‹ Annales des sciences géologiques (volume 3)Chapitre 31 sur 68 · GRÈS DE HOR · texte numérisé non relu

GRÈS DE HOR

Les grès de Ilôr sont célèbres par les beaux spécimens de végétaux dont on doit la connaissance à MiM. Nilsson et Ad. Brongniart. La carte géologique de la Scanie , de M. Angelin, indique ces grès comme formant une série d'îlots adossés aux roches granitiques.

Le plus considérable de ces îlots est au sud-ouest de HÔr; ils sont tous alignés dans la direction nord-ouest, sud-est, comme les autres formations sédimentaires.

i&2 aÉBBBT.

Le plongement géuéral étant à peu près au sud, et les grès d'iloganiis paraissant s'enfoncer sous la craie qui forme, depuis Landskrona, toute la partie sud-ouest de la Sciuiie, et ptar suite les couches étant d'autant plus anciennes qu'on s'approche davantage de Taxe granitique qui s'étend de la pointe de Kullenà Bornholm, il y aurait quelque raison de dire que les grés de Hôr doivent être au moins aussi anciens que ceux d'Hôganas. Ils semblent être Tancien cordon littoral de la mer infraliasique (1). Dans le voisinage immédiat des roches cristallines qui, à Hôr, sont surtout des masses dioritiques, c(*s grés sont trés-grossiers et constituent un véritable conglomérat felds[)athique à gros morceaux de quartz laiteux; on croirait voii* l'arkose du plateau central de la France. A une distance un peu plus grande des roches cristallines, à II kilomètres environ du village, dans le bois, le grès devient plus fin et renferme alors une grande quantité d'empreintes végétales, le plus ordinairement des tiges ("2), plus rarement des feuilles {Nilssonia, Pîerophylhnn, etc.).

M. Adolphe Brongniart (3) a cité de Hôr les espèces suivantes :

Tœmopteris villnta^ Brongn., se trouve à Beyreuth. Phyllopteris Nilssoniana^ Brongn. {Sagenopten's rhoifolia^ Prcsl.). Camptopteris i\ilssoni, Presl. {Dictyophyllum Gœpp.) — Cobourg. Clathropteris mcmscioides , Brongn. — Metz, Lamarohe (Haute- Marne), Pouilly.

Pterophyllum majus^ Brongn.

— minus ^ Brongn.

— duhium^ Brongn.

iMlssonia brevis, Brougn.

— sternbcr(/ii, Gœpp. ?

— elongata, Brongn.

(1) M. Nilsson (Kongl. vet. Arad, Hnndl.y 1831, p. 240) dit qu*Hisinger considérait les grès de llor comme supérieurs aux couches d'Hôgânas, et appartenant également au lias.

(2) On sait que M. Daubréc [liulL Soc. gèoL (le France, 2»^ série, t. HI, p. 156) a reconnu, dans les morceaux de charbon que renferment encore ces empreintes, une grande quantité de petits cristaux de quartz hyalin.

(3) Dîct, umv. iVhist, nnturelif% t. Xi II, p. 452, 1849.

GRÉS QP HOR. H3

A cette liste il faut ajouter, d'après Hisiiigor et M. Schenck (1 ), en y coniprenaut quelques espèces recueillies à Boruholm, dans des grès semblables à ceux de Hôr :

Calamités hôrensis, His. — Hôr.

Êquisetites. — Hôr.

Pecoptms Agardhianay Ad. Brongn., spec. — Hôr.

— ro$œfolia^ Berger. — Hiir, Cobourg.

— tiebbefisiSj Ad. Br. — Bornholm.

Plilebopteris Schouivii^ Ad. Brongn. -^Bornh. Brachyphyllum? patens, Schenk. {Lycopodites, Brongn.). Gutbiera,

Hisinger a encore cité et figuré de Hôr, deux espèces qu'il l'apporte au genre Cycadites^ C. giganieus^ His., que M. Schenck (2) range dans les Zaniites, et C. Nilssoni, Ad. Brongn., qui aurait été trouvé à la fois à Hôr et dans le grès vert de Kôping, lequel correspond à la craie à Belemniiella mucronaia, dont i\ renferme les principaux fossiles. M. Schenck regarde cette espèce comme une Araliacée, genre crétacé.

Ce sont, on le remarquera, toutes plantes terrestres, tandis que les grès d'Hôganâs ont fourni des végétaux marins en même temps que des plantes terrestres.

M. Ad. Brongniart n'hésite pas à considérer cette flore comme liasique ; mais les doutes émis par d'éminents géologues sur la valeur des caractères tirés des végétaux îiu point de vue de la classification, et la grande ressemblance des flores des divers étages du lias constatée par M. Schenck dans son récent et important ouvrage sur la flore des couches à Aviciila contorta^ m'obligent à entrer dans quelques rapprochements qui viendront confirmer pleinement les conclusions de M. Brongniart.

M. Ad. Brongniart avait associé la flore de Hôr à celle des grès de Cobourg, de Bayreuth, etc. La position de ces grès a

(1) Die fossile Flora der Gretizachichlen des Keupers und Lias Frankens. Wieabadcn. 1868, p. 225 et 230.

(2) Lfjc. «Y., p. 158.

été très-nettement établie par MM. Gùmtjel (1) et SchloBi Les grès à végétaux de la Frauconie appartiennent au plus ancien du bone bedet de VAvicuia contorta^ ce qu'un c nombre de géologues appellent maintenant la formation tique ; on trouve XAvicula contorta dans les mêmes cou< grès que les empreintes de plantes.

M. Schenck montre (page 225) la grande analogie qui entre la flore de Hôr et la flore rhaetique, bien que, ditposition exacte des grès de Hôr reste incertaine. Mais analogie ne suffît pas, en effet, pour fixer cette position, pi établit qu'il y a très-peu de diff*érence entre la flore rhœtit la flore du lias inférieur (3) d'Halberstadt et de Cobouig les couches sont plus récentes que la zone ii Avicuia et que môme il place Hôr au niveau de ces dernières lités.

Ainsi, malgré toutes ces analogies entre la flore de H< celle de la zone à Avicuia contorta^ représentée en Scanie les grès d'Hc^aniis, ni le synchronisme, ni Tàge relatif de deux dépôts ne sont encore rigoureusement démontrés; et ill à désirer que quelque géologue suédois entreprenne des ches spéciales sur ce point. ij

Quant il moi, peut-être je me trompe, mais je suis dis| considérer les grès de Hôr comme la base du système d1 nâs, ou, tout au plus, comme de môme âge.

Il est remarquable, en eff*et, que dans un grand nombre lieux, rinfralias à Avicuia contorta commence par des grès

(1) Abhandlungeti der K, Bayerishy Acad, der Wmenschaften, math. Physik, Ci 7 mai 186/1.

(2) Neucs Jahrb., 1860, p. 146.

(3) D'après M. Schenck, la flore de la formation rhœlique serait plus voisine de du lias, et môme des flores qui succèdent à celle- ci^ que des flores plus anciennes, partie des espèces se retrouve identiquement dans le lias, tandis qu'il n'y en a dans le keuper, et si l'on en a cité, c'est qu'on s'est trompé dans la déterminatioo espèces ou du niveau des couches qui les renferment.

Cette conclusion de M. Schenck est tout à fait conforme à notre opinion, qui est iomI celle de bien d'autres géologues, que la zone à Avicuia conforta, ou la fàrmatùm rto* tt'que, n'est point un terrain à part, ni une dépendance du terrain triasique, mais qa'èlè constitue la base du terrain jurassique.

Ann, des Se. deol.

Fossiles de J'infra-îias, de Sucit.

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spathiques tout à fait analogues, et dans lesquels on rencontre quelques végétaux identiques avec ceux de Hôr. Ainsi, M. Elie de Beauraont a découvert à Lamarche (Haute-Marne), dans ces grès dont il a, le premier, fixé la place dans la série géologique, et qu'il a appelés ^r^5 inférieurs du lias, le Clathropteris merdsdoides. Un échantillon de ce même grés de Lamarche, qui fait partie des collections de la Société géologique, ainsi que celui qui renferme le Clathropteris^ contient le Mytilus minutiis.

A AntuUy, prrs d'Autun, M. Pellat a montré (1) qu'au-dessous des calcaires siliceux à Avicula contorta, il y avait 6 à 8 mètres de grès dont les banc^ inférieurs sont remplis d'empreintes Yégéi(i\es{Ef/uisetites^ C alaînites, etc. )^ parmi lesquelles se trouve le Clathropteris meniscioides Xd. Brong. (2).

Ces grès correspondent exactement par leur position, et paraîtraient môme correspondre, par leur flore, aux grès inférieurs du bonc bedde la Franconie, dont nous avons parlé plus haut, et qui ont été décrits avec tant de soin par M. Giimhel; mais, dans cette dernière région, ils ont beaucoup plus d'importance, car ils atteignent une épaisseur de 15, et même de plus de 25 mètres au-dessous du bone bed^ et présentent plusieurs niveaux de végétaux dans leurs couches supérieures. M. Giimbel pense, et les nombreuses coupes qu'il donne le montrent avec évidence, que ces grès ne sont qu'une dépendance du bone bed; mais plusieurs de ses coupes indiquent aussi une telle liaison , une telle analogie de caractères entre les couches à Ammonites angulatiis , celles à A. planorbis et le bone bed, que ce sont de nouveaux arguments pour ranger ces trois horizons dans un même ensemble, \ infra-lias.

Si l'on compare les couches de la Souabe, classées jusqu'ici dans le keuper supérieur, on remarquera que le Stubensandstein, avec ses minces couches de lignite ou de houille, les argiles

(1) liuif. Soc, fjéoL de France, 2« série, t. XXII, p. 555, 1865.

[2) M. Pellat cite quelques autres espèces que j'omets, n^ayant pu examiner que i-ijUc-ci.

ANÎI. se. CÊOU ï*' — *^

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rouges situées au-dessus, et le grès jaune qui forme la base du bone bed^ paraissent correspondre exactement au grès à végétaux de la Franconie qui présente les mêmes éléments disposés dans le même ordre; car au-dessus des grès grossiers, que je croirais volontiers correspondre au Stubetisandstein qui , luimême, renferme des lits de végétaux, on voit se placer, dans plusieurs des coupes de Giimbel, des arçjiles rouges ou bigarrée qui renferment encore la même flore, puis des grès jaunes ou ferrugineux associés au bone bed.

Au mois d'août dernier, j'ai eu occasion de voir, en compagnie de MM. Fraas, Perd. Rœmer et Vogelsang, auprès d'Achdorf, un affleurement du Stubensandstein, et ce grès blanc feldspathique, avec ses nombreux cailloux roulés, qui en font un véritable poudingue, m'a tout à fait rappelé notre grès infraliasique de Bourgogne.

Je serais donc assez disposé à placer à la base du Sfiibemandstein le commencement de l'infralias en Souabe, si M. Schenck (p. 230) n'établissait d'une manière positive que les trois espèces de plantes que renferme le Sàibensandstein, se retrouvent dans le grès du Keuper [Schilfsandstein) , et que pas une ne passe dans la formation rhaetique.

En face de ces rapports paléontologiques si nets, il semble qu'il ne devrait plus y avoir le moindre doute, et cependant je ne puis m'empêcher d'être frappé des analogies stratigraphiques et lithologiques entre le Stubensandstein et notre arkose infraliasique de Bourgogne, et dans l'intérêt de la vérité que nous devons tous désirer aussi claire et aussi évidente que possible, j'espère que mes confrères d'Allemagne ne me sauront pas mauvais gré de leur demander un supplément d'étude comparative entre la flore du Stubensandstein de la Souabe et cdle des grès inférieurs de la formation rhœtique de la Franconie.

Dans un travail récemment présenté par M. Dieulafait à la Société géologique de France (1), on voitciue les grès feldspathiques qui, sur le versant méridional du plateau central, reposeut

(1) Deuxième séance de décembt^ 186d.

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sur les roches anciennes ou sur le Keuper, représenté dans ces régions par des marnes bigarrées associées à du gypse et à des calcaires cloisonnés et offrant même des indices de sel gemme, que ces grès, dis-je, renferment dans leurs assises supérieures YAvicula contorta. Jusqu'ici ces grès n'ont point fourni de végétaux, mais ils occupent évidemment la même place que ceux où se trouve le Clathropteris meniscioides ^ à Autun, la même place que la partie inférieure des grès à végétaux infra-liasiques de la Franconie.

On peut donc conclure de ces divers documents que, dans un grand nombre de régions, les couches marines à Awcw/acow/or/a ont été précédées par des sédiments arénacés où ont été enfouis les débris d'une flore continentale qui, par ses affinités, se rattache plus, d'après M. Schenck, aux flores jurassiques qu'à la flore da Keuper, que renferment des couches semblables et immédiatement inférieures.

En démontrant que les grès à combustibles d'Hc^anâs doivent être classés, par leurs mollusques marins, à la partie inférieure de l'infra-lias, dans la zone à Avicula contorta^ j'ai fourni de nouvelles preuves en faveur de ces rapports naturels, car s'il n'est pas démontré rigoureusement que les grès de Hôr soient exactement synchroniques de ceux d'Hôganas, il n'en est pas moins vrai que ces grès renferment eux-mêmes des espèces qui, en Franconie, se trouvent dans la formation rhaetique, et en même temps, quelques autres espèces communes aux grès de la zone à Ammonites angulatus d'Hettange et de Cobourg.

Les grès à végétaux de la formation rhœtique sont donc bien la base du lias, et cela légitime d'une manière complète le nom de grès infra-liasique que M. Elie de Beaumont et, à sa suite, un grand nombre de géologues français, avaient appliqué aux grès qui correspondent à cet horizon.

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