‹ Annales des sciences géologiques (volume 4)Chapitre 11 sur 69 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

De Charpentier (1), en 1823, est le premier qui ait parlé des Corbières. 11 comprenait sous le nom de terrain du calcaire alpin, toute la région des Corbières proprement dite, et sous celui de terrain de transition^ les chaînes secondaires de Saint-Antoine, de Galamus et de Lesquerda,avec la vallée qu'ellescomprennent depuis Estagel jusqu'à Bellesta.

En 1828, MM. d'Omalius d'Halloy et Coquebert de Montbret, àhnsleur Essai dune carte géologique des Pays-Bas^ de la France et de quelques contrées voisines, coloriaient cette surface, ou du moins une grande partie, comme terrains ammonéens, comprenant le calcaire jurassique, le calcaire alpin, le lias, le quadersandstein et le muschelkalk.

La même année, 1828, M. Tournai (de Narbonne) (2) disait dans un Mémoire sur la constitution géognostique du bassin des environs de Narbonne : « Les montagnes secondaires de la Clape, formées de calcaire lias, de calcaire jurassique et de grès secondaires à lignites, bornent le bassin de Narbonne au S. Ë. et le séparent de la mer. »

En 1830, Dufrénoy (3), faisant une rectification importante, plaçait dans la formation crétacée inférieure tout le système de couches rangé précédemment dans le terrain de transition, ainsi que celui qui, des environs d'Estagel, s'étend au N. E. jusqu'à l'extrémité de la Clape.

En 1841 (4), ce savant y rapportait aussi toute la chaîne de Fontfroide, ainsi que ses appendices. Toutes les assises crétacées

(1) Essai sur la constitution géognostique des Pyrénées, p. 4ftA, in-8, avec carte. Paris, 1823.

(2) Ami, des se. nat., 1828, t. XV, p. 74. — Journal de géologie, 1830, t. J, p. 247.

(3) Mémoire pour servir à une description géologique de la France, t. II, p. 76 et antres.

(4) Carte géologique de la France en 6 feuilles. Paris, 1841.

ARTICLE fl^ 2.

plus récentes, situées au sud, entre le massif de transition et la chaîne de Saint-Antoine, étaient confondues sous la même teinte verte. Malgré les écrits de Dufrénoy, M. Marcel de Serres (1), en 1H38, regardait encore les calcaires de la Clape comme jurassiques, et mettait les montagnes des environs de Quillan, d'Axat et le pic de Bugarach dans le terrain de transition.

M. Rolland du Roquan (2), en 18/i/ii, a donné quelques indications qui ont peu avancé cette partie de la stratigraphie du pays.

M. Leyraerie, en 1846 (3), sans entrer dans aucun détail stratijprrapbique ni géologique, avait pourtant proposé de diviser en trois étages la formation crétacée des Corbières ; mais ces divisions n'ont pu se maintenir après un nouvel examen des faits.

En 1853, d'Archiac, après avoir étudié cette contrée, divisait le terrain crétacé en deux parties parfaitement distinctes, qu'il désignait sous les noms de formation crétacée supérieure et de formation crétacée inférieure^ désignant sous le premier l'ensemble des dépôts qui constituaient pour lui les groupes de la craie blanche et de la craie tuffeau^ et sous le second les groupes du gaultei du néocomien. « Bien n'est plus tranché, dit cet auteur, que les caractères stratigraphiques ^ pétrographiques et paléontologiques de ces deux divisions, et leurs différences sont telles, que si ion ne considérait que cepagSj on pourrait les regarder comme les types de deux terrains séparés par un laps de temps énorme.

» Leur discordance constante est en effet beaucoup plus pronon^ cée que celle quon pourrait observer entre les assises crétacées les plus élevées et le grès de Carcassonne. »

Dans ses études géologiques d'une partie des départements de l'Aude et des Pyrénées- Orientales, M. d'Archiac (4) range dans

(1) Notice géologique sur le département de VAude [Actei de la Société Linnéenne dû Bordeaux^ 1838, t. X, i'« livr.).

(2) Notice géologique sur le département de l'Aude (Annuaire statistique et admi-» nistratifde l'Aude, pour 1844, p. 212).

(3) Mémoires de la Société géologique de France, 2« série, 1846, t. I.

(4) Mémoires de In Société géologique de France, 2« série, U VI, 2* partie, p. 37».

à F. CAJK9L.

deux étages, représentés chacun par une teinte parUculière, les couches qui appartiennent à la formation crétacée inférieure.

Il rapportait d'abord le premier aux calcaires à Caprotines de la Provence, et le second à Vél&^e néocomien inférieur du même pays, et il faisait observer que si ces rapprochements lui laissaient quelques incertitudes à cause des fossiles dont la répartition ue s'accordait pas complètement avec ce point de vue, la séparation de ces deux étages daus ce pays, et bien au delà dans le département de l'Ariége, était on ue peut mieux justiGée. Il désignait donc le plus récent de ces étages par l'expression de calcaires compactes à Caprotines^ et le plus ancien par celle de marnes et calcaires néocomiens.

Comme j'aurai à revenir souvent dans ce travail sur les observations de cet auteur, je n'en parlerai pas davantage dans cet historique, et je passe à une lettre qu'écrivait M. Raulin à l'auteur précédent.

I^s indications fournies à cet auteur par les fossiles recueillis daus une excursion en avril 18fi9, sur les montagnes de la Clape, lui paraissent suffisantes pour rapporter la partie supérieure des marnes à l'assise ii Exogyra sùiuata. Quant aux calcaires gris supérieurs, dans lesquels il n'a pas rencontré, dit-il, trace d'organisation, il les considère coinme une assise plus récente, se rapportant probablement au gault.

M. Reynès, en 1861 (1), place dans le néocomien inférieur les assises marueuses de la Clape et les calcaires à Caprotines au niveau de l'urgonien de la Provence. 11 s'élève contre les géol(^ues qui, à cause des fossiles aptieos, avaient rajeuni l'être de cette montagne.

L'aptien, ajoute-t-il, manque complètement dans l'Audo, et par conséquent à la Clape, ainsi que le gault et la craie de Rouen.

ignale la présence du gault à Saint-Paul de Fenouillet. élage y serait représenté par des marnes noirâtres dans

iludeisur te crétacé du sud-fl de In France.

ARIICLB tl" 3.

lesquelles quelques fossiles recueillis auraient été déterminés par d'Orbigny sous les noms de :

Ammonites Milleti^ d'Orb.

Turi'itella Viàrai/i, d'Orb.

Cardita tenuicosia, Mich.

Nucula pectinatay Sow.

Ostrea Milleti, d'Orb.

Plicatuia radiola, Lam.

Orbilolina lenticuiatOt d*0rb.

Dans son tableau général des divers étages reconnus dans les déparlements du sud-est, il indique Texistence du néocomien et du calcaire à Ckama dans l'Aude et les Pyrénées-Orientales, l'absence de Taptien dans ces deux départements, la présence du gault dans les Pyrénées-Orientales et son absence dans l'Aude.

Eu 1864 (1), M. Reynès se rétracte de sa première manière de voir, et transporte dans Taptien les assises fossilifères de la Clape. Quant aux calcaires blancs qui se rencontrent à la Çlape, audessus des couches aptiennes, il pense qu'elles doivent changer de nom. Aucun fossile ne lui a permis de les classer dans la série strati graphique. M. Reynès cite le gault de Saint-Paul où ce terrain avait été reconnu par M. Dumortier.

Ce savant parle ("2) d'un chaos de schistes plus ou moins foncés, que Ton trouve sur la route de Saint-Paul à Soulatge.

C'est là qu'il a retrouvé le gisement du gault découvert par M. Paillette et indiqué par d'Orbigny dans le Prodrome.

M. Hébert (3), en parlant des couches de la Clape, dit que l'on est fort embarrassé pour attribuer à Tune de ces subdivisions du néocomien le système des couches de cette montagne.

M. Dufrénoy (&), dit ce savant géologue dans l'historique du travail cité ci-dessus, avait avancé positivement que son calcaire à Dicérates compacte et cristallin formait la base du terrain crétacé, qu'il reposait tantôt sur le lias, tantôt sur le granit, et qu'il était recouvert par les marnes et calcaires à Gryphées. Il est est difficile, ajoute M. Hébert, de ne pas reconnaître^ dans ces marnes et calcaires à Gryphées, les marnes et calcaires néoco-

(i) De r étage dans la formation crétacée y p. 7.

(2) BvUL deia Soc.de géol., 1859, t. XVI, p. 869.

(3) Le terrain crétacé des Pyrénées ^ 1867, p. 323.

(4) Mémoire pour servir à une description géologique de /a France^ t. II, p. 72»7(J.

6 r. CAIROL.

miens de M. d'Archiac, placés par lui au-dessous des calcaires compactes à Caprotines.

Ce géologue regrette que Tauteur du mémoire sur les Corbières n'ait pas dit si son calcaire à Caprotines est ou n*est pas le calcaire à Dicérates de Dufrénoy, et qu'il n*ait pas discuté les conclusions de son prédécesseur.

On se trouve, en effet, dit-il, en face de cette conclusion, que dans tout le reste des Pyrénées, l'opinion de Dufrénoy, par rapport à la position du calcaire compacte à Caprotines et des calcaires marneux à Ostrea Aquila^ est exacte; que, de plus, les faunes de ces assises correspondent tout à fait à celles des sousétages moyen et supérieur du grand groupe néocomien de la Provence et du Dauphiné. Faut-il croire que les Corbières constituent une anomalie, non-seulement quant à leur position relative des deux systèmes, mais aussi quant à la distinction des deux faunes qui paraissent se mélanger intimement dans cette contrée T

Ce mélange cependant n'a pas une très-grande importance.

Le point douteux pour ce géologue serait Tâge exact des cal* caires compactes que M. d'Archiac donne comme supérieurs aux précédents. Si ces calcaires sont, comme il semble, les bancs à CaproHna Lonsdalii^ alors nécessairement il y aurait renversen)ent dans les localités où cette disposition relative se montre.

M. Coquand (1) parle de deux masses de calcaires à Chama dans la Clape, l'une supérieure, et l'autre inférieure aux assises argileuses et marneuses dont il a été déjà question.

Il appelle urgo-aptien l'ensemble de ces assises, dont les calcaires à Chama forment le point le plus saillant. Pour ce géologue il y aurait donc récurrence des calcaires à Chama.

Deux tableaux publiés déjà dans les Comptes rendus de tAcademie des sciences (2), et que je vais reproduire ici, montreront nettement les divisions que M. d'Archiac voyait dans la Clape et les Corbières, et que M. Coquand distinguait dans la Clape.

(1) BuU.delaSoc.géoL de France, 2« série, 186Q, t. XXVI, p. 187 et suit.

(2) Comptes rendus, i, LXXIII, p. 51.

TERHAIN CRÉTACÉ iNPÉttIBUll DE LA CLAPË, ETC.

!•• Tableau. — Division du terrain crétacé inférieur de la Clape et des Corbières^

par H. d*Arcbiac.

Terrain crétacé inférieur.

1'' étage Calcaires compactes ou à Caprotines.

( Marnes [ 1'* assise. . • Calcaires jaunes très-marneux. 2* étage lei calcaires \ 2^ anise. . . Calcaires gris schistoîdes avec OrbitoUnes*

( uéocomiens. (s^ assise . . . Marnes grises schistoîdes.

Il* Tablbac. — * Division du terrain crétacé de la Clape^ par M. Coqnand.

Étage urgo^aptien.

1^ assise. . . Calcaire compacte à Requienia Lonsdahi,

2^ assise. . . Calcaire jaune avec Pseidodiadema Malhosii^ Ostrea Aquila,

3° assise. . . Calcaire avec Orbitolites et Ostrea Aquila.

A* assise. . . Calcaire noduleux avec Ostrea Aquila,

5* assise. . . Calcaire à Requienia Lonsdalii,

M. Hébert (1) ne trouve, dans ce que dit M. Coquand à propos des alternances de véritables argiles aptiennes avec les calcaires urgoniens, que de pures assertions sans preuves, pour les lieux qu'il a visités, c'est-à-dire dans le Midi, les Pyrénées et la Provence : il lui laisse les Corbières, l'Espagne et l'Algérie ; mais sa confiance ne va pas jusqu'à admettre, sans vérification nouvelle, c^e que dit M. Coquand pour ces régions.

M. Leymerie (2) classe les couches de la Clape dans un étage appelé aussi urgo-aptien.

Ailleurs il dit : le grand étage pyrénéen présente çà et là une légère teinte d'albien, notamment à Quillan et surtout à Saint- Paul de Fenouillet, où des schistes noirs qui correspondent à ceux d'Âxat, et qui sont par conséquent plus anciens que le calcaire à Dicérates de Saint-Martin, et à plus forte raison que l'assise de Quillan, contiennent, dans leur faune principalement aptienne, des espèces albiennes très-caractéristiques, signalées par M, d'Ârchiac.

(1) Btf//. dé la Soc. géoUi t. XXVI, p. 375.

(2) Mém.de la Soc. géoL, bull. 7 décembre 1868, p. 325.

aur » su Gtou m. 5 ^ art» H"* 2.

8 i\ CAIBOL.

M. Leymerie voit également une récurrence du calcaire compacte à Chama, comme M. Coquand.

Enfin, M. Magnan (1) divise le terrain crétacé inférieur des Corbières comme l'indique le tableau suivant.

ni<! Tableau. «» Division du crétacé inférieur des Corbières, par M. Magnan,

Terrain crétacé inférieur.

{Supérieur. . Schistes terreux, gréseux^ jaunâtres, etc. Moyen. . . . Calcaires gfris-bleufttre à Requienia Lonsdaiii» Inférieur. . . Galschistes gréseux, schistes gris, etc. (Calcaires à Brachiopodes et à Ostrea macroptera. Calcaire à Requienia Lonsdalii, Calcaires^ calschistcs, schistes noirs à Echinospatagus Collegnii, Néocomien. . Calcaire compacte à Requienia Lonsdalii,

ËnBn, dans une thèse soutenue à Montpellier (2), M. Bleicber adopte la même division que M. Magnan, pour le terrain crétacé inférieur.

Tel est en résumé Tétat actuel de nos connaissances sur le terrain crétacé inférieur de la Clape et des Corbières, dont nous nous occupons dans ce travail.

On voit quelles divergences d'opinion séparent des observa-teurs aussi expérimentés que ceux dont les noms précèdent. De fréquents voyages faits dans la Clape et les Corbières, des observations minutieuses, des fossiles recueillis en place et avec soin, nous ont conduit à des résultats que nous faisons connaître dans ce travail.

DIVISIOK.

Celle élude du terrain crétacé inférieur comprendra trois parties.

Dans la première, il sera question des couches qui rentrent dans la formation des montagnes de la Clape, des failles qui ont

(1) Comptes rendus de tînstituU t. LXX, p. 537.

(2) Essai de géolofjie comparée des Pyrénées, du' plateau central et des VosyeSi Minar, 1870. ;

donné à cette contrée son relief actuel, et du phénomène si im portant de la dénudation dans ce pays.

Dans la seconde, nous suivrons l'allure de ces mêmes couches dans les Ck)rbières, nous y verrons les rapports de ces assises avec le terrain jurassique, le trias et le granit; passant ensuite à des époques plus rapprochées de nous, nous parlerons du gault et de ses rapports avec les autres assises, et enfin nous établirons les relations de ce crétacé inférieur avec le crétacé supérieur.

Daus la troisième, nous traiterons la partie paléontologique de notre travail, et nous tâcherons d'établir, par un examen comparatif des fossiles que nous avons recueillis^ à quelles divisions de la série chronologique des terrains nous devons les rapporter.

Nous terminerons par des conclusions tirées de Texposé contenu dans cette thèse. Les nombreuses coupes que nous joignons à cet exposé ont été faites avec une exactitude telle, qu'à leur simple vue, on peut juger du relief du sol.

Nous joignons à ce modeste travail deux cartes géologiques,

Tune de la Clape, à l'échelle de ■ ^^^^^ ; l'autre des Corbières

lUUUUu

jusqu'à la rivière d'Aude à l'ouest, à l'échelle de ■ . . Ces

ibUU uuu

deux cartes ne sont que la réduction au moyen du pautographe de la grande carte d'état-major au ■ — que nous avons coloriée sur place et avec le plus grand soin.

dik

10 p. €AIROL.

Page 1