DI VERSES NOUVELLES SUR LES MISSIONS FI1AXCISCAIXES
GEMONA EN FRIOUL. .
Nous croyons utile de prendre dans YObservateur Lombard du 25 mars 1862 Particle suivant sur le prodigieux aceroissement des soeurs Tierpaires Franciscaines destinees aux missions apostoliques, et etablies a Gemona dans le. Frioul.
II m a ete donne aujourd hui de faire nne excursion dans le Frioul jusqu a la delicieuse bourgade de Gemona, qui s eleve au pied des alpes capniques, la ou s ouvre la grande vallee du Tagliamcnto en face du fort d Osoppo. Une matinee magnifique , une atmosphere calme et limpide, une nature souriante et projetant pour ainsi dire de tiedes rayons de printcmps, tput m invitait a sortir de la ville pour respirer un peu Fair frais de la campagne.
Toutefois un motif plus noble et plus saint me poussait \ visiter ce chateau et ce bourg antiques, jadis honores de la presence du grand Antoine de Padoue. On m avait dit qu une jeune et illustre dame Franpaise , de treshaute naissance, le coeur enflamme de la charite de Jesus-Christ et du Patriarche d Assise, y avait institue, depuis un peu plus d un an, un ordrc nouveau de vierges consacrees a Dieu, et erige a ses frais un tres-bean monastere de Sceurs Tierqaires Franciscaines pour les missions apostoliques ; et qu aujourd hui meme on devait admettre a la profession, au milieu de ceremonies solennelles , les premieres novices, qui avaient genereusement donne leur nom a cet Institut Seraphique. Chemin faisant vers les montagnes du Frioul, je reflechissuis a la maniere dont la main de la Providence avait conduit, des rives de la seine imperiale jusqu aux extremites de 1 Italie,
cette fern me admirable, qui a ainsi plante sa tente sur les versants de la Carniolc ncigeuse. N est-ce point unc emule des Jeanne de Valois, des Angele de Foligno , des Elisabeth de Hongrie , que cette chretienne qu on voit porter dans sa poitrine un coeur si grand, si noble, si digne de comprendre merveilleusement le coeur de Francois d Assisc et d Antoine de Padoue , son ills premier-ne ? Voila pourquoi elle sacritie gcnereusement au bien des ames et au triomphe de 1 Eglise sa jeunesse , son esprit, ses talents, sa patrie, ses immenses richesscs.
Arrive au but de ma course, j admirai, dans la cliarmante position qu il occupe, un cloitre grandiose, marque de 1 empreinte severe du style gotlrique et revelant partout 1 esprit de la pauvrete seraphique. Bientot la sainte ceremonie commenpa : six religieuses de choeur et trois soeurs converses, toutes brillantes de jeunesse, d innocence et de grace virginale, devaient faire profession. Je ne chercherai point inutilement a decrire dans tous ses details la pieuse solennite : elle me parut plus belle et plus touchante que je ne saurais 1 exprimer. Je dirai settlement que, quand on vit ces neuf novices s avancer vers 1 autel, et , les pieds nus, vetues d une saie grossiere dc couleur grise , ceintes du cordon Seraphique, portant le chapclet et le scapula-ire pendant a leurs cotes et le voile blanc sur leur tete, demander humblement au Pere superieur la grace d etre admises au nombre des epouses de Jesus- Christ ; quand on les vit se prosterner la face contre terre ct bientot s enscvelir sous un drap funebre; quand ensuite on entendit les religieux Franciscains entonner le chant des funerailles et la cloche sonner a tintements lents, comme le glas de la mort.... oh! le coeur de tous les assistants fat vivement, profondement emu, et il n y en eut pas un seul qui ne versat des larmes du plus doux attendrissement.
]\Iais un spectacle plus beau et plus etonnant, qui fit sur mon ame une plus forte impression , ce fut de voir au moins quatre-vingts jeuues iilles, qui en quclques mois etaient accourues a ce convent des diverses parties de 1 Europo, de France, de Belgique, d ltalie, d Allemagnc, pour tout sacriiier, pour adopter le genre de vie le plus pauvre , le plus mortifie ct le plus austere qu on puisse imaginer : dormir sur des planches, marcher les pieds mis, sans autre chaussure que les sandales apostoliques , s adonner a.ix jeiines , aux vcilles , aux mortifications , prononcer les quatre vccux d obeissauce, de pauvrete, de chastete et de perseverance dans 1 institut, et professer dans toute sa rigucur la regie du Ticrs-Ordre de St Francois, puis eniln se consacrcr aux travaux ct aux rudcs fatigues des missions apostoliques dans les pays infidcles... Quelle tache heroique!
Oh ! ce jour ne s effacera jamais ni de mon coeur ni de ma memoire ! J ai vu aujourd hui la Sainte Fondatrice , la mere Marie Joseph de Jesus, de Paris, ct il m a semble voir Ste Claire a Assise, cntourcc dc ses nobles fille.s et compagnes, sc presenter au grand Patriarche Franpois, pour qu il lui
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coupat les clieveux et la consacrat a 1 Epoux Celeste, Notre Seigneur Jesus- Christ. Ccrtes, il y a eu aujourd hui pour son coeur des moments bien solennels. Aussi ses yeux brillaient-ils d une joie ineffable, son visage rayonnait d un eclat celeste, ct peu a pen des larraes d emotion vinrent parler sous ses oils. Quand ensuite les novices eurent repu sur leur tete le voile de la virginitc et sur leur poitrine le crucifix des missionnaires, quand elles se furent couronnees le front d un feston de roses et de lis, la mere Marie Joseph de Jesus pressa centre son sein ces filles bien aimees , et leur donna le baiser maternel de puix, et alors, oh! alors on devinait bien de quels doux senti ments son coeur etait penetre , et de quelle satisfaction inexprimable son ame surabondait. C etaient la les premiers fruits precieux qu elle recueillait dans le champ qu elle avait ensemence et cultive de sa main ; c etaient les donees premices qui s immolaient au divin agneau; c etaient les premiers germes d esperance qui promettaient les plus riantes moissons pour un heureux avcnir.
Femme magnanime, fille genereuse de la France, toi qui, animee de la vraie chastete de 1 Evangile et du desk d imiter le Seraphin d Assise, as quitte ton pays natal, pour venir arborer ta banniere sur le sol Italien, ct y faire eclater les merveilles des oeuvres du catholicisme, oh! reyois aujour d hui de ma bouche les plus ardentes felicitations et les plus vifs remerciments du monde catholique. Mon creur qui bat a la pensee de toute grande ct sublime entreprise, et qui brule d amour pour ce glorieux champion du Christ, le Bienheureux Fran9ois! ne peut que tressaillir d une im mense enthousiasme devant ton admirable et Seraphique Institution, et publier ton eloge a la face des nations.
Et vous, peuples assis a 1 ombre de la mort, vous, pauvres esclavcs des regions barbares, ouvrez votre cceur a la joie et a 1 esperance, relevez hardiment la tete ; car bientot ces filles magnanimes dc Jesus-Christ et de Francois traverseront les mers , et, le sourirc des anges sur les Icvres, la douceur de 1 Homme-Dieu dans le cceur, elles accourront pres de vous, pour vous arrach}r a 1 erreur, vous instruire de la vraie religion et vous assurer le bonheur du ciel.
Et .vous, dirai-je encore, vous , infortunes du siecle , qui avez annonce, dans un blaspheme stupide, que le catfiolicisme n etait plus quwi cadacre quil fallcdt ensevelir , je vous supplie, apres les mille arguments q ui s elevent contre vous, de venir regarder ce nouveau monument de la fecondite de la Sainte Eglise catholique ; loin d etre morte , comme vous le proclamez follement, elle vit toujours, et non-seulement elle vit, mais elle prospere, elle se fortifie, elle triomphe, elle acquiert chaque jour une nouvelle vigueur et une nouvelle jeunesse, ne cessant de produire des rejetons plus beaux et plus fleuris, ct des germes plus precieux.