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TERRAINS SECONDAIRES

PRÉTENDUS AEPR£sENTANTS DES TERRAINS SECONDAIRES INFÉRIEURS

BT MOTENS.

§ 1". On a déjà signalé, depuis longtemps, Texistence de tous les terrains secondaires, depuis le pénéen jusqu'au crétacé, dans les contrées qui nous occupent; mais les preuves sur lesquelles reposent ces notions sont en général trop mal établies pour qu'elles puissent être définitivement acceptées, et il n'y a guère que les terrains crétacés dont l'existence y soit assurée par des documents incontestables.

Avant de décrire les assises fossilifères de ce dernier étage , nous nous occuperons néanmoins des terrains qui le supportent et nous examinerons la valeur des idées que l'on a successivement émises sur leur âge.

Ces terrains consistent généralement en assises puissantes de grès qui succèdent aux schistes cristallins et aux brèches dont nous nous sommes occupés dans le chapitre précédent, grès qu'on a rapportés tantôt au terrain pénéen, tantôt au terrain triasique, tantôt au terrain crétacé.

Il y a également des Ccalcaires que plusieurs auteurs ont regardés comme étant jurassiques.

(1) Voyez pngc 5.

Il est certain que si ou se laissait seulement guider, dans le classement d'un terrain, par les caractères des roches qui le constituent, on n'hésiterait pas à rapprocher les grès de FÉgypte, du Sinaïetderidumée, auxquels Russegger a imposé le nom de grès de Nubie, des grès triasiques des Vosges dont ils oflRpent souvent tout le fades. Cela serait d'autant plus naturel que les grès de Nubie sont également salifères et métallifères, et il n'y a pas lieu d'être surpris que les premiers géologues qui ont visité l'Egypte aient, sans éprouver aucune hésitation, classé ces grès dans le trias.

Mais, aujourd'hui, on n'accorde au caractère minéralogique qu'une valeur purement régionale, et l'on sait que des roches de composition identique se sont déposées, à des époques successives et très-distinctes, sous l'influence de conditions semblables et du voisinage de massifs cristallins de même nature. U ne faut, en effet, pour qu'une roche semblable au grès bigarré soit reproduite, que le voisinage d'une chaîne, composée de granité, de porphyre et de roches basiques, et nous avons \ii que telles devaient être justement les conditions qui présidaient, après l'émersion des massifs cristallins de l'Egypte, du Sinaï et de ridumée, au dépôt des terrains secondaires. Il n'est donc pas surprenant que les grès de Nubie présentent de grandes analogies avec les grès des Vosges, quel que soit d'ailleurs leur âge, et Ton ne serait pas en droit d'ai^uer de cette ressemblance minéralogique pour identifier ces deux terrains.

La paléontologie pourrait venir en aide au géologue dans le classement de ces terrains ; malheureusement les fossiles y font presque absolument défaut, et ceux qu'on y a signalés jusqu'ici sont si contestables, soit au point de vue de leur gisement, soit quant à leur exacte détermination ou même sous le rapport de leur importance et de leur signification, qu'ils n'ont pas beaucoup contribué à faire avancer la question.

Ce serait donc à la stratigraphie qu'il faudrait s'adresser. Elle nous fournit des données précieuses, particulièrement dans le Liban, où des grès tout pareils à ceux de l'Idumée, et dontRusse^er avait reconnu l'identité avec ceux de l'Egypte et du Sinaï,

feraient, d'après les observations de Botta et de M. Blanche, partie des terrains crétacés. Mais on pourrait faire valoir encore, à cet égard, les arguments que nous venons de présenter au sujet du peu d'importance qu'il convient d'attribuer à des ressemblances lithologiques et prétendre qu'il y a, dans ces contrées , deux étages de grès fort semblables mais d'âge différent : l'un appartenant au trias, l'autre à la série inférieure des terrains crétacés. Et si l'on objectait que, jusqu'à présent, on n'a pas observé de discordance de stratification entre ces grès et les calcaires crétacés qu'ils supportent et auxquels môme ils passent d'une façon insensible sur divers points de la Syrie, du Sinaï et de l'Egypte, on pourrait également se prévaloir des faibles déplacements qu'ont subis, en Orient, les couches secondaires relativement à ceux qui les ont si fortement redressées en Europe. Nous sommes loin de nier la force qu'auraient de pareilles objections; mais s'il est à la rigueur possible que des grès de même nature et constamment inférieurs aux mêmes couches cénomanieuses, qu'ils suivent fidèlement dans tous les accidents de stratification, correspondent k deux époques aussi éloignées l'une de l'autre que le trias et la craie, il est, à notre avis, plus naturel d'admettre, dans l'état actuel de nos informations, que ces grès font partie d'un même ensemble se rattachant intimement aux terrains crétacés dont ils constitueraient les assises inférieures. Ce n est, bien entendu, qu'une probabilité, et si l'on découvre un jour dans ces grès des fossiles, triasiques ou pénéens, dont le caractère soit bien accusé, le gisement authentique et bien précisé, et l'étude soigneusement faite, nous accueillerons avec joie cette solution d'une question fort embarrassante et qu'aucun géologue n'a pu jusqu'ici résoudre d'une façon satisfaisante.

Il suffit, en effet, pour étabhr ce dernier point, de passer en revue les opinions successivement émises sur leur âge.

De Rozière attribuait au Nil le dépôt des grès de Nubie et de la Thébaïde.

Botta constata l'intercalation des grès du Liban au milieu de deux systèmes de cîilcaires et de marnes auxquels ils passaient insensiblement. Les calcaires supérieurs renlermaient de nom-

152 UNIM LAHTBT.

breux fossiles crétacés; quant aux calcaires inférieurs, Botta les considérait comme représentant le terrain jurassique supérieur, de telle sorte qu'il était conduit à placer les grès compris entre ces deux étages sur Thorizon du grès vert.

En Egypte, Ehrenberg rapportait les grès inférieurs au Quader-Sanstein, c est-a-dire à peu près au même niveau géognostique; mais M. Nash les assimilait, presque en même temps, au trias.

Un peu plus tard, Lefèvre, dans une lettre écrite de Resserres à Cordier, fit de nouveau rentrer ces grès dans le terrain crétacé et signala leur concordance de stratification avec ce dernier terrain, comme aussi les passages insensibles qu'on observe entre ces deux étages, notamment à Esneh, aux couvents de Saint- Antoine et de Saint-Paul, en Egypte, ainsi qu'au Sinaï.

Russegger, qui d'abord avait regardé les grès de Nubie comme l'équivalent du Keuper^ ne tarda pas a revenir de cette première impression ; il avait constaté l'identité de ces grès depuis la Nubie jusqu'au Liban, où il avait pu vérifier les superpositions indiquées par Botta. N'hésitant pas dès lors à se rétracter, il classa dans ses cartes géologiques aussi bien que dans l'ouvrage qu'il fit paraître à son retour, les grès de Nubie, du Sinaï et du Liban, dans le terrain crétacé, comme l'avaient déjà fait Botta, Ehrenberg et Lefèvre.

Newboldt évita de se prononcer sur l'îige de ces grès, tout en constatiint leurs analogies avec le nouveau grès rouge.

M. Blanche confirma, dans une coupe des environs d'Abey, dans le Liban, la superposition indiquée par Botta dans le nord de cette chaine.

En 1858, M. Boue, dans une lettre adressée à M. Viquesnel et reproduite dans le Bulletin de la Société géologique de France (1), annonça que M. llnger avait déterminé, comme se rapportîint au terrain permien, une empreinte végétale trouvée dans le grès de Nubie, ce qui prouvait que Russegger s'était trompé lors(|u'il avait classé ces grès dîins le terrain crétacé.

(1) 2« série, U XVI, p. 133.

M. crArchiac demanda en vain des éclaircissements sur cette découverte importante, et Ton en comprend la raison.

Il y a lieu, en effet, d'être très-circonspect à Tégard de ces trouvailles quand elles n'ont pas été faites sur place par de véritables géologues. L'habileté que déploient les Arabes et les drogmans eux-mêmes, dans une foule de supercheries qui n'ont d'autre mobile que le bachich obligé, est bien connue de ceux qui ont visité ces contrées. Nous avons vu, dans les collections de minéraux rapportés des bords du Nil , des objets qui venaient assurément d'Europe, et l'on se rappelle les théories basées sur la présence, près des bords de la mer Morte, du Porites elongata^ du golfe d'Akaba, qu'on fit trouver par un de nos compatriotes et qui est resté célèbre grâce au crédit que Humboldt accorda imprudemment à cette mystification.

D'ailleurs, si la paléophytologie est aujourd'hui assez avancée pour permettre de classer un terrain d'après une empreinte végétale, ce n'est que dans un petit nombre de cas et à la condition que la plante appartient a un genre ou à une espèce caractéristique, que son gisement est bien authentique et que son état de conservation en permet la détermination exacte et rigoureuse; car il ne faut pas se contenter d'appréciations vagues, et les paléophytologistes ne sont pas toujours assez sévères à cet égard.

Quoi qu'il en soit, M. d'Archiac, dans son Histoire des progrès de la géologie^ a préféré se rallier à l'opinion de Botta, d'Ehrenberg, de Lefèvre et de Russegger, c'est-à-dire à celle des géologues qui ont étudié sur place ces terrains en observant leurs caractères sur de grandes étendues, et il penche à considérer les grès de Nubie comme se rattachant aux terrains crétacés (1).

«Nous n'avons rien à ajouter, dit cet éminent géologue (2), » à ce que nous avons déjà dit des grès de la Nubie inférieurs à » la craie. Ils peuvent être compris dans cette formation, comme » l'ont admis la plupart des géologues qui les ont étudiés et sont » tous d'accord sur leurs relations stratigraphiques. Il en serait

(!) Hist. desprogr, de ta géof,, t. VIII, p. 586. (2) Sf uf m scient i fit, p. 148.

• de même dans le Fezzaii et dans les régences de Tripoli et de » Tunis, dont nous avons aussi dit quelques mots, et, malgré leurs 9 caractères minéralogiques, c*est encore à la période crétacée » qu'appartiendraient les roches secondaires qu on y a signalées 9 jusqu'à présent. »

Cest aussi l'hypothèse qui nous a semblé la plus vraisemblable. Mais, de son côté, M. Figari-Bey retrouve dans ces mêmes grès les trois étages du trias : gn''s bigarré, muschelkalk et marnes irisées. Il est vrai que l'on pourrait retourner contre les hypothèses du savant du Caire un bon nombre des preuves qu*il invoque à leur appui, et quil est assurément étrange de rencontrer dans les mêmes couches, des Mosasaures, des Baculites et des Gryphées arquées ! Que dire aussi des plantes lacustres et des troncs bitumineux de palmiers que ce botaniste mentionne dans son trias? Ce n'est point avec des fossiles d'un gisement aussi douteux ou d'une détermination aussi suspecte qu'on fera refleurir les idées de Nash sur l'âge des grès de Nubie !

Cependant, au moment de terminer ce travail, nous recevons de M. Bauerman un tirage à part, anticipé d'une conmiunication faite à la Société géologique de Londres, dans laquelle ce géologue donne quelques coupes précieuses de certaines régions du Sinaï déjà explorées par plusieurs voyageurs. Lefèvre, Russegger, etc. Mais une des nouveautés du travail de M. Bauerman, c'est lanuonce de la découverte faite au waddv Naseb d'une couche mince de calcaire au milieu des grès de Nubie, et dans ce calcaire cristallin gris ou légèrement brunâtre qui ressemble parfois à du fer spathique, de quelques traces de fossiles « obscure fassils » (1). Ces fossiles sont principalement des tiges

(I) Qunrt, J'yutn. '^f the G^. Soc, révrier iS69.

Lefê>Te arait rapporté des enTirons du puits de 5aseb un calcaire dolomitiqne (ri- ■âCre superposé aux çrès psammites de cette localité, et d'une épntsseur de 15 i 18 piedi. Ce calcaire renferme des traces de polypiers compoiés de tubes frêles et alloofés^ serrés les ur.5 près des autres et alignés dans le môme sens. Ces pi-Kpiers. qui ressemblent asiex i certaines espèces juras<ique<. m relrouveot din< les grès; M. Nirtinse en a recueilli dans le Sioaï, el nous en avons ob^erre noun-mèoie en ldumé«, dans le waddy Akabah. près du widdy Haimeh.

et des articles d'Eiicrines avec des coupes très-imparfaites du calice. M. Etheridge a cru pouvoir rapporter ces débris à des formes triasiques, tandis que M. Salter prétend qu'ils appartiennent aux genres carbonifères Rhodocrinm et Poteriocrinus , et qu'ils sont associés à des gastéropodes rapportables à des Murchisonia ou à des EuUma. Ces incertitudes dans ces déterminations sem* blent prouver, ainsi que les sages réserves de M. Bauerman, que ces débris de fossiles sont assez mal conservés et, dès lors, les affirmations contradictoires de MM. Etheridge et Salter sont peu faites pour lever nos doutes et trancher cette question importante qui reste à décider, et qu'on devra résoudre au moyen de fossiles mieux conservés et plus nombreux.

L'important, c'est d'avoir découvert au milieu des grès une couche fossilifère, et l'on peut espérer, grâce à M. Bauerman, que la question de l'âge des grès de Nubie pourra être prochainement vidée, surtout si les membres de l'expédition anglaise du Sinaï veulent bien apporter leurs soins à chercher des fossiles dans cette mince couche de calcaire.

Après avoir ainsi montré l'insuffisance des documents sur lesquels on s'appuie pour établir la présence dans ces contrées du permien et du trias , il nous reste à examiner sur quelles bases repose la notion encore plus répandue de l'existence des terrains jurassiques dans les mêmes régions.

Ni Lefèvre, ni Russegger n'ont signalé ces derniers terrains en Nubie, en Egypte et dans le Sinaï, mais dans la Palestine et dans le Liban ; Russegger leur a attribué sur ses cartes des domaines très-étendus. Or, les calcaires compactes et les dolomies de la chaîne de Judée qui peuvent, en effet, offrir quelque ressemblance avec les calcaires jurassiques, renferment néanmoins des fossiles nombreux appartenant au terrain crétacé.

Quant au calcaire cidaritique que Russegger mentionne comme formant la masse des monts Belkaa, à l'est de la mer Morte et qu'il comprend également dans le terrain jurassique, ce calcaire correspond évidemment aux calcaires à échinodermes qui constituent la base des terrains crétacés de cette région. On trouve là un exemple de l'aisance avec laquelle Russegger décrivait les

156 lAvn LAKvrr;

terrains qu'il n'avait point abordés. Ëvidemment s'il eût seulement approché des montagnes situées à l'est de la mer Morte, il aurait vu, même de loin, que leur base est formée par les grès de Nubie; la partie moyenne, par des calcaires et des mames jaunâtres, et le haut par des marnes crayeuses blanches avec de Dombreux bancs de silex. Comment donc a-t-il pu figurer le massif du Beikaa comme étant entièrement formé de calcaire cidaritique jurassique? c'est qu'on lui aura apporté sans doute de cette montagne quelque Heterodiadema Libyeum ou tout autre oursin crétacé, qu'il aura confondu avec des espèces jurassiques, et il aura admis que toute la montagne était formée de ces couches. Le même auteur ne cite-t-it pas d'ailleurs, sur la rive orientale du lac Tibériade, des calcaires carbonifères, là oil il n'y a que des couches crétacées et des coulées de lave, et du calcaire jurassique dans le Jaulan qui est entièrement occupé par les basaltes? On ne sera donc pas surpris d'apprendre que, malgré l'importance que Russe^;era donnée au terrain jurassique en Palestine, il n'y a, jusqu'à présent, aucune preuve de son existence dans cette contrée, et de plus que, dans les domaines étendus que lui assigne ce voyageur, on ne recueille que des fossiles crétacés.

Dans la Syrie, nous avons vu que Botta avait regardé les calcaires inférieurs aux grès, comme appartenant au terrain jurassique supérieur (1). On ne connaît, en fait de fossiles jurassiques provenant de cette contrée, que les baguettes du Cidaris glandifera , célèbres depuis longtemps sous le nom A'olives de Sodome (qu'elles ne méritent certainement pas, puisqu'on ne les trouve pas dans le voisinage de cette ville maudite), et dont le niveau n'est pas encore parfaitement fixé, bien que M.Coquand

(1) H. Blinche. dam 1b coupo d'Atwy, qui confirme la succMsion des miims ïadiquéei par Botta, remarque que les grès passent lupérieureinent el iatérieurement aux calcaires qui le comprennenl ; que, des deux paris, ce son! des cakairee oolithiqnei plus ou moins chargùs de grains de sable qui établissent la Iransîlion, et qu'il ne «oit «ncuna rajsoii pour té|karer des cilcairei crùiacÉs supétieurs les calcaires ioUrieurs que roa rango daus le terrain jurassique.

Itusttegrr [IteiteH, 1. Il, p. '6i) tie ni«U M^É|^H|[bBBJUtilde m prilendii terrtiiii junitslqiic no pdt te nitatlicr i ljr.4|

les cite dans le terrain kimméridgien de l'Algérie et du midi de la France. Aux niveaux les plus supérieurs de ces calcaires M. Gaudry a recueilli, à Zahlé, des fossiles néocomiens tels que VOstrea Couloni,\ Heter aster oblongus^ des Ord2Vo/i/55 coniques, et nous y avons trouvé de très-grandes Natices, des Nérinées et des polypiers qui, malheureusement, sont trop mal conservés et caractérisés pour pouvoir être rigoureusement identifiés avec des espèces connues.

Nous avons recueilli , dans T Anti-Liban, sur les flancs méridionaux du jebel es Scheikh et vers le haut de la colline qui porte le château de Banias, de nombreux exemplaires assez mal conservés d'un Oursin que nous avions pris d'abord, d'après son port général, pour \ Echinospatagus cor dif orrais (Spatangus retusus) du néocomien, mais que M. Cotteau a reconnu être une espèce jurassique, le Collyriies bicordata, qui, ainsi qu'on le sait, caractérise les assises supérieures de Tétage oxfordien . Ces oursins sont répandus en très-grande abondance dans un calcaire assez tendre qui repose sur un calcaire gris, compacte, lithographique, dans lequel sont répandus, en petit nombre, des silex à couleur terne.

Ces couches plongent légèrement au sud-ouest et disparaissent sous les coulées basaltiques du Jaulan.

Le Cidaris glandifera et le Collyrites bicordata sont les deux seuls fossiles jurassiques du Liban et de l' Anti-Liban dont l'authenticité soit jusqu'ici établie. Le terrain néocomien en fournit davantage , et le terrain cénomanien sert de gisement au plus grand nombre de ceux qu'on a rapportés de cette chaîne, ainsi que nous le verrons dans le chapitre suivant.

Néanmoins ces deux fossiles suffisent pour justifier jusqu'à un certain point l'assimilation que Botta a tentée entre les calcaires inférieurs aux grès rougeàtres et les terrains jurassiques supérieurs. Maison ne peut accepter l'étendue que Russegger a donnée après lui, dans ses cartes, à ces calcaires jurassiques, et il n'a pas su restreindre, comme l'avait fait Botta, ce terrain aux calcaires inférieurs qui percent à travers les grès et les calcaires crétacés comme à travers une boutonnière. Il aura sans doute en-

158 liMn» UHTBT.

core confondu les fossiles cénomaniens avec les fossiles jurassiques.

Andersen a fait les mêmes confusions que Russ^ger, mais on peut Texcuser d'avoir ainsi contribué à répandre la notion erronée de l'importance du terrain jurassique en Orient, en rejetant toute la faute sur M. Conrad, auquel il avait confié la détermination de ses fossiles, et qui, non content de donner des noms à des moules informes, s'est laissé allé à méconnaître le caractère crétacé de ces débris organisés, et a été ainsi conduit à admettre dans les mêmes couches le mélange des espèces crétacées et jurassiques (1).

C'est ainsi que les calcaires cénomaniens à HemasterFoumeliy Ostrea Africana et à Ostreaflabellata^ etc. , du Liban et des bords de la mer Morte, ont été décrits par Anderson comme appartetenant au terrain jurassique, et il n'y a que les fossiles des marnes blanches supérieures à silex qui aient été déterminés comme crétacés par cet auteur.

Tandis que Russegger ne mentionne point l'existence du terrain jurassique en Egypte non plus qu'au Sinai* et lui attribue une large extension en Judée, M. Figari-Rey considère (également à tort) cette même chaîne de Judée comme étant entièrement constituée par les terrains tertiaires, et il signale, au contraire, la présence des terrains jurassiques sur plusieurs points de TÊgypte et du Sinaï.

Nous ne pouvons que reproduire ici les réserves que nous avons déjà eu occasion de faire à l'égard de l'exactitude des déterminations paléontologiques de cet auteur, et nous nous bornerons à mentionner trois fossiles cités par lui dans le terrain jurassique, et qui montreront quelle confiance on doit leur accorder; ces trois fossiles sont : V Ostrea flamb€lloides{?), une Baculite et VAùkula socialis !

(i) M. Conrad cite dans ces couches V Ostrea Bousstngaulti, virgata^ scapha. Les antres foiiiles sont des Ammonites , Nucules, Trigonies, Inocérames^ Oursins, Natices^ Strombes^ Nérinées, etc., auxquels il donne chaque fois des noms nouveaux*

VO. Boussingaulti semble correspondre à l'O. flabellata, qui est très-abondante dans le Liban^ où d'Orbigny Ta citée d'après des échantillons que lui en a?ait rapportés le père Beadle.

§ 2. Caractères et distribution géographique des grès de Nubie. — Après avoir ainsi cherché à établir que la présence, en Orient, des terrains pénéen et triasique n'est pas jusqu'ici suffisamment démontrée, et que Texistence du terrain jurassique ne repose sur d'autres indices sérieux que sur les découvertes du Cidaris glandifera et du Collyrites bicordata^ dans les deux chaînes voisines du Liban et de T Anti-Liban, nous allons étudier en elle-même cette formation des grès de Nubie en y rattachant, comme Ta fait Russe^er, les grès du Liban. Lorsqu'il nous sera prouvé que les grès de Nubie, d'Egypte et du Sinaïsont triasiques, alors seulement nous serons autorisés à en séparer les grès du Liban qui jouent le même rôle par rapport aux assises cénomanienneset doivent, d'après les observations de Botta, rentrer dans la période crétacée. Dans l'état actuel de nos informations, il nous semble logique de comprendre toutes ces formations semblables de grès rouges dans une même description générale.

Ces formations arénacées ont reçu divers noms : Russ^er les désigne sous le nom de grès de Nubie; de Rozière, sous celui de grès monumental; Botta, par l'épithète de terrain sablonneux.

Aucune de ces dénominations n'est satisfaisante, car si, d'une part, il existe, en Nubie, deux espèces de grès d'âge fort différent, de l'autre, les Égyptiens en ont utilisé de plusieurs sortes dans leurs monuments. Enfin, ce terrain étant généralement assez cohérent, l'épithète de Botta ne lui convenait pas. On aurait donc pu , à l'exemple de tant de géologues , saisir avec empressement cette occasion de compliquer un peu la synonymie stratigraphique, malheureusement déjà si surchai^ée, par la création d'un nouveau nom, tel que celui de grès de Petra, par exemple, qui aurait eu l'avantage de fixer les idées d'une façon plus précise en rattachant le nom de la capitale troglodytique des Arabes nabathéens à ce grès, dans lequel ont été creusés leurs étranges monuments. Mais quelque avantage qu'offrît cette nouvelle dénomination, nous avons cru devoir conserver le nom plus ancien de grès de Nubie, en avertissant que c'est du grès secondaire qu'il s'agit, et non du grès tertiaire qui le recouvre dans cette contrée.

160 E4IUIS LARTBT.

Ces grès sont micacés, plus ou moins argileux et rentrent, pour la plupart, dans la catégorie des psammites. D'une dureté très-variable, ils alternent avec de nombreux lits d'argile colorés diversement comme eux, en jaune, rouge, noir et vert, par des oxydes de fer, de manganèse et parfois même par du carbonate de cuivre. On y rencontre fréquemment des lits impr(^nés de sel, des couches plus ou moins minces de lignites, ainsi que quelques veines métallifères. A la partie supérieure, ils passent à la craie; à la base, ils offrent fréquemment des bancs de poudingue à ciment argileux, où Ton a exploité en Egypte du kaolin et dont les éléments sont empruntés aux roches feldspathiques sous-jacentes. C'est ainsi qu'au mont Hor nous y avons constaté la présence de cailloux de porphyre décomposés (1). Les grès sont surtout arénacés dans le haut et argileux dans la partie inférieure, où se développent des couches d'argile souvent chargées d'empreintes végétales ou mieux lignitifères. Ces dernières avaient éveillé l'attention des divers gouvernements de l'Egypte, toujours préoccupés de trouver de la houille dans ce pays dépourvu de cx)mbustible, et où l'on n'employait autrefois, même pour l'industrie métallurgique, d'autre moyen de chauffage que les excréments de chameau mêlés à de la paille. Les sondages n'ont rencontré que de minces lits de lignite tout à fait insignifiants. Dans le Liban, à un niveau un peu plus élevé dans œs mêmes grès, on a exploité des couches plus puissantes de lignite dans diverses localités, telles que Cornail, Mar Hanna, Aïn-el-Bed, Abey, Beit-ed-Din, etc. Ces lignites, dont la puissance atteignait jusqu'à cinq pieds, étaient très-chargés de pyrite, à l'exception de ceux de la dernière localité; on les a néanmoins utilisés dans le temps pour les bateaux à vapeur du pacha d'Egypte.

La recherche de ces combustibles et des eaux artésiennes a fourni à M. Figari-Bey l'occasion de faire une étude souterraine, aussi neuve qu'intéressante, du terrain de grès que nous étudions.

Dans l'un des puits forés au waddy Ouh, au sud-est de Re-

(1) Lefèvre a constalé le même fait dans le Sinaï.

deshieh et non loin de Syène(l), on a rencontré d'abord des grès et des marnes avec des lits gypseux et salifères; puis un psaniniite blanc à empreintes végétales, au-dessous duquel se trouve une première couche d'eau saumâtre qui emprunte probablement sa salure aux terrains qu'elle traverse.

Les psammites alternent ensuite avec les argiles jusqu'à 180 pieds de profondeur. Ui se montre une argile schisteuse, noire, avec veines d'un lignite pyriteux impréffné de matières bitumineuses et de débris de végétaux.

Vers 200 pieds, on trouve un psammite chloritique alternant avec une argile noire qui renferme des dépôts de lignites connue la première.

Au-dessous, vient un calcaire siliceux qui contiendrait de petites huîtres ainsi que des plicatules que M. Figari-Bey rappro<*he de la Plicatula spinosa, et une coquille bivalve qui lui paraît être un Plagiostome (2).

Une nouvelle couche d'argile noire et un calcaire siliceux, C4X[uillier conmie le premier, qu'on retrouve à 265 })ieds, compléteraient cet étage.

Au-dessous, vient un grès siliceux dur qui recouvre des psammites et des argiles avec nodules de grès vert. Enfin, à 360 pieds, on trouve une nouvelle nappe d'eau, qui n'est plus saumâtre conmie la première. C'est a cette profondeur que s'est terminé le forage du puits.

A 4 degrés environ au nord de ce point, dans la plaine d'Arabah, un autre puits, après avoir traversé des calcaires à texture oolithique et des marnes renfermant, toujours d'après M. Figari-Bey, des fossiles basiques, on rencontre un massif de grès blancs et rouges, puis des couches minces de calcaire caverneux à Ammonites nodoms (?), qui représenterait encore le nmschel-

(1) StufHi scientifiCi suH Egitto, p. 23.

(2) Cette couche représente sans doute le muschelkalk de M. Figari-Bey, et elle paraît ocouper un niveau peu différent de celui du calcaire à encrines découvert dans le Sinaï par M. Bauerman. Nous nous bornerons à appeler Tattention sur les piicatules, que M. Figari-Bey cite dans ce prétendu muschelkalk^ et qu'il rapproche de la Plicatuin >/)/nosa du lias !

ANN. se. GÉOL. I. — il

162 LOUIS LABTKT.

kalk. Ces îissises reiKisent sur(l(*sg:rès blancs et roses recouvrant eux-mônies des schistes noirs bitumineux, des anipélites et des psannnites fissiles. Viennent ensuite des grès quartzeux blancs et brillants (nouveau grès rouge de M. Figari), puis un psanimite jaune alternant avec un sciiiste blanc chargé de cuivre carlx)naté et sulfuré, (jue le niènu* aut(*ur assimile siins autre raison au Roth-toâte-Liegende ,

Ici, c'est à 300 pieds de profondeur qu'on a rencontre la nappe aquifère.

Un autre puits jMjussé juscprà 400 pieds à Al)Ou Rashan, a travei^é une alternance de grès verts et d'argiles, puis une argile noire avec lignite pyriteux (1).

Enfin, dans un puits foncé entre le (iiire et Suez, après avoir traversé les calcaires terfiain^s et crétacés, on a rencontré à 260 |)ieds les assises supérieures des grès (keuper de M. Figari), qui renfermeraient en ce point des marnes avec coquilles fossiles et débris de tortues et des restes de mosiisaures!

En laissant de côté les assimilations douteuses baste sur de pareilles déterminations, ces études de M. Figari-Bey sont d'un grand intérêt, et nous fournissent de bons renseignements sur la succession des couches (jui constituent ce puissant étage, dont l'épaisseur totale est portée à 1000 pieds par cet auteur.

Nous avons pu reconnaître au mont Hor, dans Tldumée, que cette évaluation n'a rien d'exagéré, et, bien cpie l'épaisseur des grès semble décroître en même temps (jue leur impoilance, à mesure (ju'on s'avance du sud au nord, liotta évalue encore à 100 toises la puissanc43 des grès du Liban.

Quant aux étendues occupées par ces grès dans l'Egypte, le Sinaï, ridumée et la Syrie, on peut s'en faire une première idée en jetant les yeux sur la petite carte générale que nous avons placée il la fin du cinciuième chapitre, p. 115.

Très-ferrugiiHHix dans le Liban, le grès y renfernjc des couches de lignites (jui, d'après Botta, se trouveraient à la partie

(1) Ces couches de ligniles sont encore un nouveau trait de ressemblance entre ces grès et ceux du Liban.

supérieure et à la base de ce terrain. Ces couches charbonneuses ont une puissance qui varie de quelques poucesàft ou 5 pieds, et se trouvent dans une marne colorée en gris bleuâtre par les matières organiques.

Ces lignites se réduisent, en certains points, à des lits minces, feuilletés, d'une matière noire et légère (dusodyle), brûlant facilement. Lorsque les couches charbonneuses sont plus épaisses, on y distingue des troncs à demi carbonisés, ainsi que des veines et nids de pyrite. Ces lignites sont la plupart du temps pyriteux et se couvrent d'efflorescences d alun, ce qui nuit beaucoup à leur utilisation. Les végétaux y sont souvent entièrement transformés en pyrite de fer.

A Cornail, le charbon est, d'après Russegger, poisseux et brillant, et renferme beaucoup de pyrite, des bois bitumineux et des lits de dusodyle ainsi (jue du succin. Des dykes de basalte (ou de mimosites?) ont, en certains points, percé ces couches qui semblent alors avoir subi à leur contact une sorte de méUimorphisme.

Les grès se voient au sud du Liban, à Abey, où M. Blanche y signale également la présence de lignites qu'on aurait tenté d'y exploiter.

Ces grès deviennent parfois tellement ferrifères, qu'on y exploite* des minerais de fer comme à Masra.

Le domaine des grès est révélé dans ces montagnes par la végétation qui s'y montre. Les pins s'y développent à merveille, tandis que les chênes croissent de préférence sur les calcaires.

Ces grès se retrouvent au pied du versant occidental de TAnti- Liban, où ils se montrent par lambeaux alignés parallèlement à cette chaîne. Ils y sont souvent très-ferrugineux, par exemple à Békiyfeh, près de Rasheya, où ils ont une belle couleur pourprée, et aussi entre Khiem et Hasbeya.

11 faut descendre la vallée du Jourdain jusqu'aux environs de la mer Morte pour retrouver ces roches qui ne se montrent d'ailleurs que sur le côté oriental du bassin. On commence à les rencontrer à l'entrée de la vallée du waddy Zerka, puis au waddy Nimrin, au waddy Sir et au waddy Hesban, au pied des

16A 1«VW LAHTBT.

moutagucs de l'Amnionitide. Dans ces derniers waddySi les grès supportent les ciilcaires céuomaniens si fossilifères d'Aïn Musa, dour nous aurons occasion de parlei' dans le cliapitro suivant, et sont tantôt blancs et parsemés de taches brunes, tautàt rosés et i-ougeâtres.

C'est cette formation arénacèe qui constitue en grande partie la base des falaises orientales de la mer Mort«, et elle se présente en couches presque hoi'izontiiles ou faiblement ondulées , conmie le monti'e la vue des falaises jointe à la carte géolt^ique du bassin de la n)cr Morte qui accompagne ce travail. (PI. 1.)

Les grès apparaissent d'abord près du waddy Ohuwcir où ils ont une couleur rouj^e H ils inclinent faiblement vers le Sud. Entre le waddy Gbuweir et le waddy Minschallali, on aperçoit des grès blancliâtres super|K)si''s aux psîimmitcs rougeàtres dont nous venons de parler. Les grès se suivent sans interruption, à paitir de là jusqu'au waddy Zerka-Maïn, avec une épaisseur qui va sans cesse en augmentant et qui doit atteindre plus de lOU iin''tr('s. Ixs waddis llaiiiara, Mredjeb, Hanz, el Hamma, ont tous leui-s entrées taillées dans ces roches qui, au waddy el Hamma, présentent la succession suivante, en allant de bas eu haut : r gi"ès rouge, 2° grès verditre, 3° grès rouge et psauimites vei'dAlres.

Le Zerka'>laïri parait couler dans une petite faille au milieu

Fij. 5. — Vue des tilaiBc! orienlalc» da la mer MotIo, dans le voisinage du W. Zerka- Haïn, inonirant les grÉs de Nubie, les coulées basalliqueg et les sources chaudes de Zara avec leurs àépAtt d'incrusialion.

de ces grès. Depuis ce waddy jusqu'à la plaine de Zara, ceux-ci perdent leur horizontalité et plongent vcis le sud. La falaise

présente en ce point la succession suivante de dépôts ar<^nacés : A la liftse, des grès blancs auxquels succèdent des alternances do grès et de psiimmites bigarrés de rouge et de vert et séparés en petites couches par des lits tvès-niinces d'aigle. Ensuite viennent des grès rouges, puis des gi-ès blancs couverts par des éboulis de basalte ([ui tiesccndeut de la coulée dont la falaise est coiffée.

Ixs grès sont ensuite recouverts par les dépcMs d'incnistation qui forment la plaine de Znra od jaillissent encore des sources chaudes incrustantes. Ils reparaissent au sud de cette plaine et constituent les falaises à partir de ce point jusqu'au waddy Mojib, en reprenant leur horizontalité première. Ils paraissent couverts, en beaucoup de points, d'incrusUfions salines et les palmiers sont fréquents partout où ces grès affleurent.

Le waddy Mnjib coule dans une entaille étroite, profonde et tortueuse, au milieu de ces i-orhcs auxquelles la dégradation atmospliériquc a donné des formes bizarres et pittoresques.

Les gi-ès offrent, en ce point, les teintes les plus- variées, jaunes, muges et noires.

Fi;. 6. -- Vue des fnlabes de grès de Ifubie an déboucbè du W. Mojib Jani la mer Motte.

Le waddy Mojib est une des vallées les plus basses du pavs et la rivière coule au milieu des grès depuis la hauteur de Schihan.

Du waddy Mojib à la Liean , les grès inchnent légèrement vers le sud et disparaissent même aux approches de cette presqu'île. Au sud de cette langue de terre au contraire, ils se relèvent insensiblement et constituent le pied des escarpements qui bordent le ghôr méridional.

166 umus lartbt.

On y trouve des couches presque entièrement noires; elles doivent leur couleur à une tri^s-forte proportion de manganèse qui se trouve répandu dans leur masse.

Dugliôr méridional, les grès se continuent en droite ligne, vers le sud, affleurant dans tous les waddis secondaires qui les ont entaillés.

C'est surtout aux environs de Pétra que les grès se présentent avec leur plus beau développement. Ils occupent le sommet du jebel Haroun (mont Hor, à 1328 mètres) et Ton ne peut nier qu'ils n'aient subi un relèvement notable (1720 mètres) depuis la mer Morte jusqu'à ce point.

La présence des porphyres que nous avons signalés déjà dans cette région et qui avaient été confondus avec des roches volcaniques, a fait penser à un soulèvement auquel serait due la séparation actuelle des deux bassins de la mer Morte et de la mer Rouge. Or, des observations que nous avons rapportées plus haut il ressort que les porphyres sont venus au jour avant le dépôt des grès.

En effet, il y a une certaine rehation enti'c la couleur des grès et celle des porphyres dans le voisinage et aux dépens desquels ils se sont formés, et, de plus, sur les contreforts du moût Hor, en un point où l(*s grès reposent sur le porphyre, on observe à leur base un conglomérat lâche et peu cohérent formé de fragments anguleux ou à peine roulés d'une roche feldspathique, en partie décomposée, dans laquelle on n»connalt la structure i)orphyrique des roches sous-jacentes. La pâte en est rouge ou jaunâtre, elle englobe des cristaux bien nets de feldspath; enfin certains échantillons présentent, en outre, des cristaux noirs d'amphibole.

Les grès sont, en ce point, d'une couleur rouge sombre si rapprochée de celle des porphyres qu'il est souvent très-difficile de distinguer de loin ces deux roches.

Au sommet du mont Hor il sont plus clairs et rubanés de veines lie? de viu alternant avec des zones très-minces légèrement rosées; il en est de môme au waddy Musa, à Pétra, dont les monuments si curieux sont tous taillés dans ce grès rubané qui,

GÉOLOftiË DE LA PALESTINE. 167

de loin, ressemble à certains de nos marbres veinés et contribue puissamment à la beauté architecturale de quelques-unes des façades sculptées de ces demeures souterraines.

On trouve encore dans ces environs des cailloux roulés d'un grès fortement imprégné de cuivre rouge et de malachite , ce qui semble révéler l'existence d'un gisement de grès cuprifère dans le voisinage; les anciennes mines de Phunon n'étaient, en effet, pas loin de Pétra, et le voyageur Legh a constaté, près de Schubac (Schobek ou mont Royal), l'existence d'une mine de cuivre.

C'est encore un caractère qui rattache ces grès à ceux du Sinaï.

Dans les environs de Pétra, les grès ne conservent pas l'horizontalité générale qu'ils offrent sur les bords de la mer Morte et sont, ainsi que les couches crétacées qu'ils supportent, relevés sensiblement au voisinage des porphyres.

Il est probable que dans le soulèvement en masse qui a déterminé l'émersion de ces contrées, soulèvement dont les masses porphyriques ont dû être elles-mêmes affectées, ces dernières i-oches, en raison de leur cohérence et de leur c>ompacité plus grandes ont joué le rôle de coins gigantesques ou de leviers puissants et occasionné de faibles déplacements au milieu des grès et des calcaires crétacés d'une nature moins rigide.

En continuant notre marche vers le sud, nous retrouvons les grès le long du waddy Akabah, à mi-chemin de la mer Rouge, où ils forment encore la base des escarpements orientaux du Ghor.

Au waddy Haïmeh, ces roches sont d'un blanc éclatant et très-peu cohérentes. Ce sont de véritables métaxites, leurs grains de quartz n'étant cimentés que par du kaolin. Comme toujours, ces grès blancs constituent la partie supérieure du terrain arénacé, et sont immédiatement recouverts par des argiles à Ostrea flabellata.

C'est entre le waddy Haïmeh et le waddy Darbah que nous avons trouvé les seules traces de débris organisés que nous ayons jamais rencontrées dans ces grès. Ce sont des masses composées

de petits tubes serrés les uns contre les autres et ressemblant à certains polypiers jurassiques.

Les grès cessent de se montrer après le waddy Tourban et font place aux granités, mais on les voit de loin sur le cAté oceidental du waddy Akaba, qu'ils traversent ainsi obliquement pour se continuer dans la presqu'île du Sinaï.

Après avoir ainsi pénétré dans le Sinaï, le grès change de direction et, décrivant une ligne courbe au nord du massif cristallin, il se dirige vers TÉgypte.

C'est dans cette zone arquée de grès dont le peu de cohérence a donné lieu à la vaste plaine de sable de Debbet er Ramleh, qui sépare les plateaux calcaires du Tyh du massif cristallin du Sinaï, qu'ont été exploités, dès les époques les plus l'eculées, les gîtes ferrifères, manganésifères et cuprifère du waddy Naseb, de SerabetetKhadem, etc., ainsi que des gttes de tun|Uoises (1). On retrouve des laml>eaux de ce même grès disséminés sur le pourtour du massif cristalHn de la pi^esqu'tle. La xone septentrionale se continue en %>'ple i>îir la vallée des chariots où se trouve un deuxième district métallifère (2) : de là, le grès s allonge en deux l)andes qui courent au sud de chaque côté de Taxe cristallin de la chaîne Arabique, et remonte ]>arallèlement au Nil, jusqu'aux cataractes dWssouan, où le fleuve se fniye un chemin difDcile au milieu de cette i-oche. Ost dans cette it^on que se trouvent les anciennes cariières d'où les Égyptiens tiraient ces grands monolithes de grès, fort avantageux dans une architecture qui ne connaissait {>oint la voûte. Elles sont éj)arses sur un espace de 25 lieues, le long du Nil; mais c'est surtout la portion moyenne de ces grès qui a fourni d excellents matériaux, faciles à tailler et sculpter, que l'on transportait ensuite par eau.

(1) Nous avons vu, dans le Musée de géologie de Londres^ des turquoises rapportées en Sinaï par le major Mac-Donald, qui se trouvaient disséminées dans un grès tout à lait semblable à celui que nous décrivons, et qui parais9eiit être d'une forwatioB contediporaine au dépôt de ces grés.

(2) A Reigat el Ameryeh, près du Jebel es Zeit, il existe aussi un grès avec mouches de malachite^ comme le prouvent des échantillons rapportés par Burton.

Près de la Cuita, dans les environs de Cosseir, fls renferment de l'hématite.

Les carrières les plus célèbres, à cet égard, sont celles du Jebel Selseleh, d'où Ton a tiré les matériaux de Thèl>es et d'Edfou. Le grés s'y présente en bancs de 10 à 20 pieds de puissance, séparés les uns des autres par des couches d'argiles de 3 a 10 pouces, qui en facilitaient singulièrement lextraction.

A partir d'Âssouan (Syéne), vers le sud, ce grès couvre des surfaces considérables, entourant les îlots granitiques de la Nubie, et recouvert par des grès plus modernes.

Lefèvre et Russegger Vont suivi jusqu'à Karthoum, au confluent du Nil bleu et du Nil blanc, et ce dernier voyageur en signale encore lexistencc sur les flancs occidentaux du massif granitique et volcanique de FAbyssinie, tandis que M. Vignaud a observé un grès tout semblable sur les flancs orientaux du même massif, dans le Tigré, où il contiendrait, ainsi que dans le Sinaï, des couches métallifères et des gîtes de turquoises.

Il est possible que cette formation, que nous venons de sui^Te sur une étendue de 20 degrés, depuis le Liban jusqu'à TAbyssinie, ne s'arrête pas là et se poursuive encore autour des massifs granitiques de l'Afrique centrale, où l'on a signalé des grès rouges.

Peut-être aussi ces grès sont-ils représentés, comme l'avait pressenti M. d'Archiac, dans les régences de Tripoli et de Tunis.

Enfin, en Algérie, RDI. Renou et Ville ont depuis longtemps signalé l'existence de grès blancs et rouges, que le premier de ces observateurs rapporte au terrain crétacé.

M. Coquand a décrit à la base du terrain crétacé de la province de Constantine (1), et comme faisant partie de cet étage, des grès sans fossiles de 30 à 40 mètres d'épaisseur, alternant avec des ai^iles et des marnes, et reposant sur les calcaires jurassiques supérieurs. Il fait encore mention de grès, de marnes rouges et de poudingues, qui représenteraient dans la même contrée l'albien et le rhotomagien et seraient, connne les grès du Liban et de la Palestine, recouverts par les couches à Ostrea a f ricana, ^otrt'

(1) Géoi» etpaléonU de In prov, de Constant,, p. 29, 1862.

170 LOUIS LABTET.

savant confrère M. Mares a observé, dans le même pays, des grt« auxquels s'applique très-bien la diagnose que nous avons précédemment donnée des grès de Nubie.

Sur les côtes méridionales de TArabie, entre TOman et TArabie Heureuse, dans le Hadramaut, le docteur Carter a observé, près du cap Marbat, des grès micacés reposant sur des granités et recouverts, en stratification concordante, par des argiles rougeâtres contenant la faune cénomanienne que nous avons trouvée en Syrie, en Palestine et en Arabie Pétrée, dans les couches supérieures aux grès. Des terrains identiques se retrouvent près de Bagh, dans Tlnde. Il y a donc lieu de croire que les grès du Sinaï, de ridumée, de TÉgypte et de la Palestine, se poursuivent fort loin en Afrique et en Asie, et ont pour caractère commun d'être surmontés par une faune cénomanienne bien caractérisée et d'être en concordance de stratification avec les couches qui renferment ces fossiles.

Les anciens ont fait grand usage de ces grès dans leur architecture, et ils y ont creusé de nombreux temples et demeures souterraines qu'ils ornaient de façades délicatement sculptées dans cette roche , comme on peut le voir à Pétra et dans la Nubie.

De Rozière , qui s'est occupé d'une fiiçon toute spéciale de l'étude des matériaux utilisés par les anciens Égyptiens a consacré un chapitre k l'étude de ce grès qu'il nomma grès monih mental^ à cause de ces applications (1). Il a calculé que les monuments de grès, connus à son époque, équivalaient à un volume total de un million de mètres cubes, et qu'on y trouvait des sculptures sur une surface totale de un million et demi de mètres carrés.

En tenant compte des matériaux employés aux temples et aux autres édifices ruinés avant cette époque , de Rozière évalue à quatre millions de mètres cubes le volume des grès qu'on a extraits des carrières de la Thébaïde. Aujourd'hui qu'on a découvert de nouveaux temples enfouis depuis des siècles sous les

(1) Descr, de VÈgtfpte, t. XXI, p. 3.

sables du désert, à quel chiffre oserait-on fixer le volume des grès extraits par les anciens des carrières de la haute Egypte et de la Nubie?

Parmi les diverses variétés de grès, les anciens ont si bien su choisir les qualités les plus convenables, que leurs monuments bravent encore les injures du temps, tandis que des édifices de date récente tombent en ruines. Avant d'arriver à une connaissance aussi parfaite des matériaux, ils avaient dû faire d'ailleurs bien des écoles. Ils commencèrent, paraît-il, par exploiter les bancs fissiles et de mauvaise qualité situés à la base et à la partie supérieure des grès, à cause du voisinage plus grand de ces couches.de Syènc d'une part et de la Thébaïde de Tautre.

Ce ne serait qu après une longue expérience qu'ils auraient su apprécier les meilleures qualités des masses intermédiaires situées dans le voisinage du jebel Selseleh.

Les conglomérats qu'on rencontre à la base des grès paraissent, d'après de Rozière, avoir été employés sous le nom de brèche de Syène ou brèche Memnorniienne ^ du nom de l'une des deux statues colossales situées au milieu de la plaine de Thèbes.

Le conglomérat siliceux dont est formée cette célèbre statue vocale que Pline croyait être du basalte et Bernardin de Saint- Pierre de la lave caverneuse, est le siège d'un phénomène qui a vivement frappé les anciens et qu'on trouve consigné dans leur poétique mythologie. « Memnon, fils de l'Aurore, ravi de revoir sa mère, la saluait tous les matins en poussant, à son apparition sur la terre, un long cri mélodieux. » De nombreuses inscriptions attestent la réalité de ce bruit périodique émanant de la statue et qui a été comparé à un craquement sonore suivi d'une vibration. De Rozière a observé que la statue est couverte de fissures et il a donné comme origine à ce phénomène l'ébranlement vibratoire produit par l'action énergique du soleil qui chasse dès son apparition l'humidité dont la roche est imprégnée et amène une contraction. Il cite des exemples semblables observés dans les granités de Syène, dans le temple de Karnak et dans un portique de la Thébaïde.

172 MtolS LAttTBT.

Humboldt avait obsené le môme phénomène dans les granités de r Amérique méridionale.

Il se produit d ailleui-s, dans les pays chauds, des phénomènes que nous n'observons pas dans nos contrc'^es tempérées, et Ton peut citer à ce sujet les vibrations puissantes produites par le mouvement du sable tn^s-fin résultant de la désagrégation des grès qui constituent le Jebel Narkous (montagne de la Cloche), situé non loin de Tôr, sur la côte oc^idcntcale de la presqu'île du Sinaï. Les Arabes, non moins amoureux du merveilleux que les anciens, assurent que ce bruit est dû à ce que les cloches du couvent du Sinaï ont été enterrées en ce point. M. Wellsted (1) et M. Ward (2) ont reconnu que le mouvement de descente d'un sable très-fin était seul Torigine de ce phénomène.

Lorsque les grès sont tendres ils se désagrègent très-facilement, et il n'est pas un vovîigeur qui n'ait compris le rôle de c^ttc désagrégation en parcourant la plaine de sable de Dobbet er Ramleh, dans le Sinaï. Nous avons vu, dans Tldumée , les grès donner lieu à des arènes que le moindre vent pouvait soulever, et il n'est pas impossible que le voisinage des grès de Nubie ait été pour quelque chose dans la formation des déserts sablonneux qui s'avancent sans cesse, poussés par les courants atmosphériques, et envahissent des contrées fertiles qu'ils couvrent d'un manteau uniforme de sables stériles.

Tels sont les principaux caractères de ces grès, et l'on voit que si, d'une part, leur nature minérah)giquc les fait tout d abord rapprocher des étiiges de grès par lesquels débute la série du terrain secondaire, de l'autre, leur distribution, leur stratification et leur position constante au-dessous d'assises incontestablement crétacées auxquelles ils passent fréquemment, a engagé presque tous ceux qui les ont étudiés de près à les placer à la partie supérieur^ de la môme série. C est à ce dernier avis que nous noiis rangeons provisoirement, tout en reconnaissant que c'est à la paléontologie qu'il appartient de trancher définitivement la

(1) Travels in Ambiny l. VU, p. 25.

(2) Bulletin de la Soc. géoL de France, 2« sér., t. XIH, p. 389, 1856.

question, ce qu'elle fera bientôt si, comme nous lespérons, on trouve au milieu de ces couches des fossiles bien conservés et assez nombreux pour en représenter la faune,

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