GIBRALTAR
C est avec uneprofonde douleur que nous annoncons a nos lecteurs la mort de notre confrere, Monseigneur Henri Hughes. Mineur observantin, Eveqne d Heliopoliszw Partibus, autrelois Vicaire Apostolique de Gibral tar. Le reverend Pere Bonaventure Mac-Lauglin., son ancien Vicairegeneral, lui a consacre la notice suivante que nous nous empressons de publier.
Monseigneur Henri Hughes naquit a Wexford, en Irlande, 1 an 1788. Sa famille qui jouissait d une honorable aisance et que distinguait une sincere pidte, ne negligea rien pour lui assurer une excellente education chretienne. Doue de grandes capacites et attire, des ses plus tendres anne es, par une vocation secrete a 1 etat ecclesiastique, il etudia les lettres Grecques etLatines sous la direction des Freres Mineurs Observantins. Ddsireux d embrasser la regie de S l Francois, il avait a peine termine son cours d humanites et de rethorique qu il se rendit en Espagne, au college Irlandais (i), pour y faire son noviciat et continuer ses etudes. II eut le bonheur d avoir alors pour maitre le Pere Gomez, dont le grand savoir etait venere n.on seulement des Religieux du couvent de Saint-Antoine, mais de tous les habitants de Seville. Aussi le
(lj Cc college a disparu avec les autres cotivenls, lors de la Revolution de
jeune Hughes profita-t-il si bien deses etudes, qu il ineritale nom d actif et vertueux eleve que lui clonnerent les membres de la communaute. Les Peres ne tarissaient pas d e loges a son sujet et longtemps ils le citerent comme exemple aux jeunes Irlandais qui vinrent apres lui.
Nous ignorons I anne e precise ou il quitta 1 Espagne pour retourner dans sa patrie, en qualite de Missionnaire apostolique. Ce dut etre quelque temps avant 1815, car nous le trouvons alors maitre des novices a Gorck. Durant les guerres de Napoleon, Pie VII avait permis aux Franciscains Irlandais d ouvrir un noviciat dans leur pays. Depuis le schisme Anglican, c etait ti Rome ou en Espagne qu ils envoyaient leurs sujets se former a la vie religieuse : mais les graves perturbations politiques du moment avaientnecessite bien des mesures nouvelles. Hughes etait alors un pretre jeune encore, et le choix qu on fit de lui pour des fonctions aussi dedicates prouve la reputation de vie exemplaire et mortiiiee, qu il s etait acquise aupres de ses confreres.
De 1819 & 1822, nous le voyons investi de la qualite de Gardien, au College des Franciscains Irlandais de Saint Isidore, a Rome. II retourna ensuite dans sa patrie ou, pendant 17 ans, il exerca la charge de Missionnaire Apostolique. Ses talents et ses vertus lui concilierent 1 admiration et le respect de toute Flrlande, le de vouement et 1 amitie des persormagesles plus considerables du clerge et du siecle. 11 etait pre dicateur eloquent, apotre fervent et zele, catechiste habile; il savait se mettre a la hauteur des savants, & la portee des ignorants ; il donnait i\ tous une instruction proportionnee a leurs lumieres et aux capacitds de leur intelligence .
C etait surtout au chevet des infirmes qu eclatait sa sollicitude pour le bien des ames. Le peuple avait une si haute idee de lui comme confesseur des mourants, qu on tenait pour certain le salut eternel de tout malade qui, dans les derniers moments de sa vie, avait eu le bonheur d etre assist^ par lui.
Une chose bien digne de remarque, c est que, tout en
ccmsaerant ses soins a ses fonctions de Missionnaire, de confesscur, et de predicateur, tout en s occupant avec sollicitude du salut des mourants, il vaquait encore a 1 instruction litteraire et scientifique de la jeunesse de son Ordre et remplissait dignement 1 office difficile de Lecteur de Theologie. II fut tour-a-tour Gardien, Definiteur, Ministre Provincial, jusqu a ce qu enfin, en 1839, il se vit, contre son attente et malgre lui, nomme Eveque d He liopolis, et Vicaire Apostolique de Gibraltar. Notre but n estpasici de decrirela situation de cette Mission, ni les fatigues, les travaux qu exigerent le retablissement de la discipline, les luttes que le nouveau pre lat dut soutenir pour assurer la liberte de la juridiction ecclesiastique. II suffira de rappeler les longs et dispendieux proces qu il eut a soutenir contre des catholiques indignes de ce nom, qui n eurent pas honte de le citer devant les tribunaux protestants. Des juges prevenus le condamnerent a plusieurs mois de prison pour avoir ose defendre I independance religieuse. Gette inique persecution le grandit aux yeux des catholiques du monde entier. Gregoire XVI 1 honora d une lettre, et, entre autres personnages eminents, le comte de Montaleinbert ecrivit a 1 heroique confesseur, en adressant les pages inspirees par son admi ration
a Sa Grandeur
Monseigneur HENIU HUGHES,
Eveque d H^liopolis,
Dans sa glorieuse prison, a Gibraltar.
Qu on nous permette de signaler ici la magnanime conduite de M. 0* Reilly de Knock-Abbey, en Irlande. Ayant appris que 1 absence de ressources pourrait contramdre Monseigneur Hughes de ceder a la persecution, il lui envoya un billet de 300 livres sterling, lui promettant d ajouter a cette somme s il avait trop peu pour subvenir aux frais des proces. J aime mieux, ajoutait cet homme genereux, vendre toutes mes terres que de voir succomber une cause si juste.
Les grands et beaux sentiments sont hereditaires dans cette famille. Le bienfaiteur de la Mission de Gibraltar estle pere du jeune O Reilly qui, dernierement , soldat de 1 armee Pontificate, combattit avec courage pour la defense des droits du S* Siege.
Sorti de prison, 1 eveque d Heliopolis se devoua plus que jamais a faire refleurir son Vicariat Apostolique. II y travailla dix-huit ans. En 1857, dpuise par les fatigues, il obtint de Rome la permission de se retirer dans un couvent de son Ordre a Wesford. II vecut encore trois ans dans cette retraite. Au mois de novembre dernier, il rendit son ame a Dieu.