mgr Parisis. M. Nicolas.
M. Tabbé Gerbet. M. C. Saiate-Foi.
Le P. Ventura. M. Veuillot.
Dom Guéranger. M. Du Lac.
L'abbé Combalot. M. Coquille.
Uabbé Martinet. Et surtout VVnwtrsiié catholique et
L'abbé Morel. les AnnaUs de philosophie chré"
Labbé Bouix. tienne ^.
Cest ainsi que le P. Chasiel, approuvé a-t-il dit par ses supérieurs, a créé le faux traditionalisme, et qu^il a jeté le désarroi, on peut le dire, dans l'apologétique catholique; mais arrivons à une nouvelle scission entre catholiques.
XX. — Articles de M. l'abbé Dopanloop et de H. de Montalembert contre l'Ènn NoirvEi.i.E du R. P. I^acordaire, de M. Fabbé Maret et de H. Ozanam.
Le 17 octobre 1849, M. Pabbé Dupanloup prend la direction de VAmi de la religion, que lui vend Mgr Veyssière. Il y entre avec la collaboration du P. de Ravignan, de M. de Hontalembert,de M. de Falloux,de H. de Champagny, de HH. les abbés de Valroger et Chassay, des frères Riancey et de M.Romain Cornu '.
«' Correspondant, t. XXIY, p. 29; 4 articles réimprimés dans VÊgUse et les systèmes de philosophie moderne*
^ Voir Touvrage du P. Deschamps, jésuite, intitulé : Du Paganisme dans Véducatiori^ ou défense des écoles catholiques des 4 derniers siècles contre les aUaques de nos jours; in-8o. Paris, 1852; — et celui de M. labbé Delacouture, ayant pour titre : Observations sur le décret de Vindex du 27 septembre i^i; in-S», 18S1. Ce décret est celui qui avait mis à Tindex le Compendiùm juris canonici de M. Tabbé Lequeux, vicaire général de Mgr Sibour. — |Voir le compte rendu de ces deux volumes dans les Annales, t. VI, p. 258 (3« série).
^ Voir Tannonce de cette nouvelle direction par M. Tabbé Dupanloup, dans VAmi du 17 octobre 1849; 1. 139, p. 157.
Dès le 19 et le 24 octobre M. de Hontalembert inséra deux lettres, où après avoir signalé, les principales aberrations qui menacent aujond'hui l'ordre social et ravenir de la France, il ajoutait :
Pourquoi faut-il que de telles aberratioDS aient rencontré parmi noos, mm pas certes des complices, mais qaelqaefois des dupes, et plus souTent encore des iostruments involootaires?... Dans U pressera la tnimne, k la chaire môme, un langage nouveau a été tenu, et n*a pas toujours été compris ou approuvé par la majorité des catholiques. Je crois fermement qu*il n'y a chez les hommes sérieux el éminents de cette éisole, que de simples apparences de sympathie pour Ferreur ; mais ces apparences mêmes sont k regretter, dans un temps où la vérité a plus que jamais besoin de toute sa force et de toute sa majesté. Pourquoi faut-il d'ailleurs que ce soient des catholiques qui nous aient donné uo nouvel exemple de cet empressement servile et passionné qu'éprouve rtaumaniié k saluer les pouvoirs nouveaux, à suivre le vent de la fortune *f
El parlant de VEre nouvelle^ il disait i
Quand d^ orateurs et des écrivains catholiques, se laissant entraîner par l'attrait de la nouveauté ou par le désir de subvenir vaux cruelles nécessités dm moment, viennent défendre le droit au travail, l'impôt progressif, le papier-monnate et autres e^rreurs de ce genre, on doit les plaindre, mais on peut se rassurer, car chacun sait maintenant que la société française ne manquera pas d'èlre énergiquement défendue contre de folles innovations.
Et de pins contre un article de H. Ozanam :
H n*est personne qui ne doive s'étonner et s'alarmer, lorsque ecn omenrs ou ces écrivains nous prêchent la charité, en nous menaçant, non plus seulement des peines éternelles, mais de la spoliation pour Tfaiver procliain; lorsqu'ils affirment que l'aumône, la simple aumône, est une humiliation pour celui qui la reçoit; lorsqu'ils semblent frayer la voie k l'organisation de la charité par la maiu de i'Ëtat ; lorsqulls prolestent contre le droit qu'a toigours eu l Église d'être propriétaire; ou enfin lorsqu'ils proclament que le ChriêUanismê est la Dimceraiie mime^ et que la Républiiiue daUÉ»Cai^ vaire *.
Le Christianisme est ici-bas, non pas pour progresser, pour se transformer, pour marciier avec le genre humain^ comme le disent les oourlisoaf de l'orgueilleuse humanité; mais pour montrer la voie, pour tendre la main à oeue pauvre orgueilleuse... Voilh ce qu'il faut proclamer et répéter saas cesse, en face de l'orgueil démesuré des pygmées de notre temps, to«ûouiv disposés k se compter pour des géants, et prendre leur impression du moment pour U loi éternelle du monde, et leur découverte d'hier pour le type du grand, du vrai et du l>eau. Pour moi, je ne puis me défendre de sourire quand j'entends déclarer que le ChrisUanisnie c'est la DétHOcratieK
' Dans l'ilmt, p. 223, et dans VUniversité, t. Vl, p. «SB. ^ Ibidj ihid, ^ Ibid, ibid.
M. Mon talembert nous adressa ses deux lettres pour 6tre reproduites dans V Université catholiqve^qai les publia dans le cahier de novembre 18&8, et de plus une lettre de Mgr Doney, ëvèque de Montauban, dans laquelle il reproche entre autres choses & VEre nout>€lle ces paroles :
Nous aTODS dit que la Démocratie était la mérité politique, et que nous étions démocrates parce que nous éUops chrétiens... Le CathoUcisme et la Démocratie sont en parfaite harmonie etc. *.
On voit quelle était alors la disposition de M. de Montalembertet de M. Tabbë Dupanloup àTégard de l'école libérale du P. Lacordaire et de M. Ozanam.
XXI. — Imterventivn fàehease de M. Voieeet eontre M. de Hontalembert , VVniveruU catholique et les Annales de philosofhie.
Nous fîmes composer ces lettres et nous en envoyâmes les épreuves à M. de Hontalembert, qui nous adressa alors la lettre suivante :
7 Janvier 1849.
t Mon cher Monsieur,
Il m*est impossible de corriger cette lettre sans le texte, tant il y a de fautes et de non-sens.
Tai appris par M. Foîsset que le P. Lacordaire, tout en prêchant TA vent k Dijon, jetait feu et flamme contre moi \ cause de ma petite lettre à VÙniversilé, où je parle de VEre nouvelle. H y yoit une vivacité personnelle etc., etc. On me conjure de ne pas faire éclater l'orage par une aggravation personnelle. — Je supprime donc les passages de la lettre qui impliquent quVUe m*est adressée* — Votre tout dévoué.
Ch. db Montalembert.
Il faut connaître quelle est cette petite lettre qui avait, suivant M. Foisset, fait jeter feu et flamme au P. Lacordaire ; la voici :
A, M. Bonnetty, rédacteur principal de VUniversiié caihoUque.
Paris, ce 30 novembre 1848.
« Monsieur et ami,
« Puisque vous Yoolez bien me conserver une part dans la direction de » ÏUniversité cattu>liquef je crois deyoir tous demander de reproduire dans » ce recueil les deux lettres qne j*ai eu l'occasion d'adresser dernièrement » k rAmi de la Religion. Elles ont trait aux questions qui doivent, ce » semble, préoccuper le plus vivement tous les cœurs et toutes les intelli- » gences catholiques. Tout ce qui 8*est passé depuis que je les ai écrites, * n'a fait que me confirmer dans mes convictions et dans ma résolution de » combattre les erreurs que j'y signale. Dans les réponses qui m'ont été
' Ere nouvelle du 31 octobre 1818, dans VUnivertité, t. VI, p. 534 (3« série).
» adressées par la Démocratie pacifique et VEre nouvelle, personne, je » pense j n^aura rien trouvé qui fût de nature à dimiuuer mes craintes ou \ » modifier mes appréciations. En France les Socialistes ne célèbrent pas un » banquet sans y porter un toast blasphématoire au Christ, comme au prë- » mier auteur de leur doctrine, et ils se vantent d*avoir des complices dans » le cierge. En Italie, on nous montre l'application pratique de cette » théorie des courtisans du peuple; qui substitue k l'alliance du trône et » de l'autel la confusion du Christianisme avec la Démocratie. On y crie » dans les rues : Vive Jésus-Christ démocrate, et, k Taide du poignard » démocratique qui a égorgé M. Rossi, on y démolit ce Principat sacré » qui a été depuis mille ans le boulevard de la liberté et de la dignité de » l'Eglise.
« Je souhaite ardemment que V Université caihoUqueydègSigée désormaî;; des »' entraves qui lui interdisaient d'aborder le terrain de la politique génêrèiit:, » puisse consacrer de nouvelles forces k la discussion approfondie des » doctrines funestes qui viennent d*éclore parmi nous, et qui menacent k la » fois» la vérité catholique et Tordre social tout entier.
« Poursuivre sur ce terrain une polémique attentive, énergique et persé- » vérante, ce sera ajouter le service le plus essentiel k tous ceux que votre » recueil rend depuis douze ans k l'Eglise et k la société.
Agréez, Monsieur et ami, l'assurance de mon affectueuse considération ».
c< Cb. de Montalembert. » •
Telle est la lettre qui, d'après M. Foisset, fit jeter feu et flamme au P. Laeordaire, et former un orage prêt à éclater. Or on nous permettra de douter un peu de son assertion.^ Le P. Lacordaire, dès le 7 novembre, avait écrit :
Montalembert m'affirme qu'il n'avait pas pensé k moi dans sa 2« lettre k VAmi de la Religion. Cette assurance me suffit, puisque c'était la supposition d'une attaque publique et imprévue de sa part, qui m'avait profondément affligé. »
Et il annonce qu'il ne lui parlera pas de cela dans ia lettre qu'il va lui écrire ^ .
Dans sa lettre à V Université^ il n'y avait pas un mot qui pût s'adresser au P. Lacordaire. Celui-ci n'a pas pu en jeter feu et flamme. Il reste à dire que c'est M. Foisset qui a jeté feu et flamme, et a voulu ainsi effrayer M. de Montalembert, et le diriger à sa manière. Et c'est malheureusement ce qui lui a réussi, car c'est ce qui fit que M. de Montalembert effaça de la lettre de Mgr de Montauban la mention que c'est à lui que cette
« UniversHé,X,y\,p. -162.
3 Correspondance avec madame Swetchine, p. 479
lettre était adressée, et que c'est lui qui la fit insérer dans r Université * .
C'est ce qui fit au^si qu'il nou^ demanda de dq pas publier une autre lettre de Mgr Doivey, du 25 mars 1849, sur les erreurs de VEre nmivelle qui lui avait été adressée et que nous devions publier dans les Annales. Nous Pavons encore entre les mains, et nous pourrons la publier, car elle est dirigée contre des erreurs qui dominent toujours.
Voilà comment les Libéraux catholiques entendent la liberté de leurs contradicteurs.
Les Annales durent tenir leurs lecteurs au courant de cette grande question; elles le firent dans un article ^, qui fut corrigé par M. de Montalembert, et dans lequel en peu de mots nous disions comment le P. Lacordaire et ses amis l'avaient accusé a d'avoir trahi la cause de la démo- » cratie dans son -Discours sur la révolution suisse^ qu'en » conséquence il ne lui restait que le parti de se mettre à D l'écart et de garder le silence ^«
Nous pouvons dire que nous fûmes le premier à la reconnaître, en lui disant : <c que ce discours où était flétrie a avec tant de justice, et aux applaudissements de l'Europe « entière, l'indigne conduite c^ueles démocrates deFribourg « ont tenue à l'égard de la religion, se posa comme un avera tissement et une menace devant les vainqueurs de février, « et que c'est à ces nobles paroles que nous devons la contece nance respectueuse et convenable que les meneurs et les « menés de février ont conservée à l'égard de la religion et «de l'Église*. »
Dans ce même article, comme nous l'avons déjà dit, nous portions un jugement modéré et certainement élogieox sur le P. Lacordaire^ mais où nous eûmes le malheur de dire que : <c Mieux eût valu, selon nous, qu'il D n'eût pas accepté la mission de député»; de plus nous
' Voir la lettre et les lignes qai la précèdent^ dans le t. Vi, p. 524 (2« série).
^ Voir Annales, t. XVUI, p. 458 (3* série).
' Paroles de M. de Montalembert, parlant à nous-même. * Annales y ihid.
210 DÉFENSB DE MONSBIGNEITA DE SALINIS
y insérions la deuxième lettre de M. de Montalembert i Y Ami de la religion^ et rendions compte de la publication de VEre nouvelle et de l'entrée dans VAmi de la direction de M. Tabbé Dupanloup et de ses amis.
Nous avons déjà dit aussi comment la P. Lacordaire renvoya impétueusement les Annaies que recevaient ses religieux de Cbalais.
Mais ici intervient H. Foisset^ qui, sans y être poussé, croyons-nous, parle P. Lacordaire, nous écrit une longue lettre où il nous reproche (Taccolet le nom de Lacordaire à celui de Maret, d*avoir dit qu il s'était placé au milieu des montagnards, d'avoir loué M. de Montalembert aux dépens du Père^ et o'^^ pour nous eflPrayer, il nous demande si nous sommes impatients que le P. Lacordaire aussi, prO' vogué par notre article, ne succombe à la tentation de se . défendre et ne se laisse entraîner à de fatales paroles * .
Sa lettre était accompagnée d'une autre adressée aux Annales pour protester contre notre article, avec invitation d'ajouter quelques paroles, en notre nom^ pour atténuer notre précédent article.
Nous répondîmes à H. Foisset :
28 jaoTier 1849.
Mon cher ami,
Je ne ferai point comme a fait M. Tabbé Maret et comme ont fait tos amis du Correspondant^ jinsérerai votre lettre ; mais, avant, Je désire voas soumettre quelques-unes des observations que j*ai rintention d*y Joindre.
1«> Vous n\e reprochez d*accoler le nom du P. Lacorda*re ^ celui de M. Tabbé Maret. Mais n'est-ce pas le P. Lacordaire qui Ta fait lui-même daos plus de 50,000 prospectus de VEre nouvelle? Quoi donc? Ne pourrai-Je pas répéter ce qu'il a fait connaître U tout le monde?
2<^ Vous donnez pour raison de son entrée li rAssemblée nationale la crainte de voir établir une constUulion civile du clergé, et à sa sortie l'assurance qu'il a eue qu'il n'y avait rien \ craindre de ce côté. CTest fort bien. Mais n'est-ce pas vous qui imaginez cette raison ? Le P. Lacordaire a donné sa pensée (dans sa Letlre à ses électeurs), je l'ai reproduite. Qui faut-il croire de vous oii de lui? • ,
â* Vous me reprochez d*aw)ir fait connaître qu'il avait siégé au mîHeu des Montagnards; mais n'est-ce pas une chose publiée par tous les journaux, une chose faite aux yeux de la France? N'est-il pas permis de faire de l'histoire, de rappeler des faits patents, connus, qui se sont passés es faee du soleil!
40 I)e plus, cher ami, il y a une chpse qui m'affligerait profondénent si elle était vraie, et qui devrait affliger tous les chrétiens, c'est la dispositioa
* Lettre manuscrite du 24 janvier 18i9.
COUTAS LES ACCUSATIONS DE M. FOISSBT. 211
d^esprit dans laquelle foos supposez le P. Laoordaire. Quoi donc? ce défen$ear de l'Eglise ne tiendrait que par un fit, et par un 11 très-peu cbrétieo, celui de ionanges entières? Gel orateur^ qn« nous avons rassasié d'applaudissements et de gloire, serait près d'alNindonner TEglise? etc., de.
M. Foisset nous répondit par une lettre qui commençait par ces mots :
Mon cher ami^ Je vous jure que voire lettre du 28 porte à faux (Tun bout à t autre, et pour preuve il noas reproche encore d'accoupler les déux noms de Lacordaire et de Maret, quand, dit-il, il y a cinq mois que cette séparation est comoaiméa et publique.
Or, en écrivant la vie du P. Lacordaire, il avoue que, quand Y Ami de la religion annonça que le Père cessait de participer à la rédaction de VEre nouvelle^ Maret et Ozanam répliquèrent : « VAmi est mal informé. Le Révérend Père « ne cesse pas toute participation à la rédaction de VEre • nouvelle^ il nous reste au contraire toujours tint' de cœur « et de pensée f et nous promet sa collaboration^ selon la « mesure du temps que lui laisseront les obligations de la « vie religieuse ^ . »
Et ici H. Foisset ajoute :
« C'était aller au delà du vrai, et le Père eut tort de ne pas réclamer comme il fut tenté de le faire ^ . »
Il n'était donc pas vrai, malgré le jurement de H. Foisset, « que sa séparation fût consommée et publique, n
Il ajoute : « Mais les motifs de son silence étaient « avouables. Il lui répuguaii plus que je ne saurais le dire « de contrister par un désaveu public un ami comme « Ozanam^ demeuré fidèle à VEre^ et aussi d'aider VAmi « dans sa petite manœuvre pour enlever des abonnés à «cette feuille'. »
Ou le voit dans sa lettre, M. Foisset jure que la séparation est consommée et publique, et ici il avoue qu'elle n'était ni consommée ni publique .
Quant à M. de Montalembert, on a lu sa lettre et l'on a
' Ere nouveUê du 3 septembre 1848.
' Vit duP.Lacordaifêj t. U, ]^. 195; citant : lettrn à madœm Sw9tchim du 24 octobre 1848, p. 477-478.
VU SOUS quelle pression de M. Foisset il a fait quelques concessions. Voici comment M. Foisset, qui ignorait la lettre de M. de Hontalembert, tourne la chose :
Quand M. de Montalembert, ea vous donnant la lettre de Tévèque de Montauban,qoi lui aussi ne nomme qui que ce soit ^, a poussé la délicatesse jusqu'à exiger que vous ne fissiez point connaître à qui cette lettre est adressée, de peur de blesser la susceptibilité de son ancien ami, excessive en ce point, je le confesse.
On a vu comment cette délicatesse avait été imposée, par M. Foisset même, à H. de Montalembert, et Ton voit comment dans la Vie du P. Lacordaire il veut faire croire que c'est spontanément que M. de Montalembert a agi en cette circonstance.
Mais ce qui passe toute mesure, c'est qu'à l'observation que nous avions faite, que nous n'avions fait que répéter les raisoiis que le P. Lacordaire avait données, M. Foisset nous répond : « Je suis surtout mieux informé que « personne, j'ose le dire, sur les dispositions du P. Lacor- « daire. » Mieux informé que le P . Lacordaire? A cela que pouvait-on répondre? Il ajoute que, si nous persistons à vouloir ajouter des notes à sa lettre, il préfère qu'elle soit non avenue. Et il finit par ces paroles :
« Je vous ai averti, comme ami et comme chrétien. Main- « tenant il en adviendra ce que vous voudrez : liberaviania mam meam. »
Hélas! non, il n'avait pas délivré son &me, ce bon M. Foisset, car quelques jours après nous reçdmes de Mgr Sibour une invitation à lui faire une visite, où le prélat nous dit : « Apprenez-moi donc ce que c'est qu'un « M. Foisset, qui m'écrit de Beaune une lettre dans là- <c quelle il m'avertit que vous êtes dans que mauvaise voie, « que vous dénigrez le P. Lacordaire, que cela pourrait « Tentrainer dans de fausses démarches, et me denxande « d'interposer mon autorité pour vous arrêter dans cette « fausse route. »
Nous lui répondîmes :
M. Foisset est juge dans la petite, ville de Beaune, excel-
• * Comme si tout le monde ne savait pas le nom des rédacteurs de VEre nouvelle^ qui n'6cri?aient que pour faire connaître leur opinion démocratique.
Imt ekriliea^ refHfhlisiaiib acflr à^^mtn* aiv«e flsaeiiÉBdsv i la tète des bonnes œuvres de son pajs^ mais qui^ea outce, Yeui bie» a^tor à ses» BArahceusesi oeeufiatteiMi osUe. de sQri^iHer, èe Hforigéner eif <fe diriger toute. Kt presse retîgieuse de Paris. Et il y a réussi jusqu'à un certain point. — Et nous lui expos&mes œa iofluavciisur la^sépavarMoa du Co$!res^ndanà (AWta VUimÊrsiùi eeUAMfuef et lui fimes fgatt des lai GttrMSpaBdaoee* (fu?iV a^mt aiteo: noue, au moment où il noua dénonçait à soa autorité.. Nous ajottiàcaea :: «m ^Saue. Yoifesv Vfaïmmgmdnr^ quel» pefM» leviera « suffisent souvent pour renmerdb grandes, masses. »
Nous étions bien décidés à publier la lettre de M. Foisset aux Annaksr, marâ* quant} nous vîmes quels moyen s* charitables ef persuasifs il employait pour nous imposer ses opioionsv nau&B« voulûmes ^ua noiia y seumaMirQ. 9tow ne lui écriflmesh pas ponr lue reprocher ses sou.rdes manœuvres^nous attendîmes. q<u.*îli uau& éfisivit àneuveau paui nous df»fliattdeit eaisom det no*r« wle »e i y > W ne Fa pas faii. Et e'est là qu'a fini notre correspondànjce,, et nous, nous félicitàoitô (L'être aiinai déliva^é^sans «««um paroW désobligeaaile, à% s» tiitdii« e^' de^ s» surTeilfeBee.
Ou le voit encore!; dans cette École libérale : Droil de tout dire^ eid» taui effiliqiiedr ; tefiiis absohs de répottd/re ci de parkr imposé au& âdv^naûrea; osier comme? de» elMtfts^ qu^oa éaûcebe- qMand on lauir fait qutthpie» reproches^ et c6toyer la vériié>,L*oiL<traget sou^seat dasis. Fevposé de levr opinion. Telle est l'École libérale, comme nous l'avons connue intimement pendant toute son existence, et comme doivent un. pea la aaaoaUredeai leciaurs* dft V UnàûmsUé et desinfi<9iA»u
XXir. — SenilneiU» du P.^ liTiiailMtw. à. V^guA «m pUm."
Après avoir lu les appréciations de M. de Hontalembert eide ». Foîsset^, it" convient de connaître ce que le P*. Lacordaire pensait lui-même de la Qosilioa quf'il avait piuse à cette époque.
Vl« SÉRIE. TOME IX. — N° 5i ; 1875. (88* vol. de la coll.). 14
314 DJÎFENSB DE MONflBiaNEUB DE 8AUNIS
Voici ce qu'il dit sur sa présence à FÂssemblëe nationale:
Si Je m'éuis abstenu tout k fait, c'eût été une pradence voisine de régoîsme. En me jetant dans le feu, je me suis bien un peu brûlé, mais en acquérant le droit de ne pas de?enir tout à fait cendres et de mettre quelques gouttes dliuile sur mes blessures *.
Nous n'en avions pas dit autant.
Sur Jes attaques de VAmi de la religion dirigé par ses anciens amis, il est mécontent sans le dire ouvertement :
Dites- moi, écrit-il à son amie, dans quel but a eu lieu la prise de possession de Film» de la Religion par MM. Dupanloup, de Ravignan, de Montalembert, de Falloux, de Cbampagny. Quel que soit le but de ces messieurs, je Tois a?ec joie le développement de la presse catholique *.
Mais peu de jours après il commence par laisser échapper le mécontentement que l'opposition de ses amis lui a causé :
Ainsi que je Texprime k M. de Falloux, je ne comprends pas, entre autres choses, la levée solennelle de boucliers qui vient d'avQir lieu. ÙÈre nouvelle pouvait mériter des critiques, mais non qu'on tir&t une sorte de canon d^alarme k ébranler la chrétienté. Il m'est douloureux de voir des amis entrer dans cette voie d'accusation, où je n'avais rencontré Jusquld que des esprits médiocres et jaloux, prêts k voir des hérésies dans toute opinion qui n'est pas la leur, et dans tout homme qui les gêne ou leur déplatt; c*est un rôle qui n'aboutit qu'à la discorde... Pour moi, j'aime mieux m'étre trompé, puisque j'ai acquis ui^e certitude plus grande que je ne l'aurais eue des véritables sentiments de mes anciens amis ^.
Ceci était écrit à Mme de Swetchine, Tamie de M. de Montalembert, et quUl fallait ménager; mais dans une lettre écrite à un de ses amis de province, le R. Père laisse éclater toute sa colère en termes d'une &preté singulière :
FlaTigny, !•' mai 1849.
Il s'en faut que YÈre nouvelle ait été irréprochable, si on l'examine i la rigueur et dans tous les détails; je suis toujours persuadé qu'on a tort de faire de la Démocratie une thèse absolue ; mais si l'on s'arrête k l'esprit général de cette feuille, on y reconnaîtra un grand esprit de charité, un libéralisme sincère, un éloignement de tous les e^s, une fidélité k la ligne qu'avait suivie la presse catholique pendant de longues années, et qui lui avait valu l'honneur de contribuer k la bonne situation de l'Eglise en 1848. M. de Montalembert, en se rejetant dans une politique tout humaine et en y entraînant beaucoup des nôtres, détruit de ses propres mains rédifloe de
* Lettre k madame Swetchine, 15 septembre 1848; Correspondance du P. Lacordaire et de mad. fifioe(cMne,publiée par le G. de Falloux, in-S», 1864.
' Lettre du 24 octobre 1848, |v 477.
. * Lettre du 7 novembre, p. 480.
tonte sa Tie, et noui prépare dei maux dont il gémira plus tard. Lui et set amis ont déployé contre VÈre nouvelle une tactique plus odieuse encore que celle qui fut employée oonire VÀvenir. Ils ont sciemment détourné Fattention do vrai point de la question, pour persuader k leurs lecteurs que VÈre • nouvelle était un journal réyolutionnaire, démagogue, socialiste ; ils ont caché les réponses faites à leurs attaques/ils les ont constamment dénaturées, en recouvrant leur silence tantôt de ménagements ftypocrt<e«, tantôt de violences calculées. Je n*ai jamais rien tu qui m*ait semblé plus loin de Vhonnéteté. Aussi la séparation est complète et irrémédiable^ et, pour moi> je rends grâces k Dieu qui m*a tiré authentiquemeut de toute solidarité avec des hommes dont f entrevoyais depuis longtemps l'esprit^ dont je pressentais la fausse direction, et a?ec lesquels on eût pu me confondre dans le présent et dans ra?enir. Je suis libre, ces tristes liens sont publiquement brisés. Ils Tont été par eux bien plus que par moi '•
On voit la véritable pensée du P. Lacordaire sur M. de Montalembert, sur H. l'abbé Dupanloap, et tous ceux qui rédigeaient Y Ami de la religion. On remarquera comment il les soupçonnait depuis longtemps. La séparation est complète et irrémédiable ^ et de son côté il a tenu parole ; car ce n'est pas lui qui est revenu à eux, ce sont eux, comme on le sait, qui sont passés à lui.
Nous n'avons pas à donner ici les pièces qui constatent comment le P. Lacordaire se sépara de ses collaborateurs itV Ere nouvelle, M. Maret et|M. Ozanam, qui ne le trouvèrent pas assez libéral; mais nous pensons que nos lecteurs liront avec intérêt une lettre inédite sur les vrais rapports du P. Lacordaire et de M. Tabbé de la Mennais.
XXTXI. — Des rapports da P. liaeordaire mvee M. Pmbbé
de Ija MennAis.
Nous avons dit que le Libéralisme du P. Lacordaire n'était autre que celui de son ancien maître, H. Tabbé de la Mennais. Les récents bistoriens de sa vie, et lui-même à la fin de ses jours, veulent prouver qu'il a toujours eu une grande répulsion pour la personne et les opinions du célèbre apostat. Il n'est pas sans intérêt de faire connaître la vérité sur ce point. Nous avons beureusement entre les mains une lettre adressée à M. J'abbé Gerbet, qui était à La
» Lettres inédites du P. Lacw'daire^ lettre 52 k M. de Saint-Beaussant; Paris, 1874, p. 187.
21^ DÉFENSE BE MOaiSEK^NECfi PB SAUDiiS
Chesnaie auprès de l'abbé ide ht ilenDau^ laquelle édaircit Bien la question.
«Puis, 2 mai 1830.
« Mon cherwni,
« Il y a UD mois que j« veux aller vous voir et m^acquiiter « envers vous d'une bien vieille dette. J'ai été plueieursfois « sur le point de monter en voiture, et la nécessité m'a a toujours retenu; j^ ne puis êére libre avant ir4»i$ mois, « €e temps est trop long; il faut se hâter d« se tendre la « main, dès qu'on le peut. Je le fais à votre égard avec une vi joie infinie, Aprè^ avoir vécu seul si longtemps^t cherché « «vec angoisse où rattacher ma foi, mes espérances, mes « travaux, je reviens â vous^fy reviens de tout ^non cœur. « Il serait trop long de vous exposer la naarehe de mon « esprit, les nuances successives d'opinions «u d'-erreittcs où « il a passé. Hélas 1 que le chemn de la vérité est étroit et « rude ! Je ne crois pourtant pas l'avoir haie, depiBS que « fe suis chrétien. Hais la Providence est impénétrable « «ntant que bonne, et îl y a toujours assez 4e mal dans « fhomme pour obscurorr son enteodemeot. En ancua « temps je n'ai cessé d'avoir pour vous les ^sentiments de la « plus ^ndre estime, et, «ous ce rapport, je n*ai A renouer « aucune tradition interrtMnpBe; le jour l'a dtt au jour et la « nuit à la nuit.
«Je vous prie iti'àtitt mon iatroducteur aupniv de a M. l'abbé de la Mennens^ dqni je dois trop comme chré- « tien et comme prêtre, pour ne pas désirer qu'il le sache. « Veuillez bien, mon cher ami, lui présenter la lettre ci- «jointe; elle tiendra tïe vous un mérite qu'elle ne peut « avoir par elle-même. Voitâ donc qui est fait ; vmts pouvez « me compter éternellement parmi les sentinelles de la «Tërité perdues ou non, c^ je vous prie d'en veceveîr le « ;gage dans cet embrassement.
« *H. Lacorda]
Le P. Lacordaire avait certainement oublié celte leltre orsqu^'en 1861, dictant sur Tson'lit de mort sa Ifoticesur le
OOirrRB LGê accusations DB m. FOIB8ET. 317
rétablissement en France de tordre des Frères Prêcheurs * , il s'exprimait ainsi :
Trois mois ^ avant la réyolution de 1830« persuadé que ma carrière laeeniotaie ii*iiirait Jami*f en France ton libre développement, je résolut d^aller cberelier aux ÉiaU-Uiiit d^Amérique un tbé&ire d'aciioa plus analogue aux sentiments qui me préoccupaieoL Une fois cette résolution bien arrêtée, I*idée me prit de me rapprocher de H. Pabbé de la Meanais, et de lui rtndre vi$Ue dass sa maison de la Cbesnaie.
II est difficile de trouver, dans la lettre que nous pu* blions, le projet d'une simple visite» quand on sait que la Chesnaie était une école. On y reconnaît plutôt un disciple qui, après mûre réflexion, se décide à y être admis. L'abbé Lacordaire dil absolument : « Je reviens à vous... Voilà c( donc qui est fait; vous pouvez me conipter éternellement a parmi les sentinelles de la vérité, perdues ou non. x>
S'il fallait eu croire la Notice^ cet éternellement aurait a peine duré un jour :
Dès le lendemain de bonne heure, M. de la Mennais me fit appeler dans sa cbambre et voulut que J^entendisse la lecture de deux chapitres d'une théologie philosophique quMl préparait : l'un sur la Triniléy Tautre sur la Création, Ces deux chapitres, par la généralité et la singularité de leur conception, étaient la base de son œuvre ; j*en entendis la lecture avec étonnement. Son explication de la Trinité m^ parut fausse, et celle de la Création encore plus ^,
Puis il résume ainsi toute sa pensée sur le Maître :
Sa philosophie n^avait jamais pris une possession claire de mon entende* ment; sa politique absolutiste m*avait toujours repoussé , sa théologie venait de me jeter dans une crainte que son orthodoxie même ne fût pas assurée. Néanmoins il était trop tard, après huit années d'hésitation, je m'étais livré sans enthousiasme, mais volontairement^ à l'école qui jusque-là n'avait pu conquérir mes sympathies ni mes convictions ^
Tout ceci, c'est le Lacordaire de 1861, et non pas celui de 1830; le P. Chocarne et M. Foisset, qui donnent cet extrait de la Noiice^ nous donuent un faux Lacordaire.
' Cette Notice a été publiée en i870 par M. de Montalembert, qui lui a donné pour titre : Le testament du P. Lacordaire. Elle est citée par le P. Chocarne sous le nom de Mémoires.
^ Nous ne savons pourquoi M. Foisset, en transcrivant ce passage, met deux mois au lieu de trois.
» Ihid. p. 51.
* notice f p. 51.
918 DÈFBKSE DE M0N8BIGNEUB DE SALINIS.