X OU Y ELLE- ZÉL ANDE
RELATION DE L'ÉTAT DES SECTES PROTESTANTES DANS LA NOUVELLE-ZÉLANDE , ADRESSÉE PAR LE P. OCTAVE PAUSANTI, MINEUR OBSERVAXTIN, PRÉFET DES MISSIONS APOSTOLIQUES, AU PÈRE MARCELLIN DE CIVEZZA , HISTORIOGRA- PHE DES MISSIONS FRANCISCAINES.
Ils sont audacieux, pleins d'eux-mêmes, et blasphémant contre la sainte doctrine , ils ne craignent point d'introduire des sectes nouvelles. (2e ép. de St-PiERRE, 2-10).
Très -Révérend Père,
Je suis pleinement convaincu que le P. d'Avignano vous a transmis la relation de notre voyage de Paris à la Nouvelle Zelande, relation que j'ai envoyée au commencement de mai 1861 à notre Reverendissime Père général à Rome, par l'intermédiaire du prêtre Ludovic Segala, missionnaire depuis onze ans dans ce diocèse, qu'il quittait pour retourner en Erance, sa patrie .
Dans la lettre qui accompagnait cette relation, je priais votre Paternité de vouloir bien l'insérer dans le premier volume de l'histoire des Missions Franciscaines que vous publieriez, en continuant votre beau travail dont vous vous acquittez d'une manière si satisfaisante. Ce n'est pas que je mérite cet honneur, oh non; je sais trop bien qui je suis; mais je désire que ceux qui liront cette histoire sachent que nous nous trouvons aux extrémités du monde , au milieu des sauvages et des protestants , et qu'ils se souviennent de nous dans leurs prières.
Je vous disais aussi que je ne manquerais pas de vous donner de temps en temps quelques détails sur cette nouvelle Mission Séraphique, quand je les jugerais dignes d'être transmis à ceux qui sont loin de nous ou qui viendront après nous. Maintenant donc que j'ai quelques jours de liberté , ou de loisir et de repos, je vais me mettre à vous en parler un peu; je crois que ces renseignements pourront trouver une place utile dans le tableau que présente votre Histoire.
Mais que dirai-je? Quel sera le caractère de ma relation? quels points intéressants m'attacherai-je à vous signaler? Pour ne point me perdre dans les détails ou toucher à des choses que je veux passer sous silence, je me
bornerai quant à présent à vous dépeindre en quelque sorte négativement la situation de la religion catholique dans cette ile, c'est-à-dire, l'état des sectes protestantes qui s'y sont introduites jusqu'ici , et parviennent à faire vérifier ce que les Hébreux répondirent un jour à St-Paul à Rome, en lui disant de la religion chrétienne : nous savons qu'elle trouve partout des contradicteurs, nottua est nobis quià ubique ei contradicitur. Veuillez donc m'écouter, je commence.
Il y a dans l'Apocalypse un passage mystérieux où il est dit qu'une étoile tomba du ciel sur la terre et obtint la clef pour ouvrir le puits de l'abîme; et à peine ce puits fut-il ouvert qu'il s'en éleva, comme d'une grande fournaise, une fumée qui allait jusqu'à obscurcir l'air et le soleil. De la fumée du puits s'échappait une multitude de sauterelles qui se répandirent sur la terre et y obtinrent la même puissance que les scorpions. Ces sauterelles ressemblaient à des chevaux rangés en ordre de bataille; elles portaient sur leurs tètes des couronnes brillantes comme de l'or ; leurs visages étaient comme des visages d'hommes; leurs cheveux étaient comme ceux des femmes, et leurs dents comme des dents de lion. Elles avaient des queues semblables à celles des scorpions, et elles y portaient un aiguillon. Elles volaient par toute la terre, seulement afin d'épouvanter les hommes, de les mordre et de les tuer par leur venin ; et le bruit qu'elles faisaient avec leurs ailes était comme un bruit de chariots à plusieurs chevaux courant au combat1.
L'étoile qui tombe du ciel sur la terre est Satau, d'après cette parole de Jtsus-Chiïst : je voyais Satan semblable à la foudre tombant du. ciel'1. La clef, avec laquelle il ouvre le sombre et profond puits de l'abîme est l'orgueil; la fumée qui en sort est la présomption, l'orgueil, la vaine gloire, l'ambition; les sauterelles qui s'échappent de la fumée de l'abîme et qui se répandent sur la terre, sont les hérétiques, les schismatiques et toute la tourbe des hétérodoxes; les différentes formes de sauterelles, ouïes ressemblances que présentent les diverses parties de leurs corps, sont les hérésies considérées en elles-mêmes, et dans les sectes qui les soutiennent par leurs ramifications multiples ; elles figurent sous ces différentes formes les fauteurs de ces erreurs qui , les uns d'une manière , les autres d'une autre , infectent l'esprit des fidèles, corrompent leur cœur, mettent le désordre dans leurs pensées , et les mènent à une mort effroyable et éternelle , en leur inoculant le venin de leurs doctrines pestilentielles, qui, suivant l'expression de St-Paul, gagne de proche en proche comme la gangrène : v.t cancer serpi t.
1 Apocal., chap. IX.
; Videbam Satanam sieuf fulgur de cœlo cadentem.
Eh bien! si cette mystérieuse et terrible prophétie de l'extatique de Patmoa s'est réalisée à une certaine époque de l'histoire de l'Eglise et s'est pleinement vérifiée dans quelque partie du globe, on peut dire que c'est certainement aujourd'hui dans ces régions sauvages de la Nouvelle-Zélande. Mon Dieu! quelles sectes hétérodoxes n'y pullulent pas! » On compte maintenant près de cent sectes tout à fait différentes toutes issues du seul Luther, ce qui arrive par une providence toute particulière de Dieu, car c'est ainsi que ces hérésies s'épuisent elles-mêmes, disait avec douleur le grand Bellarmin « (Nune aidera numerantur fere 100 diversissima; sectœ ab uno Lttthero prodevntes \ id quod fit magna proridentid Dei : nani hoc modo seipsas consumant). Quelles erreurs n'y sème-t-on pas? A quels moyens ne recourt-on pas pour que le roi de l'abîme remporte une complète victoire sur l'Eglise , cette auguste reine du Tibre, qu'il ne se contente pas de haïr et de combattre dans tous les pays du monde , mais qu'il poursuit et attaque , pour employer le langage de l'auteur de l'Apocalypse, jusque dans cette douce solitude, où elle s'est réfugiée, comme dans le lieu que le Seigneur lui avait préparé, afin qu'elle y jouît du repos en toute sécurité ?
Les sectes qui, s'arrogeant le nom d'églises, ont pénétré dans cette île, et y ont apporté le désordre, grâce aux Bibles qu'elles répandent, aux prosélytes qu'elles gagnent et aux écoles qu'elles fondent, sont la secte des Anglicans, la secte générale des Ecossais , celle des Ecossais libres, celle des "Wesleyens, celle des anciens Méthodistes, celle des Presbytériens, celle des Indépendants, celle des Baptistes, celle des Luthériens, celle des Suédois. On y trouve aussi des Anabaptistes, des Hébreux destincts des Juifs, des Quakers, des Puséistes, des Quesnellistes , des Fanatiques, des Prédicants, des Indifférents. Voilà donc autant d'hommes, qui, le long des golfes de cet Océan, parmi les écueils de cette mer, au milieu de ces épaisses forêts, laissent leur foi faire un triste naufrage et périssent dans leur propre corruption ! Voilà autant de faux prophètes , de maîtres trompeurs , qui, semblables aux flots d'une mer agitée, lancent sans cesse l'écume de leurs erreurs, et qui, suivant l'expression de St-Pierre, introduisent des sectes de perdition !
Mais ces sectes de perdition sont-elles des arbres d'automne, stériles, déjà morts et déracinés (arbores aidumnales , infmctuosa ?, bis mortuœ , eradicata) ? Je ne réponds pas directement à la question; la réponse ressortira de tout cet écrit.
Dès maintenant toutefois je dois noter que le gouvernement n'attribue, au milieu de tant de sectes, le nom d'Eglise qu'à l'Eglise unie d'Angleterre ou d'Irlande , à l'Eglise Catholique , à l'Eglise libre et non libre des Ecossais, et à l'Eglise Luthérienne : les autres, il les appelle Sociétés,
à l'exception de celle des Hébreux, aux synagogues desquels il donne le titre de Congrégation. Il en est même qui prétendent que le gouvernement ne reconnaît dans cette colonie que trois religions, savoir l'anglicane, la romaine et l'hébraïque, de sorte que toutes les autres sectes, aux yeux du gouvernement, ne seraient que des branches ou des filles de la religion de Henri VIII et d'Elisabeth, issues d'un même principe, qui est le Protestantisme, et ayant un même but , c'est à dire la haine des Catholiques et de l'Eglise Romaine, et la chute du Pontife, successeur de St-Pierre, Vicaire de Jésus-Christ, chef de l'Eglise, centre de l'unité catholique, interprète légitime et gardien des traditions divines.
Mais nous ne croyons pas à tout ce qu'on se plaît è. dire à cet égard, et voici pour quelle raison. Lorsque le gouvernement veut assigner un subside ou faire une concession dans l'intérêt de la religion et de la cause de Dieu (et en cela il se montre vraiment généreux et libéral), il s'adresse non-seulement aux trois principales églises, mais à toutes celles que j'ai énumérées. Ainsi , par exemple , il affecte envers toutes une telle impartialité que, s'il s'agit de consacrer un morceau de terrain à la religion, il le devise en autant de parcelles qu'il y a de sectes dominantes dans l'île, afin que là ou se trouvent des Catholiques, des Wesleyens, des Anglicans, des Presbytériens, des Méthodistes, des Indépendants, des Juifs, etc, etc, tous puissent avoir les uns indépendamment des autres, des écoles, des églises, des cimetières.
Chacune de ces sectes a son église particulière, et aux jours de dimanche on voit le peuple se diviser, au son d'une cloche, en autant de troupes qu'il y a de sectes auxquelles il appartient, et se rendre à l'église avec joie et empressement pour y remplir ses devoirs religieux, trois fois, savoir à 7 heures du matin, à 11 heures et à 6 heures du soir, de sorte qu'il n'y passe pas moins de 2 heures. Il n'y a pour le peuple dans ces églises, comme chacun sait , ni sacrifice, ni confession, ni communion, car il ne reconnaît point le véritable sacerdoce ; mais il y prie, il y chante, il y reçoit l'enseignement : en effet, on s'y livre à la méditation, à la prière vocale, au chant des psaumes et des hymnes avec musique, on y fait le catéchisme, on y prêche et Ton y explique les cérémonies relatives à l'administration des Sacrements.
Il y a trois églises catholiques, en comptant la chapelle de la maison de campagne de l'Evêque sous le vocable de Ste Anne. La cathédrale, bâtie par les Pères Maristes, est en pierre, et suffisamment grande pour les catholiques, dont le nombre, y compris les soldats, ne s'élève pas à 1500.
Les protestants ont dix-huit églises, toutes assez vastes et dans une meilleure situation. Quatre sont en pierre, et les autres en bois ; cinq appartiennent aux Wesleyens, quatre aux Anglicans, deux aux Presbytériens;,
deux aux Indépendants ; deux sont des Synagogues occupées par les Hébreux, Tune par les Israïlites, l'autre par les Juifs. Une autre église appartient aux Baptistes, une autre aux anciens Méthodistes, une autre aux Suédois, secte luthérienne, croyons-nous, dont l'existence remonte à près de dix ans, d'après tout ce que nous avons pu apprendre. Les autres sectes ont des chapelles, et pas d'églises, soit, que leurs adhérents soient encore peu nombreux, soit que la modicité de leurs ressources ne leur ait pas permis d'imiter leurs rivales et de s'ériger une église particulière. Le journal de la semaine dernière annonçait que neuf nouvelles églises anglicanes seraient bientôt érigées, l'une en pierre dans la rue Hobson , l'autre en bois à F ree Man é Bay , près de la baie de V homme libre.
Mais je dois vous prévenir que j'entends parler uniquement d'Auckland, et non de ses environs, non de ses provinces, non de la Zelande entière; car hors de la ville on ne fait point un pas, soit dans les landes, soit près des anses de la mer qui entoure cette île, sans rencontrer une église et une école à l'usage des protestants, et il serait trop long de les énumérer toutes.
"Néanmoins il faut savoir que jusqu'ici il n'y a eu pour les indigènes que trois missions, celle des Catholiques, celle des Anglicans et celle des Wesleyens. Ainsi, dès qu'ils cessent d'être indifférents ou payens, ils deviennent ou Catholiques, ou Anglicans, ou Wesleyens. Les autres sectes, peut-être par la crainte de se mêler à des hommes de couleur, ou pour ne point se souiller par le contact des Maori, ne sont point encore parvenues à se persuader que les peuplades noires, jetées et dispersées par les tempêtes dans les lies de l'océan, et tombées dans le plus complet abrutissement, soient destinées à connaître le vrai Dieu et à l'adorer en esprit et en vérité dans le temple de sa gloire, parce que, comme le dit St Paul, ce que Von connaît de Dieu, est manifesté en eux ; car Dieu s'est manifesté à eux : quod notimi est Dei, manifestimi est in illis ; Deus enim illis manifestava.
Mais avant de terminer cet article sur les églises, je ne veux point vous cacher la pensée qui s'élève en moi, chaque fois qu'il m'arrive de passer devant les églises protestantes au moment où s'y célèbre le cuite : sont-ce là, me demandé-je, des maisons de Dieu ou des cavernes de voleurs? Oh! comme elles sont belles à l'extérieur, comme elles sont blanches. propres, ornées avec une délicate symétrie ! que d'arcades ! que de moulures! que de fenêtres ! que d'hiéroglyphes ! que d'oroemens ! que d'aiguilles ! à les voir au dehors, c'est une merveille, un enchantement. Mais au dedans?....
II elas ! on doit répondre avec l'Evangile : elles sont semblables à des sépulcres blanchis, dont l'extérieur paraît bien aux hommes, mais qui à l'intérieur sont pleins d'ossements de morts et de toute sorte d'immondices
S /Miles sunt sepulcris âealbatls, quœ à forts parent kominibus speciosa , intàs vero piena sunt ossibus mortiioriim, et ornai spurcitid.
Passant des églises à leurs ministres, sur lesquels jusqu'ici les renseignements nous manquaient, nous trouvons dans le tableau officiel du gouvernement, arrêté le 17 janvier 1S62 et publié par le New Zelande? dans son no du 22, que le gouvernement lui-même reconnaît dans toute cette île trentetrois ministres pour l'Eglise Catholique, savoir deux Evêques, celui de Wellington et celui d'Auckland, trois vicaires généraux, un vicaire forain et vingt- sept prêtres. Pour l'Eglise Anglicane il en reconnaît quatre-vingtquatorze, savoir six révérendissimes Evêques, sept vénérables Archidiacres , quatre-vingt-un simples révérends ministres. Pour l'Eglise non libre d'Ecosse, un ministre ; pour l'Eglise libre d'Ecosse, vingt-huit ministres; pour l'Eglise des "VYesleyens méthodistes, vingt-un; pour l'Eglise des Indépendants, cinq; pour l'Eglise des Baptistes, trois; pour les anciens Méthodistes, quatre; pour l'Eglise Luthérienne, deux; pour l'Eglise des Hébreux, un.
Nous demandâmes pourquoi le gouvernement n'y avait pas porté aussi les ministres de l'Eglise Suédoise, et il nous fut répondu par une personne fort au courant des affaires de la ville et du gouvernement, que c'était parce que ces sectaires n'ont point encore ici un ministre proprement dit, mais seulement un vice-ministre. Aux jours de dimanche on voit cet ecclésiastique, en cravate blanche, prêcher et présider aux prières dans son église ; mais aux jours ordinaires, il met une cravate noire, et il s'occupe des intérêts de son commerce.
Je signale ici la cravate blanche, parce que c'est le seul signe distinctif que portent dans cette mission les pasteurs bibliques et les ministres protestants. Au surplus, ils sont comme tous les autres citadins, tant chez eux qu'au dehors, tant quand ils fonctionnent et prêchent, que quand ils vont se promener en donnant le bras à leur femme, ou quand ils vaquent à leurs affaires temporelles.
J'ai parlé d'affaires et de commerce, afin que ceux qui liront cette relation sachent que le ministère évangélique parmi les protestants est une industrie, un métier de pure spéculation. Si leur intérêt matériel les engage à faire le ministre, c'est très-bien ; alors les voilà en cravate Manche, tout prêts à prêcher dans leur église avec le plus grand zèle ; mais si le ministère évangélique ne leur rapporte point de quoi devenir milords, vite ils prennent la cravate noire, et dès le lendemain de leur prêche on les trouve sur le chemin du port , vaquant à leur négoce, entièrement et uniquement absorbés dans les affaires du siècle. On peut donc parfaitement leur appliquer ce que dit Saint Augustin dans le quatrième livre du symbole expliqué aux Catéchumènes : » Ils entrent dans l'église pour y répandre leurs prières, et nu
instant après, ils applaudissent honteusement les histrions au spectacle : modo ingrediens Ecclesiam orationes fundere, post modicum in spectaculis cum histrionibus impudico clamare.
Aussi devons-nous déclarer en toute sincérité que, quand les Pasteurs de la Bible se rendent au milieu des Maori, pour les prendre dans les filets de leurs erreurs, ils ne travaillent absolument que pour eux-mêmes : quant ut qua sua suut. En effet, en donnant aux Maori une Bible ou un catéchisme (c'est la principale besogne de la mission des Sectaires), ils leur disent en propres termes : Regardez le ciel! Vous êtes nés pour y aller et y régner dans le bonheur , non pour vous perpétuer dans vos huttes {Kainghé). Donnez- nous donc vos terres, et nous vous donnerons cette Bible, ce catéchisme, dont la lecture et la possession vous conduiront au ciel, où les hommes seront rois et les femmes reines. Et les Maori, encore grossiers, sauvages et idolâtres, séduits par le désir, non d'aller au ciel dont ils n'ont point d'autre idée que celle que leur suggère leur hutte, mais par celui d'avoir la Bible et le catéchisme, livres ornés le plus souvent de belles vignettes et d'une reliure dorée, se dépouillent de leurs terres et en enrichissent les ministres de la réforme. Un fait qui atteste hautement ce genre de spoliation scandaleuse, c'est que beaucoup de tribus de Maori se sont appauvries par là, tandis que quelques ministres protestants sont devenus les maîtres de provinces entières. Dans le Hokianga il y en a un sur les possessions duquel on peut voyager un jour entier à cheval!
On peut à bon droit appliquer à ces hommes-là ce que dit le saint apôtre Jude dans sa lettre catholique : « Ces nouveaux faux prophètes suivent les sentiers de Caïn et tuent leurs frères, marchant toujours selon leurs désirs, et admirateurs des personnes selon le profit qu'elles en espèrent : « secundum desiderici sua ambulantes, mirantes personas quœstus causa. » St Pierre avait déjà dit des mêmes hommes que, « s'érigeant en maîtres trompeurs, ils introduisent des sectes pernicieuses, et que dans leur avarice, ils trafiquent des âmes par l'artifice de leurs paroles ; mais le jugement qui les menace depuis longtemps s'avance à grands pas, et leur ruine ne sommeille pas " magistri mendaces, qui introducent sectas perditi on is, in avarilia jiciis verbis de vobis nego tiabun tur, quibus judicium jam olim non cessât, et perditio eorum non dormitat.
Apres les églises et leurs ministres viennent les écoles et leurs maîtres. Or, pour ne parler que d'Auckland, il résulte de l'almanach officiel, publié par le gouvernement au commencement de 1S62, que les protestants ont dans cette ville un lycée , une académie, deux collèges pour les garçons et une pension pour les filles, outre quatorze écoles communes ouvertes à tous. Ces écoles, divisées en plusieurs classes, qui se font les unes dans la journée,
les autres le soir, sont toutes florissantes. Les enfants y apprennent à lire et à écrire ; puis, on leur enseigne le catéchisme de leur secte, la manière de réciter les prières, de chanter dans l'église, le piano, le commerce, et un peu d'histoire, de physique et d'astronomie. Il y en a, où quatre fois par jour on leur fait chanter les psaumes de David mis en vers anglais. Les Protestants montrent un zèle incroyable pour l'instruction de leurs enfants. Les parents négligents sur ce point sont publiquement flétris, et l'on regarde leurs enfants comme des bâtards abandonnés.
Les catholiques n'ont que deux écoles, Tune dite de St-Patrice, où il y a une trentaine d'enfants, l'autre dite de St-Pierre, que fréquentent une quinzaine de jeunes filles. Les sœurs de la miséricorde, partagées entre trois maisons, ont aussi pour les petits enfants trois écoles que l'on peut appeler communales, car tout le monde y a accès.
Mais puisque nous en sommes à l'article Ecoles, c'est ici le lieu de rapporter quel moyen perfide les protestants ont récemment imaginé pour séduire les enfants des catholiques et en faire des prosélytes.
Les protestants ont remarqué que le peu d'écoles qu'avaient les catholiques étaient très-insuffisantes, et que souvent ils n'y envoyaient pas leurs enfants, soit parce qu'ils n'avaient pas confiance dans le maître, soit par gêne ou pauvreté, ou par indolence. En conséquence, afin qu'aucun parent ne pût s'excuser d'envoyer ses enfants à l'école, ils en fondèrent une tout à fait sui generis, au centre de la ville, commode, gratuite, à laquelle ils donnèrent le nom de ragged scool, ou d'école des déguenillés mal vêtus. Puis, voulant procéder avec ordre, légalité, et suivant un plan arrêté d'un commun accord, ils tinrent le soir du 27 décembre 1861, dans la salle dite Oddfellowis, ou des étrangers compagnons, un meeting public, où, en présence d'une nombreuse assistance, M. Thomas Macfarlane, président du meeting, fit un long discours sur l'origine, la nécessité et les avantages, tant religieux que commerciaux et politiques, des écoles des déguenillés, et pria les auditeurs de vouloir bien contribuer, chacun suivant ses ressources et son zèle, à soutenir l'établissement poulie bien de la religion et de la patrie , etc. pourvoyant à l'habillement des écoliers et à la rémunération des maîtres. M. Macfarlane fut universellement applaudi , et ses paroles touchantes inspirèrent au peuple une résolution aussi énergique que spontanée, par suite de laquelle, dès l'ouverture des nouvelles écoles en 1S62, une société d'hommes distingués se forma pour recueillir les offrandes et les souscriptions. Le nouvel établissement compta aussitôt une soixantaine d'écoliers, dont la moitié était catholique; la société biblique leur fournissait des Bibles, et quatre gentlemen s'occupaient des garçons , en même temps que deux demoiselles s'occupaient des filles.
Je crois que les promoteurs de ce nouvel artifice pour corrompre le3
enfants des catholiques ont été les sectaires les plus fanatiques, c'est-àdire les Wesleyens et les Indépendants. La raison en est que le Révérend Thomas Ruddlc , un des principaux ministres Wesleyens, se rendit à ce meeting , et après une hymne chantée par les assistants avant l'ouverture de la séance, il consacra la réunion par la récitation de prières, ainsi qu'on le raconte dans le Southern Cross du 31 décembre 1861. Enfin le Révérend Thomas Hamer, un des premiers ministres des Indépendants, donna, après le chant national, la bénédiction apostolique, qui, comme le dit le même journaliste, termina et sanctionna le tout.
Ici s'élève une question terrible ! . . . Si la simplicité des enfants , leur innocence, leur grâce et leur candeur plurent tant à Jésus-Christ qu'il déclara que le royaume des cieux leur appartient et qu'aucun adulte ne peut y entrer qu'à la condition de devenir d'abord semblable à un enfant, à quoi doivent s'attendre ces modernes corrupteurs d'une jeunesse sans expérience, qui, sous le manteau de la vérité et de la religion, recourent au prétexte du bien de la patrie et de la société, pour s'opposer à celui qui a dit : Laissez venir à moi les petits enfants (sinite parvulos venire ad me), et qui leur enseignent le catéchisme de Bélial, avec la liberté de conscience, la manière de marcher dans les voies de l'esprit privé , et l'oubli de Dieu , de son Eglise et de ses ministres?... Ali! si Dieu dans sa miséricorde infinie ne les éclaire pas, s'il ne les convertit pas, ils portent sur les épaules l'horrible poids de cette sentence sortie de la bouche du Sauveur : * Pour celui qui scandalisera l'un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux qu'on lui attachât une meule au cou, et qu'on le jetât ainsi au fond de la mer1. »
») Qui autem scandalizaverit unum depusillis istis qui in me credunt, expedit ei ut suspendatur mola asinaria in collo ejus, et demergatur in profundum maris. Il y a plus : les journaux d' Auckland ont publié plusieurs fois dans le courant de cette semaine , et nous avons lu dans le Southern Cross un plan proposé par un comité et approuvé par l'évêque Anglican pour fonder un asile destiné aux orphelins de toute origine, c'est à dire de toute religion, qui pourraient y recevoir une éducation libérale, religieuse et civile. Ce plan porte que l'asile appartiendra exclusivement aux Anglicans, et que maîtres, gardiens, surveillants et directeurs, tous seront Anglicans.
ÎNous avons lieu de penser que c'est là encore un nouvel artifice, imaginé par quelque ministre zélé de Londres , pour recruter de plus nombreux adeptes jusque parmi les enfants des catholiques pauvres , en leur inculquant les principes de la liberté de conscience, libertatem Mis promittenles , eum ipsi servi sint corruptionis , et en les amenant tous insensiblement à maudire Rome, qui condamne le principe de cette liberté.
L'asile sera établi sur l'emplacement actuel des cimetières, parce que, suivant un projet du gouvernement présenté au conseil provincial il y a deux semaines, la ville s'est déjà tellement agrandie qu'il est utile que les cimetières soient transférés plus loin. Ainsi l'asile pour les orphelins occupera le point le
De tout ce qui précède il semble résulter que les sectaires les plus puissants sont les Anglicans, comme étant ceux qui ont le plus d'évêques, le plus de ministres , le plus d'écoles , le plus de maîtres , et comme professant la religion du gouvernement. Mais en fait ce sont les Indépendants, les Baptist es, les Wesleyens, les anciens Méthodistes, les Presbytériens, etc.
Il ne s'agit pas ici des ressources matérielles (csr sous ce rapport la primauté appartiendrait aux Hébreux) , mais seulement de ce qui est relatif à
plus beau, le plus culminant, le plus apparent et le plus central de la ville. c'est à dire, une colline d'où l'œil domine tout Auckland, ses faubourgs, ses environs, tout North-Hore, grande baie par laquelle on entre dans le port, ainsi que diverses îles récemment détachées du continent de la Nouvelle Zelande par des canaux marins qui ont peu à peu rongé et enlevé certaines parties des côtes ; au delà le spectateur voit se dérouler devant lui un vaste horizon, une perspective immense , qui force ses regards à se perdre dans ces extrémité? vaporeuses où le ciel et l'océan semblent se confondre. C'est pourquoi nous pensons que beaucoup d'enfants se déclareront orphelins, sans l'étie, pour jouir de cette heureuse et magnifique position, et qu'il n'y aura pas moins de catholiques qui se feront un devoir d'y mettre leurs orphelins, afin qu'ils deviennent non de bons croyants, mais des citoyens instruits.
Quant nous commençâmes à connaître la ville de d'Auckland, c'est précisément en ce lieu que nous disions à nos collègues qu'il serait bon de placer le collège de nos missions et notre maison religieuse, si le Seigneur nous accordait la grâce de nous établir en cette ville; car de cette éminence, à laquelle aboutissent toutes les rues par lesquelles on descend dans la ville, il nous eût été facile de voler partout où nous auraient appelés les besoins et les intérêts spirituels des habitants.
La rue dans laquelle s'élèvera le nouvel asile pour les orphelins est appelée SymonoV Street, et la Banque de la Nouvelle Zelande ouvrira un compte où les cotisations seront reçues au profit des enfants orphelins et abandonnés. Nous notons ces particularités, parce que notre mission étant toute récente, et la ville changeant de face d'une année à l'autre, il en résulterait que, si nous manquions de tout noter, nous ne. saurions plus dans dix ans comment nous étions à nos débuts, et jusqu'où s'étendait le champ de notre mission.
En résumé, toutes ces œuvres, quoique bonnes et recommandables sous le rapport civil et matériel, sont mauvaises et funestes sous le rapport religieux et moral, au moins en ce qu'elles sont dirigées contre la véritable Eglise et tendent à persuader aux ignorants qu'elle est réduite à l'inaction et qu'elle néglige l'orphelin, la veuve et le pupille. Elles se heurtent donc contre la sentence des théologiens qui dit : bonum ex integra causa, malum ex quocumque defeclu, le bien est ce qui procède d'une cause intègre, le mal est ce qui est entaché de quelque défaut; et contre cette autre sentence de l'Evangile : Si votre œil est mauvais, tout votre corps sera dans les ténèbres; si oculus tuus fuerit nequam, totum corpus tenebrosum erit.
ta religion et à la culture morale; de ce côté, les sectes de la Nouvelle- Zélande dont nous avons parlé sont incomparables. A l'appui de cette appréciation nous ne rapporterons pas ce qu'elles ont fait dans le carême et dans l'avent de 1SG1, où elles se sont mises à prier dans leurs églises pour que les aveugles et les obstinés se convertissent à la lumière de la véritable foi ; nous nous bornerons à rappeler un meeting destiné à une prière spéciale, tenu le 1er janvier 1362, et dont le procès- verbal a été ensuite publié dans le Neio-Zelander du 8 janvier de la même année : c'est un document du plus haut intérêt.
L'objet et le résultat de ce meeting sont consignés dans les lignes suivantes , que nous traduisons littéralement : « 11 est prescrit d'observer comme consacrés à des prières spéciales les huit jours compris entre le samedi 4 et le 12 janvier inclusivement. On espère que les motifs ci-après provoqueront L'attention sérieuse et la prière de tous dans la province d'Auckland. Comme les exercices commenceront un jour de dimanche , les pasteurs profiteront de l'occasion pour recommander les avantages de la prière en commun. Le samedi 1 janvier, dans tous les lieux destinés au culte, il y aura sermon sur le Saint Esprit; on y traitera de sa divinité, de sa personnalité , de son ministère et de ses opérations. Puis on implorera la bénédiction du Seigneur sur les exercices de la semaine.
«-Le lundi soir 6 janvier, à 7 heures et demie, il y aura, dans l'église des Presbytériens, au carrefour de Waterloo , sermon sur X humble confession du péché, que doivent faire les individus, les familles et les peuples. On priera ensuite en actions de grâces et pour le succès de la dernière exhortation religieuse.
» Le mardi soir 7 janvier, à la même heure, il y aura, dans l'église des Indépendants de la rue Blanche , sermon sur les grâces domestiques quii faut demander dans la prière : ce sont la conversion des impies , l'extinction de l'intempérance et de l'immoralité , les progrès d'une foi vivace dans les familles, dans les maisons, parmi nos fonctionnaires riches et pauvres, nos soldats et nos marins , comme parmi les écrivains de notre littérature séculiers et religieux.
« Le mercredi soir 8 janvier, à la même heure, le sermon se fera dans l'église des Wesleyens de la rue Blanche ; il roulera sur les grâces étrangères qnil faut demander par la prière : ce sont la résurrection du christianisme pur, l'extension de la liberté religieuse en Europe et dans les terres de l'Est, l'abolition de toutes les erreurs antichrétiennes, la conversion de la maison d'Israël, le règne de la paix parmi toutes les nations, surtout en Amérique, et encore des bénédictions plus abondantes sur ceux de nos frères et sœurs qui travaillent à l'œuvre de la mission , de l'éducation chrétienne et de notre littérature dans les pays étrangers.
» Le jeudi soir 9 janvier, à la même heure, on prêchera, dans l'église des
Indépendants de la rue Albert, sur Y Eglise de Dieu et le ministère chrétien ; on parlera dans ce sermon des progrès de la spiritualité dans l'église, de sa séparation plus complète d'avec le monde , de l'amour fraternel, de la mutuelle sympathie, de l'union des travaux parmi le peuple du Seigneur, du développement de la piété et de l'influence des ministres chrétiens et de leurs collaborateurs, de la descente du Saint Esprit sur nos universités et nos collèges , et surtout sur notre ministère naissant , de la conversion des jeunes gens, et des bénédictions toutes spéciales à appeler sur les classes du dimanche, ainsi que sur les autres.
a Le vendredi soir 10 janvier, à la même heure, il y aura, dans l'Eglise des Baptistes rue ATesley, sermon sur la parole de Dieu; on priera pour qu'elle soit toujours reçue avec une foi croissante, avec respect et amour, pour que ses ennemis soient éclairés et conduits au chemin de la vérité , et pour que le Saint Esprit déploie sa puissance en faisant ses inspirations et en se répandant dans le monde entier.
i Le samedi soir 11 janvier, à C heures, il y aura, dans l'église des anciens Méthodistes de la rue Edouard, sermon sur la célébration du dimanche , afin de bien établir qu'il est d'institution divine , et d'en empêcher la profanation au dedans comme au dehors des maisons.
« Le dimanche 12 janvier, on traitrera dans les sermons des signes, des périls et des devoirs des temps -présents, et l'on fera comprendre les motifs qu'on a de travailler à sa sanctification personnelle et aux progrès du christianisme.
«La prière en commun se fera, du 5 au 12 janvier, le matin, dans l'église des anciens [Méthodistes de la rue Edouard, les lundi, mardi et mercredi, et dans l'église des Indépendants de la rue Albert, les jeudi, vendredi et samedi. »
Tel était l'objet, tel fut le résultat de ce meeting. Quand on lit un programme si beau , si large , si bien ordonné , comprenant dans son cadre les principaux sujets de la morale chrétienne, et les enseignements les plus charitables et les plus touchants de la vérité évangélique , qui ne croirait qu'il a été tracé , recommandé et exécuté par les plus savants et les plus zélés prédicateurs de notre chère patrie, lorsque, comme des anges de paix et d'amour, ils courent ouvrir dans quelque bonne et religieuse ville un cours d'exercices spirituels ou de missions apostoliques? Et cependant ce sont les Presbytériens , les Wesleyens , les Indépendants , les Baptistes, les anciens Méthodistes, qui l'ont conçu et fidèlement rempli à Auckland, unis entre eux par le lien de la prière et du dévouement au salut des âmes et aux progrès de la religion.
Pauvres aveugles! Pauvres abusés! Hypocrites vraiment coupables! On peut bien leur appliquer ce que Dieu , par la bouche d'Isaïe , reprochait à son peuple en ces termes : » Je ne puis supporter vos néoménies, vos sab-
bats et vos fêtes; vos assemblées sont iniques. J'ai en horreur vos calendes et vos solennités, elles me sont, insupportables, je suis las de les souffrir. Lorsque vous tendrez les mains vers moi, je détournerai les yeux, vous redoublerez vos prières et je n'écouterai point1. «
11 y a néanmoins ici lieu de faire une observation, qui, si d'un côté elle peut nous causer de la confusion , ne manque pas d'un autre de nous procurer une grande consolation : c'est que les sectes protestantes de la Nouvelle Zelande, tout en étant comme ailleurs hostiles à la religion catholique, ne laissent jamais échapper une parole de mépris et de haine contre le Pape , l'église romaine et les catholiques. Elles travaillent avec une ardeur et une persévérance incroyables à recruter des adeptes, en distribuant des Bibles et des Catéchismes, en ouvrant des écoles, en érigeant des églises, et en se montrant partout puissantes en œuvres et en paroles; mais elles n'empêchent pas le moins du monde les missionnaires catholiques de rivaliser avec elles et d'en faire autant.
Il faut dire, au contraire, que quand les catholiques cherchent de l'argent pour les besoins de leur église, quand à cet effet ils recueillent des* souscriptions, ils ouvrent des bazars et donnent des concerts, les protestants sont les premiers à leur offrir leur concours. On prétend que l'évéque anglican d'Auckland, qui professe le puséisme, est plutôt catholique que protestant. C'est certainement un homme très-affable, qui salue indistinctement tout le monde, et qui orne sa chapelle privée d'images, de fleurs et de chandeliers.
Il y a peu de temps que les Anglicans construisaient une grande église en bois dans le faubourg de la ville qu'on nomme Parnell. Le ministre qui devait la desservir, la mit, dans son discours pour la dédicace, sous la protection de la Vierge, et l'appela église de Sainte Marie. Ce n'est pas tout; au haut du dôme, qui a la forme d'un clocher gothique, il tit élever une belle, grande et forte croix, qu'on découvre de tous les points et de tous les alentours de la ville. Quelques vieux et zélés anglicans s'en formalisèrent sérieusement; mais le ministre déclara nettement dans son discours d'inauguration que la discipline de l'Eglise change suivant le temps, les lieux et les circonstances. Les autres églises anglicanes portent le nom de quelque apôtre : ainsi la cathédrale s'appelle St-Paul, une autre St-Matthieu, une autre St-Barnabé. On y suit jusqu'au scrupule le Missel d'Edouard IV, qui est le livre ordinaire des prières , etc.
ominiam etSabbatum et Festivitates alias non fera m ; iniqui sunt ccetus vestri. Calendas vestras et solemnitates vestras odi vit anima mea; faela finit mihi molesta; laboravi sustinens! Et cum extenderitis manus vestras, avertam oculos à vobiSj et ciini muUiplicaveritis orationem, non exavtrtiam.
Les églises et les écoles des autres sectes portent le plus souvent le nom de leur fondateur. Et cela, par un trait spécial de la divine Providence, qui veut qu'elles offrent toujours aux yeux des peuples, imprimée sur leur seuil , la tache de leur honteuse origine , semblables aux Moabites et aux Ammonites, qui ne sont connus sous leur nom dans l'histoire des générations et rappelés dans l'ancien Testament qu'à cause des circonstances ignominieuses qui marquèrent leur naissance et leur apparition sur la scène du monde.
vin.
Mais nous croyons important de consigner dans cette relation un fait aussi fréquent et ordinaire en ce pays qu'il était nouveau pour nous, quand nous arrivâmes ici, en quittant des contrées entièrement catholiques. Dans les premiers temps de notre résidence à Auckland, comme nous allâmes un jour de dimanche, vers quatre heures du soir, nous promener du côté de Parnell, nous eûmes à passer dans la Queen Street, ou rue de la Reine, qu'on pourrait appeler Corso d'Auckland ; car c'est le lieu le plus fréquenté et le plus central de la ville, il est voisin du port et toujours plein d'une foule qui va et vient pour vaquer à ses affaires.
Or, voilà qu'au milieu de cette rue , nous voyons , sur un tas de pierres , un ministre protestant, entouré d'une multitude d'auditeurs de tout sexe et de tout âge, au teint pâle, à l'attitude majestueuse, à la physionomie édifiante, qui, en plein air et sous le rayon d'un soleil brûlant, prêchait avec tant de zèle et de faconde , que le peuple ravi le comparait à un autre Antoine ou à un autre Vincent Fender.
Mon Dieu! étrangers comme nous étions dans ces terres barbares , nous nous écriâmes alors : il est donc vrai que déjà est arrivé le temps où, suivant les divins oracles , il s'élèvera de faux christs et de faux prophètes qui opéreront des miracles et des prodiges tels qu'ils séduiraient même les élus , si c'était possible1.
Et ce peuple, qui a cependant le droit de ne pas être trahi, trompé et séduit par ces imposteurs sortis de l'enfer, sera-t-il le peuple dont il est dit : plusieurs s'éloigneront de la foi, pour s'attacher aux esprits d'erreur et aux doctrines des démons-? Ce peuple sera-t-il celui contre lequel l'Esprit de Dieu écrivait en caractères indélébiles et formidables cette terrible sentence dans un livre qui ne passera pas : "parce qu'ils n'ont pas reçu l'amour de la vérité, afin d'obtenir le salut, Lieu les soumettra à V influence de
1) Surgent pseudo Christi et pseud-o prophelœ, et dabunt signa magna et prodigio^ Haut in errorem inducardur, si fieri potest , ctiam eîecti.
2) Discedent quidam à fide j attendantes spiritibus erroiis et doctrinis dœmoniorum.
l 'erreur ', flyîa gttë /o^s ce»» qui ne croient pas à la vérité, mais qui con ' à r iniquité, soient juges en conséquence^ . » Nous pensions que ce ministre faisait partie des Predicante ou des Fanatiques, mais non, c'était un Wesleyen. Et Ton nous assura, comme nous le vîmes depuis plusieurs fois de nos propres yeux, que ces prédicateurs commençaient ainsi à parler tous les samedis vers le soir, et continuaient à prêcher tantôt ici, tantôt là dans les rues de la ville, partout où ils trouvaient le peuple assemblé, jusqu'au dimanche soir. Mais on nous dit aussi qu'ils faillirent être lapidés en Australie, non, bien entendu, par les catholiques, qui ne savent attaquer personne, mais par les autres sectaires. Néanmoins plusieurs mirent tant d'opiniâtreté dans leur entreprise que, plutôt que d'interrompre leur discours, ils aimèrent mieux être victimes de leur fanatisme.
Mais nous n'avons pas encore abordé un fait qui fera certainement époque dans l'histoire des sociétés catholiques de cette ile, nous voulons dire les conférences que les Presbytériens ont tenues à la fin de l'année dernière (1S61) pour l'union de leurs églises.
Quiconque connaît l'histoire ecclésiastique sait que les Presbytériens devraient, suivant leur institution primitive, soumettre les Eglises particulières aux Classes, les Classes aux Synodes provinciaux , et les Synodes provinciaux à une assemblée nationale, dont chacun est obligé par la loi divine, disentils, à suivre les oracles comme infaillibles. Or, ceux de la Nouvelle-Zélande, épars ça et là près des baies dangereuses de cette mer, ne s'étaient jamais réunis, jamais concertés, bien qu'ils sentissent combien lourd est le poids de cette sentence solennelle : qui non colligit mecum, dispergiti celia qui ne moissonne pas avec moi ne récolte rien.
C'est pourquoi ils conçurent, pour donner un aspect d'unité et de force à leurs églises, le désir de développer et de réaliser l'idée, venue on ne sait d'où, de réunir en une seule toutes les églises presbytériennes, éparses dans cette colonie. En conséquence tous les ministres et principaux membres de la -cete furent convoqués et se rendirent chez Lord Worsley, à Otago, et le 21 novembre 1861 ils y tinrent un grand meeting dans l'église Knox; puis ils y ouvrirent des conférences dont l'objet était désigné par ces mots : union chrétienne.
Le ministre Burns, président du meeting, débita un sermon, qui d'après le rapport d'un auditeur, était surtout admirable parce qu'il était parfaite-
:i Ko quùd charitatem veritatis non receperunt, ut salvi fièrent* ideò mittet illis Deus operationem errori* , ut judieéntur omnes qui noncredunt veritati, sed conseniiunt iniquitati.
ment adapté à la circonstance ; il avait pris pour texte les sublimes paroles adressées par Jésus-Christ à son Père céleste dans cette ineffable prière qu'il lui fit, avant d'aller consommer son sacrifice : « Père Saint, conserve/. pour votre nom ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils soient un comme vous, mon Père en moi, et moi en vous, afin que le monde croie que vous m'avez envoyé, etc, etc1. Le ministre Burns établit ainsi l'unité comme le fondement de toute Eglise, et prouva que l'Eglise de Jésus-Christ oublie sa mission et néglige de réaliser un de ses caractères les plus essentiels, quand elle ne consacre pas toutes ses forces à accroître la gloire de son fondateur. Le ministre Jood ouvrit la seconde conférence, qui eut lieu le 21 du nié me mois de novembre, par la récitation, en guise de prière, du psaume bO, dont les premiers versets disent : " Célébrez le Dieu notre appui, poussez des cris de joie devant le Dieu de Jacob. Entonnez vos cantiques, faites retentir vos tambours, joignez les sons du psaltérion à ceux de la harpe. Sonnez de la trompette au milieu de vos néoménies, au jour de vos solennités?- h En effet, ce psaume était bien adapté à la circonstance; seulement, ces solennités qui ne faisaient que mieux ressortir leurs contradictions et leurs erreurs, cet engagement qu'ils allaient prendre de rester toujours unis contre le centre de la véritable unité et d'avoir un nouveau lite contraire au rite légitime de l'Eglise de Dieu, ne peuvent que tourner à leur confusion. Elles étaient également adaptées à la circonstance, ces paroles qui se trouvent presque à la fin du même psaume : " Mais mon peuple n'a point écoute ma voix, Israël ne m'a point voulu. Et je les ai livrés aux désirs de leurs cœurs, ils s'enfonceront dans leurs inventions3. «
En terminant, les Presbytériens fixèrent d'un commun accord une base d'union qui consistait dans les trois points suivants :
lo La parole de Dieu, contenue dans les livres de l'ancien et du nouveau Testament, est l'unique règle infaillible de la foi et de la morde . l'unique bannière certaine à l'ombre de laquelle doivent se prouver el se décider toutes les questions de doctrine, de culte, de gouvernement et de discipline dans l'Eglise du Christ.
2o La confession de foi de Westminster, le grand et le petit catéchisme, le directoire réglant le culte public, la forme du gouvernement de l'Eglise
1) Pater sanete, serva eos in nomine tuo, quos dedisti mihijUt omnes ununl sint, sicut ta, Pater inme, et ego in te, ut credat mundus quia lume misisti^ etc.
2) Exultate Deo adjutori nostro, jubilate Deo Jacob. Sumite psalmum etdahè (ijuipanum , psalterium jucundum cum citharâ. Buccinale ia .Yeomenid tuba, in insigni die solemnitatis vestrœ, etc.
z) Et non audivit pojAilus meus vocem meam, et Israël non intendi! mihi. Et dimisi eos secundum desideria cordis sui , ibunt in adinventionibus suis.
presbytérienne et le second livre de la discipline viennent ensuite comme des enseignements secondaires que cette église doit subordonner aux premiers.
3o En admettant la confession de foi dans son intégrité, cette église pense qu'il est juste de déclarer : lo que les doctrines contenues dans la susdite confession de foi et dans le second livre de la discipline relativement aux attributions de la magistrature civile, sont sujettes à des interprétations différentes, et par conséquent les chefs officiels de l'Eglise presbytérienne dans la Nouvelle Zelande ne doivent pas, parce qu'ils ont souscrit à son symbole , être regardés comme défendant des principes persécuteurs ou intolérants , ou comme professant des idées contraires à la liberté de conscience ou au droit du jugement privé; 2o cette église, quoiqu'elle reconnaisse l'autorité de la magistrature civile s' exerçant dans les limites de sa juridiction, et le grand principe de la responsabilité des nations et des gouvernants, revendique pour elle-même un caractère propre, une position distincte et indépendante. Elle attribue à ses tribunaux supérieurs une juridiction suprême et absolue, quant aux matières spirituelles, sur les chefs officiels, les congrégations et le peuple; elle déclare que tous les privilèges des susdits chefs et de ses membres ne sauraient être soumis à l'autorité , au contrôle et à l'immixtion irrégulière d'autres corps qui lui sont étrangers.
Ces principes posés comme base d'union, les presbytériens voulurent clore leurs conférences en décrétant que toutes les églises presbytériennes de la Nouvelle Zelande n'en formeraient désormais plus qu'une seule, qui reconnaîtrait une assemblée générale et trois synodes provinciaux. Le premier, celui du Sud, comprendrait Otogo, les territoires situés aumidi, et l'île de Stervant. Le second, celui du Nord, comprendrait Auckland, Taranaki et la baie de Hawkc. Le troisième ou le central comprendrait Cantorbery, Wellington, Nelson et Marlborougli. Ils décidèrent aussi que l'assemblée générale se tiendrait tous les deux ans, et les synodes provinciaux une fois l'année. Ils arrêtèrent beaucoup d'autres mesures concernant les progrès, la consolidation, la prospérité et la gloire de cette union chrétienne. Parmi ces mesures il en est une qui mérite d'être signalée : c'est l'obligation qu'ils s'imposèrent d'amener même les Maori à leur église unie , et en conséquence d'établir pour eux une mission spéciale, et d'ouvrir des écoles où on leur enseignerait en anglais les vérités de la religion.
Enfin, quand tout fut dit, discuté et convenu, le Président, pour attester que l'union des églises Presbytériennes de la Nouvelle Zelande serait durable, apposa pour ainsi dire son sceau aux conférences en donnant la bénédiction aux assistants.
Le Southern Crosse, journal Wesleyen d'Auckhnd fort répandu, consacra
ensuite le 2 janvier 1S62 deux grandes colonnes à rapporter en détail tout ce qui s'était passé et à relever l'importance et les avantages de cette union chrétienne.
Si notre intention était de réfuter ce que nous nous sommes bornés à raconter, nous répondrions franchement au rédacteur du Southern Crosse, et à tous les ministres, chefs et auteurs de l'union des églises Presbytériennes : lo que par cela seul qu'ils se constituent d'eux-mêmes , sans avoir été autosés par Celui qui a dit : » Comme mon père m'a envoyé, je vous envoie1, » les guides de l'Eglise, les hérauts de la parole contenue dans la Bible, les pasteurs du troupeau du Sauveur, par cela seul ils ne le sont pas ; car tous ceux qui entrent dans le bercail autrement que par la véritable porte ne sont que des loups et des mercenaires. C'est d'eux que parle saint Cyprien, quand il dit : ils s'établissent les chefs an dehors de toutes les lois de l'ordination, et, sans recevoir la consécration d'aucun évêque, ils s'arrogent les fonctions de l'épiscopat2. « Comment l'office de pasteur pourrait-il leur appartenir, à eux qui ne succèdent à personne, qui commencent à eux-mêmes, qui ne sont que des profanes absolument étrangers au troupeau du Sauveur; à eux , en un mot , dont la religion n'est pas celle des apôtres , et dont la mission n'est pas légitime? Pastor haberi quomoclo potest , qui nemini succedens et a seipso incipiens, aliénas fit et prof amis? C'est ce que demande encore saint Cyprien. C'est aussi le sujet que traite Tertullien au chapitre trente quatrième des Prescriptions.
2o Un autre grand principe est celui que pose le même Tertullien, quand il dit : « Cela est vrai et vient du Seigneur , qui nous a été enseigné en premier lieu; cela est faux et vient du démon, qui nous a été enseigne depuis, u Donc, l'union des Eglises Presbytériennes, ainsi que de toutes les autres sectes établies dans la Nouvelle Zelande, étant de date trèsrécente , qui ne voit qu'elles portent en elles le caractère de leur fausseté et de leur condamnation? N'est-il pas vrai que l'unité, qu'ils s'efforcent de donner à leurs Eglises dispersées, est précisément cette unité dont parle saint Augustin , quand il dit : « L'unité peut- elle être contraire à l'unité; est imitas contra unitatem? Quelle unité que celle qui, ayant pour base la division, renverse la foi et scinde V unité? Quelle unité peut présenter l'union chrétienne des Presbytériens, lorsque, éloignés du centre de la véritable unité, ils ne conservent pas l'unité de l'esprit dans les liens de la paix avec l'Eglise Romaine, et ne forment pas avec elle un seul corps,
*) Sicut misit me Pater , et ego mitto vos.
2) Hi suntj qui se prœpositos -sine alla ordinationis lege conslUuunt, qui* ibernine Episcoporum dante, Episcopi sibi nomen assumant.
une seule âme, uu seul édifice? Car il n'y a personne qui ne doive souscrire avec joie à la sentence de saint Irénée disant, en parlant des églises : n II faut que toutes dépendent de l'Eglise Romaine comme de leur source et de leur tòte. Car c'est avec cette Eglise, à cause de son eminente primauté, que doit se mettre d'accord toute autre Eglise , c'est à dire tous les fidèles, avec cette Eglise, dis-je, dans laquelle tous ceux qui sont dispersés partout ont toujours conservé la tradition apostolique1, u
3o Mais en interprétant dans son discours d'ouverture des conférences le texte sacré à sa convenance, suivant l'esprit privé, le ministre Burns a encouru cette menace que Dieu a prononcée par la bouche d'Ezéchiel contre ceux qui prophétisent suivant leurs caprices : » Malheur aux prophètes insensés qui suivent leur esprit et ne voient rien2 ! » Et en vérité , le ministre Burns ne voit rien ; car , en lisant l'Evangile du Seigneur , il ne s'est pas aperçu que Jésus-Christ parlait d'une unité bien plus haute que celle que les Presbytériens voulaient donner à leurs églises éparpillées. Cette unité s'appuyait sur la vérité qui sanctifie : ut slnt et ipsi sanctificati hi ventate; et sur l'uniformité de la croyance en Jésus-Christ , par l'admission d'une seule : a Je ne prie pas pour eux seulement , mais encore pour ceux qui doivent croire en moi par leur parole, afin que tous ils soient un, comme vous, mon Père, en moi , et moi en vous3. «
Or, on ne trouve la vérité qui sanctifie, l'uniformité de la croyance en Jésus- Christ et l'admission d'une seule et même mission que dans l'Eglise du Dieu vivant , c'est-à-dire dans l'Eglise catholique Romaine , qui est la colonne et le fondement de la vérité, et c'est parce qu'elle est fondée sur Pierre, ou plutôt sur Jésus-Christ lui-même, la grande pierre angulaire, que les puissances de l'erreur ne la vaincront jamais. Aussi est-ce à elle qu'il appartient , en vertu de la mission dont elle a été investie par son fondateur, de conférer cà ses ministres le droit de percher la parole de l'Evangile , afin que tous les peuples se nourrissent du même pain , professent une même croyance , observent les mêmes lois , et forment un seul troupeau sous la conduite d'un seul pasteur.
Voilà pourquoi St-Bonaventure, parmi les caractères auxquels on peut reconnaître si un ministre a reçu de Dieu la mission d'annoncer sa divine parole, signale l'autorité de celui qui l'envoie, ou du Pontife romain, qui
1) Omnes à Romand Ecclesia necesse est ut pendeant tanquam à fonte et à capile. Ad liane enini Ecclesiam, propter potentiorem priar-ipalilaiem, necesse est omnem convenire Ecclesiam, hoc est qui sunl undiquê fbleies, in qud semper ab lus qui surU ubique, conservata est, quœ ab apostolis est traditio.
2) Vœ pastoribus insipientibus, qui sequuntur spiritimi suum, et nihil vident.
3) Nonpro Us autem rogo tantum, .serf et pro eis qui credituri sunt per verbum eorum in me, ut omnes unum sint, sicut tu pater in me, et egoin te.
tient la place de St Pierre, ou plutôt de Jésus -Christ; » car, dit-il, celui que Pierre envoie pour prêcher l'Evangile, est envoyé par Jésus-Christ lui-même1. » Maintenant, ces ministres s'assemblaient-ils au nom de la véritable Eglise? Etaient-ils chargés par le vicaire de Jésus- Christ de prêcher l'Evangile du Seigneur? Remplissent-ils leur mission sous sa conduite? Leur Bible contient-elle tout ce qu'ils doivent inculquer aux peuples pour que, unis et sanctifiés par la vérité, ils aient une foi et une morale uniformes? En un mot, peuvent-ils se flatter de remplir les conditions de la mission divine que le Sauveur a donnée à ses apôtres, en les chargeant d'enseigner aux peuples l'observation de ses préceptes : docentes eos servare omnia quœ c unique mandavi voôis ?
O pauvres sectes ! 0 malheureux sectaires ! Si la proposition de St Augustin : « l'homme ne peut se sauver hors de l'Eglise Catholique,2 » est un enseignement de l'Eglise, que deviendront-ils? Leur mission leur sera-t-elle imputée à mérite? Tant de prières, tant de prédications, tant de réunions, tant d' œuvres de piété, comme d'ériger des églises, d'ouvrir des écoles, de distribuer des Bibles et des Catéchismes, leur seront-elles profitables? Hélas ! non ; car leurs œuvres, ne recevant point de leur mère l'Eglise l'aliment de la vie, n'étant point par elle bénies, sanctifiées et élevées à l'ordre surnaturel, restent, dit St Augustin, comme des sarments inutiles, retranchés de la vigne : tanquàm sarment a inutïlia de vite prœcisa; et ils encourent malheureusement cette sentence que Jésus- Christ a prononcée en présence de ses disciples , au nom de son Eglise : « Celui qui ne demeure pas en moi sera jeté au loin comme un sarment, et il se desséchera, et on le ramassera pour le jeter au feu où il brûlera. <<
Les lecteurs nous pardonneront ces quelques plaintes ou plutôt ces épanchements de notre douleur , naturellement amenés par l'esquisse que nous venons de faire de l'état des diverses sectes dans la Nouvelle Zelande. Non, notre intention n'a pas été de les confondre, mais seulement d'exposer leurs idées, de les faire connaître ; et nous croyons qu'on trouvera que nous ne nous sommes pas écarté de notre but, si l'on considère le tableau que nous en avons tracé , et la manière dont nous avons parlé des églises qu'ils ont élevées, de leurs ministres, de leurs maîtres, de leurs écoles, des occu-
*) Tria suait signa evidentia, qxiibus probatur, utrum à Domino sìt missus ad Evangelium prœdicandum. Primum est auctonlas millenlis, cujusmodi est Pontificia et maximii Pontifiais summi, qui est loco Pétri, imo Jesu Cliristi, undê qui ab eo mittitur, à Christo mittitur.
3) Nunquam homo nisiin Ecclesia catholied saluterà invenire potest.
s) Si quis in me non manserit, mittetur foras sicut palmes, et arescet, et colligent eum, et inignem mittent, et ardet.
pations de leur ministère, des associations de prières qu'ils forment, des efforts qu'ils tentent pour se réunir, et enfin, des sentences terribles et des malédictions divines auxquelles ils s'exposent.
Cela peut en même temps servir et suffire pour se former une idée nette de l'état dans lequel se trouve la religion catholique en ce pays. Quoique fondée sur une pierre, qui porte gravée la magnifique et consolante épigraphe île L'Evangile : Les portes de V enfer ne prévaudront point contre elle, elle ne saurait, parmi tant de sectes, s'empêcher de gémir et de soupirer; car ses ennemis furieux cherchent à l'assaillir et à la submerger dans le torrent impur de leurs erreurs, afin que se vérifie en elle la prédiction du prophète de Patmos : « Le serpent lança contre la femme de l'eau comme un fleuve pour l'entraîner dans ce torrent1. »
Au débordement d'un si grand mal qui menace d'envahir toutes ces régions barbares, aux progrès rapides et enrayants qu'y font les sectes hétérodoxes, au zèle avec lequel nous les voyons chaque jour ériger sous nos yeux des églises et des écoles protestantes, pour étendre le règne de Belial et accoutumer jusqu'à la langue des sauvages à blasphémer l'Eglise de Dieu, il ne nous a pas encore été donné, hélas! d'opposer, de notre côté, le moindre obstacle; car jusqu'à présent nous trouvant sans maison, sans temple, sans autel, aux extrémités de cette ile, au milieu de quelques "Maori stupides, indifférents et presque abrutis, nous ne pouvons qu'offrir chaque jour à Dieu le sacrifice de notre bonne volonté, en lui disant avec St Paul : Velie aâjacet nabis, perjicere autem bonum opus non invenimus.
Mais nous espérons que ce pouvoir dont le divin maître avait investi ses disciples, de fouler aux pieds les serpents et les scorpions et de vaincre toute la puissance de l'ennemi, -de telle sorte qu'il ne pouvait plus leur nuire, comme on le voit dans Saint Luc, il daignera nous l'accorder aussi, quand nous lui aurons offert le sacrifice plein et entier de notre patience et de notre résignation.
En attendant nous aimons à consoler quelques âmes pieuses, que nous savons déplorer au fond de leur cœur l'ascendant considérable que les sectes protestantes ont pris sur ces peuples simples et ignorants, en leur rappelant ce que dit Saint Paul : 77 est nécessaire quii y ait des hérésies, afin qu'on connaisse mieux les vrais catholiques. Rappelons aussi le passage de la première lettre de St Jean, où il dit : Il y a déjà, beaucoup d'antechrists, qui sont sortis de nos rangs, bien quii ne fussent pas des nôtres; car, s'ils avaient été des noires, ils se seraient fermement maintenus dans la vraie foi. Xous citerons enfin cette pensée de St Augustin : » Ceux qui deviennent hérétiques ne sont que des gens qui, s'ils étaient restés dans V Eglise, se
5i Misit serpene ex ore suo post mulierem aquam tanquam flumen, ut eam faceret trahi à flumine.
seraient néanmoins perdus par les désordres de leur vie1. Yoilà ce qui doit les consoler et ce qui nous console nous-mêmes.
Maintenant que votre Paternité dispose de cette relation, comme elle le jugera convenable. C'est le travail de trois jours, et si je voulais y conconsacrer une heure de plus , cette heure me manquerait. Je vous l'adresse parée que, si je ne me trompe, il s'y trouve des choses qui peuvent intéresser l'histoire des Missions Franciscaines dont vous vous occupez. Toutefois , si elle vous déplaît en quoi que ce soit, avertissez-m'en sans crainte en toute liberté, afin qu'à l'avenir je tâche de faire mieux. Agréez mes sincères et profonds hommages; présentez mes compliments aux amis, et et recommandez-moi à leurs prières devant le Seigneur. Adieu.
Auckland, Nouvelle-Zélande. — A trois heures de la nuit du 29 au 30 janvier 1362 , veille de notre départ pour la baie des îles.
De votre Très-Révérende Paternité,
Le très-humble et très-dévoué serviteur,
Pu. Octave B ausasti,
Min. Obs. Préfet des Jfiss. Francise, dans la Xouvelle-Zélande .
AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE
Lettre du P. Pampiiile de Magli axo , Min. de la stricte Observance , au
rédacteur des Annales, sur V histoire des Franciscains aux Etats-Unis.
IEXAS.
{Suite de V article publié dans la 2 e livraison , page 12 S).
Une histoire complète des Missions du Texas a été écrite en 1783 par le P. Lecteur Jean Augustin Mnrfi. J'en ai vu de mes propres yeux le manuscrit, que j'ai en vain cherché à me procurer. Car M. San Martin, éditeur d'un journal espagnol à New- York, qui en est possesseur, m'a dit ne pouvoir en disposer, sans en avoir d'abord obtenu la permission de telle personne, qui est actuellement en Espagne. Cet ouvrage important et très -bien écrit se compose de deux énormes volumes; mais quoiqu'il soit inédit , il parait qu'il en existe une autre copie, comme l'a dernièrement annoncé M. Shea. Il faut donc, quant à présent, que je me contente de vous donner quelques courts renseignements sur les Missions du Texas , en attendant la prochaine publication de cet ouvrage.
De même que la Floride et le Nouveau Mexique, le Texas fut visité de bonne heure par les Missionnaires Franciscains. Quelques-uns y étaient restés, victimes du zèle avec lequel ils l'avaient parcouru, lors de la première expédition de Narvaez, à laquelle on a déjà vu que quatre seulement
x\ Non éx aliis hominibus fiunt hœretid, quam ex lis qui , si in Ecclesia permonsissent, propter vitœ turpitudinem nihilominus periissent.
avaient survécu. Postérieurement les compagnons de Soto et de Muscoso y avaient également péri. Un seul missionnaire finit par réussir dans une entreprise où avaient échoué tant d'autres avant lui, Ce fut le Franciscain P. André Olmos, qui, déjà très- versé dans plusieurs autres langues indiennes, parvint heureusement à écrire et à composer dans celle des Chachimuos, et qui, dès 1511, fondait une mission très-florissante à Panuco. Néanmoins ce ne fut qu'en 16S5 que des missions régulières s'établirent au Texas. A retti.' epoque, M. Lasalle ayant tenté avec quelques récollets Français d'explorer le Mississipi du côté du Texas, les Espagnols en conçurent de l'ombrage, et comprirent qu'il était de la plus haute importance de laisser en ce pays quelques missionnaires, qui y commencèrent la mission de St Francois. L'année suivante, ils furent rejoints par 21 Franciscains , dont quatorze prêtres et sept frères lais : ceux-ci fondèrent huit missions : trois parmi les Texiens, quatre chez les Cudodachos, et une le long du fleuve le Guadaloupe.
Toutefois ces missions ne réussirent pas encore , en partie par suite d'une disette qui survint, en partie à cause de la mauvaise conduite des soldats espagnols envers les Indiens. Mais en 1717 le P. Augustin Padron de Guzman parvint à relever la mission de Saint-Michel chez les Adages, et un autre Père se fixa parmi les Texiens. De 1721 à 1710, on vit se fonder les Missions de San-Prancisco, au centre du Texas ; de San- Jose chez les Nazones ; de Notre-Dame de Guadaloupe chez les Nacogdoches, et de Notre-Dame du Pilier chez les Adages, les Asinais et les Aes. Elles étaient toutes dirigées par des Franciscains, venu la plupart des collèges de Queretaro et de Zacatecas. Leur zèle les porta jusqu'aux pays des Cocos, des Osages et des Missouris, où l'un deux perdit la vie , et où un autre resta quelque temps prisonnier. Ainsi les Missions du Texas s'étendaient jusqu'au Nouveau-Mexique et comprenaient diverses tribus. Le P. Joseph Quadalupe Orado et le P. Barthélémy Garcia furent du nombre des missionnaires qui se distinguèrent le plus sur le champ apostolique du Texas.
Ces missions se maintinrent dans un état très-prospère jusqu'en 1S12, où elles furent supprimées par le gouvernement espagnol, de sorte que les pauvres Indiens restèrent privés de Missionnaires jusqu'au 1332, époque à laquelle le Franciscain P. Diax fut envoyé à Nacogdoches Montrey; mais il n'était pas destiné à y fournir une longue carrière; car, il y avait à peine un an qu'il donnait ses soins à son troupeau dispersé , lorsqu'il tomba victime de son zèle sous les coups de quelques sauvages.
Quoique manquant de missionnaires, beaucoup d'Indiens restèrent longtemps de fervents catholiques; de sorte que quand Mgr Zimon leur fut envoyé en qualité de Visiteur Apostolique , il raconte que bien souvent il se lassait à administrer à des milliers de personnes le sacrement de la confirmation. En 1817, le Texas put enfin être érigé en diocèse de Galveston, grâce
au zèle de Mgr Odin, qui, déjà consacrò depuis 1S42, en fut alors nommé évèque. Ce prélat fut dernièrement transféré au siège de l'église métropolitaine de la Nouvelle Orléans, et le siège de Galveston resta vacant. Depuis la mort du P. Diaz, martyrisé en 1S32, comme nous l'avons dit, notre ordre en avait donc disparu; mais Mgr Odin, connaissant par expérience le grand bien qu'y avaient opéré les Franciscains , ne prit de repos que lorsqu'il les y vit rétablis au moins sur un certain pied. Ce fut en 1S59 qu'ayant rencontré le R. P. Emilien d' Azzano à la Nouvelle Orléans, où il s'était rendu pour quelques affaires, il ouvrit à cet effet des négociations qui aboutirent à une heureuse issue, de sorte que le P. P. Augustin de St Damien d'Asti alla bientôt prendre possession de la mission de la ville et du district de Houston, avec le Tierçaire Mexicain Fr. Trinité Torres, et fut rejoint peu de temps après par le P. Pélix de Cannobbio, le P. Pacifique d'Arlem, et le Fr. Théobald de Xovella, laie prof es.
Depuis que la guerre a interrompu les communications avec cet Etat, il y a plus de neuf mois que nous n'avons pu recevoir aucune nouvelle de nos confrères. Xous n'en rendons pas moins de vives actions de grâces à Dieu de ce que l'ordre Franciscain ait commencé a revivre sur un sol où tant d'églises encore debout , des aqueducs et d'autres travaux publics, exécutés par des mains indiennes sous la direction de nos Pères, semblaient réclamer hautement leur retour. Et je suis heureux de le dire, il serait aussi facile de le rétablir dans beaucoup d'autres endroits de l'Amérique qu'au Texas. En effet, les Evèques sont généralement tout disposés à nous confier des missions, et même ils le désirent, tant à cause du manque d'ouvriers évangéliques, que par leur extrême bienveillance pour l'ordre Franciscain, dont le nom vénéré se trouve à chaque page de l'histoire de l'Amérique. L'unique difficulté vient du petit nombre des sujets propres à ce ministère. Car aujourd'hui les missions dans ces contrées ne sont pas restreintes, comme autrefois, aux seules tribus indigènes de sauvages; il faut, au contraire, s'adresser à des hommes venus de toutes les parties du globe, et déployer constamment la plus grande activité , comme l'exigent le caractère même et les besoins d'uue semblable population. Ainsi les religieux à envoyer en ces lieux doivent être non-seulement de bons religieux, mais des jeunes gens vigoureux et instruits ; autrement ils serviraient peu, et l'on ne pourrait guère attendre un heureux résultat de leurs efforts. J'espère profiter de mon voyage à Rome, lors de la réunion du chapitre général, pour en choisir un certain nombre que pourront fournir nos différentes Provinces. Quant aux moyens de subsistance, la Providence ne nous laisse manquer de rien; le caractère des habitants s'accorde très-bien avec celui des Franciscains ; nous n'avons ici qu'à suivre notre chemin, en nous faisant tout à tous, pour l'amour de Jésus-Christ, suivant l'avis de l'apôtre des nations.
{Sera continue).
Lettre où te P. Louis-Mabie de Jésus, Observ. de la Provi/ice de S*- Louis de Trance, rend compte aie T. 11. P. Joseph Atœso, son ministre Provincial, de son voyage et de celui de ses compagnons, quand ils se rendirent en ■mission dans la république de Bolivie.
7'alparaiso ce 25 janvier 1862.
Mon très-révérend Père,
Partis de Bordeaux le 19 octobre 1861, comme vous le savez déjà, nous sommes arrivés, après une rapide et très- heureuse traversée, en cette ville de Vàlparaiso le 18 janvier de cette année : grâce dont nous nous reconnaissons obligés à vos saintes prières et à celles de tous nos frères de France.
Je trouvai ici trois familles qui se montrèrent prêtes à nous munir de tout ce dont nous poumons avoir besoin pour continuer jusqu'à Cliuquisaca notre voyage, lequel sera de près de vingt jours tant par mer que par terre : M. Joachim Errerò voulut prendre seul cette charge. C'est un homme extrêmement estimable que Votre Paternité sera heureuse de connaître bientôt personnellement ; car le 3 du mois prochain il doit s'embarquer pour la France, où il ne tardera point à vous visiter, après son arrivée , ayant à vous communiquer je ne sais quelles affaires de la part de nos religieux de Cliuquisaca. Il est cousin d'André Errerò, notre célèbre Missionnaire Apostolique, qui a travaillé avec un zèle si ardent cala diffusion de la foi catholique dans la république de Bolivie.
Je m'embarquerai pour Cliuquisaca le 23 du courant avec les frères Antoine et Martin; Thomas, Fidèle et François resteront encore ici une dizaine de jours, jusqu'à ce que soit déchargée la cargaison du navire sur lequel nous sommes venus de France , et où en vérité nous avons été parfaitement traités.
Les habitants de ce pays me plaisent beaucoup par leur douceur et les bons sentiments dont ils font particulièrement preuve dans leurs rapports avec les religieux. Le premier jour que j'ai célébré ici la Sainte Messe, j'ai éprouvé le plus grand bonheur à donner la communion à un grand nombre de personnes, et je n'ai ensuite pas été moins édifié de la dévotion et de la modestie avec lesquelles les tierçaires ont accompagné la procession du Très-Saint Sacrement, le troisième dimanche du mois, consacré à notre Père Séraphique. Mais en même temps je me sentais profondément triste en pensant à l'indifférence qui règne aujourd'hui en Europe en fait de religion , bien qu'il n'y ait pas une partie du monde aussi favorisée de l'amour de Dieu ; car c'est Dieu qui y a suscité des milliers de ministres, constamment appliqués à travailler au salut des âmes.
Ici à Valpnraiso, ville d'environ 20,000 habitants, il y a un assez bon nombre de couvents cloîtrés : des Àugustins, des Dominicains, des Jésuites, des frères adonnés aux œuvres de charité ou à l'enseignement ; et de notre ordre, des récollets et des observantins , outre près de 200 tierçaires.
Santiago, capitale du Chili, ville où l'on ne compte pas moins de 200,000 âmes, possède aussi un couvent de récollets avec près de soixante religieux, un couvent d' observantins, et beaucoup d'autres maisons religieuses, outre mille tierçaires.
Votre Paternité sait que notre ordre a un grand nombre de provinces en Amérique. J'ai été bien heureux d'entendre tous ceux qui m'ont parlé de Chuquisaca me dire beaucoup de bien de nos confrères qui y résident , et qui sont vénérés par le peuple comme de vrais serviteurs de Dieu; tant leur zèle est grand pour sa gloire et pour le salut des âmes. On m'a fait les mêmes éloges du couvent de la Paz , auquel sont destinés les frères Thomas, Fidèle et François. Je déplore seulement notre petit nombre en face de la grande vigne qui réclame nos soins et notre culture. C'est pourquoi je prie votre Paternité de réunir les religieux qui se sentiraient appelés à l'œuvre des saintes Missions et de les envoyer en Bolivie , où un vaste champ sera ouvert à leur zèle apostolique , et leur permettra de recueillir une moisson abondante pour le grenier mystique du souverain Père céleste. J'ajoute que votre Paternité avec tous ses fils, nos bien aimés confrères, a ici une terre bénie dont tous les habitants vous recevraient à bras ouverts, s'il arrivait (ce qu'à Dieu ne plaise !) que les vicissitudes de l'Europe vous contraignissent à abandonner- notre cher pays, pour lequel nous ne cessons d'adresser chaque jour de ferventes prières au Seigneur.
Dieu vous conserve , mon Très Révérend Père , de longues années pour le bien de la France et pour l'avantage de notre province de St Louis ; ne nous oubliez jamais dans vos prières.
Votre humble fils,
Fr. Louis Marie de Jésus,
jlissionn. apost. Min. Obs.
DAL3IATIE.
COUVENTS ET PAROISSES GOUVERNÉS PAR LES MISSIONNAIRES FRANCISCAINS DE LA PROVINCE DU SAINT SAUVEUR EN DAL3IATIE.
Nos lecteurs apprendront certainement avec plaisir que sur le territoire de la Dalmatie les curés et les missionnaires de ces peuples sont aussi des Franciscains, qui, au milieu des cruelles vicissitudes que ces contrées eurent à souffrir de la part des Turcs, y restèrent avec une constance
intrépide pour défendre et cultiver cette partie choisie du troupeau de Jésus-Christ. Voici quels sont les lieux où ils ont un couvent et charge d'aines.
COUVENT DE ZAOSTROGH.
Ce couvent est situé dans une position agréable près de la mer, et est dédié à la Bienheureuse Vierge Marie dans le mystère de son Assomption. Il y a très-longtemps qu'il existe, et l'on ne sait à quelle époque il a été fondé. Il y eut d'abord un cloître de Basiliens à l'endroit appelé Skadarich, près du couvent actuel; mais ce n'est plus aujourd'hui qu'un amas de décombres1. Aux Basiliens succédèrent les Augustins, que le gouvernement impérial, représenté alors dans ces régions par Xarko Hunskij, ban résidant à Glissa, expulsa pour les motifs énoncés dans les lettres d'investiture délivrées aux Franciscains, Le même ban s'adressa au provincial de Bosnie et en obtint pour ce couvent six religieux, qu'il mit en possession et du local et des immeubles2. Il ne reste aujourd'hui plus rien de l'ancien couvent; car les Turcs y mirent le feu au moins deux fois. Le couvent actuel a été construit peu à peu par les Franciscains, après que les Turcs eurent été chassés de Macarsca et de son territoire. Ainsi l'église qui en dépend n'a été élevée qu'en 17473. On y conserve une chasuble faite du manteau royal d'Etienne-Thomas, roi de Bosnie.
PAROISSES
de Denenik (sous le vocable de St. Georges). . 545 âmes. Curé : le R. P. Ange Mattutinovich , Ex-Défin.
de Zaostrogh (Ste-Barbe) 511 «
Curé : le B. P. Augustin Gojak.
de Poi a zza (St -Etienne) 357 «
Administrateur : le R. P. Jean Raich.
de Briêt (Ste-Marguerite) 401 »
Curé : le R. P. Jean Raich,
de Gradaz (St- Michel) 536 »
Vice-doyen-curé : le R. P. Jean Sutrich.
de Forfopm (Ste-Etienne) 747 «
Doyen-curé : le R. P. Jean Grupcovich-Puglian.
*) IN'orinio, p. 39.
- Nous voïvode Xarko Hunskij.... pour les justes motifs qui ont déterminé notre esprit, etc. Donné à Glissa le 10 septembre 1468 (Diplôme original sur parchemin, conservé aux archives du couvent de Zaostrogh).
3I Inscription lapidaire placée sur le frontispice de la grande porte de cette église.
de Koiiùu (St- Antoine de Padoue) 526 âmes.
Curé : le R. P. Joseph Suman.
de Metcovich (St-Elie) 930 »
Curé lecteur : le R. P. Vincent Janovich.
de Bacchino. (St-Georges) 4-21 «
Curé : le R. P. Laurent Lozo.
de Plina (sous le vocable de l'Assomption). . 537 » Curé : le R. P. Félix Vadano vich.
de Passici u a (Tous les Saints) 471 »
Curé : le R. P. Augustin G rimani.
de Yergoraz (sous le vocable de l'Assomption). . 1068 » Curé : le R. P. Luc Anicich.
COUVENT DE XIVOGOSÏE.
Ce couvent est dédié à la Sainte -Croix. Les religieux Mineurs Obs. de Brocno (près de Monstar), fuyant la persécution des Musulmans qui venaient, dans leur cruauté, de dévaster ce couvent, arrivèrent à Drasnizze. De là ils passèrent k Xagnevo, et enfin à Xivogoste, où ils posèrent les fondations du couvent actuel vers l'an 1612 >. Au temps de la domination des Turcs, il fat plusieurs fois pillé, mais jamais incendié. Lors de l'invasion française, il fut supprimé, et ses biens furent confisqués2; mais la piété de l'empereur François 1er le restitua avec ses possessions à la Province religieuse dont il faisait partie3. On conserve dans ce couvent un ostensoir, envoyé en don par le même empereur : présent digne de cet auguste monarque , dont toute la Province franciscaine du Très-Saint Rédempteur conserve à jamais le doux souvenir. Un firmali {Hat ti Shérif) du grand Seigneur dispensait à perpétuité du prix du sang (Karvarina) les religieux de ce couvent4.
PAEOISSES :
de Drasnizze (St-Georges) 521 âmes.
Cure vacante.
à'Jgrave (La Vierge du Rosaire) -199 »
Curé : le R. P. Grégoire Urlich.
de Xivogoste (St -Régnier) 530 »
Curé : le R. P. François Ratcovich.
') Charte du couvent, du 18 nov. 1720. — Norinio, p. 46. u" 2\ . 2) Décret d'expulsion, du 26 octobre 1807. z) Décision souveraine du 22 sept. 1820, n° 29696/3746. «) Décret Turc; rapport présenté par le couvent, en 1720. au chef de la pror vince.
de Zavojane (Nativité de la Ste Vierge). . . 1874 âmes. Curé : le II. P. Bartolo Sliscovich.
de Potrarje (SS. Philippe et Jacques). . . . 1703 « Curé : le R. P. Luc Suman.
COUVENT DE MACARSCA.
C'est hors de la ville, près de la mer, que se trouve le couvent des Franciscains, anciennement dédié à St Pierre1, et maintenant à la Bienheureuse Vierge Marie X otre-Dame de grâce. On ignore l'époque précise de sa fondation. Les PP. Augustins furent les premiers qui l'occupèrent; mais ils en furent expulsés , comme de celui de Zaostrogh et pour les mêmes motifs, par le ban de Clissa, Xarco Hunskij , en 14GS, et remplacés par six Frères Mineurs Observantins que consentit à y envoyer le provincial de l'Argentine2. Les Franciscains restèrent en possession du petit couvent, alors composé seulement de cinq chambres qui existent encore, parce qu'elles étaient voûtées. Ils y avaient ensuite ajouté un très-bel édifice, que le Saint Siège assigna en 1518 en résidence aux évoques de Macarsca, et pendant plusieurs siècles l'église conventuelle servit de Cathédrale et de Paroisse3. Mais les Turcs ne tardèrent pas à mettre le feu au bâtiment. Les Vénitiens en firent autant, quand il fut relevé, parce qu'ils supposaient que les Turcs s'y étaient renfermés4. Enfin les mêmes Pères Franciscains parvinrent à relever la maison sur un meilleur pied que jamais en 1702. C'est dans l'église du couvent que sont déposées les dépouilles mortelles des deux évoques de Macarsca, Pierre Cacich et Marien Lisgnich. Un certain Déodat Dimitro5, ayant tué l'exacteur Turc, nommé 'Ernia, dans le petit village voisin de Macar, prit la fuite pour se mettre en sûreté à Gelsa (ile de Lesina), de telle sorte que la peine du prix du sang (Karvarina) retomba sur les religieux de Macarsca. Ceux-ci ne pouvant payer sur le champ la somme réclamée, le P. Gardien fut conduit par les Turcs dans les prisons de Livno, d'où il ne sortit que quand la communauté fut en état de payer jusqu'au dernier ducat5. C'est à Macarsca que se font pour la Province le troisième et le quatrième cours de théologie.
paroisses :
de Bast (sous le vocable de l'Assomption). . . 751 âmes. Curé : le P. P. Laurent Lucich.
1) Gonzaga , 2* partie, p. 589; rsorinio, liv. 1" p. 42.
2) Voir le diplôme relatif au couvent de Zaostrogh. s) Archives du couvent; Parlati, t. IV, p. 102, 198. *) Archives du couvent; Tarlati, t IV, p. 198
J! Firman du sultan Turc.
— Ul —
de Vello-Bardo (S*-Jérôme) 193 âmes.
Curé : le II. P. Pacifique Parmi.
de Tucepi (St- Antoine de Padoue) 833 «
Curé : le R. P. Antoine Jellavich.
de Cozizza (St-Elie) 1277 «
Curé : le R. P. Jean Siinich.
^JJ glicine (St- Antoine de Padoue) 1955 »
Curé : le R. P. Luc Tommassevich.
Coopérateur : le R. P. Félix Yucoevicli.
COUVENT DE st-MAB,TIN DE LA BRAZZA.
Dans la partie orientale de l'île de Brazza s'élève le couvent des Franciscains de l'observance, dédié à St Martin évéque. Ce fut dans l'origine uue maison de refuge pour les Pères de Macarsca, à l'époque où cette ville et ses environs gémissaient sous la domination tyrannique des Musulmans, de même que l'hospice de St Antoine, qui se trouve à St Georges (île de Lesina), servait d'asile aux Pères de Zaostrogh2. En effet, quand les Turcs se livraient aux excès de leur fanatisme , les religieux , à moins qu'ils ne se hâtassent de se jeter au plus vite dans des gaettines (sorte de barques) et de gagner les îles voisines, devenaient infailliblement victimes de la fureur musulmane3. En 1735 la maison fut érigée en couvent de retraite. Une seule Paroisse, dont les fidèles sont dirigés par les religieux, est annexée au couvent4.
PAROISSE
de St-Martin évéque 403 âmes.
Curé : le R. P. Ange Zvittanovich .
COTJVEXT D'niOSCHI.
Le couvent qui existe aujourd'hui dans la bourgade d'Imoschi est dédié au Patriarche d'Assise St François. Quand les glorieuses armes vénitiennes guidées par le brave général Mocenigo, l'eurent rendu maître de la bourgadi et de la forteresse d'Imoschi, et en eurent chassé les Turcs, le général Veni tien offrit aux Pères Franciscains la maison du Cadi (juge) turc d'Imoschi en récompense des grands services qu'ils avaient rendus pendant la guerre Et sans perdre de temps, les religieux posèrent les fondements du couvent
h Firman du sultan, juillet 1832. —Journal manuscrit du R. P. Nicolas Gojak, ex-définiteur, conservé dans ce couvent. 2) Documents déposés aux archives de Macarsca. s) Journal du R. P. Gojak.
*) Norinio; p. 37. — Actes du couvent de Macarsca.
actuel, qui fut termine en 1735, au lieu même où s'élevait la maison du Cadi1. La Paroisse est annexée au couvent.
taroisses :
d' Imoschi (St-François) • • 1205 âmes.
Curé vice- doyen : le R. P. Antoine Perrich.
de Vignane (St-llocli) 1483 »
Curé : le R. P. André Pervan, cx-définiteur.
de Frola xaz (St Michel) 1735 »
Curé : le R. P. Charles Balich.
cor vent d'almissa.
Pour échapper à la tyrannie des Turcs , les religieux du couvent de ProlaxaZj livré aux flammes, se retirèrent sur les côtes. Arrivés dans le voisinage de la ville d'Almissa, ils eurent le bonheur d'être reçus avec la plus grande humanité par la bourgeoisie, qui à cette époque y était nombreuse, riche et florissante. Ce n'est pas tout; les habitants pleins de compassion cédèrent gratuitement aux religieux, outre quelques parcelles de terre, une petite chapelle dédiée à la Bienheureuse Vierge Marie du Carmel, et dite de Scalizze2. Aussitôt les Mineurs jetèrent les fondements du couvent actuel et de l'église moderne3. En 1718, ce couvent, aujourd'hui placé sous le vocable de la Bienheureuse Vierge du Carmel, fut canoniquement reconnu comme dédié au Saint Patriarche François4.
PAROISSES
de Runovich (Notre-Dame du Carmel). . . . 1423 âmes. Curé : le R. P. Pascal Ujcvich.
de Podbabje (St Luc) 1595 »
Curé : le R. P. François Cucavizza.
de llicizze (St-Jean-Baptiste) 1101 «
Curé : le R. P. Ange Udiljak, décoré de la Croix du mérite.
de Lovrech (le-St Esprit) 1668 »
Curé : le R. P. François Pussich.
de Studente (St-Elie) 334S
Curé : le R. P. Antoine Ravlich.
■) Acte daté du 20 avril 1736. — Norinio, p. 47, n° 6. —Acte de Jean Camocini, du 25 novembre 1725. ») Investiture du 21 juillet 1715.
3) Archives de la province; documents déposés en ce couvent.
4) Archives de la province de Sebenico, p. 240. — Norinio (page 47) en fixe la fondation à Tannée 1725.
vu.