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CONCLUSIONS

L'ouvrage que je «viens de terminer comprend la description anatomique des nombreux ossements de Mammifères trouvés depuis près de trente ans dans les carrières de Ronzon. Je me suis efforcé de metti^e en relief les caractères particu*^ liers aux différentes espèces, et j'ai, en mime temps, établi un parallèle continuel entre les formes animales ayant existé durant les premiers temps de l'époque miocèneaux environs du Puy, et les êtres ayant vécuantérieurement et postérieurement dans nos contrées. Je me suis limité, comme dans mes précédents travaux, à des exposés anulomiques aussi complets que possible, touchant les divei*ses pièces du squelette découvertes, et j'ai laissé dé côté les discussions relatives à l'origine et à la descendance deis types dont je m'occupais. Je résumerai rapidement dans ce dernier chapitre, les principaux faits qu'il m'a été possible de constater.

Comme je l'ai dit au début de ce travail, les quelques animaux dont nous avons pu retrouver des traces au milieu des dépôts marneux de Ronzon, constituent une bien faible partie de la riche faune animale qui habitait le centre de la France durant l'aurore de l'époque miocène. Mais si peu nombreux qu'ils soient, ils n'en offrent pas moins Ji plusieurs points de vue un très grand intérêt.

Tout d'abord ils nous permettent de noter la localisation, en quelques points de notre sol, de certaines formes animales, et ce fait est important, au point de vue de la valeur caractéristique que Ton pourrait chercher à leur donner pour la déter-

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mination de l'âge des terrains. Lorsque Ton examine la liste des Mammifères retrouvés, on est frappé de l'absence de certains genres dont l'existence, à la même époque, est pour nous un fait assuré. Â Ronzon, nous ne rencontrons pas d'il»- Ihrocotherium, alors que les restes de ce pachyderme se retrouvent associés dans d'autres localités à ceux de VElotherium qm^ lui, vivait aux environs du Puy. Mais là où nous découvrons les débris de YAnlhracotherium et de VElotherium^ nous ne trouvons plus ceux des ^/k;(^(/?e^ que nous avons vu être mélangés dans le Velay à ceux provenant du dernier genre que je viens de citer.

Pourtant les conditions locales existant à Ronzon pouvaient faire penser que ces trois formes animales y avaient vécu. Rien jusqu'à ce moment n'est venu confirmer cette supposition et tout semble prouver aujourd'hui que V Anthracolherium n'a pas laissé de débris dans les marnes calcaires miocènes du Velay. Voilà plus de trente ans que les divers ossements découverts dans les carrières sont précieusement conservés, et l'on n'a rien trouvé jusqu'ici provenant de ce grand pachyderme. Un fait absolument de même ordre est relatif aux Ancodus dont les restes ont été signalés seulement dans les départements de la Haute-Loire, de la Loire et de l'Allier en France, dans l'île de Wight en Angleterre. Ces animaux paraissent donc avoir été très localisés, etje ferai remarquer à ce sujet que nous n'en avons encore trouvé que quelques traces au milieu des gisements si riches eu fossiles des phosphorites du Quercy.

D'autre part, tous les Mammifères trouvés à Ronzon, à Texception du Theridomys aquatilis^ du Hyœnodon leptorhynchus, de VEloiherium magnum et du Gelociis communis sont spéciaux à cette localité.

Les Insectivores ne nous sont connus que par un seul maxillaire inférieur, celui du Tetracus nantcSy dont les traits d'organisation dentaire nous dévoilent l'existence d'un type en quelque sorte intermédiaire aux Hérissons et aux Mlygales.

Les Rongeurs sont tous, à l'exception du Theridomys aqua-

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tilis très imparfaitement comius. Certains d'entre eux ont été décrits d'après une dent isolée, et les recherches à fairéàRonzon doivent porter évidemment sur la petite faune qui y est ensevelie. M. Âymard seul s'est attaché à la recueiilh*, et ce qu'il en a obtenu montre le grand intérêt qu'il y aurait à la connaître plus parfaitement.

Les Theridomys ont dû être représentés par une seule espèce, le Theridomifs aquatilis. Je crois que les autres formes trouvées à Ronzon,et considérées comme spécifiquement distinctes de la précédente, n'en constituent que des variétés. Une grande série de maxillaires, dont une vingtaine fait partie de mes collections, m'a permis d'établir fout un groupe d'inter* médiaires.

* Les Cricetodan Aymardi et Anideme^ ainsi que le Decticus antiquus et VEhmys priscus^ nous sont connus par des fragments si incomplets, qu'il est actuellement impossible à un zoologiste de présenter à leur sujet des observations possédant une réelle valeur. Nous devons attendre, avant de nous prononcer sur les caractères génériques de ces petits animaux, en même temps que sur leurs affinités avec les Rongeurs actuels, que de nouveaux exemplaires en meilleur état aient été réunis.

Les débris de Carnassiers sont assez abondants, et ces restes témoignent de l'existence d'un très petit nombre d'espèces sur le pourtour du bassin. Â l'heure actuelle, cinq sont seule* ment connues, ce sont : le Cynodon Velaunum, ÏAmphicynodon palustre^ le Proplesiclis Ayniardiy le Uyœnodon leptorhyn^ chus et le Hyœnodon Aymardi. On ne trouve aucune trace de cette Loutre si commune à une époque un peu plus reculée sur les bords de l'étang de Saint-Gérand-le-Puy, le Lutra Valetonù Il faut probablement expliquer ce fait par la rareté des Poissons qui n'étaient représentés que par une seule espèce, le Pachyste^ tus gregatus (Âymard). Cette forme toute petite, très voisine des Lebias, constituait des bandes habitant évidemment des eaux très peu profondes.

Il semblerait que les Ongulés dont on met à jour continuellement les ossements aient dû être poursuivis par de plus nom-

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breux et plus redoutables adversaires que ceux qui nous sont connus: Les Ancodus constituaient une proie facile et abon* dante, et l'on reste surpris en ne retrouvant pas de débris de ces grands Carnassiers, tels que les Amphicyonsy les Cephêlo- §aleSy les MachairoduSj les Œluragaley le Pseudelmms dont l'existence durant les temps éocëne supérieur et miocène inférieur nous a été révélée par des découvertes accomplies dans d'autres gisements. A l'exception de deux espèces deHgi^ nodony les carnassiers retrouvés avaient tous une taille très réduite. Les coprolithes qui proviennent des Cynodan montrât que la nourriture de ces animaux se composait seulement de petits vertébrés, tels que les TkmdomySj les Crieetodany ks Decticus. D'autre part, les nombreux ossements de Cpwdm que nous retrouvons sont souvent éclatés et portent sur leurs faces l'empreinte de dents puissantes. Il est donc évident que ces mammifères étaient poursuivis par de forts carnassiers, tels que les Byûmodan dont ils constituaient à leur tour la proie.

Les Cynodon avaient des pattes assez élargies, une queue allongée, et il semble qu'ils aient été constitués de manière à pouvoir nager longtemps et facilement dans les eaux du bassin sur les berges duquel ils habitaient.

La face de ces animaux était courte et étroite, leur corps allongé, leurs membres assez raccourcis. La voûte palatine du Cynodon i;^/at»numestrétrécie d'une manière fort remarquable au niveau de la partie correspondant à la séparation de U carnassière d'avec la première tuberculeuse. J'ai fait remarquer que l'on ne retrouvait pas cette disposition sur les Cymh dictis et les Viverra chez lesquels la voûte palatine s'élargissait au contraire beaucoup en ce point. Quant aux autres particu* larités anatomioues de la face de ce carnassier, elles cousis» taient dans la forme des arcades zygomatiques. Dès leur point d'origine ces parties osseuses avaient une direction antércH postérieure. Il résultait évidemment de cette dispositioa qu'à l'extrême étroitesse de la tête correspondait un grand déve* loppement antéro-postérieur. Si l'on rapproche ce fiût de celui indiqué plus haut relativemmt à la brièveté de la tÊOy

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on arrivera à se représentai la tête du Ctfnodan wlaunum comme ayant une forme générale rappelant un peu celle de la tête des Loutres.

M. Âymard avait décrit une seconde espèce de CynoioHy le Cynodon palustre^ supérieure en force au Cynoâon velaunum. L'étude que j'ai faite des débris provenant de ce carnassier m'ont amené à penser que cet animal n'appartenait pas au genre Cynodatiy et qu'il devait être considéré comme indiquant au moins un sous-genre très caractérisé. La voûte palatine a une forme absolument différente de celle du Cynodan velaunum. La largeur est à peu près la même en avant des canines au niveau des troisièmes prémolaires, au niveau du bord|lnteme des deux tuberculeuses, et pourtant la longueur totale de cette région jusqu'aux tuberculeuses est bien différente sur les deux mammifères.

D'autre part, les arcades zygomatiques ne se détachent pas de la face de la même manière. Sur le Cynodon velaunum les arcades zygomatiques à leur point d'origine prennent une direction presque antéro-postérieure, alors que sur VAmphicynodon palustre elles se dirigent transversalement en dehors et en arrière. D'autre part, les deux animaux que je mets en parallèle se distinguent par leurs maxillaires inférieurs dont la carnassière n'a pas les mêmes développements en hauteur et en largeur; enfin la forme de la branche montante est absolument différente, et il résulte de ce fait qu'il devait exister de très grandes dissemblances dans la forme de leur tête. Tous ces caractères réunis m'ont fait proposer la création d'un nouveau sous-genre que j'ai désigné par le nom d'Amphicynodon.

J'ai décrit d'autre part comme se rapportant probablement à un genre nouveau, un maxillaire inférieur provenant d'un animal dont la taille égalait à peu près celle de VAmphicynodon palustre. La branche montante Offrait des caractères tout à fait spéciaux; elle était très élevée en même temps que très élargie dans sa partie supérieure. L'apophyse coronoïde était arrondie, et cette portion du squelette avait la plus grande analogie avec celle qui lui correspondait sur les Ptesictis.

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Une troisième espèce de Carnassiers, VElocyan martrià^, semble présenter, d'après les rares pièces actuelleaient recueillies, des caractères tout à fait distincts de ceux appartenant aux animaux fossiles de la même classe. D'après les deux seules dents que nous en connaissons, il semble qu'il doive être placé à côté des Gynodictis.

Les Hyœnodon paraissent avoir été très nombreux et leurs débris se rapportent à deux espèces. L'une d'elles nous était déjà connue, c'est celle décrite par MM. de Laizer et de Parrira sous le nom de Hyœnodon leptorhi/nchtis. La seconde est nouvelle, elle se distingue principalement par sa quatrième prémolaire qui est constituée par un lobe principal à bords antérieurs et postérieurs convexes, précédés et suivis d'un fort mamelon placé à leur base. Cette dent n'offre aucune analogie avec la quatrième prémolaire arrondie, conique, à bords mousses du Hyœnodon leptorhynchus. Elle est absolument semblable à une dent de Chat, et je dois dire que si je Tavais trouvée isolée, j'aurais été persuadé qu'elle provenait d'un Œlurogale. Cette forme aberrante du système dentaire des Hyœnodon m'a paru très importante à noter, car elle semble nous faire prévoir la découverte future de formes de Ht/œnodon à système dentaire absolument différent de celui actuellement connu.

Les Didelphes étaient représentés par de toutes petites espèces dont la plupart rentrent dans le groupe des PeralherUm. J'ai exposé avec beaucoup de soin les caractères des Peratke- Hum crassunij Bertrandiy encore très peu connus, et j'ai montré que l'un des petits marsupiaux de Ronzon faisait partie d'un genre dont j'avais signalé l'existence dans les dépôts postérieurs de Saint-Gérand-le-Puy. U Amphiperatherium Ronzoni avait des prémolaires ne s'accroissant pas en volume de la première à la quatrième comme les Peratherium vrais. J'avais observé le même fait sur des maxillaires inférieurs de didelphes trouvés dans les phosphorites du Quercy, et nous voyons dès lors que cette forme animale a vécu durant l'époque éocène supérieure dans le Quercy, qu'elle a persisté durant le début du miocène.

sur les bords du bassin de Ronzon, et nous la retrouvons enfin durant le dépôt' du calcaire à Lymnées d'Étampes à Saint-6érand-le-Puy. Les caractères génériques sont très fixes, les caractères spécifiques seuls sont dissemblables.

Les ralœotherium paraissent se montrer pour la dernière fois à l'époque de la formation des marnes de Ronzon. Ils sem^ blent déjà avoir été peu abondants, car on n'en rencontre plus que de bien rares débris. Les comparaisons que j'ai pu faire m'ont conduit à supposer que les Palœolherium de Ronzon ne constituaient pas d'espèce à part, mais qu'ils n'étaient que les descendants des Palœotherium crassum ayant vécu dans la même contrée durant l'époque éocène supérieure. Les différences présentées par les formes miocènes ne dépassent certainement pas celles attribuables à la variabilité, et je crois que l'on doit grouper sous un même nom les Palœotherium crassum^ velaunum et GervaiH.

Les Paloplotherium étaient également peu abondants, et l'étude très attentive que j'ai faite de leurs restes, les comparaisons multiples auxquelles je me suis livré, m'ont permis de reconnaître qu'ils appartenaient tous à l'espèce décrite sous le nom de Paloplotherium minus. Quant à l'animal décrit sous le nom à'Orotherium ligeris, tout me porte à supposer que la pièce d'après laquelle ce nom a été proposé, provient d'un Paloplotherium ayant encore sa dentition de lait.

Une toute petite espèce de Mammifère décrite par M. Aymard sous le nom de Palœon riparium m'a paru présenter par les deux seules dents que nous en connaissons, la plus grande analogie avec des animaux également de taille réduite dont j'avais pu étudier des maxillaires inférieurs très complets trouvés dans les phosphorites. J'avais décrit ces mammifères sous le nom de Xiphodonlherium^ et j'en avais signalé deux espèces ou deux races d'après la position occupée par les prémolaires. Sur le Xiphodontherium primœvurriy la deuxième prémolaire est isolée sur une longue barre, alors que la première très réduite est accolée à la canine; sur le Xiphodontherium secundarium^ les deux premières prémolaires sont

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portées en avant. Les deux dents que nous connaissons du PalœonHparium^ la première molaire et la dernière prémolaire, sont isolées dans un morceau de calcaire, et nous ne pouvons savoir dès lors, le corps du maxillaire inférieur manquant, si le fossile de Ronzon avait ses premières prémolaires disposées comme Tétaient celles des deux espèces dont je viens de parier. Aussi, malgré l'extrême similitude existant entre les dents de Tanimal décrit par M. Âymard et les dents correspondantes de ceux trouvés par moi dans le Qucrcy, je n'ose proposer de réunir ces deux genres sous une même appellation.

Le système dentaire des Gelocus était encore fort peu connu et je me suis attaché dans la description que j'en ai donnée, à noter avec un soin extrême les analogies présentées par chaque dent avec celles leur correspondant sur tous les animaux connus du même groupe.

Relativement aux Elotherium bien étudiés dans un travail récent de M. Kowalesky, j'ai cherché avec des matériaux nouveaux à compléter les observations de ce savant paléontologiste, et, d'autre part, je me suis préoccupé d'établir les analogies spécifiques qui pouvaient exister entre les Elotherium de l'Europe et les Elotherium de l'Amérique du Nord. J'ai été conduit par mes recherches à reconnaître que, s'il est bien démontré que le genre Elotherium est commun à la même époque au nouveau et à l'ancien contient, on ne saurait affirmer avec les échantillons actuellement décrits qu'il existait de nombreuses différences spécifiques. Tout parait indiquer actuellement une identité absolue entre plusieurs espèces.

Les Ancodus avaient déjà donné lieu à d'importants travaux relatifs surtout à leur squelette ; mais jusqu'à ce jour, malgré les matériaux que les naturalistes avaient eus à leur disposition, on n'avait jamais entrepris de donner une description de leurs crânes. J'ai cherché à combler cette lacune en faisant représenter les échantillons les plus complets qui aient été découverts, et j'ai, d'autre part, donné une description détaillée de toutes les particularités susceptibles de

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pouvoir servir dans des études comparatives. Enfin^ j'ai recherché, au sujet des animaux appartenant à ce genre, quelle était la valeur des espèces établies par les divers paléontoio-gistes, et je suis arrivé à montrer que les formes spécifiques étaient beaucoup plus rares qu'on ne l'avait tout d'abord supposé.

J'ai dû regretter de ne pouvoir présenter une étude plus complète des Acerotherium des marnes de Ronzon. Les caractères révélés par la série dentaire inférieure sont fort remar* quables et rapprochent beaucoup ces pachydermes des Lophiodon. Il faut espérer que la série dentaire supérieure, qui est découverte, pourra un jour être étudiée par un paléontologiste, et alors il sera possible de discuter d'une manière complète les caractères propres à l'espèce de Ronzon.

En terminant ce travail j'exprimerai le souhait qu'il puisse ôlre utilement consulté par les paléontologistes. Je n'ai pas cherché à faire une œuvre originale. Malgré de longues recherches, j'ai dû surtout user des matériaux recueillis depuis bien des années par divers naturalistes et surtout par M. Ây-mard. Mon œuvre est donc le résumé de tout ce qui a été fait sur la faune de Ronzon, en même temps que le complément des diverses publications parues. Grâce aux observations anato-> miques et aux indications de synonynfie qu'il renferme, les paléontologistes pourront se rendre compte de la faune enfouie dans les marnes de Ronzon, ce qui jusqu'ici était, je crois, bien difficile.

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