CONCLUSIONS
Il reste, pour justifier l'établissement de ces espèces, à les dis-* tinguer des autres Crocodiliens fossiles. J'ai déjà, dans l'exposé historique, énuméré un certain nombre d'entre eux qui s'en éloignent de prime abord par des caractères si tranchés, qu'une comparaison plus détaillée serait tout à Fait inutile. Cette élimination faite, il en reste six qui pour la plupart nous offrent des particularités, dont quelques-unes ont déjà été signalées dans le cours du travail et permettent une distinction facile.
L'espèce dont je parlerai en premier lieu, et qui peut être couarticle M° 1.
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sidérée comme la plus ancienne espèce tertiaire, est le Crocodilus depressifrons, Blainv. Ce Crocodile à tête ramassée, à mâchoires robustes, est trop distinct, par ces seuls caractères, des espèces de Saint-Gérand, pour que je croie devoir y insister plus longuement. La comparaison avec les espèces décrites par M. Ovven est plus intéressante : ces Crocodiliens se trouvent en effet, au point de vue paléontologique, dans des couches voisines comme âge, et pour un d'entre eux, le Crocodile de Hastings^ les rapports anatomiques pourraient en imposer au premier abord (1). Pour ce qui est des Crocodilus Spenceri^ Buckl., et Crocodilm cAampsoides^ Owen, aucune des espèces que j'ai étudiées ici ne présente une symphyse de la mâchoire inférieure aussi étendue que celle du premier, puisqu'elle y égale près du tiers de la longueur totale de la tête; quant au second, les stries longitudinales très-marquées de la surface émaillée des dents, l'élongation du museau et le renflement des intermaxillaires le caractérisent suffi* samment ; j'ajouterai que son occipital supérieur se prolonge jusqu'au grand trou occipital, ce qui n'existe dans aucun des Crocodiliens de Saint-Gérand sur lesquels j'ai pu examiner ces parties. Enfin, chez les Crocodilus Hastingsiœ^ Owen, et Alligator Hantoniensis^ Wood, le caractère très-frappant des nasaux qui n'atteignent pas Torifice extérieur des narines, lequel est entièrement formé par les intermaxillaires, ne permet aucune confusion.
I/espèce qui certainement se rapproche le plus des Crocodiliens dont je m'occupe ici, estle Crocodilus Buticonensis^ H. v. Meyer ; il diffère plus du Diplocynodon gracile que du Crocodilus œduieus. Les différences sont d'ailleurs de même ordre, et résultent, quoique les proportions générales de la tète soient à peu près les mêmes, de l'élargissement des maxillaires en arrière, surtout de la forme en triangle très-allongé des nasaux, de la saillie des arcades jugales, si cela n'est pas un fait d'écrasement ; particularités qui donnent à tout le museau, dans l'espèce de Suisse, une forme appointie se rapprochant un peu plus de celle des Gavials
(1) Gervais, loc, et'/., 1859, p. S *^
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que de celle des Caïmans ou des Crocodiles. Je n'insisterai pas ici sur le nombre de dents de Tintermaxillaire, je me suis précédemment expliqué à cet égard.
D*après les faits que je viens d'exposer, je crois pouvoir établir qu'il existait dans TAUier, à Tépoque du dépôt des calcaires à Indusies, trois espèces différentes du groupe des Crocodiliens procœliens, deux d'entre elles fort voisines par les proportions de leurs télés des Alligator j mais s'en écartant par ce caractère que la troisième dent inférieure très-dé veloppée, sinon égale en taille à la quatrième, établit chez ces animaux une particularité suffisante pour justifier l'établissement d'une section spéciale, genre ou plutôt sous-genre, à laquelle M. Pomel a imposé le nom de Diplocynodon. La troisième, plus rapprochée des Crocodiles proprement dits, se lie cependant encore aux Caïmans par l'absence de perforations à l'intermaxillaire pour le passage des premières dents inférieures, le peu de développement relatif des fosses oculotemporales ; d'ailleurs, et ceci est également vrai pour les deux Diplocynodon^ les trous fronto-pariétaux, quoique n'étant pas de grandes dimensions, rappellent plutôt ce que Ton connaît chez les Crocodiles que chez les Caïmans. La formule dentaire semble également intermédiaire entre les deux groupes, voisine de celle des Caïmans pour les Diplocynodon^ se rapprochant de celle des Crocodiles proprement dits pour le Crocodilus œdmcus.
Si Ton veut bien réfléchir aux dilticullés qui existent dans la détermination spécifique des Crocodiliens vivants, difficultés dont font foi les différents travaux anciens et modernes publiés sur cette matière, alors cependant qu'on possède un grand nombre de données qui sembleraient devoir lever tous les doutes sur ces questions, comme le lieu exact de provenance et les différentes circonstances dans lesquelles se trouve l'animal, ses habitudes, qui plus est son apparence extérieure et souvent sa structure anatomique, on ne devra pas s'étonner, lorsqu'il s'agit d'espèces fossiles pour lesquelles, dans la plupart des cas, tous les éléments de discussion se réduisent à quelques fragments disjoints, si l'on n'avance les déductions qu'avec réserve. La connaissance des espèces vivantes poussée encore plus loin
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qu'elle Test aujourd'hui, pourra seule uous éclairer à cet égard. « Chacun des Crocodiles de Tlndeou de l' Afrique (et il pourrait » bien en être de même pour ceux d'Amérique), dit M. Gray(l), » paratt présenter deux variétés, Tune avec une face large, » l'autre avec une face étroite. Cette variation, se retrouvant
» pour chaque espèce, me parait indiquer que c'est très- » probablement un fait local ou peut-être même une variais tion sexuelle, plutôt qu'une distinction spéciGque.» Lorsque ces faits seront élucidés, que nous serons aussi renseignés plus exactement encore sur les modifications apportées par Tâge, sur les rapports des parties solides avec l'apparence et les habitudes de l'animal, on pourra juger de la légitimité des espèces que j'ai indiquées plus haut, aussi bien que de celles qu^ont décrites d'autres naturalistes ; alors seulement les espèces paléontologiques pourront être comparées avec fruit aux espèces actuelles et admises à titre égal dans la série zoologique.
Note additionnelle. — J'ai eu connaissance trop tard, pour en faire emploi, d'un ouvrage où Murchison a rassemblé les travaux deFalconer. On y trouve des figures représentant des portions de tête du Crocodilus crassidens et d'une autre espèce, le Crocodilus leptodus. Ces deux Crocodiliens se rapportent, sans aucun doute, au groupe des Gavials. [Palœontological Memoirs and Notes of the laie Hugh Falconer, compiled and edited by Charles Murchison ; London, 1868, pi. 29.)
(1) Gray, toc. ci7., 1869, p. 135.
56 L. VilILLANT.
EXPUGATION DES FIGURES.
(PLANCHES i A 5.)
Dans toutes les fif^ares^ les lettres suivantes désignent les mômes parties ; la notation est celle adoptée par Cuvier pour le Crocodiius rhombifery Gut . (Voy. Ossements /mnies, atlas, pL 231^ flg. 1 i 5.)
a, intermaxiUaire ; bf maxillaire;
c, jugal;
d, os transverse; «I palatins;
f, osptérygoîdiens; H, frontal principal; h, frontal antérieur; h^, frontal postérieur; I, lacrymal; k, nasal ; m, pariétal; n, mastoïdien;
0, os tympanique;
p, temporal écailleux;
g, occipital supérieur;
r, occipital inférieur;
«, occipital latéral;
tt, dentaire;
V, angulaire;
X, surangulaire;
y, articulaire.
* Ce signe indique les fossettes de réception sur une mâchoire pour les denti de la mâchoire opposée.
Les figures ayant été directement dessinées sur la pierre, il n'est pas inutile de Cdre remarquer, pour l'intelligence du texte, que les dtfléreutes parties sont retournées.
Fig. i. Diploeynodon gracile. Squelette presque entier d'un individu adulte, réduit an sixième de la grandeur naturelle, d'après une épreuve photographique. Toutes les pièces figurées relatives â cette espèce sont empruntées i cet individu, excepté la première vertèbre caudale (fig. 21 et 22).
Fig. 2. Dipiocynodan gracile. Tête vue de côté. — Réduct. 2/5.
Fig. 8. Diploeynodon gracile. Portion antérieure du dentaire inférieur vu de côté pour montrer le développement des troisième et quatrième dents, caractère du groupe. — Grand, nat.
Fig. â. Crocodiius œduicus. Tête vue de côté, montrant la position de la quatrième dent inférieure et le développement de la neuvième dent supérieure. Pour indiquer tous les caractères sur une seule figure, on a représenté sur cette face des particularités qui, en réalité, ne se voient sur la pièce que de l'autre côté. — Réduct. 2/5.
Fig. 5. Crocodiius œduicut. Portion moyenne des mâchoires du même individu, comprenant de la onsième â la quatorzième dent supérieure et de la neuvième â la treizième dent inférieure, pour montrer leur disposition réciproque. — Grand, nat.
Fig. 6. Dent canine (?) trouvée isolée. — Grand, nat.
Fig. 7. Dent trouvée isolée et appartenant sans doute à la partie postérieure de la mâchoire inférieure d'un Diploeynodon HateUi^ Pomel. — a, vue par sa face externe; 6, vue par sa face interne. — Grand, nat.
Fig. 8. Diploeynodon gracile. Tête vue par sa face supérieure. ^- Réduct. 2/5. Fig. 9. Crocodiius œduicus. Tête vue par sa face supérieure. — Réduct. 2/5. ARTICLB N* 1.
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Flg. 10, Diphcynodon gracile, Této vue par sa partie postérieure. — Réduct. 2/5.
Fig. 11. Crocodilus œduicus. Tête vue par sa partie postérieure. — Réduct. 2/5.
Flg. 12. Diploqfnodon gracile. Tète vue par sa face iaférieure. — Réduct. 2/5.
Fig. 13. Croeodilut œduicus. Tète vue par sa face inférieure. — Réduct. 2/5.
La m&choire inférieure^ réunie au reste du crâne par la gangue pierreuse qui incruste cette pièce, ne permet pas de voir le bord alvéolaire ni la suture intermaiillomaxillaire.
Fig. ià. Diplocynodon Rateili, Pomel. Os intermaxillaire droit d'un individu adulte, ▼a par sa face inférieure. — Réduct. 2/5.
Fig. 15. Diplocynodon Rateili, Pomel. Os maxillaire gauche d'un individu adultc,vu par sa face inférieure. — Réduct. 2/5.
Fig. 16. Le même, vu de côté.
Fig* 17. Diplocynodon gracile. Mâchoire inférieure vue en dessus. Pour la comme « dite du dessin, la partie gauche du maxillaire a été représentée moins entière qu'elle ne l'est sur l'échantillon. — a, fossette qu'on remarque à la partie supérieure du surangulaire. — Réduct. i/2.
Fig. 18. Diplocynodon Rateili, Pomel. Portion de mâchoire inférieure vue en dessus. — • Réduct. 1/2.
Fig. 19. Diplocynodon Rateili, Pomel. Intermaxillaire gauche d'un individu jeune. — Grand, nat.
Fig. 20. Diplocynodon Rateili, Pomel. Intermaxillaire et petite portion du maxillaire gauche (le reste de ce dernier a été retranché pour la commodité du dessin) d'un individu d'âge moyen. — Grand, nat.
Fig. 21. Dip/oc^oifon ^aei7e. Première vertèbre caudale vue de côté. — Grand, nat.
Fig. 22. La même, vue par la partie postérieure.
Fig. 23. Côte stemale de la dernière paire; os trouvé isolé» — Grand, nat,
Fig. 24. Diplocynodon gracile. Second doigt postérieur gauche. — Grand nat.
Fig. 25. Phalange unguéale vue en dessus; os trouvé isolé. — - Grand, nat.
Fig. 26. La même, vue de côté.
Tous les écussons dermiques représentés dans les figures 27 â 35 se rapportent au DijUocynodon gracile, et sont dessinés de grandeur naturelle.
Fig. 27. Ëcussons denniques de la première variété (carénés sans surface de glissement, panciarticulés) montrant la suture qui les unissait, vus par la face externe. Us proviennent sans doute du bouclier cervical.
Fig. 28. Ëcusson dermique de la seconde variété (caréné â surface de glissement), vu par la face externe. 11 provient sans doute du bouclier dorsal.
Fig. 29. Ëcussons dermiques également de la seconde variété, montrant la suture qui les unissait; ils sont plus fortement carénés, l'un est pauciarticulé. Ils proviennent sans doute des parties latérales du bouclier dorsal.
58 L. YikILLAlVT.
Fig. 30. Ëcusson dermique de la troUlÏMiie varictê (caréoé, »ans surface de g:tis8emeiit, pluriarticalé), vu par la face eiterne. II provient des fluncSy ou du bouclier cerfical. La position exacte des écussons de cette variété est plus diCScile à dé ter- j
miner.
Fig. SI. Le même^ vu par la face profonde.
Fig. 32. Écussons de la quatrième (A) et de la cinquième (B) variété, dans lenr situation réciproque^ mais un peu écartés : à l'état normal^ ils sont exactement unis par la suture dont on voit les dentelures correspondantes ; vus par la face externe. Ces écussons font partie du bouclier ventral.
Fig. 33. Les mêmes, vus par la face profonde.
Fig. 3A. Petit écusson de la sixième variété (libre, non articulé), vu par la fa«e
extérieure. Ces pièces se trouvaient sans doute libres dans le derme à la région cer- '
vicale inférieure.
Fig. 35. Le même, vu par la face profonde.
AATIGUB II* i.