‹ Annales des sciences géologiques (volume 2)Chapitre 112 sur 126 · DE L'ÉTAGE RHÉTIEN EN SCANIE · texte numérisé non relu

DE L'ÉTAGE RHÉTIEN EN SCANIE

A propos d'un mémoire du D' X. G. NATHORST

Sur quelques plantes rhétiennes de Palsjà en Scanie

(Édition allemande revue par 1 auteur)

Par le comte G. de SAPORTA

Les recherches dont je veux rendre compte ont abouti à la publication d'un travail important de M. le D' Nathorst, inséré en 1876 dans \e Recueil des Mémoires de l'Académie royale de Suède ^ t. XIV n* 3 (1). Ce travail de même qu'une série de notes préliminaires, extraites des Comptes rendus de la même Académie [Offersigt af Kongl. Vetensk, — Akad. Fôrhand.), parmi lesquelles il faut distinguer celle qui décrit la fructification d'une Gycadée, provenant de Tinkarp (2), ont été écrits en suédois et sont par cela même très-peu accessibles à la généralité des lecteurs français, l'idiome Scandinave, malgré son incontestable beauté, leur offrant des difficultés presque toujours insurmontables. C'est ce qui a engagé M. le professeur Schimper, de Strasbourg, à faciliter à l'auteur la mise au jour d'une édition allemande de son principal ouvrage. Cette édition, abrégée en quelques parties, offre cependant un tableau plus complet des plantes de Palsjô, que le texte original, parce que l'auteur, depuis l'époque où parut son

(i) Voy. Kongl, Svenska Vetenskaps-Akademiens Handslingar^ t. XIV, n. 3. (2) Om en Cycadekotte fran den ràtiska formationens loger vid Tinkarp % Skane^ meddeladt den 8 déc. 1875.

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Mémoire, a pu se procurer plusieurs nouveautés et visiter les lits à empreintes végétales qu'il ne connaissait d'abord que par la collection déposée au musée de Slockhohn. Le rhétien ou infralias constitue un de ces horizons privil^iés pour le paléophytologue, dont les richesses sont dues soit à une période de renaissance, particulièrement marquée par le luxe de la végétation, soit à des circonstances spéciales de nature à fournir aux espèces contemporaines des occasions plus fréquentes de devenir fossiles que dans les temps qui précédèrent ou dans ceux qui suivirent. Le trias est en effet, jusqu'ici et en ce qui concerne l'Europe, une des périodes les plus pauvres en débris végétaux que l'on connaisse ; M. Schimper, qui ne compte pas plus de trente-cinq espèces dans le grès bigarré et moins d'une dizaine dans le conchylien, attribue cette indigence à la nature des roches, soit détritiques et grossières, soit exclusivement marines, lorsqu'elles sont calcaires, qui composent ce terrain dont le dépôt semble d'ailleurs avoir élé accompagné d'une, suite de phénomènes perturbateurs d'une signification encore obscure, mais certainement peu propices à favoriser la multiplication ou le passage à Tétat d'empreintes des végétaux existant sur le périmètre des anciennes plages.

Par une exception que l'approche même du rhétien rend compréhensible, puisque les conditions qui prévalurent lors de cet étage peuvent avoir commencé à se manifester sur certains points plutôt que sur d'autres, les marnes irisées ou keuper renferment en Franconie une argile charbonneuse ou lettenkohle^ et plus haut, dans le Wurtemberg, des grès (Schifsandstein) dont les empreintes végétales cooslituent une flore assez remarquable, étudiée par divers auteurs, mais dont la connaissance est due plus particulièrement au professeur Schenk ; c'est à ce savant que M. Nathorst a dédié avec justice l'édition allemande de son ouvrage.

Il y aurait beaucoup à dire sur la flore du keuper de Franconie, si curieusement intermédiaire à celles du trias et du rhétien, partageant ses affinités avec l'une par la grande taille des Equisetum {E. arenaceum, Joeg., E. platyodon^ Schk.),par

la présence des Schizmeura et des Spirangium^ qui cependant prolongent plus loin leur existence, mais se liant entièrement à l'autre par les Danseopsis et Camptopteris^ dont les formes lui sont communes avec le rhétien, ainsi que par la prédominance des Gycadées, encore si rares dans le grès bigarré. L'originalité propre de la flore du keuper résulte surtout de la présence de certaines Fougères caractéristiques et du dévelop* pement des Pterophyllum qui sont par contre peu répandus dans le rhétien où d'autres Cycadées, les Nilssonia, les Otozamites et les PodozamiteSj viennent prendre leur place. Il est vrai que les deux derniers de ces genres et celui des Anomoza' mites caractérisent très-nettement le jurassique pris dans son ensemble et que sur le niveau infraliasique plusieurs types, celui des Baiera et des Salisbwna^ parmi les Taxinées, celui des Sagenopteris^ Dictyophyllum^ ThaumatopteriSj Phlebo^ pterisj etc., parmi les Fougères, apparaissent alors pour la première fois et continuent ensuite à se motitrer jusqu'au wéaldien inclusivement. Il est donc certain que, malgré les liens étroits et nombreux qui rejoignent la flore rhétienne à celle du keuper, la première doit être considérée comme le point de départ originaire de la végétation jurassique. Il n'est pas moins vrai qu'à travers bien des variations partielles, cette végétation conserve jusqu'à la flnde Toolithe et encore au delà les mêmes éléments essentiels et le même faciès caractéristique. Il faut de plus ajouter que la récurrence de ces éléments, combinés à peu près dans le même ordre, à plusieurs degrés successifs de la série, constitue par elle-même un phénomène des plus curieux, explicable, si l'on veut, par la persistance et la répétition des mêmes natures de stations et des mêmes particularités de sédimentation, à des intervalles plus ou moins éloignés ; c'est là un phénomène qui, sans être restreint à l'âge jurassique, n'a jamais été plus frappant que durant le cours de cette période.

Un intérêt spécial s'attache à un ordre de choses qui débute; les origines d'une végétation, destinée à se maintenir ensuite pendant des myriades de siècles, sont encore plus à considérer,

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lorsqu'il s^agit, comme dans le cas présent, de Tune dès grandes époques qui se partagent les temps géologiques. La période jurassique, si l'on y joint les étages les plus inférieurs de la craie et si l'on considère le trias comme lui servant de vestibule, répond à un des stades principaux de la vie végétale. Elle constitue vraiment un moyen âge, également éloigné des temps primitifs comme des plus récents, pendant lequel les types paléozoïques ont déjà cessé d'exister, tandis que les types tout à fait supérieurs, les angiospermes, se trouvent encore rejetés dans l'ombre et ne se montrent même pas, en ce qui concerne les dicotylédones. Il résulte de Tabsence de ces dernières une lacune énorme qui ne commencera à se combler que bien plus tard, vers Thorizon du cénomanien.

Ces vues n'ont pas été étrangères à l'attrait qu'ont offert les flores rhétiennes aux divers savants qui en ont fait l'objet de leur étude , soit en France, soit à l'étranger, et, parmi ces travaux, celui* de M. Schenk sur les plantes des couches de Franconie (1) tient incontestablement le premier rang. Les lits à empreintes végétales du rhélien de Franconie sont des plaques et des schistes marneux, d'une pâte fine et d'une teinte grisâtre, enfumée ou bitumineuse, qui durent se déposer au fond de lagunes peu profondes, dans une région faiblement accidentée, marécageuse par places et encombrée d'une végéta* tion amie des lieux humides et inondés. LesÉquisétées, les Fougères, dominent dans l'ensemble, associées à de nombreuses Gycadées, des genres Nihsonia^ Podozamiies et Olozarmies. Les Conifères sont visiblement plus rares, mais parmi les plantes qui doivent être attribuées à cette classe il faut distinguer, en tète, des Taxinées (genres Baieva et Saltsburia) qui n'avaient pas été déterminées génériquemenl, lorsque M. Schenk a publié son livre; et enfin les genres Palissya^ Schizolepis et Cheirolepis, dont il convient de tenir compte, parce qu'ils doivent prendre place parmi les plus caractéristiques, bien que

(l) L'ouvrage est intitulé : Flore fossile des couches intercalées entre le Keuper et le Lias de la Franconie y Die fossile Flora des Grenzschichte desKeupers und Lias Prankens-WiesheLden^ 1864.

Schenk ne les ait pas définis aussi exactement qu'ils l'ont été depuis par Schimper et par Nalhorst lui-même. Par toutes ces raisons, il est utile de distribuer les végétaux rhétiens en plusieurs cat^ories; l'examen attentif de ces diverses catégories nous démontrera en effet que, des formes qu'elles comprennent, les unes reparaissent indistinctement dans la plupart des localités du niveau qu'elles caractérisent, tandis que les autres semblent restreintes, non pas aux lits franconiens seulement, mais au genre de station et de sédimentation auquel se rattachent plus particulièrement ces lits.

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