INTRODUCTION
Dans la région qui fait l'objet du travail actuel, le trias sert partout de base à Tinfralias. Il est donc indispensable de jeter un rapide coup d'œil sur cette formation, sur la partie supérieure surtout, celle qui supporte directement la zone à Avicu/a contorta.
L'un des points qui nous ont le plus occupé dans nos études sur la Provence a été de fixer les limites entre lesquelles le trias se trouvait compris, ou du moins de trouver des plans de repère parfaitement fixes pour toute la région explorée. Différentes publications (1) ont fait connaître les résultats que nous avons obtenus à ce point de vue.
Nous comprenons le trias avec son ancienne division, celle qui a amené l'expression môme de trias : grès bigarra^ muschelkalk et marnes irisées. Mais nous avons été conduit à diminuer singulièrement, à la fois par la base et par le sommet, la puissance du trias telle que l'avaient admise nos prédécesseurs. Tous avaient rapporté au grès bigarré d'énormes masses de grès que nous considérons comme beaucoup plus anciens, et avaient compris dans le muschelkalk ou dans le keuper un grand nombre de dépôts que nous avons démontré être plus récents.
Grès bigarré. — Nous considérons cette division du trias en Provence comme extrêmement faible. C est à ce point (jue, dans la minute de la carte géologique du Var, le grès bigarré, sur de grands espaces, se réduit à une ligue d'un quart de millimètre de largeur, bien que l'échelle de cotte carte soit celle de l'étalmajor(l/80000').
Les raisons qui p.ous ont conduit à restreindre ainsi l'étage des grès bigarrés sont les suivantes :
(1) BulL de h Soc. yéol.y U XXUI et XXIV, trias en Provence. Paris, Savy, 1869.
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Stratigraphie. — Le grès bigarré est formé par un ensemble de gros grains de quartz réunis par un ciment siliceux, le tout tellement agrégé, que, dans une foule de points, ces grès sont exploités pour pavés. La faible quantité d oxyde de fer qu'ils renferment n'est jcamais sufBsante pour les colorer d'une.mauière un peu tranchée : aussi leur teinte générale est-elle toujours dans le voisinage du blanc. La pâte de ces grès est très-grossière, et leurs bancs toujours assez puissants. Enfin, au point de vue chimique, les grès bigarrés sont formés de silice à peu près pure, complètement insoluble dans les acides.
Les grès inférieurs sont formés par des éléments presque impalpables; ils sont, dans les parties élevées du moins, toujours à l'état marneux; ils renferment beaucoup d'oxyde de fer qui les colore en rouge intense : la pâte est d'une grande finesse ; l'épaisseur des assises est très-faible et ^descend jusqu'à quelques millimètres, bien que la stratification demeure toujours parfaite. Au point de vue chimique, ces grès contiennent de la silice soluble dans les acides, sont très-riches en alumine, et renferment des quantités considérables de carbonates calcaires.
Paléontologie. — Nous avons rencontré en un grand nombre de points, depuis la vallée de Grasse jusqu'à Toulon, une certaine quantité de plantes appartenant au grès bigarré. Partout ces plantes se sont trouvées dans, les grès grossiers supérieurs , et jamais dans les grès marneux sur lesquels ceux-ci reposent.
MuscHELKALK. — Comme tous nos prédécesseurs, nous faisons commencer le muschelkalk avec l'apparition des calcaires supérieurs au grès bigarré.
Cet étage, comme nous l'avons montré ailleurs (1), est formé de trois parties bien distinctes : deux divisions aussi analogues que possible, l'une en haut, l'autre en bas, constituées par de gros bancs bleuâtres parfaitement stratifiés, et une partie moyenne, en assises bien plus minces, toujours plus ou moins tnarneuse et devenant, en certains points, assez riche en silice
(i) Buil, de la Soc. géol.^ t. IXfV, p. 601.
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pour fournir do la chaux hydraulique et même des ciments de bonne qualité.
Marnes irisées. — Cet étage à Tétat de marnes un peu développées n'existe pas en Provenco. l^es dépôts marneux généralement verdâtres, très-répandus et souvent très-épais à la base des terrains jurassiques, et qu on avait rapportés à la division supérieure du trias, font toujours intégralement partie de la zone à Avimla contorta. Toutefois, dans Touest du Var et dans les Basses-Alpes, on rencontre quelques représentants toujours peu développés, mais bien définis, des véritables marnes irisées.
Si Ton fait abstraction de ces quelques points que nous rencontrerons individuellement dans la seconde partie de ce travail, on ne trouve, entre le muschelkalk bien stratifié et la zone a Avicula contorta parfaitement caractérisée, qu'un amas considérable de calcaires très-magnésiens, imprégnés, surtout extérieurement, d'oxyde do fer, percés d'une multitude de cavités de toutes les dimensions, présentant, pris en masse, un aspect caverneux très-prononcé, et, individuellement, une constitution tout à fait spongieuse. L'épaisseur de ces ailcaires dépîisse, dans certains cas, 60 mètres; dans d'autres, elle est beaucoup plus ftiible : mais ce sont là des exceptions, cette épaisseur oscille en général autour de 40 mètres, sans s'en écarter beaucoup.
C'est k ces calcaires qu'on a donné le nom général de cargnieules : nous conservons cette désignation.
La présence constante de ces cargnieules spongieuses en amas informes, toujours sans traces de stratification, reposant sur le muschelkalk très-compacte et parfaitement stratifié, entraîne immédiatement une conséquence du premier ordre : c'est que les conditions qui ont présidé au dépôt du muschelkalk et à celui des cargnieules sont absolument diflerentes, on peut même dire complètement incompatibles.
Sans nous arrêter à ce point, sur le(|uel nous aurons à revenir dans la troisième partie, sans avoir besoin de nous demander même si ces cai'gnieules font (Micore pjirtie du muschelkalk ou dépendent déjii des marnes irisées, contentons-nous de bien
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fixer le poiut suivant, dont rétablissement nous suffit pour le moment.
La formation triasiquc est généralement terminée, dans le sudest de la France, par de puissants dépôts de cargnieules extrêmement caverneuses, sans traces de stratification. 11 résulte de c€tte constitution des cargnieules et des variations qu'elles présentent dans leur épaisseur, que leur surface générale est extrômement irrégulière, et cela, bien entendu, abstraction faite des mouvements qu'elles ont pu subir depuis Tépoque de leur formation .
La figure A, planche 5, montre quelle est la forme générale de cette surface, et donne, autant que peut le faire le dessin, une idée de la disposition relative du muschelkalk bien stratifié et des dépôts de cargnieules qui le recouvrent.