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SUR

QUELQUES CRUSTACES FOSSILES

APPARtBIfAirr

AUX 6£NR£S RANINA ET GALENOPSIS Par M. AliPHONSB MII^NB BDllTABIMI.

Le genre Ranine {Ranina^ Lamarck), qui, aujourd'hui ne compte plus qu*un seul représentant, la Ranine dentée des mers de Tlnde [Ranina dentala^ Rumphius), renferme plusieurs espèces fossiles dont quelques-unes datent du commencement de l'époque tertiaire.

Dès 16/i8, Âldrôvande faisait connaître, sous le nom de Sepitest mxum os Sepiœ imitans effossum in agro bononiensi^ la carapace d'une Ranine trouvée dans le terrain nummulilique des environs de Bologne (1). Plus tard Ranzani retrouva dans le musée de cette ville Téchantillon qui avait servi de type à Âldrôvande, et, reconnaissant les analogies que présentait ce fossile avec les Ranines vivantes, il le désigna sous le nom de Ranina Aldrovandi^ en donna une figure montrant la face dorsale et la face ventrale, et lui assigna les caractères suivants : u Testa obovato-oblonga^ punctis prominentibus in arcus dispositis ornata ; pedipalpis exterioribiiSy ac lamina sternali punctata^ punctis prominentibus sparsis (2). » Trois ans auparavant, G. Desmarest avait rapporté au genre Rémipède, sous le nom do Remipes su Icatus^ une por-

(i) AtdrovaDdi, Muséum meiallicum, inlibros IV distributum, a B. Ambrosino coinpositum* BoDon., 1648» In-fol., p. 451.

(2) RaniaDi, Memorie di Storia naturale, décade prima, p. 73, pi. 5. Bolonia, 1820. ANN. se GÉOL. III. 46, -^ ART. N<> 3.

2 AJLPH. MILME ED^WARDUii.

tioQ de la carapace d'une Ranine appartenant à la collection de M, Defrance et provenant des environs de Vérone (1); lorsque parut le travail deRanzani, Desmarest reconnut son erreur,, et, dans son ouvrage sur les Crustacés fossiles, il substitua au nom àQ Remipes sulcatus celui de i?am>?û Aldrovandi (2). Cependant il établit certaines réserves à propos de l'identité existant entre ces deux espèces, car il ajoute : « Nous ferons remarquer que la » figure que M. Ranzani donne de son Crustacé diffère un » peu de ce qui existe sur les pièces que nous avons exarai- » nées, dans la disposition des lignes transverses, saillantes et granuleuses du dessus de la carapace. Dans le fossile du mu- » séum de Bologne, ces lignes représentent de petits arcs dont » la convexité est tournée vers la partie postérieure du test, et ces » arcs s'entrecoupent les uns les autres, comme le font les écailles D d'un Poisson. Dans les nôtres, la plupart des lignes saillantes » traversent d'un bord àl'autreet sont irrégulièrement sinueuses. D II ne serait pas impossible que ces différences dussent faire » distinguer deux espèces voisines l'une de l'autre dans le genre » Ranhia. »

Ces différences sont en effet très-apparentes, et Kœnig, dans ses Icônes^ conservant le nom de Ranina Aldrovandi pour l'espèce décrite par Aldrovande et Ranzani, donne celui de R. Maresiana au Remipes sulcatus de Desmarest, et fait figurer les deux espèces (3).

Le Ranina Aldrovandi paraît très-rare ; il n'en existe, à ma connaissance, aucun échantillon dans les divers musées de Paris: au contraire, on voit souvent le Ranina 31aresiana^ qui est trèscommun aux environs de Vérone. Cette espèce se reconnaît facilementaux caractères suivants : I^a carapace ,très-élargie dans la portion médiane, se rétrécit à ses deux extrémités ; elle esttra-

(i) Desmarest, Nouveau Dictionnaire d*histoif*e naiureiie, 2« étlit., 1817, t. VIH, p. 512, art. Crustacés fossiles.

(2) Id., Histoire naturelle des Crustacés fosnles i Crustacés propremetit dits, 1822, p. 121, pi. 10, ûs* 5, 6 et 7.

(3) Kœnig, Icônes fossilium sectiles, p. 1 et 2, pi, 1, fig:. 8 et 15. (Sans date de pablicatiou.)

ARTIGLK NO 3.

versée par des lignes saillantes» granuleuses, bordées en avant par un sillon et disposées à peu près parallèlement, surtout dans la portion antérieure. La direction de ces lignes paraît pouvoir varier un peu, suivant les individus : sur quelques écbantil* Ions je les ai vues légèrement arquées à convexité postérieure et très-régulières; sur d'autres, elles ondulaient de façon à former sur la ligne médiane un angle saillant dirigé vers le front. Généralement on compte une vingtaine de ces lignes saillantes, mais il est impossible d'établir exactement leur nombre, parce qu'en arrière elles ne s'étendent pas sans interruption d'un bord à l'autre, mais elles sont souvent interrompues, plus ou moins sinueuses et s'enchevêtrent les unes dans les autres.

Les granulations qui bordent cas lignes présentent une forme très-particulière : elles ont beaucoup de régularité, elles sont placées en série ; mais, au lieu d'être arrondies, elles sont allongées d'avant en arrière, et leur pointe se dirige toujours vers le bord frontal. Lorsque le test est très-bien conservé, on voit, en s'aidant d'une loupe, dans l'intervalle de ces lignes, quelques granulations très-petites et disposées sans ordre. Le bord latéro-postérieur est garni d'une ligne de granulations qui deviennent plus grosses et plus espacées sur le bord latéro-antérieur. Le front, beaucoup plus étroit que chez la Ranine dentée, est divisé en six lobes latéraux qui ne paraissent jamais aussi découpés que dans Tespèce actuelle. Les pinces ou pattes antérieures sont courtes et très-comprimées. L'avanl-brasest granuleux en dehors et porte une épine au-dessus de l'articulation de la main ; cette dernière est armée, sur son bord supérieur et sur son bord inférieur, de deux épines grandes et fortes. Le doigt mobile est long et trèsarqué.

Je pense qu'on doit rapporter à une variété du H. Mare- «a^ia une Ranine des environs de Vicence, figurée par M. Reuss dans son beau travail sur les Crustacés fossiles (1). J'ai également constaté la présence de cette même espèce dans le terrain nummulitique du Kressenberg, en Bavière. Le seul exemplaire

(1) A. RcusSi Zuv Kenninm fosstler Krabben, Wien, 1859^ pi. V, fig. 3 et à.

provenant de cette localité, que j'ai pu étudier, apparteuanl à cette variété, chez laquelle les lignes granuleuses transversales se redressent sur la ligne médiane pour former un angle tourné vers le front, et que j'ai retrouvée également aux environs de Vérone.

M. de Tchibatcbeff a recueilli dans les couches à Nummulites de Saint-Georges, en Thrace, une espèce de Ranine, nommée par M. d'Ârcbiac JR. Tchihatcheffi^ et dont j'ai donné la description dans la Pa/^o;i/o%î> de rA52> ifcfm^r^ (1). Cette Ranine se rapproche beaucoup de la précédente, mais la carapace y est beaucoup plus bombée et notablement plus étroite.

Dans le même terrain, aux Indes, dans le Scinde, le major Bakert a recueilli une Raniue que j'ai pu étudier au Musée Britannique, à Londres, où elle porte le n*2S283,etqui, bien que se rapportant au même groupe que la précédente, doit en être distinguée comme espèce. Je la désignerai sous le nom de Ranina Bakerti. Les lignes granuleuses qui couvrent la carapace sont beaucoup plus rapprochées que d'ordinaire, et elles forment des lignes à convexité postérieure et très-prononcée^ tandis que chez le R. Maresiana et chez le R. Tchihatcheffi^ ces lignes sont presque droites.

Le Ranina palmea, trouvé par M. E. Sismonda dans les cou* ches miocènes de la colline de Turin, se rapproche beaucoup plus de l'espèce vivante par la forme générale de sa carapace et par les granulations qui la couvrent. Ces dernières ne sont pas rangées en lignes onduleuses, elles sont disposées irrégulièrement, et toujours allongées d'avant eu arrière. Le bord antérieur est extrêmement élargi et profondément découpé en lobes digités, à peu près comme chez la Ranine dentée.

Le genre Hela doit évidemment se confondre avec le genre Ranina. 11 a élé établi par le comte de Miînster pour deux espèC/Cs des terrains tertiaires entre Osnabriick et Cassel (2). (]hez ces Crustacés, l'abdomen était reployé eu dessous, comme

(1) Asie Mineure, description physique de cette contrée, par P. de Tcbihatchefl [Paléontologie, i8()6, p. 166^ pi. i, fig. 6).

(2) Hûnster, BeitrOge zur Petrefactenkunde, iSAO^ III, p. 24, pi. II.

ARTICLE n^ S.

CaUSTAGËS FOSSILES. 5

cela a lieu dans les Crabes. Mais, ainsi que Ta très-bien fait remarquer M. E. Sismonda, il ne faut voir dans cette disposition qu'un accident de fossilisation, car Tabdomen desRanines est assez mobile pour pouvoir prendre diverses positions, et l'on comprend que la compression due aux couches de terrain dans lesquelles les fossiles sont enfouis puisse changer le rapport naturel de ces parties.

Le Banina Haszlinskj/i, Reuss, des terrains tertiaires de Radac, en Hongrie, présente une certaine ressemblance de formes avec l'une des espèces du comte de Miinster, le Ranina [Hela) oblonga, mais le bouclier céphalothoracique est comparativement plus élargi.

A ces espèces de Ranines je puis en ajouter deux autres, provenant du terrain tertiaire du midi de la France.

Ranina granulosa, nov. sp.

(Voyeifig. 1.)

Je ne connais malheureusement pas la localité exacte où a été trouvé ce Crustacé. Grâce à Tobligeance de M. Souverbie, j'ai pu l'examiner au musée de Rordeaux, où il flgurait avec cette indication : Environs cfe Z^ew:. Le calcaire qui remplit la carapace est d'un gris noirâtre assez foncé et d'un aspect assez particulier pour qu'un géologue, connaissant bien les terrains du sud-ouest de la France, puisse arriver à reconnaître de quelle couche il provient.

Le bouclier céphalothoracique de cette espèce est peu élargi, et sous ce rapport diffère beaucoup de celui du Ranina palmea^ Sism. Le bord antérieur est très-arqué en avant, et porte latéralement trois grosses dents dont on aperçoit la base, mais dont l'extrémité est brisée ; en dedans de ces dents il existe deux lobes sus-orbitaires, séparés l'un de l'autre et de la dent interne par des scissures étroites et profondes. Enfin, le front s'avance sur la ligne médiane en une petite pointe rostrale. La carapace est complètement dépourvue de lignes saillantes granuleuses, traus-

6 ALPH. MILIVE BB^ITARDS.

versales et parallèles. Oa y reDiarque des tubercules petits, arrondis et disposés sans beaucoup d'ordre. En dessous, l'écusson sternal est relativement petit ; les pattes-mâchoires externes sont au contraire très-longues. Les pattes antérieures et les pattes ambulatoires manquent complètement sur l'exemplaire que j'ai eu entre les mains.

Longueur de la carapace 0d,085

Largeur maximum 0m^062

Ranina Bocilleana, nov. sp.

(Voyez fig. 2, 2 d, 2 6, 2 c.)

Plusieurs exemplaires de cette espèce ont été trouvés par M. le comte R. de Bouille aux environs de Biarritz, et je dois à l'obligeance de ce géologue d'avoir pu les étudier et de les décrire. La carapace est moins large que chez le R. palmea ; ce* pendant, par les progrès du développement, elle s'élargit surtout dans sa portion antérieure (1). Des changements semblables dans les proportions générales du corps s'observent d'ailleurs chez l'espèce des mers de l'Inde, et il suffit, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur les figures que de Haan en a données dans le Faunajaponica. On voit que non-seulement la carapace s'élargit beaucoup en avant chez les vieux individus, mais que les lobes du bord antérieur tendent à se découperet à se digiter de plus en plus, de telle sorte qu'il est impossible d'attribuer une grande importance aux changements de forme que présentent ces parties.

De même que chez le R. granulata^ le bord latéro-antérieur se découpe en trois lobes grands et très-rapprochés, en dedans desquels existent deux lobes sus-orbitaires plus petits, séparés entre eux par d'étroites scissures.

La surface du bouclier céphalothoracique ne porte pas de véritables granulations ; elle est au contraire comme corrodée, et Ton y remarque une infinité de petites dépressions ovalaires,

(i) Voyes ftg. 2 et 2 6.

ARTICLI R* 8.

souvent rapprochées par groupes de deux ou trois, et plus espacées en avant que sur les parties postérieures et latérales (1).

Sur les côtés, il existe une petite crête linéaire très-finement granuleuse. Les sillons brancbio-cardiaques sont peu profonds, et on ne les aperçoit que parce que, sur ce point, les petites dé-pressions ovalaires du test disparaissent presque complètement.

La face externe du bras des pattes antérieures est couverte d'un certain nombre de crêtes arquées en avant, parallèles et très-finement granuleuses ; des ornements du même genre garnissent Tavant-bras. La main est. très-comprimée, trèsbaute; son bord inférieur est découpé en dents de scie. L'écusson sternal est grand et lisse (2).

Les ornements du test séparent nettement cette espèce des Ranina Maresiana^ Tchihaicheffi^ Bakerîi^ palmeael granulata. Sous ce rapport, elle se rapproche davantage du R. Haszlinskyi; mais chez ce dernier le front est plus découpé et les petites dépressions du test sont plus fortes et plus espacées. Enfin Técusson sternal y est notablement j)lus allongé.

Longueur de la carapace 0ib,053

Largeur maximum. 0m|048

Le tableau suivant permettra de déterminer facilement les différentes espèces du genre Ranina.

À. Ranines à carapace traversée par des crêtes parallèles et granuleuses.

b. Ces crêtes très-arquées et s'entrecroisant comme des écailles de Poisson-

1. Ranina Aldrovandi (Ranzani), Aldrovande, Mus. metalL, 1648, p. 451. — Spada, Corporum lapidefactorum agri Veronensis Catalogus^ pi. 8, f. 1, Q'édit., Vérone, 1744. — Ranzani, Mem. di Storia naturale, Décade prima, p. 73, pi. 5. Bologne, 1820. — Desmarest, Crustacés fossiles^ 1822, pi. H , fig. 1

(1) Voyci flg. 2 c.

(2) Voyei fig. 2 a.

8 ALPU. MOiVE Eim^ARDS.

(copiée d'après Ranzani). — Kœnig, Icônes fossilium sectilesy p. 1, flg. 8. — Espèce douteuse.

bb. Ces crêtes prasque parallèles.

c. Très-écartées entre elles et presque droites.

d. Carapace peu bombée.

2. Ranina Maresiana, Kœnig, Icônes fossilium sectilesy fi. 2y pi. 1, fig. 15. — Remipes sulcafus, Desmarest, Noiw. Dictionn. cthist. nat., 2* édit.. 1817, t. VIII, p. 512, art. Crustacés FOSSILES. — Ranina Aldrovandi, Desmarest, Crustacés fossiles^ 1822, p. 121, pi. 10, fig. 5, 6 et 7. — Ranina Marestiana^ Reuss., Z?/r Kenntniss fossiler Krabben^ 1859, p. 20 et 81, pi. L, fig. 1 et 2, — Ranina Aldrovandi, Sismonda, Appendice alla Descrizione dei Pcsci e dei Crostacei fossili nel Piemonte {Mem. Acad. Turin., 2* scr., t. XIX, fig. 16 et 17).

Terrain à Nummulites du nord de l'Italie et du Kressenbei^, en Bavière.

dd. Carapace très-bombée.

3. Ranina Tchihatcheffi, d'Àrchiac, Hist. des progrès de la Géologie, t. III (1850), p. 303, — De Tchihatchetf, le Bosphore et Constantinople, 1864, p. 514. — Alph. Milne Edwards, dans la Paléontologie de l'ouvrage de M. de TchihatchefF sur l'Asie Mineure, 1866, p. 105, pi. 1, fig. 6.

Couches à Nummulites de la Tbrace.

ce. Crêtes rapprochées et très -arquées.

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