SAS. OSSEMÈNS HUMAINS PRÉSUMÉS FOSSILES
M. Boué communique à l’Académie des observations sur des ossemens humains trouvés sous terré en différens endroits de lAllemagne.
La vallée du Rhin est couverte d’un dépôt alluvial, argilo-marneux appelé Loss dans le pays, et s’éle-
vant à une hauteur qui varie depuis 200 à 300 pieds jusqu'à 600 audessus du fleuve. Ce dépôt renferme ça et là des coquilles terrestres et fluviatiles, semblables à celles des animaux qni existent encore dans le pays, et des os de quadrupèdes appartenant, en grande partie, à des espèces perdues.
C'est dans cette marne que M.
Boué observa en 1823, derrière l’Aar, dans le pays de Baden, des ossemens humains placés à différentes hauteurs et dans des lieux où rien n'indique qu’il y ait eu jadis un cimetière. D’ailleurs, les os étaient tellement engagés dans la roche, qu’il fallut prendre assez de peine pour les dégager, et que l’auteur fut même obligé d’en laisser qui étaient situés trop avant dans la marne, tandis que cette dernière ne paraissait nullement avoir été remaniée et offrait, en outre, quelques coquilles terrestres d’eau douce. D'ailleurs, les ossemens ne parurent pas à M. Boué réunis comme dans d'anciens tombeaux. On les rencontrait, au contraire , épars dans différentes situations et situés plus profondément au-dessous du sol, que ne le sont
{ d'ordinaire les squelettes ensevelis
par les hommes.
Comme la marne qui renferme les ossemens en question a encroûté du calcaire tertiaire et du grès bigarré, M. Boué, convaincu que tous ces terrains étaient du même âge et que d’ailleurs aucun ossément humain ne pouvait serencontrer dans des formations; aussi anciennes, s’imagina que ceux qu'il avait trouvés appartenaient à quél-
(rar)
f quelque animal perdu, dont la char-
pente osseuse présentait de grandes ressemblances avec celle de l’homme.
« Mon étonnement fut grand, dit-il, quand M. Cuvier, à qui je présentai ces ossemens, décida de suite qu'ils étaient humiaïns et devaient avoir appartenu à d'anciens cimetières. »
Depuis, M. Boué a visité de nouveau les mêmes licux, et sans rien décider, il pense qu’on pourrait attribuer l’empatement des ossemens humains dans la marne, à quelque inondation du ruisseau derrière l’'Aar ou même du Rhin. D'ailleurs, ditl, plusieurs géologues ont déjà fait remarquer que, par l'effet des eaux pluviales , la surface inclinée de ces marnes se couvre d’une véritable croûte susceptible de se durcir.
M. Boué termine en rapportant uu autre fait qui lui paraît, dit-il, plus sujet encore à contestation :
c'est celui des crânes humains que le comte de Razoumowsky a trouvés mêlés avec des os de quadrupèdes d'espèces éteintes ou équatoriales , qui couvrent le calcaire magnésien des Alpes , près de Baden, en Basse-Autriche, ou qui remplissent de terre noire des cavités fort bizarres. M. Boué adresse à l’Académie le modèle d’une tête trouvée dans les localités indiquées et dessinée sous les yeux de M. le comte den ....3; il y joïnt la représentation d’une tête des habitans actuels du pays. Il faut remarquer, cependant, qu’on arencontré dansdifférens lieux de l'Allemagne des crânes semblables à Ceux qu'a trouvés
M.le comte de . et semblablement placés sur des hauteurs.
M. le comte de Brenner en possède un crâne d’une forme très-particulière, d’où on peut conclure que ces lieux fort au-dessus de la vallée du Danube ne sont que des sépultures très-anciennes, et qui Se rattachent, par conséquent, à un fait historique qu’il serait curieux d'éclaïircir.
M. Cuvier se rappelle fort bien que M. Boué présenta à son examen, il y a quelques années, des ossemens qu'il reconnut pour appartenir incontestablement à l’espèce humaine. Ne connaissant pas les localités dans lesquelles ces ossemens ont été recueillis, il ne peut rien affirmer relativement à l'opinion qu’on doit avoir sur l’époque à laquelle ils remontent. Il lui paraît seulement important de ne pas perdre de vue que, d’après les renseignemens donnés |par l’auteur, c’est dans une espèce de boue marneuse située le long d'une rivière qu'ils ont été trouvés.
Quant à la tête, dont äl'fait'passer un modèle sous les yeux de lPAcadémie , l’honorable académicien savait dépuis long-temps qu’on en trouvait de semblables dans les localités en question. La forme de ces têtes est remarquable en :ce qu'elle offre un aplatissement du front semblable à celui qui existe chez tous les sauvages qui ontadopté la coutume de comprimer cette partie de la face. Ces têtes paraisgent avoir appartenu à un peuple ancien qui habitait l'Allemagne à une époque sur laquelle Fhistoire ne nous apprend rien.
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